31 janvier, 2011

Généalogie de la honte


J'éprouve de grandes difficultés à définir le sentiment de honte: est-il naturel ? Est-il l'expression d'un sentiment de culpabilité ? Face à mes élèves, jeudi, je me suis demandée si on pouvait concevoir des sociétés qui n'éprouveraient pas ce sentiment. Il me semble en effet que ce sont les sociétés qui font naître de telles évaluations comme la fierté, la pudeur, la honte... Mais en même temps, on peut se demander en quoi ressemblerait un homme sans conscience morale, sans sentiment de honte. Toutefois, il me semble injusfié d'éduquer un enfant par un sentiment de culpabilité pour ce qu'il fait.
A ce propos, je propose un extrait d'un livre de J. Derrida qui ne cesse de m'étonner: si j'éprouve de la honte devant un chat, c'est parce qu'il me regarde comme un humain...non ?

L'animal que donc je suis
"Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis - et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence, par le regard d'un animal, par exemple les yeux d'un chat, j'ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne. Pourquoi ce mal ? J'ai du mal à réprimer un mouvement de pudeur. Du mal à faire taire en moi une protestation contre l'indécence. Contre la malséance qu'il peut y avoir à se trouver nu, le sexe exposé, à poil devant un chat qui vous regarde sans bouger, juste pour voir. "

23 janvier, 2011

Le bien-être animal


Je constate qu'actuellement en France, une réflexion sur l'éthique animale voit le jour: tant mieux. Voici des choses à écouter et à lire (pas le temps de faire une synthèse):
http://www.franceculture.com/player?p=reecoute-3701161#reecoute-3701161 : "Du grain
à moudre" sur la question de l'humanisme et du droit des animaux avec les spécialistes des bêtes; notamment des interventions d'un théologien et peut-être un changement de perspective...
Des livres à découvrir:
L'éthique animale, PUF, 2011, J.B.J Vilmer
"Les animaux ont-ils des droits ? Avons-nous des devoirs envers eux ? Si oui, lesquels ? Si non, pourquoi ? Et quelles en sont les conséquences pratiques ? L'exploitation des animaux pour produire de la nourriture et des vêtements, contribuer à la recherche scientifique, nous divertir et nous tenir compagnie est-elle justifiée ?
L’éthique animale s'intéresse à l'ensemble de ces questions. Elle ne propose pas une simple compilation de règles idéales sur ce qu’il est « moral » ou non de faire aux animaux, mais invite à penser notre rapport au monde animal. Elle est le lieu d'un débat, souvent extrêmement polémique, dans lequel s'affrontent de nombreuses positions. Ce livre en propose le premier panorama synthétique."
La cause animale, C.Traini
"Souvent rabattue sur des stéréotypes réducteurs, la protection animale constitue une cause militante des plus anciennes et complexes.
Du début du XIXe siècle jusqu'à nos jours, de multiples entrepreneurs de morale s'indignent du traitement que les hommes réservent aux bêtes et se mobilisent afin de corriger la brutalité de leurs contemporains. D'abord préoccupée par la cruauté à l'égard du bétail, ce n'est qu'à l'issue de longues péripéties que la protection animale s'étend aux animaux de compagnie et, bien plus tardivement encore, aux espèces sauvages et à leurs milieux naturels.
En s'appuyant sur une comparaison franco-britannique, cet ouvrage retrace les inflexions successives à l'origine des multiples facettes qui caractérisent, aujourd'hui encore, la protection animale. Indissociables des évolutions de la philanthropie, bien antérieures à l'apparition des mots d'ordre de l'écologie, les mobilisations collectives en faveur du sort des animaux éclairent plusieurs processus cruciaux de notre histoire sociopolitique : évolution des sensibilités et des émotions socialement valorisées ; définition de la violence légitime ; constitution des normes visant à réformer les moeurs ; rivalité des élites se réclamant de diverses formes d'autorité ; influence des religions sur les engagements militants ; effets des discriminations de genre."
Faut-il manger les animaux ? J. Safran Foer, présenté par le philosophe H.S Afeissa
http://www.nonfiction.fr/article-4138-la_banalite_du_mal.htm


15 janvier, 2011

du travail



Je me suis rendue compte à quel point je devais organiser mon temps de travail: une réflexion sur le pouvoir en TES, un travail sur une oeuvre suivie en TL (Leibniz), puis le bac blanc de philosophie le 31 janvier avec 4 paquets à corriger ! Mais je dois écrire un article pour le revue Bentham sur l'impartialité pour le 20 février. Et je viens de recevoir le livre de E.Hache -"ce à quoi nous tenons" pour le site lien-socio... Puis je devrais recevoir les critiques de mon futur livre sur la motivation éthique fin janvier... Donc je vais m'accorder quelques jours de vacances à partir du 25février à Paris et peut-être Vienne ou Prague ensuite.

