29 décembre, 2011

Faut-il renoncer à rendre justice ?

A lire cet article intéressant de J. B. J Vilmer à propos de la "responsabilité de protéger". L'intervention militaire est-elle purement désintéressée ou fait-elle appel à d'autres considérations complexes ?
D'où la nécessité de donner un sens à l'expression "rendre justice" au sein d'un contexte international.

21 décembre, 2011

Le cerveau et le raisonnement humain

D'après V. Verschoore, les êtres humains ne seraient pas rationnels dans leur manière de raisonner mais feraient référence à la physique quantique. A découvrir:
L'auteur cite un billet de mon blog; le voici:
http://promphilo.blogspot.com/2007/03/certitude-et-incertitude.html

19 décembre, 2011

Blog autour de Jacques Bouveresse

Je tiens à communiquer l'existence d'un blog autour de J. Bouveresse transmis par un lecteur. On peut y lire notamment un entretien de Y. Schmitt à propos de l'ouvrage "Que peut-on faire de la religion" ?". Je vais essayer en fin de soirée de parcourir l'entretien en question.
Bonne lecture:

18 décembre, 2011

Genre, transexualité et Inde

La semaine dernière, dans le cadre de notre projet , nous avons accueilli L. Hérault, spécialiste de la transexualité. De ce fait, nous avons évoqué certaines caractéristiques des sociétés d'Inde du Nord, à travers la figure des Hijras. Il me semble nécessaire d'élargir l'horizon des élèves ! Les disciplines comme la sociologie, l'éthnologie...remplissent cette fonction ( normalement, je devrais me rendre en Inde dans un  an chez des amis; difficile voyage sans aucun doute).

  Dernièrement, un sujet de thèse a été soutenu; voici le résumé de la thèse de E. Novello (transmis par L. Hérault):

"Il existe en Inde trois genres : le genre masculin, le genre féminin et le genre « Hijra ». Les personnes que ce dernier caractérise sont nées avec un sexe masculin ou une malformation sexuelle allant du micropénis à l'hermaphrodisme, s'habillent et se parent comme des femmes, et parfois sont émasculées. Elles forment une catégorie socio-religieuse panindienne et s'organisent en communautés très structurées au moins dans toutes les grandes villes. Ce travail ethnologique nous fait pénétrer à l'intérieur de la communauté implantée à Delhi, capitale de l'Union Indienne. Il nous laisse voir celle-ci tant dans sa configuration interne que dans son agencement avec la société, et nous fait partager l'intimité de certaines personnes qui la constituent. La question qui le sous-tend est celle du devenir « Hijra ». Il s'attache en effet à saisir comment des individus s'insèrent dans cette catégorie qui leur a été imposée par l'extérieur non sans bouleverser leur présence au monde, qui est socialement définie et en cela a ses propres règles, régimes relationnels ainsi que contraintes, et qui surtout les fait souffrir. De cette étude transparaissent ainsi les multiples façons dont ces individus s'identifient à cette catégorie, composent avec, s'y débattent et tentent de la dépasser que ce soit collectivement ou individuellement. En fin de compte, ce qu'elle dévoile c'est une tension constante entre un genre qui constitue une détermination sociologique et le désir de ne pas être uniquement ou pas du tout considéré à travers ce genre."



12 décembre, 2011

On ira jusqu'à la lune !

Dans les années 80, la classe de 1ère en littérature permettait de préparer la réflexion philosophique de Terminale. Ainsi, des auteurs comme Bayle, Diderot et Fontenelle étaient abordés. Il était donc possible de s'interroger sur la littérature et l'anticipation.
Voici un extrait du 2ème soir des Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle:
" Prétendons-nous avoir découvert toutes choses, ou les avoir mises à un point qu'on n'y puisse rien ajouter ? Eh! de grâce, consentons qu'il y ait encore quelque chose à faire pour les siècles à venir."

03 décembre, 2011

Le rêve et le crachat !

A lire dans la tribune de Libération, une lettre d'un jeune français qui s'indigne du refus d'accorder à sa mère la nationalité française; pour quelle France ?

27 novembre, 2011

Pour une politique de l'environnement

J'avais déjà fait un résumé en juin du livre excellent (La France d'après) de Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques. Voici un extrait du résumé de son livre (12 pages). Je suis tout à fait d'accord avec son analyse depuis mon engagement d'écolo en Normandie à 16ans:

Pour une politique environnementale

L’auteur fait un pari audacieux en démontrant que l’écologie tant en Europe qu’en France est une chance et un défi. On peut avancer trois arguments :

a) La politique environnementale est une nécessité pour les sociétés industrialisées du XXIème siècle car elles sont de plus en plus soumises aux risques du nucléaire et de la pollution. On peut affirmer que la prise de conscience écologique date depuis les années 80.

b) On peut espérer un effet distributif des politiques environnementales : certains territoires pauvres en France pourraient développer des énergies douces en utilisant leurs propres ressources. De même des pays riches soucieux d’éviter des catastrophes nucléaires aideraient les pays du Sud à financer les énergies renouvelables. Pour reprendre l’idée du philosophe J.-P Dupuy , la peur d’un désastre écologique peut être constructive puisqu’elle oblige les Etats à se montrer inventifs

c) Enfin l’écologie peut véhiculer une valeur morale essentielle ; celle de faire de nous des êtres humains à part entière ayant le désir de vivre en paix avec l’environnement. Citons l’auteur :

« Bref, à l’échelle européenne comme mondiale, l’écologie peut être un puissant vecteur d’intégration, de régulation et de redistribution qui nous permette de sortir de l’anomie marchande et libérale. » (P130).

