30 décembre, 2009

Albert Camus, solitaire et solidaire


Voilà un beau livre Albert Camus Solitaire et solidaire offert par mon neveu: un homme libre et généreux: je vois déjà des analogies avec George Orwell du côté anglais !

22 décembre, 2009

Contre la consommation excessive de viande !

Dans un contexte de crise, je me demande toujours pourquoi les gens pensent être heureux en consommant du foie gras ! N'oublions pas l'origine de ce mode barbare de production ! Mais plus encore, le fait de consommer en énorme quantité de la viande encourage les inégalités puisque les animaux sont de gros producteurs d'énergie ! Les paroles de l'utilitariste Peter Singer, défenseur de la cause animale, ne sont donc pas vaines: aujourd'hui, certains économistes montrent la nécessité de changer notre mode de consommation afin de réduire les disparités sociales.

Les vacances de Noël !!

Elles sont là; et ma maison est prête à accueillir demain une partie de la famille.Puis ce sera le réveillon le 31 à Gréoux.
Sinon, j'ai à préparer un entretien sur la morale sportive pour une revue et un cours sur l'éthique animale en janvier.
Bonnes vacances

17 décembre, 2009

De George Orwell à Martha Nussbaum !


A lire absolument le magazine littéraire de décembre avec les meilleurs spécialistes de George Orwell. On peut découvrir une analyse intéressante de Martha Nussbaum à propos de 1984: ce qui intéresse Orwell, c'est le coeur de l'homme.

16 décembre, 2009

Histoire et formation scientifique

Voici le propos de Patrick Ducray, prof de philo à Barcelone à propos des terminales scientiques. J'aimerais -si possible - des précisions (voir son commentaire sur le précédent message).
Je cite P. Ducray (blog, philotropes):


"En m'appuyant sur mon expérience, je ratifie cette idée. On transmet aux lycéens scientifiques des connaissances scientifiques mais on ne forme pas des esprits scientifiques. Je me souviens avoir lu il y a quelques années un article d'Henri Broch qui défendait, preuves à l'appui, qu' autant les lycéens scientifiques que les étudiants de Licence dans les disciplines scientifiques, croyaient dans l'astrologie par exemple et dans des phénomènes paranormaux autant qu'une population de gens du même âge dépourvus de connaissance scientifique. C'est au départ très décevant de réaliser cela mais je le vérifie souvent. Paradoxalement dans les classes de S, c'est l'enseignement de la philo qui peut contribuer au développement de qualités comme la rigueur conceptuelle, le respect des faits etc. Même dans ces classes, ça ne va pas de soi pour prendre l'exemple d'un être imaginaire de mentionner le fantôme. Certains accusent de préjugés celui qui croit que les fantômes n'existent pas. Comme si la prise de conscience par eux d'une historicité des sciences les conduisait majoritairement à identifier une vérité scientifique à rien de plus qu'une croyance collective (quand j'ai commencé ma carrière, les lycéens scientifiques étaient scientistes, aujourd'hui pas mal sont "postmodernes" et c'est au prof de philo de défendre quelquefois la valeur des vérités scientifiques - car spontanément ils soutiennent l'argument de l'induction pessimiste.)"

13 décembre, 2009

Que cache la disparition de l'histoire ?

Sur le blog de Philotropes (Dutant et amis), il est question de la disparition de l'histoire. Mais l'analyse me semble assez maladroite. Alors que cache la disparition de l'histoire en TS?

Le bac S (ou C) constitue depuis les années 70 la voie d'excellence en partie pour des raisons économiques. Or, à notre époque, on constate qu'il manque des scientifiques notamment dans la poursuite d'études supérieures. Mais la société a besoin de scientifiques. Par la suppression de l'histoire en TS, on espère que les élèves consacreront plus de temps aux matières scientifiques.
Mais c'est un mauvais calcul, car ce n'est pas ainsi qu'on redonnera goût à la science. L'année dernière, nous avons mené une enquête avec mon collègue de math auprès de 200 élèves de S: 40 % "avouent" ne pas avoir de goût particulier pour la science, notamment les maths, mais s'orientent ainsi par choix utilitaire (la filière S offrant plus de débouchés). Toutefois, les lacunes en science existent, et c'est au prof de philo de les combler en un an (comme le fait remarquer Patrick Ducray, prof de philo à Barcelone), alors qu'il suffirait d'intégrer une approche historique des questions scientifiques pour que les élèves puissent bénéficier d'une culture digne de ce nom ! Car au final, ce sont les "meilleurs" élèves de S qui intégreront les filières d'excellence - les grandes écoles restant une spécificité française.

