18 mai, 2014

Le chercheur et la souris


Peut-on accepter l’idée d’endosser à la fois le rôle d’expérimentateur du vivant et de défenseur des droits de l’animal ? Cette contradiction, Georges Chapouthier, l’assume  puisqu’il a été  neurobiologiste et militant des droits de l’animal !  Ainsi, ce scientifique et philosophe se passionne pour l’étude des mécanismes de la mémoire : les molécules sont-elles capables de porter la fonction « mémoire » ou de contribuer à cette fonction ? Existe-t-il un ADN de la mémoire ? Pour parvenir à tester ces hypothèses, G Chapouthier utilise des rats afin de récupérer des traces mnésiques de leurs cerveaux : rien n’interdit le vivisecteur de se livrer à de telles expériences si cela sert la science ! Sa thèse d’état illustre ses préoccupations scientifiques du moment : « Les essais de transfert par voie chimique d’informations acquises par le cerveau. » Le chercheur témoigne de ses hésitations entre une conception de l’animal-objet héritée de Descartes et une reconnaissance de la sensibilité de l’animal. Mais pourquoi tant d’hésitations dans ses choix ? L’auteur y répond sans difficulté :

«  Quand il accomplit des actions qui ne cadrent pas parfaitement avec sa conscience du moment, l’être humain se cherche toujours des alibis…Mon attitude à cette époque ne faisait pas exception à la règle. Certains de ces alibis étaient pertinents, d’autres beaucoup moins. »

 Cette contradiction assumée du chercheur est éprouvée durant toute son existence ; ainsi la question d’une « éthique de l’homme vis-à-vis de l’animal » est le sujet de sa thèse en philosophie. Est-ce à dire que l’on peut se qualifier militant de la cause animale tout en continuant à se livrer à des expérimentations douloureuses sur un être sensible ? 

Certes, reconnaît G Chapouthier, il faut réglementer l’usage de l’expérimentation animale :

  • En respectant les normes scientifiques dans la conduite des expériences
  • En ayant recours à des techniques substitutives
  • En responsabilisant les chercheurs

A notre sens, il est nécessaire de faire un choix moral : on ne peut pas défendre l’expérimentation animale en ayant le souci d’un être sensible (la règle des 3 R). Si l’on reconnaît à l’animal le droit à la vie, le droit à ne pas souffrir, alors aucune justification morale et scientifique de la vivisection n’est légitime.

 A quoi cela servirait-il de construire une morale de l’altérité fondée sur le respect de l’animal, si l’on ne condamne pas les recherches sur le vivant ?
G Chapouthier, F Tristani-Potteaux, le chercheur et la souris
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