Le constat en Europe s’impose de lui-même : elle est privée de ressources minières et doit donc trouver d’autres sources d’énergie. Notons que l’exploitation des gaz de schiste - comme cela se pratique aux Etats-Unis - ne va pas sans conséquences graves pour l’environnement. L’Europe semble consciente depuis les années 80-90 des enjeux d’une politique environnementale soucieuse de l’intérêt d’autrui. En toute logique, ce n’est pas dans l’intérêt des pays que de subir la pollution des autres ! Certes, la morale sans un certain nombre de règles contraignantes ne peut inciter les « gros » pollueurs à mieux se comporter. En ce sens, les quotas d’émission de sources polluantes constituent un progrès en la matière : il est équitable que des pays « pollueurs » payent un certain prix et que d’autres puissent bénéficier de certains droits en matière de gaz à effet de serre. Mais on peut s’interroger sur le caractère moral de cette procédure : il semblerait qu’on justifie un certain droit à polluer dans certaines limites comme on pourrait justifier tel crime ! On sait que la taxe carbone, pour être adoptée, suppose certaines habitudes culturelles. En France, elle a été remise en cause parce qu’elle semblait inégalitaire ; en effet, un individu disposant d’un salaire moyen pouvait se sentir lésé par cette taxe. Toutefois, il semble nécessaire de réfléchir à la possibilité d’une taxe carbone qui pourrait engager chaque citoyen dans l’exigence de protéger l’environnement (et cela passe par une diminution des nuisances). Il est sans doute vain – tant que les habitudes culturelles ne sont pas ancrées dans les comportements – d’exiger des citoyens et des Etats des conduites morales exemplaires ! Mais on peut sans se tromper affirmer que les conséquences écologiques dramatiques accélèrent les décisions politiques en matière d’environnement. Le Grenelle de l’environnement en France en 2007 est déjà une avancée ; même si des projets ambitieux doivent voir le jour.

La question écologique peut sans aucun doute faire l’objet d’un consensus parce que chaque citoyen est concerné par la dégradation de son environnement : les hausses de prix de l’énergie, les catastrophes climatiques, les incidents nucléaires ne font que renforcer ce sentiment de révolte : il est possible d’éviter l’inéluctable si l’on se donne les moyens de passer à une conversion écologique. Certes, l’Europe a beaucoup à faire pour envisager une politique écologique commune : là encore, il s’agit de parvenir à mettre son savoir, ses technologies, ses richesses en commun.

Mais l’avenir de la planète n’appartient pas seulement à l’Europe : elle doit inclure en son sein des pays comme les Etats-Unis, l’Inde, la Chine. Il est nécessaire selon Guillaume Duval de protéger le marché européen si l’on veut des politiques environnementales conséquentes. A ce titre, Olivier Godard entend bien défendre « une taxe carbone aux frontières » : il est logique d’étendre les mesures prises en Europe sur d’autres pays afin de ne pas déséquilibrer le marché. On se doute bien que sans ce type de contraintes, les résolutions européennes en matière de pollution des industries risquent de ne pas aboutir. Le problème est évidemment de savoir si les intérêts économiques des différents acteurs peuvent être compatibles avec les enjeux écologiques. Pour Guillaume Duval, la détermination de l’Europe en matière environnementale est sans appel :
« Il est urgent, tant sur le plan strictement industriel que sur le plan écologique, de doter l’Europe de politiques plus actives vis-à-vis de ses partenaires commerciaux et plus protectrices de son marché intérieur.» (P156).

26 novembre, 2011

Mais qui est John Malkovitch ?

A lire le dernier billet de François Loth http://francoisloth.wordpress.com/2011/11/24/john-malkovitch-a-un-probleme-avec-son-identite-personnelle/ sur le problème de J. Malkovitch. Souvent la question de l'identité est au coeur des questions soulevées par la philosophie analytique: http://www.youtube.com/watch?v=xBoz9pkaubE

12 novembre, 2011

Quelle éthique pour nos démocraties ?

Lecture attentive du dernier livre d'Alain Renaut: Quelle éthique pour nos démocraties ? Ouvrage bien argumenté tant dans le domaine de la justice que dans le domaine de la morale. En conclusion de son ouvrage - "Repenser la dignité"-, l'auteur condamne le perfectionnisme moral et le minimalisme moral; j'avoue rencontrer ce type de préoccupations éthiques... Mais je défends M. Nussbaum pour la richesse de sa pensée.
A suivre

02 novembre, 2011

Motivation éthique et motifs suite

A la demande d'une personne, je communique la table des matières de mon livre et le fil conducteur.

Chap I Motivation éthique et action morale


1 Qu’est-ce qu’agir moralement ?

2 Préférences et motivation

3 Les causes et les raisons

4 La cohérence éthique

5 Les apories de la théorie mentaliste



Chapitre II La structure motivationnelle des désirs et des croyances



1 Mouvement des animaux et délibération humaine

2 Raisonnement pratique et choix volontaire

3 Structure motivationnelle et contradiction



Chapitre III Motifs et motivation d’agir

1 L’indétermination du motif

2 Connaissance et découverte des motifs

3 Théorie de la motivation



Chapitre IV Impartialité et motivation

1 L’idéal d’impartialité

2 La critique du sophisme naturaliste

3 l’intuitionnisme de Moore et de Sidgwick

4 Exigence kantienne et impartialité humienne



Chapitre V Justice et care

1 Droits de la personne et utilitarisme

2 L’approche par les capacités

3 Care et vulnérabilité

                         ***
"Il semblerait évident qu’un homme puisse connaître les motifs par lesquels il agit. Ainsi, les motifs constituent les raisons d’une action, d’un comportement. A cet égard, on peut se souvenir du geste horrible de Raskolnikov dans Crime et châtiment : incapable de rembourser  son usurière, le héros de Dostoïevski décide de la tuer et n’hésite pas à se montrer barbare. On pourrait « comprendre » son action en tentant d’élucider les raisons de son motif ; Sonia, femme d’une grande bonté, cherche à élucider son geste. Mais Raskolnikov, au terme d’un interrogatoire éprouvant, ne parvient pas à comprendre les raisons de son action tant les motifs lui semblent complexes. Autant dire que les motifs ne peuvent être appréhendés comme des causes motrices, celles qui seraient à l’origine de l’action. Il n’existe donc pas de lien nécessaire et logique entre la cause par laquelle j’agis et les raisons ou motifs qui ont pu me conduire à telle action. "









28 octobre, 2011

Motivation éthique et motifs

Mon livre Motivation éthique et motifs (220p) devrait sortir en Janvier 2012: c'est un livre de la maturité (!!) et j'espère pouvoir le faire connaître à Toulon, Marseille, Paris dès février. Aussi n'hésitez pas à me contacter (librairies, Fnac,médiathèques...). 

