28 juin, 2011

Projet sciences Philosophie !

Nous avons réalisé un projet ambitieux avec mes collègues de SVT et mon collègue de math: donner à des élèves une culture scientifique et historique. Ainsi, nous n'entendons pas séparer "sciences expérimentales" et "sciences humaines". Ma position est assez modérée: je ne fais pas de la science une matière à part entière; mais je pense que la philosophie a tout à gagner à travailler avec d'autres disciplines.
Récompense: notre lycée a été sélectionné pour recevoir des intervenants; j'ai réussi à convaincre l'association d'Avignon:

Et dernièrement A. Barberousse en philosophie des sciences (double formation physique/philosophie) accepterait de venir faire deux conférences à Toulon ! Je pense qu'il est essentiel de permettre à des élèves de s'enrichir des compétences des chercheurs sans nécessairement vivre à Paris.

22 juin, 2011

Soutenance de thèse: le déterminisme et la responsabilité morale

La thèse de François de Monneron qui doit être soutenue le 24 juin à l'Université de Nantes porte sur le déterminisme et la responsabilité morale. La question de la liberté/déterminisme est pour moi passionnante! Je reste huméenne.
Voici le résumé:
Le déterminisme et la responsabilité morale.
"Le déterminisme est-il compatible avec la responsabilité morale ? Oui, répondent les compatibilistes. Or cette idée pose une série de problèmes. Pour la soutenir, il faut réfuter deux principes très intuitifs : celui des possibilités alternatives, selon lequel on est responsable de ce qu’on fait seulement si on a eu le pouvoir de ne pas le faire ; et celui du transfert de non-responsabilité (« nul n’est responsable de Y si X cause Y de manière déterministe, et si nul n’est responsable de X »). Même s’il y avait des contre- exemples à ces principes, la responsabilité par omission serait difficilement compréhensible sans l’idée d’un pouvoir des alternatives. Le compatibilisme doit donc accorder une place à l’idée d’un pouvoir des alternatives. Pour le faire sans se contredire, il analyse ce pouvoir soit de manière conditionnelle (S peut faire A signifierait « si S voulait faire A, il ferait A »), soit en termes de mondes possibles. La première analyse est un cas particulier de la deuxième, car elle revient à dire que S peut faire A s’il y a des mondes possibles où S fait A volontairement. Pour qu’un critère de ce genre ne soit pas trop souple, il faut préciser que seuls des mondes possibles proches du monde actuel sont pertinents du point de vue de la responsabilité morale. Mais comment délimiter le domaine des mondes possibles pertinents ? D’un point de vue compatibiliste, il semble impossible de résoudre ce problème de manière satisfaisante. Finalement, cette thèse ne paraît plausible que si le libertarisme est encore moins intuitif. La principale question, pour le libertarisme, sera de savoir comment l’indéterminisme physique (à l’intérieur du cerveau) permet la responsabilité morale au lieu de l’exclure."

http://www.caphi.univ-nantes.fr/Soutenance-de-these-Francois-de

19 juin, 2011

The evidence of the evidence is evidence !

Au Collège de France,dans le cadre du séminaire sur l'épistémologie du désaccord, le 23-24 juin.
L'évidence n'a pas à être justifiée puisqu'elle est ce que l'on a sous les yeux ! Voici le programme:

17 juin, 2011

Deux beaux textes au Bac 2011

Deux beaux textes au bac de philosophie en TS et en TS: Pascal, sur le mensonge, l'intérêt général; Sénèque sur la générosité ! Mais un carton rouge pour le texte donné en série STG: l'idée de conscience chez Bergson va poser problème et les questions redondantes n'aident pas les élèves (sans une note d'explication pour le terme "contingent").