13 janvier, 2011

Matérialisme éliminativiste et attitudes propositionnelles


Paul Churchland, adversaire de la psychologie du sens commun, défend une forme de matérialisme éliminativiste. On peut en premier lieu se demander si la psychologie populaire peut être considérée comme une théorie et si en second lieu elle est réfutable. Attribuer des croyances et des désirs semble être de l'ordre de l'évidence (attitudes propositionnelles). En effet, en vertu de nos certitudes, nous faisons de l'esprit le siège de nos croyances, de nos désirs. La marque du mental serait l'intentionnalité.

Certes; mais ne pourrait-on pas tenter une analogie entre les sciences physiques et les prédictions mentales ? Citons l'auteur:

"Considérez ce que l'on pourrait appeler les "attitudes numériques" et que l'on retrouve dans le cadre conceptuel des sciences physiques:"...Possède une massekg de n", "possède une vélocité de n", "possède une températurek de n, et ainsi de suite..."

On pourrait parvenir à la même quantification à propos des attitudes propositionnelles:

"(x)(p)(q) :(x désire que p) & (x croit que (si q alors p)) & (x est capable de faire en sorte que q))"

Est-ce un gain de sens ? La question est bien de savoir si la thèse de l'identité du mental/cérébral est satisfaisante. Il est facile de montrer qu'un même état mental peut se réaliser de manière différente; c'est en gros l'intuition du fonctionnalisme; "fonctionnalisme" défendu puis remis en cause par Putnam.

Il reste à savoir, si dans le cadre d'une conception scientifique du monde, il est possible de faire l'économie du réalisme des états mentaux.



A suivre

11 janvier, 2011

Cité des sciences à Paris: science et fiction !



Attention les robots sont parmi nous à la Cité des sciences à Paris: sont-ils gentils, méchants ? Obéissent-ils aux ordres des humains ? Un test est prévu:
http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/science-et-fiction/robot-androides-et-cyborgs#3

J'ai calé à la question de savoir si on pouvait reconnaître un être humain qui aurait l'apparence d'un robot !!

Sinon, on peut se souvenir de Blade Runner de R. Scott; à revoir en DVD.

http://www.youtube.com/watch?v=4lW0F1sccqk

09 janvier, 2011

Quelle écologie ?


L'écologie comme le terme "nature" comporte des sens distincts qu'il convient d'élucider. Luc Ferry dans Le nouvel ordre écologique affirme que l'homme se distingue des êtres naturels par sa liberté. Certes; mais l'auteur va plus loin: "Le droit est antinaturel, le savoir scientifique est antinaturel. L'homme est un être d'anti-nature. C'est la base de l'humanisme."

De ce fait, Ferry s'oppose à l'anti-spécisme de Singer et aux thèses de la Deep ecology du philosophe norvégien Arne Naess. Mais comment pourrait-on défendre une pensée écologiste qui ne fasse pas de l'humanisme la justification de notre domination sur les autres espèces vivantes?

A penser...

01 janvier, 2011

La parabole du bon samaritain


En cette nouvelle année 2011, une réflexion menée par deux psychologues en 1973 sur l'altruisme: R. Ogien, sur France-Culture le 20/12/2010 raconte cette expérience assez déconcertante.


Avec raison, l'auteur affirme que le grand problème en morale, c'est de ne pas faire ce que l'on devrait faire (cela confirme un hiatus entre le jugement et l'action) pour des raisons futiles:

des étudiants en théologie sont divisés en trois groupes: G1 est en avance pour se rendre à un lieu précis; G2 est à l'heure et G3 est en retard . Dans quelle mesure l'être humain est-il altruiste ? Faut-il tenir compte des pressions sociales, de la peur... ?

Lorsque ces trois groupes sont confrontés à une situation -test; celle d'un homme tordu de douleur sur leur route, les résultats sont les suivants:

63% du G1 sont de bons samaritains

45% du G2 sont de bons samaritains

10% du G3 sont de bons samaritains


Et nos intuitions morales ? Et nos principes moraux ?

Question ouverte: la psychologie expérimentale peut-elle faire douter la philosophie morale ?!