23 octobre, 2011

Lynchage, droit et sacrifice

On pourrait se dire qu'en temps de guerre les dictateurs ne peuvent être épargnés. Dans le cas de Kadhafi, "l'intervention" militaire est justifiée. Il est vrai que lors d'une guerre, certains "crimes" sont permis en proportion des vies sauvées. Mais il  semble que les causes de la mort du dictateur ne soient pas claires, d'où la nécessité d'une enquête: le lynchage d'un homme par la foule en colère est bien évidemment contraire à la morale, au droit.
La réponse de J. B. J Vilmer sur le site de Non-Fiction me semble intéressante. Mais je ne suis pas sûre que la mort du dictateur atteste d'un "sacrifice" nécessaire au lien social. Il n'est pas certain qu'il ait été voulu en tant que tel. En revanche, je partage l'idée d'un changement prodigieux de l'idée de "droit de guerre"; quant à la question de "guerre juste", il me manque pas mal de connaissances en ce domaine.
Voici le lien:

16 octobre, 2011

L'empire de la valeur

A écouter sur France-Culture, La suite dans les idées le 15/10, une réflexion sur l'économie à partir de l'idée de valeur: A. Orléan montre avec beaucoup de pertinence en quoi a) une théorie économique n'est jamais fausse mais partielle et en quoi b) l'économie a tendance à se montrer normative d'où la confusion des genres dénoncée par Weber. Mais quand une théorie a la prétention de dire ce qui devrait être (en matière de finance par exemple), elle ne peut évidemment se montrer "neutre" !

15 octobre, 2011

Hommage à ma grand-mère !

Ma grand-mère aurait eu 100 ans aujourd'hui; elle est partie il y a trois ans ailleurs. Elle était généreuse, drôle et travaillait comme aide-soignante près de Rouen. J'ai pu lui offrir un article sur le "Care" à sa mesure.
Aujourd'hui une chanson de Mickey 3 D:

14 octobre, 2011

Neuroscience et liberté

A lire le résumé d'un séminaire de J. Proust, auteure de La nature de la volonté:  la question est bien de savoir si le progrès des  neurosciences peut conduire à une transformation des concepts de responsabilité, de liberté et de déterminisme. Sans doute, une question philosophique que je trouve toujours aussi passionnante. Il est en effet pertinent de confronter des auteurs classiques comme Malebranche à Davidson, Searle...

05 octobre, 2011

Le mensonge est le propre de l'homme

La revue Terrain présente un recueil de réflexions sur le mensonge à partir des travaux en science cognitive,  science sociale et en philosophie. La recension critique de J. Thomas expose l'argumentaire sur le site Liens Socio: il est évident que le chimpanzé trompe mais ne ment pas. Il faudrait en effet qu'il dispose des codes langagiers strictement humains et de catégories juridiques pour que l'on puisse concevoir les transgressions. Voci le lien pour la recension critique:

04 octobre, 2011

La sociologie comme philosophie politique et réciproquement

Voici un livre que les philosophes devraient lire: La sociologie comme philosophie politique et réciproquement de Philippe Chanial.
Ma recension sur le site Liens socio:

02 octobre, 2011

Contre la fête du mouton !

Chaque année, lors de la grande fête mulsumane, 200 000 moutons sont vendus et sacrifiés. En dépit du sens que peut revêtir cette tradition, il va de soi que cette pratique reste barbare car les animaux sont égorgés devant leurs congénères sans étourdissement préalable. Or, rien d'humain n'est respecté: il est évident que l'abattage doit être contrôlé. Aussi One Voice lance une campagne contre des abattages clandestins(et appel à don).
Un document sur les abattoirs, résultat d'une enquête:

24 septembre, 2011

Ruwen Ogien sur France-Culture

Ruwen Ogien était l'invité de S. Bourmeau sur France-Culture dans La suite dans les idées: comme d'habitude, le philosophe défend l'idée d'une morale minimaliste. Mais il s'explique sur  l'apport des sciences humaines/ morale. Sur ce point là, je suis d'accord. Mais comme d'habitude, je ne suis pas d'accord avec l'idée de dignité, de crime sans victime (assimilé à des crimes imaginaires). Je laisse le lien pour un ancien article écrit à propos du célèbre nain de Wackenheim.

23 septembre, 2011

De l'utilitarisme à John Stuart Mill!

A écouter Les nouveaux chemins de la connaissance, réflexion consacrée à John Stuart Mill (très belle émission sur son oeuvre) et à l'utilitarisme avec des spécialistes et traducteurs; voici les liens:
http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-john-stuart-mill-34-de-la-liberte-2011-09-07.html

A propos de l'éthique animale

J'ai été sensible à l'invitation de la ville de Saint-Cyprien pour parler de l'éthique animale en avril 2012. Je suis contente de voir évoluer les choses en ce domaine: beaucoup d'ouvrages sur la question, beaucoup de manifestations et sans doute une conscience plus fine de la souffrance animale. Je renvoie à l'étude du livre La cause animale de C. Traïni;on peut y ajouter les lectures de P.Singer, de J.B. J Vilmer, E de Fontenay,F. Burgat, P. Devienne:
http://lectures.revues.org/1295

06 septembre, 2011

Parution: la propriété collective et les services publics

A signaler, la parution d'un livre d'un spécialiste de Jean Jaurès et camarade, Bruno Antonini: La propriété collective et les services publics; septembre 2011, Le Bord de l'eau.
Voici la présentation sur le site des éditions du Bord de l'eau:
"Paul Brousse (1844-1912) est une figure un peu oubliée du socialisme français. Médecin psychiatre, collectiviste et ancien libertaire, élu au conseil municipal de Paris de 1887 à 1906 (il présidera cette assemblée municipale en 1905) et député de la Seine de 1906 à 1910, il s’est donc illustré par son socialisme réformiste de type municipal et par la création avec Jules Joffrin, suite à leur rupture avec le guesdisme au congrès de Saint-Étienne de 1882, du parti « possibiliste », la Fédération des Travailleurs Socialistes Français, en 1883. La même année, il publie en brochure La Propriété collective et les Services publics qu’il republiera en 1910 sous les bons soins encore de son journal Le Prolétaire. Dans ce court texte, Brousse expose l’essentiel de sa doctrine sur le socialisme municipal, la question communale étant, pour lui, « plus de la moitié de la question sociale ». Les services publics organisés sous la forme de la propriété collective ont pour but de réaliser par la commune et par l’État la préparation à la substitution du socialisme au capitalisme, par une voie « qui passe à égale distance de la réaction et de l’utopie ».