Extrait
TS; Pascal

« Chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu’on appréhende plus de blesser ceux dont l’affection est plus utile et l’aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien. Je ne m’en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu’ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu’ils servent ; et ainsi, ils n’ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.
Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n’en sont pas exemptes, parce qu’il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, quoiqu’il en parle alors sincèrement et sans passion.
L’homme n’est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soimême et à l’égard des autres. Il ne veut donc pas qu’on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son coeur. »

TES; Sénèque
"Si c’est l’intérêt et un vil calcul qui me rendent généreux, si je ne suis jamais serviable que pour obtenir en échange un service, je ne ferai pas de bien à celui qui part pour des pays situés sous d’autres cieux, éloignés du mien, qui s’absente pour toujours ; je ne donnerai pas à celui dont la santé est compromise au point qu’il ne lui reste aucun espoir de guérison ; je ne donnerai pas, si moi-même je sens décliner mes forces, car je n’ai plus le temps de rentrer dans mes avances. Et pourtant (ceci pour te prouver que la bienfaisance est une pratique désirable en soi) l’étranger qui tout à l’heure s’en est venu atterrir dans notre port et qui doit tout de suite repartir reçoit notre assistance ; à l’inconnu qui a fait naufrage nous donnons, pour qu’il soit rapatrié, un navire tout équipé. Il part, connaissant à peine l’auteur de son salut ; comme il ne doit jamais plus revenir à portée de nos regards il transfère sa dette aux dieux mêmes et il leur demande dans sa prière de reconnaître à sa place notre bienfait ; en attendant nous trouvons du charme au sentiment d’avoir fait un peu de bien dont nous ne recueillerons pas le fruit. Et lorsque nous sommes arrivés au terme de la vie, que nous réglons nos dispositions testamentaires, n’est-il pas vrai que nous répartissons des bienfaits dont il ne nous reviendra aucun profit ? Combien d’heures l’on y passe ! Que de temps on discute, seul avec soi-même, pour savoir combien donner et à qui ! Qu’importe, en vérité, de savoir à qui l’on veut donner puisqu’il ne nous en reviendra rien en aucun cas ? Pourtant, jamais nous ne donnons plus méticuleusement ; jamais nos choix ne sont soumis à un contrôle plus rigoureux qu’à l’heure où, l’intérêt n’existant plus, seule l’idée du bien se dresse devant notre regard."

15 juin, 2011

L'évidence contre Agrippa !

Il peut être difficile de parvenir à la certitude lorsque deux protagonistes ne s'en tiennent pas à la même rigueur du raisonnement. Le célèbre trilemme d'Agrippa menace -t-il la vérité ? Pour ce faire, il suffit de s'interroger sur la constitution de la preuve juridique. Par exemple, je découvre un plagiat en confrontant deux documents (un plagiat d'inspiration). Pour moi, c'est de l'ordre de l'évidence : un juge, sans être expert, pourrait faire le même constat. Mais ensuite, il faut des preuves et là une commission d'experts peut en décider. En un certain sens, le raisonnement juridique consistera soit à valider "l'évidence de départ", soit à en démontrer la fausseté. Est-ce pour autant signifier la défaite du scepticisme destructeur ?
Cette question exige une investigation; on peut lire ce très bon article de P. Engel à propos de la vérité de la démonstration, du trilemme d'Agrippa:



12 juin, 2011

Viva la vida : Plagiat ?

On peut s'interroger en écoutant la version de Viva la vida de Coldplay sur la reprise d'un morceau du guitariste Joe Satriani. Est-ce du plagiat ? A vous de juger. Je tiens à préciser que pour la propriété intellectuelle (oeuvres de l'esprit), la loi est précise et peut même surprendre.
A suivre.


11 juin, 2011

Conf au Collège de France: de nos dispositions à connaître et des vertus de la connaissance comme enquête

