20 janvier, 2014

Coll: Nous et l'Animal

Je vais participer à un colloque à Paris le 7 février 2014 sur "Nous et l'animal" qui s'annonce passionnant; notamment avec M. Ricard, J. Goodall, P.Singer (en visio-conférence)...


http://ecolo-ethik.org/colloque-nous-et-lanimal/

12 janvier, 2014

La révolution végétarienne

Voici la recension du livre de Thomas Lepeltier, historien des sciences; un ouvrage à lire:




 La révolution végétarienne


Thomas Lepeltier, éditions sciences humaines, novembre 2013


 


Peut-on sans mauvaise conscience et en toute impunité continuer à manger de la viande ? Car aujourd’hui les « carnistes » ne peuvent sans faire preuve de déni et de mauvaise foi ignorer la terrible souffrance des animaux destinés à la consommation. Car, écrit avec raison Thomas Lepeltier, il n’est pas possible de ne pas « trouver problématique le sort de ces veaux que l’on rend malades, de ces poussins mâles que l’on broie juste après leur naissance, de ces poules enfermées toute leur vie dans des cages si minuscules qu’elles peuvent à peine bouger, de ces truies engrossées jusqu’à épuisement, de ces oies que l’on gave à les rendre malades à en mourir, de toutes ces bêtes que l’on découpe encore conscientes, et ainsi de suite ? » (P 54).


 Il faut donc reconnaître que « le végétalisme est notre destin. » L’histoire montre que ce sont souvent les minorités agissantes qui se sont opposées à toute forme d’exploitation et d’oppression – la dénonciation de l’esclavage, la reconnaissance des droits des femmes, des homosexuels. La prise de conscience des abominables conditions des animaux d’élevage doit s’accompagner d’une dénonciation d’un système capitaliste toujours soucieux de productivité et de rendement. Certes, les industriels pourraient rétorquer qu’ils luttent pour une « humanisation » des mises à mort ; mais le bien-être des animaux est-il pour autant garanti ? Il s’agit toujours de défendre la sécurité du personnel des abattoirs sans avoir un semblant de considération pour ces animaux que l’on tue, que l’on prive de liberté et de vie. Il est absurde dans ces conditions de recourir à un double langage : d’un côté le bien-être des animaux et de l’autre, la nécessité de tuer des animaux. A quoi bon évoquer l’article L 214 du Code rural « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce » ? Sans cesse les associations de protection animale doivent se battre pour bannir la cruauté au sein des abattoirs. De même un éleveur ne fait-il pas preuve d’hypocrisie quand il affirme aimer ses bêtes au même titre qu’un homme aimerait sa femme en lui portant des coups ?


La radicalité du propos de Thomas Lepeltier apparaît dans toute sa clarté : on ne peut à la fois affirmer la nécessité de manger de la viande et la nécessité d’éviter la cruauté ; car tuer un être vivant et sensible est un acte violent. Or, le végétalien soutient un principe simple et efficace : « on ne doit pas faire souffrir et tuer juste pour son plaisir un être qui veut profiter de la vie. » (P 120). Ceux qui continuent à manger de la viande défendent donc une idéologie, celle qui est véhiculée par la culture, par la coutume. Mais aucune tradition ne peut apparaître légitime si elle impose des souffrances à ceux qui la subissent. A juste titre, c’est contre un état de fait injuste que l’esclavage a pu être combattu. L’auteur rappelle avec raison qu’une prise de conscience a surgi dès les années 70, notamment avec Peter Singer auteur du  fameux « animal liberation » (1975) puis avec Tom Regan (1983) avec son livre fondamental « Les droits des animaux. » Il existe donc bien un intérêt pour la question animale et les nombreuses publications en témoignent.


Mais le défenseur des droits des animaux doit faire fi des arguments des « carnistes ». Tentons d’énumérer les raisons évoquées par les mangeurs de viande :


  • Le carniste ignore la souffrance animale quand son plaisir est en jeu ; l’ignorance n’est-elle pas une forme de déni ?
  • Le mangeur de viande affirme que la cruauté existe dans la nature ; donc l’homme ne fait rien de mauvais. Mais pouvons-nous justifier le meurtre, le viol sous prétexte que cela existe dans la nature ? Un fait n’est justement pas un jugement de valeur.
  • Nous n’avons pas à respecter les animaux parce qu’ils ne nous respectent pas ! Certes ; mais nous avons des devoirs envers les animaux comme nous en avons envers nos jeunes enfants. Tom Regan affirme que les animaux sont des « patients moraux. »
  • L’homme a toujours mangé de la viande. Si effectivement au cours de l’histoire, l’humanité a consommé de la chair, ce n’est pas par nécessité mais par hasard. Le « carnisme » est donc une habitude culturelle. Il reste à savoir si la constitution physique de l’homme le dispose à manger de la viande. Il est donc absurde d’affirmer que l’hominisation s’est faite grâce à la consommation de viande ; que celle-ci est nécessaire au développement cerveau humain. La maîtrise du feu en revanche a sans aucun doute contribué au développement de l’humanité.
  •  Accorder de l’importance à l’animal déshumanise l’homme : or, ce n’est pas parce qu’on accorde des droits aux minorités que l’on prive l’humanité de ses statuts. Il s’agit simplement de parvenir à une égalité de considération ; pourquoi l’animal devrait-il en être exclu ? 
     
    Une révolution végétarienne est en route si l’humanité accepte de se voir telle qu’elle est, cruelle et sans considération pour les êtres sensibles : pourra-telle vivre dans l’hypocrisie et le déni de la condition animale ? Il appartient à l’humanité d’ouvrir les yeux afin de se montrer digne des êtres sensibles et vulnérables.