Comment s’articule dans le socialisme réformiste de Paul Brousse la question de la propriété collective avec celle des services publics ? Selon quel statut, quel rôle et quelles finalités pour ces derniers ? Quelle vision de l’État cela suppose-t-il ?
L’enjeu philosophico-politique de La Propriété collective et les Services publics est bien celui de la souveraineté du peuple dans l’égalité entre citoyens. Les services publics deviennent alors le moyen d’organiser socialement le principe républicain d’égalité, l’outil politique de l’auto-émancipation du prolétariat pour une citoyenneté active où l’État n’est pas absent mais mis à distance par la municipalisation de certains services (régies de distribution de l’eau ou du gaz, de l’éclairage, les transports etc.). Donc, la commune chez elle et l’État chez lui.
Dès lors, les services publics sont-ils l’incarnation de l’État, sa manifestation sociale au niveau de la commune, ou bien sa pure et simple négation politique et économique par absorption locale ? Question de fond lancinante de ce texte qui s’inscrit pleinement dans les débats conflictuels entre socialistes de son temps : face aux guesdistes en France et face aux marxistes au sein de la Première Internationale au moins, également sensibilisée depuis 1874 à la question des services publics par la contribution du socialiste collectiviste belge César de Paepe.
C’est surtout contre les monopoles nés de la concentration capitaliste (mais aussi contre la conception d’un État-patron prestataire de services publics), que l’intervention de l’État et des collectivités locales devient nécessaire selon des missions monopolistiques respectivement partagées : à la commune la charge de l’unité sociale par la démocratie directe et du monopole du travail ; à l’État l’unité politique de la République et, face au monopole du capital, le monopole sur le domaine foncier, les grandes industries et l’enseignement intégral (ceci dans la nation, mais aussi d’autres services publics, internationaux, devront être dévolus à la Confédération des peuples : chemins de fer, postes et télégraphes etc.).
Plus amplement encore, au-delà de la tentative de réconciliation paradoxale entre l’anarchisme et l’État, le possibilisme de Brousse ne tente-t-il pas, dans La Propriété collective et les Services publics, de dépasser l’alternative et même l’opposition, exacerbée par les marxistes, entre réformistes et révolutionnaires, pour prolonger graduellement, par-delà les clivages, le républicanisme bourgeois en République sociale, dans la lignée du socialisme jaurésien ?"

05 septembre, 2011

Le sexe n'est pas que construction !

Nous poursuivons la discussion avec mes collègues de SVT sur la question du genre. Je viens de recevoir un très bon article du journal Le Monde à propos de l'identité (P. Picq).


04 septembre, 2011

Début de rentrée

C'est la rentrée et déjà des projets qu'il faut finaliser: dans le cadre de la formation IFSI, sur les conseils de mon collègue Franck, je vais proposer une réflexion sur le principe de bienfaisance (n'hésitez pas si vous avez des docs), puis nous allons probablement aborder la question du genre si polémique avec mes collègues de SVT (je suis d'ailleurs inscrite à un stage sur cette question); puis enfin, il faut reprendre contact avec le Café des Sciences d'Avignon. Un peu de lecture toutefois: un livre à résumer qui aborde la question du statut des sciences sociales.

31 août, 2011

Transports d'animaux vivants

Dans beaucoup de pays, j'ai vu des animaux transportés dans des conditions déplorables ! N'hésitez pas à signer la pétition pour réduire le temps de transport des animaux ; ONE VOICE:


30 août, 2011

Animalité, humanité !

Je tiens à remercier Laura-Maï Gavariaux pour la publication sur le site, Le philosophe dans la cité, de mon article écrit en 2008: la question du droit des animaux
http://www.revuedemonde.org/Le_Philosophe_dans_la_Cit%C3%A9/Accueil.html



 Je tiens à signaler une excellente émission sur France-Culture (le 31/07): l'homme est-il un animal? Avec raison, P. Descola montre que la question "le propre de l'homme" est abstraite. Depuis toujours l'apport de l'anthropologie, sciences sociales me permet d'enricher mes vues philosophiques et mes cours !

23 août, 2011

Conversations avec le bon David !

Attention, cette année est l'année du grand David HUME (1711-1776), mon philosophe préféré depuis l'âge de 18ans; fait une maîtrise (master 1) sur lui et les institutions, un DEA (master 2) sur les normes sociales et un peu lui, et un doctorat en 2000 (un chapitre sur lui et l'action):
"Colloque international, Paris, du 6 au 8 septembre 2012

« L'exemple le plus éclatant de l'épanouissement du savoir sous un pouvoir absolu est celui de la France, qui n'a presque jamais connu d'état de liberté, et qui a pourtant porté les arts et les sciences aussi près de la perfection que toute autre nation. Il se peut que les Anglais soient de plus grands philosophes, les Italiens de meilleurs peintres ou musiciens ; les Romains furent de plus grands orateurs ; mais les Français sont les seuls, les Grecs mis à part, qui ont été à la fois philosophes, poètes, orateurs, historiens, peintres, architectes, sculpteurs, et musiciens. Au théâtre, ils ont surpassé même les Grecs, eux qui surpassent de loin les Anglais. Et dans la vie ordinaire ils ont très largement perfectionné cet art, s'il en est le plus utile et le plus agréable, /l'art de vivre/, l'art de la société et de la conversation. » (/De la liberté politique/)
« Notre jalousie comme notre haine de la France sont sans bornes ; et il faut admettre que le premier sentiment, au moins, est raisonnable et justifié. » (De la balance commerciale)
Ce colloque, qui combine conférences publiques, sessions de travail et tables rondes, se propose d'explorer un sujet qui n'a jamais été traité avec l'attention qu'il mérite : les relations particulières avec la France qui ont contribué à faire de David Hume le philosophe, l'homme de lettres, l'essayiste politique, l'économiste et l'historien qu'il fut.
On attend des communications, en français ou en anglais, dans trois domaines : l'influence des penseurs français sur Hume ; son expérience parisienne et provinciale lors de ses séjours en France (et sa correspondance avec des Français) ; sa postérité et son influence en France, en particulier aux 18^e et 19^e siècles. Quelle que soit l'approche adoptée, philosophique, politique, historiographique, économique, littéraire, sociologique, etc., on espère que toutes les communications constitueront des contributions de référence aux études humiennes.
Le colloque est organisé par les professeurs Robert Mankin (Laboratoire de Recherches sur les Cultures anglophones, Université Paris-Diderot ; mankin@univ-paris-diderot.fr) et Laurent Jaffro (Laboratoire PhiCo/NoSoPhi, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; jaffro@univ-paris1.fr).
Des projets d'une page doivent parvenir aux deux organisateurs au plus tard le 1^er octobre 2011." de
Nouvelles philosophiques

10 juillet, 2011

En attendant


Départ près de  Poitiers dans une semaine: au programme la Vallée des singes, le Futuroscope puis ensuite 15 jours en Auvergne. Au programme, une analyse critique d'un livre d'économie, des lectures en philosophie politique et en théorie de la connaissance. Retour vers le 17 août.

