12 février, 2012

L'animalité et la sauvagerie

Le débat est toujours rude lorsqu'il s'agit d'évoquer "la civilisation": est-il approprié de faire référence au terme "sauvage" et peut-on dire que certaines "cultures" valent mieux que d'autres ? En ce sens, on peut s'interroger sur la pertinence de la distinction "civilisation" et "culture" . Dans mon cours en Terminale, j'essaie de montrer aux élèves ce qu'impliquent le relativisme et l'universalisme (en prenant soin de mettre à jour une idéologie).
Un séminaire qui est à propos:

"Mercredi 08 février 2012
Paris (75005)



L'animalité et la sauvagerie : Kant après Lévi-Strauss

Séminaire Collège international de philosophie

Animality and Savagery: Kant after Lévi-Strauss

Collège international de philosophie



Résumé

Kant distingue, à l’intérieur d’un peuple, d’un côté la nation, constituée par ceux qui se reconnaissent dans un passé et un présent communs, de l’autre côté la populace, « l’élément sauvage » du peuple. Comment réinterpréter cette idée à la lumière de la pensée sauvage de Lévi-Strauss ?


Argumentaire:

Au moins depuis Lévi-Strauss, le mot sauvage n’est plus synonyme d’inculte ni de barbare : ceux qui ont souvent été appelés sauvages possèdent une culture et un langage en rien inférieurs à ceux des « civilisés ». Vidé de son contenu injurieux, le mot se transforme en un ressort pour la pensée, qui devient elle-même sauvage, quoique dans un autre sens : elle se soustrait désormais à la raison constituée, celle qui prétend ériger ce qui serait « notre » culture et « notre » langage en critères de civilisation.


Il arrivait autrefois à la philosophie de faire aussi des partages selon un supposé critère de sauvagerie. Ainsi Kant distingue-t-il, à l’intérieur d’un peuple, d’un côté la nation, constituée par ceux qui se reconnaissent dans un passé et un présent communs, de l’autre côté la populace, qui s’excepte des règles en cours et dont la « réunion contraire aux lois est l’émeute ». Dans le même élan, Kant désigne la populace comme « l’élément sauvage » du peuple, rendant la sauvagerie intérieure au peuple, et non plus extérieure, comme dans l’étrangeté de la rencontre avec des cultures habitant des horizons lointains.


La reprise aujourd’hui du motif d’une pensée sauvage répond au besoin renouvelé de contrecarrer ce mouvement d’intériorisation. Si après l’anthropologie structurale les « sauvages » d’ailleurs ne le sont plus, il reste que d’autres « sauvages » font apparition parmi nous (mais on voit bien que ce « nous » se constitue aussi par et dans le geste de considérer certains « autres » comme des « sauvages», notamment des « autres » intérieurs à « nous »). C’est ce qui arrive lorsque des mots plus au moins infamants (la racaille, les bandes, les casseurs) servent à désigner ceux qui ne se plient pas aux lois en vigueur ou aux convenances établies. Hier comme aujourd’hui, ce vocabulaire partage la société en « bons citoyens » et en « hors-la-loi ». Pourtant, que se passerait-il si on affirmait qu’il n’y a pas de « sauvages » parmi « nous » et que le peuple n’est pas scindé comme le prétendait Kant et comme d’autres continuent de nous le faire croire ?"



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