Une conférence très intéressante de Claudine Tiercelin, professeur au Collège de France, le 8 juin 2011. L'auteur reprend avec beaucoup de clarté le débat Clifford/James. Il s'agit de montrer que l'enquête vise la connaissance; en cela , elle suppose une norme de vérité (je transmets le texte de Pascal Engel). De ce fait, on peut penser que la croyance vise la connaissance de la vérité (normes des "raisons suffisantes"). Mais il y a une ambigüité chez James entre le niveau "épistémique" et le niveau "éthique" (si j'ai bien compris).
Mais il va de soi qu'une assertion vise le réel (elle pourrait bien sûr porter sur un contenu fictif) et donc en conséquence assume sa responsabilité. L'auteur évoque la question du doute: il est évident qu'il faut distinguer une attitude sceptique d'un doute fondé sur des raisons dont l'origine serait "un choc": je crois que tous les diamants sont précieux et j'en découvre un qui a l'apparence d'un diamant: quel choc !
 Je trouve très pertinente la réfutation de J. Habermas par C. Tiercelin. Le but de la communication est de faire en sorte que l'auditeur adhère à notre croyance. C'est pourquoi la logique du conflit semble l'emporter sur la logique de l'accord (prochain cours, le 15/06):

L'éthique de la croyance; P. Engel
Le débat Clifford/James; R. Hall

10 juin, 2011

Politique, économie !

Je suis contente: une grande revue de philosophie a accepté ma proposition de faire un compte-rendu d'un livre de politique /économie ! J' ai beaucoup de pression car il faut faire un compte-rendu de 6 à 8 pages. Mais il est important de faire connaître des perspectives constructives sur la France d'un auteur intègre !
A suivre en septembre.

08 juin, 2011

Jurisdoctoria: appel à contribution

Je viens de recevoir un appel à contribution d'une revue juridique dont le thème est la décision; thème vraiment passionnant. Ce qui est intéressant dans les cas de litige, c'est la nécessité de penser les limites du droit (je m'expliquerai plus tard).

06 juin, 2011

Le paradoxe de la pensée par Vincent Citot

Vincent Citot, philosophe, photographe, rédacteur d'une revue de philosophie m'a fait parvenir il y a 15 jours son dernier ouvrage Le paradoxe de la pensée. Il est vrai que pour moi, cette lecture demande beaucoup de concentration. En effet, par ma formation à Aix-en- Provence, j'ai plutôt l'habitude d'analyser des problèmes et d'en montrer les limites à la manière d'un Wittgenstein ou d'un Hume. A lire avec attention.
Voici mon résumé:


"Dans son dernier livre Le paradoxe de la pensée, Vincent Citot entend bien montrer que l’homme est un sujet pensant. Mais les exigences de la pensée sont contradictoires : d’une part, le philosophe affirme sa confiance dans le réel ; et d’autre part, le philosophe se défie du réel par un travail de « l’intelligence critique ». Dès lors, le but du livre est de déterminer les conditions d’une pensée juste.

Il faut, selon l’auteur, à travers une dynamique temporelle, promouvoir la thèse d’un scepticisme constructif. En effet, la pensée philosophique est une activité qui engage la responsabilité du penseur. En quelque sorte, elle ne peut s’enfermer dans le dogmatisme de la raison ni dans un nihilisme destructeur. De ce fait, l’auteur propose une grille de lecture du dynamisme de la pensée assez risquée :

a) Certaines doctrines apparaissent « dogmatiques » par manque de scepticisme

b) Certaines pensées sont trop sceptiques ce qui conduit inexorablement au matérialisme, au naturalisme…

C’est pourquoi le scepticisme constructif apparaît comme une voie moyenne entre « l’excès de réductionnisme » et « le défaut de scepticisme ». Mais n’est-ce pas choisir un parti- pris pour le moins discutable ? Il est vrai que la compréhension critique des théories philosophiques exige un recul, une distance ; en ce sens, il semble nécessaire de faire des choix d’interprétation dans la relecture des œuvres philosophiques. Mais le propos de l’auteur est de les situer dans un mouvement dynamique et temporel. De ce fait, l’exigence critique et sceptique constitue le moteur de la pensée : il n’y a pas de travail de la pensée sans dénonciation, sans dépassement des certitudes immédiates. Citons l’auteur :

« Il faut commencer par descendre puisque nous sommes déjà perchés sur les cimes de multiples croyances quand l’esprit du scepticisme entreprend son travail de sape. » ( p 27).