02 juillet, 2011

Contribution: la France d'après

On peut lire ma contribution du livre de Guillaume Duval - La France d'après - rédacteur du magazine Alternatives économiques sur Liens-Socio (1/07/11); livre très instructif et très clair:

G.Duval: La France d'après, rebondir après la crise, mai 2011, Les Petits Matins

28 juin, 2011

Projet sciences Philosophie !

Nous avons réalisé un projet ambitieux avec mes collègues de SVT et mon collègue de math: donner à des élèves une culture scientifique et historique. Ainsi, nous n'entendons pas séparer "sciences expérimentales" et "sciences humaines". Ma position est assez modérée: je ne fais pas de la science une matière à part entière; mais je pense que la philosophie a tout à gagner à travailler avec d'autres disciplines.
Récompense: notre lycée a été sélectionné pour recevoir des intervenants; j'ai réussi à convaincre l'association d'Avignon:

Et dernièrement A. Barberousse en philosophie des sciences (double formation physique/philosophie) accepterait de venir faire deux conférences à Toulon ! Je pense qu'il est essentiel de permettre à des élèves de s'enrichir des compétences des chercheurs sans nécessairement vivre à Paris.

22 juin, 2011

Soutenance de thèse: le déterminisme et la responsabilité morale

La thèse de François de Monneron qui doit être soutenue le 24 juin à l'Université de Nantes porte sur le déterminisme et la responsabilité morale. La question de la liberté/déterminisme est pour moi passionnante! Je reste huméenne.
Voici le résumé:
Le déterminisme et la responsabilité morale.
"Le déterminisme est-il compatible avec la responsabilité morale ? Oui, répondent les compatibilistes. Or cette idée pose une série de problèmes. Pour la soutenir, il faut réfuter deux principes très intuitifs : celui des possibilités alternatives, selon lequel on est responsable de ce qu’on fait seulement si on a eu le pouvoir de ne pas le faire ; et celui du transfert de non-responsabilité (« nul n’est responsable de Y si X cause Y de manière déterministe, et si nul n’est responsable de X »). Même s’il y avait des contre- exemples à ces principes, la responsabilité par omission serait difficilement compréhensible sans l’idée d’un pouvoir des alternatives. Le compatibilisme doit donc accorder une place à l’idée d’un pouvoir des alternatives. Pour le faire sans se contredire, il analyse ce pouvoir soit de manière conditionnelle (S peut faire A signifierait « si S voulait faire A, il ferait A »), soit en termes de mondes possibles. La première analyse est un cas particulier de la deuxième, car elle revient à dire que S peut faire A s’il y a des mondes possibles où S fait A volontairement. Pour qu’un critère de ce genre ne soit pas trop souple, il faut préciser que seuls des mondes possibles proches du monde actuel sont pertinents du point de vue de la responsabilité morale. Mais comment délimiter le domaine des mondes possibles pertinents ? D’un point de vue compatibiliste, il semble impossible de résoudre ce problème de manière satisfaisante. Finalement, cette thèse ne paraît plausible que si le libertarisme est encore moins intuitif. La principale question, pour le libertarisme, sera de savoir comment l’indéterminisme physique (à l’intérieur du cerveau) permet la responsabilité morale au lieu de l’exclure."

http://www.caphi.univ-nantes.fr/Soutenance-de-these-Francois-de

19 juin, 2011

The evidence of the evidence is evidence !

Au Collège de France,dans le cadre du séminaire sur l'épistémologie du désaccord, le 23-24 juin.
L'évidence n'a pas à être justifiée puisqu'elle est ce que l'on a sous les yeux ! Voici le programme:

17 juin, 2011

Deux beaux textes au Bac 2011

Deux beaux textes au bac de philosophie en TS et en TS: Pascal, sur le mensonge, l'intérêt général; Sénèque sur la générosité ! Mais un carton rouge pour le texte donné en série STG: l'idée de conscience chez Bergson va poser problème et les questions redondantes n'aident pas les élèves (sans une note d'explication pour le terme "contingent").


Extrait
TS; Pascal

« Chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu’on appréhende plus de blesser ceux dont l’affection est plus utile et l’aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien. Je ne m’en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu’ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu’ils servent ; et ainsi, ils n’ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.
Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n’en sont pas exemptes, parce qu’il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, quoiqu’il en parle alors sincèrement et sans passion.
L’homme n’est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soimême et à l’égard des autres. Il ne veut donc pas qu’on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son coeur. »

