21 juin, 2017

L'erreur est dans la vie ou le chromosome !

Le texte donné en TS au bac de philosophie est vraiment très complexe: il s'agit de s'interroger sur le statut de l'erreur en biologie et par analogie de montrer que la vie peut se comprendre à partir de cette évidence. De là, l'idée de discontinuité au sein des sciences ! J'ai bien discuté de ce texte avec mes deux collègues de SVT; la réflexion est pertinente et la critique aussi. Il reste à savoir comment nous pourrions intégrer un cours sur le vivant avec Canguilhem; un auteur qu'un grand historien de la philosophie avait lu, Gérard Lebrun, mon maître dans l'art de lire.

"la limite, la vie, c’est ce qui est capable d’erreur. Et c'est peut-être à cette donnée ou plutôt à cette éventualité fondamentale qu’il faut demander compte du fait que la question de I’anomalie traverse de part en part toute la biologie. À elle aussi qu'il faut demander compte des mutations et des processus évolutifs qu’elle induit. À elle qu’il faut demander compte de cette mutation singulière, de cette « erreur héréditaire », qui fait que la vie a abouti avec I’homme à un vivant qui ne se trouve jamais tout à fait à sa place, à un vivant voué à « errer » et destiné finalement a I’« erreur ». Et si on admet que le concept, c’est la réponse que la vie elle-même donne à cet aléa, il faut convenir que I’erreur est à la racine de ce qui fait la pensée humaine et son histoire. L'opposition du vrai et du faux, les valeurs qu'on prête à l’un et à I’autre, les effets de pouvoir que les différentes sociétés et les différentes institutions lient à ce partage, tout cela même n’est peut-être que la réponse la plus tardive à cette possibilité d’erreur intrinsèque[1] à la vie. Si I'histoire des sciences est discontinue, c’est-à-dire si on ne peut l’analyser que comme une série de « corrections », comme une distribution nouvelle du vrai et du faux qui ne libère jamais enfin et pour toujours la vérité, c’est que, Ià encore, l’« erreur » constitue non pas I’oubli ou le retard d'une vérité, mais la dimension propre à la vie des hommes et au temps de l’espèce."

FOUCAULT, Dits et Écrits (1978)


[1] Intrinsèque : qui provient de la vie elle-même.

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