27 juin, 2017

La philosophie est-elle un jeu ?

  En parcourant le livre de mon maître Gérard Lebrun - "Gérard Lebrun philosophe" - j'ai souri sans être une spécialiste de Hegel et de Kant ! GL affirme qu'il a longtemps étudié des "auteurs qui n'étaient pas son genre !" Il parlait souvent de cette manière- là, ce grand comédien, qui par son génie, avait fait de la philosophie un jeu !Il ne cessait de faire des blagues ! J'ai tellement de souvenirs! 
 Nous êtions ses proches  - André double formation en math/ philo et moi-même - dans les années 1987-1992 ! Le 5 janvier 2000, j'allais annoncer ma soutenance de thèse à GL et appris sa mort en décembre 99. C'était le drame; j'étais restée très longtemps avec mon pote André au téléphone ! Nous allions souvent au restaurant le mercredi soir après les cours et on parlait de politique, d'éducation: la maître se disait "Conservateur" mais il était au-delà de ces catégories; ses amis brésiliens voient en lui un anarchiste !
Il nous considérait André et moi-même comme des "outsider" en philosophie mais des individus très intéressants et très forts; on avait obtenu tous les deux une "bourse de mérite" après notre maîtrise de philosophie ! Mon pote André était un fainéant doué: "20" en math, "17" en SVT et un petit 6 en philo...G Lebrun lui avait conseillé de passer l'agrégation de math (réussi avec succès deux ans après) et moi de partir à Paris pour le concours ! Le maître n'avait cessé de m'encourager pour ce concours - et quand je lui remettais mes explications de textes,- il trouvait cela très bon; sauf que ce concours est très complexe ! Mais je me faisais traiter "d'imbécile" quand je rentrais de mes cours d'aïkido et André de "gros fainéant" quand il tardait sur son sujet "les analogies de l'expérience"; mais d'un maître on accepte tout !
  Et puis, ce fut le drame en 1987; la mort de son fils; je faisais ma maîtrise. J'avais pris mon courage à deux mains et je m'étais rendue à son hôtel pour lui parler...Ce fut dur. 
 Et puis ce grave accident (AVC) en 1989. Je m'étais rendue à l'hôpital Saint-Anne à Paris. Sa sœur adorée, Danièle Lebrun se trouvait là. Elle s'inquiéta de ma venue: "vous êtes normalienne, agrégée?" et ma réponse fut "non, madame, une de ses étudiantes préférées !" - "j'ai peur qu'il ne vous reconnaisse pas.." - "Ne vous inquiétez pas ! "Et ce fut un grand sourire. Ensuite sa sœur me raccompagna à proximité du métro et me dit "j'ai peur que ce soit grave" - "Non, tout va bien se passer, son regard est lumineux et ses étudiants le porteront, juste du repos, beaucoup de repos car il ne se ménage jamais !"
 Et ce fut vrai ! On passait Pascal, André, JP et moi-même et on était content de voir qu'il allait mieux, que ses étudiants le portaient !
  Sans lui, le milieu philosophique me paraîtrait triste; en cela, je ne me sens pas "philosophe" et d'ailleurs ceux que j'admire - Hume et Wittgenstein" - avaient d'autres richesses en eux ! D'où l'ennui mortel au lycée !
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