TES; Sénèque
"Si c’est l’intérêt et un vil calcul qui me rendent généreux, si je ne suis jamais serviable que pour obtenir en échange un service, je ne ferai pas de bien à celui qui part pour des pays situés sous d’autres cieux, éloignés du mien, qui s’absente pour toujours ; je ne donnerai pas à celui dont la santé est compromise au point qu’il ne lui reste aucun espoir de guérison ; je ne donnerai pas, si moi-même je sens décliner mes forces, car je n’ai plus le temps de rentrer dans mes avances. Et pourtant (ceci pour te prouver que la bienfaisance est une pratique désirable en soi) l’étranger qui tout à l’heure s’en est venu atterrir dans notre port et qui doit tout de suite repartir reçoit notre assistance ; à l’inconnu qui a fait naufrage nous donnons, pour qu’il soit rapatrié, un navire tout équipé. Il part, connaissant à peine l’auteur de son salut ; comme il ne doit jamais plus revenir à portée de nos regards il transfère sa dette aux dieux mêmes et il leur demande dans sa prière de reconnaître à sa place notre bienfait ; en attendant nous trouvons du charme au sentiment d’avoir fait un peu de bien dont nous ne recueillerons pas le fruit. Et lorsque nous sommes arrivés au terme de la vie, que nous réglons nos dispositions testamentaires, n’est-il pas vrai que nous répartissons des bienfaits dont il ne nous reviendra aucun profit ? Combien d’heures l’on y passe ! Que de temps on discute, seul avec soi-même, pour savoir combien donner et à qui ! Qu’importe, en vérité, de savoir à qui l’on veut donner puisqu’il ne nous en reviendra rien en aucun cas ? Pourtant, jamais nous ne donnons plus méticuleusement ; jamais nos choix ne sont soumis à un contrôle plus rigoureux qu’à l’heure où, l’intérêt n’existant plus, seule l’idée du bien se dresse devant notre regard."

15 juin, 2011

L'évidence contre Agrippa !

Il peut être difficile de parvenir à la certitude lorsque deux protagonistes ne s'en tiennent pas à la même rigueur du raisonnement. Le célèbre trilemme d'Agrippa menace -t-il la vérité ? Pour ce faire, il suffit de s'interroger sur la constitution de la preuve juridique. Par exemple, je découvre un plagiat en confrontant deux documents (un plagiat d'inspiration). Pour moi, c'est de l'ordre de l'évidence : un juge, sans être expert, pourrait faire le même constat. Mais ensuite, il faut des preuves et là une commission d'experts peut en décider. En un certain sens, le raisonnement juridique consistera soit à valider "l'évidence de départ", soit à en démontrer la fausseté. Est-ce pour autant signifier la défaite du scepticisme destructeur ?
Cette question exige une investigation; on peut lire ce très bon article de P. Engel à propos de la vérité de la démonstration, du trilemme d'Agrippa:



12 juin, 2011

Viva la vida : Plagiat ?

On peut s'interroger en écoutant la version de Viva la vida de Coldplay sur la reprise d'un morceau du guitariste Joe Satriani. Est-ce du plagiat ? A vous de juger. Je tiens à préciser que pour la propriété intellectuelle (oeuvres de l'esprit), la loi est précise et peut même surprendre.
A suivre.


11 juin, 2011

Conf au Collège de France: de nos dispositions à connaître et des vertus de la connaissance comme enquête

Une conférence très intéressante de Claudine Tiercelin, professeur au Collège de France, le 8 juin 2011. L'auteur reprend avec beaucoup de clarté le débat Clifford/James. Il s'agit de montrer que l'enquête vise la connaissance; en cela , elle suppose une norme de vérité (je transmets le texte de Pascal Engel). De ce fait, on peut penser que la croyance vise la connaissance de la vérité (normes des "raisons suffisantes"). Mais il y a une ambigüité chez James entre le niveau "épistémique" et le niveau "éthique" (si j'ai bien compris).
Mais il va de soi qu'une assertion vise le réel (elle pourrait bien sûr porter sur un contenu fictif) et donc en conséquence assume sa responsabilité. L'auteur évoque la question du doute: il est évident qu'il faut distinguer une attitude sceptique d'un doute fondé sur des raisons dont l'origine serait "un choc": je crois que tous les diamants sont précieux et j'en découvre un qui a l'apparence d'un diamant: quel choc !
 Je trouve très pertinente la réfutation de J. Habermas par C. Tiercelin. Le but de la communication est de faire en sorte que l'auditeur adhère à notre croyance. C'est pourquoi la logique du conflit semble l'emporter sur la logique de l'accord (prochain cours, le 15/06):

L'éthique de la croyance; P. Engel
Le débat Clifford/James; R. Hall

10 juin, 2011

Politique, économie !

Je suis contente: une grande revue de philosophie a accepté ma proposition de faire un compte-rendu d'un livre de politique /économie ! J' ai beaucoup de pression car il faut faire un compte-rendu de 6 à 8 pages. Mais il est important de faire connaître des perspectives constructives sur la France d'un auteur intègre !
A suivre en septembre.

08 juin, 2011

Jurisdoctoria: appel à contribution

Je viens de recevoir un appel à contribution d'une revue juridique dont le thème est la décision; thème vraiment passionnant. Ce qui est intéressant dans les cas de litige, c'est la nécessité de penser les limites du droit (je m'expliquerai plus tard).

06 juin, 2011

Le paradoxe de la pensée par Vincent Citot

Vincent Citot, philosophe, photographe, rédacteur d'une revue de philosophie m'a fait parvenir il y a 15 jours son dernier ouvrage Le paradoxe de la pensée. Il est vrai que pour moi, cette lecture demande beaucoup de concentration. En effet, par ma formation à Aix-en- Provence, j'ai plutôt l'habitude d'analyser des problèmes et d'en montrer les limites à la manière d'un Wittgenstein ou d'un Hume. A lire avec attention.
Voici mon résumé:


"Dans son dernier livre Le paradoxe de la pensée, Vincent Citot entend bien montrer que l’homme est un sujet pensant. Mais les exigences de la pensée sont contradictoires : d’une part, le philosophe affirme sa confiance dans le réel ; et d’autre part, le philosophe se défie du réel par un travail de « l’intelligence critique ». Dès lors, le but du livre est de déterminer les conditions d’une pensée juste.

Il faut, selon l’auteur, à travers une dynamique temporelle, promouvoir la thèse d’un scepticisme constructif. En effet, la pensée philosophique est une activité qui engage la responsabilité du penseur. En quelque sorte, elle ne peut s’enfermer dans le dogmatisme de la raison ni dans un nihilisme destructeur. De ce fait, l’auteur propose une grille de lecture du dynamisme de la pensée assez risquée :

a) Certaines doctrines apparaissent « dogmatiques » par manque de scepticisme

b) Certaines pensées sont trop sceptiques ce qui conduit inexorablement au matérialisme, au naturalisme…

C’est pourquoi le scepticisme constructif apparaît comme une voie moyenne entre « l’excès de réductionnisme » et « le défaut de scepticisme ». Mais n’est-ce pas choisir un parti- pris pour le moins discutable ? Il est vrai que la compréhension critique des théories philosophiques exige un recul, une distance ; en ce sens, il semble nécessaire de faire des choix d’interprétation dans la relecture des œuvres philosophiques. Mais le propos de l’auteur est de les situer dans un mouvement dynamique et temporel. De ce fait, l’exigence critique et sceptique constitue le moteur de la pensée : il n’y a pas de travail de la pensée sans dénonciation, sans dépassement des certitudes immédiates. Citons l’auteur :

« Il faut commencer par descendre puisque nous sommes déjà perchés sur les cimes de multiples croyances quand l’esprit du scepticisme entreprend son travail de sape. » ( p 27).

