05 février, 2013

Les chiens du Macadam

Voici une recension qui se veut modeste d'un reportage de Florence Gaillard  "Les chiens du Macadam":

Florence Gaillard, dans ce reportage soutenu par « France Télévisions », part à la rencontre de trois jeunes SDF à Nantes et à Paris : Jérémy, William et Jérôme sont accompagnés de leurs chiens. Las de mener une vie d’errance, ils éprouvent tous les trois le besoin d’une réinsertion, d’une vie qui ait du sens. Florence Gaillard est journaliste, reporter d’image. Elle se propose dans ce documentaire de rendre compte de la relation entre les marginaux et leurs animaux. Elle a, au cours de ses enquêtes, rencontré des éducateurs, des vétérinaires et des chercheurs en sciences sociales intéressés par cette problématique.

Toutefois, ces trois jeunes garçons à la fois vulnérables et lucides entretiennent des relations très fortes avec leurs animaux. La question posée au début du reportage est de savoir si ces jeunes éprouvent le besoin d’être protégés ou tout simplement d’exister dans le regard de l’autre. Il va de soi que l’attachement des jeunes à leurs chiens reste un moyen de s’en sortir, d’être « sauvé » comme l’affirme l’un d’entre eux.

 Or, la société n’accepte pas toujours les SDF avec leurs chiens : force est de constater qu’il n’existe en France que trois structures d’accueil pour les personnes ayant des animaux. Dans ce reportage, nous prenons connaissance du travail remarquable réalisé par l’institut « Saint-Benoit » à Nantes et « Les Enfants du canal » à Paris.

 Commençons par raconter l’histoire de Jérôme (28ans) et de ses deux chiens : il a connu l’errance depuis l’âge de 12 ans et cherche à s’en sortir. Il a sombré dans l’alcoolisme une partie de sa vie et il estime qu’il doit trouver sa place dans la société parce que ses deux chiens affectueux lui donnent la force de le faire. Il accepte donc les conseils d’un vétérinaire afin de mieux éduquer ses chiens et ainsi espère vivre dans un appartement. Toutefois, Jérôme reste un rebelle et souffre d’un manque de liberté à l’intérieur de la structure d’accueil. Les règles à l’intérieur de l’établissement sont strictes ; Jérôme, jugé agressif lors d’une bagarre sera expulsé. Il se retrouve donc dans la rue avec ses éternels compagnons ! Pourtant, nous remarquons le désespoir dans ses yeux lorsqu’il est contraint de dormir sous sa tente ! Là encore, on peut se demander si sans ses deux chiens ce jeune homme aurait le courage de tenir !

 Ensuite, Jérémy (22ans) qui entretient une relation très protectrice avec son berger allemand. Il peut grâce à une structure d’accueil continuer sa formation de tailleur de pierre. Bien-sûr, avec amour, il pense que son chien « mérite mieux que la rue et lui aussi » ! Là encore, l’animal donne une raison à son existence ; du moins l’empêche de « braquer » quand il le souhaiterait par manque d’argent. Jérémy envisage de construire sa maison et songe à devenir berger. En grand solitaire, il rêve de devenir berger accompagné de son chien. Mais il reconnaît que c’est « bien de causer avec son chien » mais il faut des humains « pour avoir une conversation » ! Et c’est vrai que Jérémy parvient à s’intégrer, à supporter les longues journées de travail parce que son chien est en quelque sorte une boussole. Par l’attention que Jérémy prodigue à son animal, les éducateurs peuvent admirer ses qualités humaines.

 Les éducateurs sociaux, interrogés dans ce reportage, montrent bien la nécessité d’une relation avec un autre même si cet autre est un chien. Car cela permet à l’individu, en perte de repères, de se structurer, de mettre de l’ordre dans ses souvenirs ; bref l’animal, est une « borne biographique ».

Enfin, William est parti de chez lui à 16ans parce qu’il s’estimait trop « couvé » par sa mère. Il souhaite vivre sa vie et c’est avec sa chienne qu’il apprend à se découvrir, à maîtriser ses propres émotions. Car William est un éternel inquiet qui redoute l’agressivité de sa chienne sur les autres animaux. Mais l’animal est aussi le miroir de ses propres angoisses, de ses propres frustrations. Progressivement ce jeune homme prend confiance en lui et accepte comme il l’affirme lui-même, « une prise de risque » : il envisage de vivre avec une personne et son bébé. Sans doute, sa chienne lui aura permis de « vivre et de se sentir vivant » par l’affection reçue, même si William reconnaît que l’amour pour un chien n’est pas le même que pour un humain !

Il serait temps que les structures d’accueil prennent en compte le besoin des individus d’avoir des animaux. Car - ce reportage le montre avec beaucoup d’intelligence -, le chien par sa sociabilité et sa fidélité, participe à la stabilité mentale de l’individu. Mais il existe un véritable paradoxe dans cette marginalisation des jeunes exclus : la société ne prend pas en compte les besoins des exclus ce qui accentue leur marginalisation.
Enregistrer un commentaire