Faut-il pour autant affirmer que l’histoire de la pensée philosophique, c’est la victoire d’un « scepticisme croissant » de Montaigne en passant par Hobbes, Spinoza, Hume, Marx, Wittgenstein ? Il semble - mais ce n’est pas le propos de l’auteur -, qu’il faut situer ces démarches dans leurs contextes, dans leurs problématiques spécifiques. L’auteur ne risque t-il pas de faire un usage abusif du « scepticisme » ? A notre sens, la tentative de Wittgenstein est bien de ne pas sombrer dans une sorte de scepticisme destructif sans pour autant célébrer le positivisme logique ! Or, pour Montaigne par exemple, les problèmes ne sont pas similaires.

Il est vrai que le scepticisme « intelligent » fait un usage raisonnable du doute. Avec raison, l’auteur montre comment l’intellectualisme en tant qu’acte de foi a été combattu (très belles pages sur le rapport entre la philosophie et la religion). Au nom précisément d’une exigence humaniste et sceptique, V. Citot célèbre le poids de la responsabilité qui caractérise le sujet pensant. Mais la pensée a aussi un dehors : elle accepte le dialogue avec la science à certaines conditions…pourrait-on dire. Il ne s’agit pas de valoriser un discours « scientiste » clos sur lui-même. L’exigence humaniste ne consiste-t-elle pas à confronter la science à des valeurs morales ?

Toutefois, nous sommes opposés à l’idée selon laquelle la science est condamnée dans sa tentative de « réduction » : il semble évident que la science doit expliquer les phénomènes par un ensemble de lois ( notons toutefois que tous les « matérialismes » ne sont pas réducteurs ; en philosophie de l’esprit, le philosophe américain Davidson « dialogue » avec Spinoza, Kant). Mais cela n’implique pas que toute théorie matérialiste conduise nécessairement au relativisme. Car, la tentative est grande de concevoir l’empirisme, le matérialisme comme des formes de relativisme. Citons l’auteur :

« Cette domination mondiale de la pensée réductionniste contemporaine confirme ce que nous laissions entrevoir plus haut sur le marché séculaire de l’histoire occidentale : l’Occident devient de plus en plus sceptique, à l’heure même où, économiquement et géopolitiquement, il amorce un déclin relatif qui semble de plus en plus irrémédiable. » ( p122).

Il est faux de conclure à l’identité du matérialisme d’Helvétius et à l’empirisme d’un Hume. Dans le Traité de la Nature humaine, le philosophe écossais distingue les impressions primitives des idées de réflexion. De même, il est abusif de penser que l’empirisme mène à une forme de relativisme ; encore faut-il le prouver. L’originalité du scepticisme de Hume est son caractère « modéré », « méthodologique » pourrait-on ajouter. Dès lors, l’auteur fait un choix d’interprétation lorsqu’il écrit :

« Le relativisme est la conséquence de l’empirisme et du pragmatisme. » (p 85)

Enfin, la question de la nature de l’acte de penser est posée : la philosophie doit- elle augmenter « la connaissance des choses » ou « enrichir la réflexion » ? Avec raison, Vincent Citot montre que l’on ne peut penser sans tenir compte de l’évolution du savoir.

Vincent Citot se livre à un travail exigeant sans doute trop ambitieux. Mais il pense comme il court : vite !

Il reste que cet ouvrage doit être lu car il permet de mesurer les difficultés d’une investigation essentiellement théorique. Ne faut- il pas concevoir de manière spécifique le rapport de la pensée à la pratique? Dès lors, il n’est plus nécessaire d’avoir peur du déterminisme."

Vincent Citot, Le paradoxe de la pensée, édition du felin, 2011.

05 juin, 2011

01 juin, 2011

Le Philosophoire: la science !

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le dernier numéro de la revue Philosophoire consacré à la science. E. Hache, dans un entretien avec F. Keck évoque la question des Science Studies: est-il pertinent d'étudier le rapport de la science et de la politique ? Notre conception de la science s'en trouve t-elle modifiée ?
Prochain billet: un compte-rendu du livre de V. Citot,  Le paradoxe de la pensée.

F.Keck,Un monde grippé, Flammarion, 2010