Faut-il pour autant affirmer que l’histoire de la pensée philosophique, c’est la victoire d’un « scepticisme croissant » de Montaigne en passant par Hobbes, Spinoza, Hume, Marx, Wittgenstein ? Il semble - mais ce n’est pas le propos de l’auteur -, qu’il faut situer ces démarches dans leurs contextes, dans leurs problématiques spécifiques. L’auteur ne risque t-il pas de faire un usage abusif du « scepticisme » ? A notre sens, la tentative de Wittgenstein est bien de ne pas sombrer dans une sorte de scepticisme destructif sans pour autant célébrer le positivisme logique ! Or, pour Montaigne par exemple, les problèmes ne sont pas similaires.

Il est vrai que le scepticisme « intelligent » fait un usage raisonnable du doute. Avec raison, l’auteur montre comment l’intellectualisme en tant qu’acte de foi a été combattu (très belles pages sur le rapport entre la philosophie et la religion). Au nom précisément d’une exigence humaniste et sceptique, V. Citot célèbre le poids de la responsabilité qui caractérise le sujet pensant. Mais la pensée a aussi un dehors : elle accepte le dialogue avec la science à certaines conditions…pourrait-on dire. Il ne s’agit pas de valoriser un discours « scientiste » clos sur lui-même. L’exigence humaniste ne consiste-t-elle pas à confronter la science à des valeurs morales ?

Toutefois, nous sommes opposés à l’idée selon laquelle la science est condamnée dans sa tentative de « réduction » : il semble évident que la science doit expliquer les phénomènes par un ensemble de lois ( notons toutefois que tous les « matérialismes » ne sont pas réducteurs ; en philosophie de l’esprit, le philosophe américain Davidson « dialogue » avec Spinoza, Kant). Mais cela n’implique pas que toute théorie matérialiste conduise nécessairement au relativisme. Car, la tentative est grande de concevoir l’empirisme, le matérialisme comme des formes de relativisme. Citons l’auteur :

« Cette domination mondiale de la pensée réductionniste contemporaine confirme ce que nous laissions entrevoir plus haut sur le marché séculaire de l’histoire occidentale : l’Occident devient de plus en plus sceptique, à l’heure même où, économiquement et géopolitiquement, il amorce un déclin relatif qui semble de plus en plus irrémédiable. » ( p122).

Il est faux de conclure à l’identité du matérialisme d’Helvétius et à l’empirisme d’un Hume. Dans le Traité de la Nature humaine, le philosophe écossais distingue les impressions primitives des idées de réflexion. De même, il est abusif de penser que l’empirisme mène à une forme de relativisme ; encore faut-il le prouver. L’originalité du scepticisme de Hume est son caractère « modéré », « méthodologique » pourrait-on ajouter. Dès lors, l’auteur fait un choix d’interprétation lorsqu’il écrit :

« Le relativisme est la conséquence de l’empirisme et du pragmatisme. » (p 85)

Enfin, la question de la nature de l’acte de penser est posée : la philosophie doit- elle augmenter « la connaissance des choses » ou « enrichir la réflexion » ? Avec raison, Vincent Citot montre que l’on ne peut penser sans tenir compte de l’évolution du savoir.

Vincent Citot se livre à un travail exigeant sans doute trop ambitieux. Mais il pense comme il court : vite !

Il reste que cet ouvrage doit être lu car il permet de mesurer les difficultés d’une investigation essentiellement théorique. Ne faut- il pas concevoir de manière spécifique le rapport de la pensée à la pratique? Dès lors, il n’est plus nécessaire d’avoir peur du déterminisme."

Vincent Citot, Le paradoxe de la pensée, édition du felin, 2011.

05 juin, 2011

01 juin, 2011

Le Philosophoire: la science !

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le dernier numéro de la revue Philosophoire consacré à la science. E. Hache, dans un entretien avec F. Keck évoque la question des Science Studies: est-il pertinent d'étudier le rapport de la science et de la politique ? Notre conception de la science s'en trouve t-elle modifiée ?
Prochain billet: un compte-rendu du livre de V. Citot,  Le paradoxe de la pensée.

F.Keck,Un monde grippé, Flammarion, 2010

29 mai, 2011

Pitié pour les hommes !

Tout à fait d'accord avec les propos de Hélé Béji dans le journal Le Monde du 26 mai: il faut cesser de faire de la femme une victime. Le tort des fémininistes est de défendre un discours sexiste haineux suite à l'affaire DSK. De même, je comprends qu'on puisse défendre un "ami" et qu'on puisse s'étonner de son comportement.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/05/26/refusons-le-feminisme-victimaire_1527716_3232.html

Et s'il y a viol, il doit être jugé comme tel; comme une chose très grave.
A mon sens, la démocratie a pour devoir de limiter les rapports de domination entre les hommes/femmes, les blancs/Noirs, enfants/ hommes...
Il me semble qu'en France, la génération des 30 ans est plus "machiste" que celle des 60ans pour la bonne raison que les femmes sont beaucoup plus instruites, autonomes...
 

28 mai, 2011

Colloque au collège de France

Enfin, un colloque est organisé au Collège de France sur "Un tournant animaliste en anthrolpologie"   le 22, 23, 24 juin pendant la correction des copies du bac! J'ai beaucoup de respect pour l'oeuvre de P. Descola:
UN “TOURNANT ANIMALISTE”
EN ANTHROPOLOGIE ?
AN ‘ANIMAL TURN’
IN ANTHROPOLOGY ?


21 mai, 2011

DSK: de l'intime conviction à la preuve

Le feuilleton DSK se présente comme un thriller: un homme d'un grand pouvoir vient d'être inculpé pour une tentative de viol. Ces faits sont évidemment très graves. Ma conviction intime est que cet homme est coupable en raison même des chefs d'accusation. Mais je sais aussi qu'une conviction intime ne constitue pas une vérité laquelle repose sur des preuves.
Dans ce débat, je pense qu'on assiste à des dérives morales inévitables, à des évidences admises -"le pouvoir, l'argent, le sexe", à des discours féministes...
En même temps, une conviction intime repose sur des croyances. Si un homme est connu pour ses addictions, alors on peut supposer que ses comportements le conduiront au pire. En cela, on affirme une nécessité, un certain déterminisme entre l'acte et les motifs (en tant que cause) par lesquels on agit. Je songe au passage très célèbre de Hume dans L'enquête sur l'entendement humain ("Liberté et nécessité"):

"Si un homme, que je connais pour honnête et riche et avec qui je vis en amitié intime, était pour venir chez moi, où je suis entouré de mes serviteurs, je reste persuadé qu'il ne me frappera pas de son poignard, avant de partir, pour me dérober mon encrier d'argent; je ne redoute pas plus cet événement que la chute de la maison elle-même, qui est nouvelle et bien bâtie sur de bonnes fondations. _ mais il a pu être saisi d'une folie subite et inconnue._ C'est ainsi que peut se produire soudain un tremblement de terre qui secoue ma maison et me la fasse crouler sur la tête. Je changerai donc d'hypothèse."
 Pour autant, doit-on reconnaître la même nécessité à toutes les causes ?  N'est-ce pas précisément notre connaissance du cours des actions humaines et notre expérience de la nature humaine qui nous conduisent à postuler une nécessité dans les événements ?
 La liberté est dans ce cas bien mince - un pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon les déterminations de la volonté.
De ce fait, on peut reconnaître une certaine plausibilité dans les actions d'un homme. Et je ne suis pas du tout certaine (comme le prétendait une personne de ma famille) qu'un homme politique est "blindé" contre toute pulsion sexuelle.
Il reste qu'une conviction intime n'est pas une preuve. La vérité d'un fait doit être établie. Maintenant, il est question de procédure judiciaire. Et à juste titre, la procédure "accusatoire" n'est pas parfaite puisqu'elle repose en grande partie sur l'habileté des avocats...

18 mai, 2011

12 mai, 2011

Langue et mathématiques

A l'initiative de mon collègue de math, nous recevons Stella Baruk, pédagogue, spécialiste des maths: enseigner une langue, est-ce la même chose qu'apprendre les mathématiques ?

10 mai, 2011

Abolition de la peine de mort

Aujourd'hui, le 10 mai 2011, je vais évoquer la question de la peine de mort par un document visuel: le discours de François Mitterrand.
L'élection de F. Mitterand, c'est ma Seconde scientifique à Rouen et l'espoir que ce changement politique  suscita. Je me souviens encore de ces petits bourgs qui craignaient qu'on leur prenne leurs biens (incroyable mais vrai) et puis la suite...

05 mai, 2011

De la bienveillance !

J'ai été très touchée par les propos réconfortants de mes lecteurs après les vilaines insultes de FC, pas encore 30 ans et déjà imbu de sa personne ! Enfin, je vais continuer à écrire et j'ai déjà une idée d'un second livre pour cet été:

28 avril, 2011

Dialoguer avec soi ou un autre !


http://www.implications-philosophiques.org/

Il arrive parfois qu'on se parle à soi-même ne serais-ce que pour éclaicir ses propres pensées; maîtriser ses propres tourments. Il existe bien sûr une tradition philosophique très riche en ce domaine. Aussi, je vous laisse prendre connaissance du thème de la revue Implications philosophiques qui me parle:



« Ludwig Wittgenstein en dialogues »

« Ce que j’écris est presque toujours un dialogue avec moi-même. Des choses que je me dis entre quatre yeux ».

« Il y a, je crois bien, une vérité dans ce que je pense parfois : qu'à proprement parler je suis simplement reproductif dans ma pensée. Je crois que je n'ai jamais inventé un chemin de pensée, mais qu'il m'a toujours été donné par quelqu'un d'autre. Tout ce que j'ai fait, c'est de m'en emparer immédiatement avec passion pour mon travail de clarification. »

25 avril, 2011

Bashung par Cantat

Je ne peux résister: ma nièce apprécie: reprise de Bashung par Cantat: "Aucun express"...
http://www.youtube.com/watch?v=kuMR5o8NqJw

22 avril, 2011

Le ciment des choses: Claudine Tiercelin au Collège de France

Claudine Tiercelin, spécialiste de Peirce occupe désormais la chaire de métaphysique au Collège de France ! Le dernier ouvrage  Le ciment des choses , ouvrage de métaphysique, est présenté par François Loth. Dès que possible, je vais commander ce livre.

20 avril, 2011

Michael Jackson et Barack Obama

Enfin, l'article écrit il y a presque deux ans pour une revue juridique va donc voir le jour en avril 2011! Voici une petite introduction à lire:

"Dans le récit autobiographique Les rêves de mon père, Barack Obama, Président
des États-Unis d’Amérique raconte comment il prit conscience, en consultant le
magazine « Life », de la couleur de sa peau en constatant que certains noirs essayaient
de changer la leur. Au-delà de cette anecdote, il suffit de se souvenir de la
pop star Mickaël Jackson mort en juin 2009 qui ne cessa au cours de sa vie de
blanchir sa peau, sans doute par refus de sa propre négritude. Ces deux illustrations
montrent la difficulté et la complexité à assumer sa propre différence dans un monde
régi par les rapports de force entre ethnies, entre cultures et entre sexes opposés.
Dans cet article, nous souhaiterions analyser la manière dont les premières
féministes américaines de Gilligan en passant par Tronto, Friedman dans les années
80 tentent de concilier les exigences de la justice sociale avec une éthique d’un
genre spécifique – l’éthique du Care. Carol Gilligan entend montrer qu’une autre
sensibilité en politique peut s’exprimer, par la voix de la sollicitude, du soin apporté
à autrui. Plus précisément, il s’agit de faire appel à la bienveillance naturelle des
femmes afin de mettre fin à toute forme de discrimination et d’exploitation entre les
hommes et les femmes, mais aussi entre les individus de couleur blanche et de
couleur noire...