Hélas, cela participe à la "destruction" de la série littéraire: pour des raisons strictement utilitaires, la société et les décideurs ont tendance à dévaloriser cette série. Et c'est avec colère qu'une ancienne élève de TL qui a obtenu plus de 17 au bac fait un constat amer de ses années à travailler pour obtenir si peu de reconnaissance.

La question n'est pas de distinguer "la culture littéraire" de "la culture scientifique", mais comment faire cohabiter la vision moderne, utilitariste du monde avec la culture scientifique et littéraire.

07 décembre, 2009

George Orwell comme personne !

Il faut saluer le travail des éditions Agone: un immense chantier sur l'oeuvre de G. Orwell se poursuit. Le directeur des éditions Agone, Jean-Jacques Rosat, commente sa découverte de cet auteur majeur.
Quant à moi, j'aime comme chez Jack London, cette liberté de pensée de l'écrivain, journaliste anglais. Mais c'est vrai que G. Orwell n'est pas entièrement compris en France, à cause justement de cette indépendance d'esprit. Et puis surtout certains intellectuels ne s'imaginent pas qu'on puisse être "socialiste", "patriote", "révolutionnaire". J'ai bien envie cette année de lire quelques extraits de l'oeuvre d'Orwell à mes élèves sur la période de la guerre froide.
Alors n'hésitez pas à consulter les ouvrages de la collection AGONE.
Voici l'entretien avec Jean-Jacques Rosat, disponible sur le site des éditions AGONE.

"Après avoir cheminé aux côtés du chroniqueur des années 30 et de l'auteur de 1984, qui mieux que lui pouvait nous parler d'Orwell ? Jean-Jacques Rosat est agrégé de philosophie. Il a été professeur en lycée (1979-1999). Depuis 1999, il est attaché à la chaire de philosophie du langage et de la connaissance au Collège de France où il exerce des fonctions de maître de conférences. Depuis 2000, il est directeur de la collection Banc d'essais aux éditions Agone (Marseille) où il a publié La politique selon Orwell (John Newsinger, 2006), A ma guise (2008) et Ecrits politiques (2009). Il a répondu aux questions d'Envrak au cours d'un entretien téléphonique.

Les textes de George Orwell sont peu édités en français. Pourquoi ?

Aujourd'hui, on peut dire que la quasi intégralité de son œuvre est accessible en français. Ça n'a pas été le cas pendant longtemps et ça a été très lent, mais aujourd'hui on a pratiquement tout. Sur la réception d'Orwell en France, il y a un contraste. D'un côté, Orwell est une espèce d'icône, on lui rend hommage régulièrement. En même temps, les grands éditeurs se sont complètement désintéressés d'Orwell, ce sont les petits éditeurs qui ont fait le travail. En Angleterre et aux Etats-Unis, Orwell est reconnu comme un penseur politique important. Il est étudié en classe en tant que maître de la prose anglaise du XXe siècle.

Comment expliquez-vous ça ?

Il y a trois types de raisons. D'abord des raisons politiques. Orwell est un homme de la gauche radicale, un socialiste révolutionnaire antistalinien, non communiste et non marxiste. Ça, en France, ça n'a pratiquement pas de place sur l'échiquier politique. Jusque dans les années 70 en France, si on était un homme de gauche radicale c'est qu'on était marxiste. Après est apparu le thème de l'antitotalitarisme, mais ceux qui ont développé ce thème sont devenus des adversaires de tout socialisme ou de toute conception égalitaire de la société : Bernard-Henry Lévy, Alain Finkielkraut... La vraie famille politique d'Orwell en France a très peu de représentants.

Deuxième raison, Orwell n'est pas non plus un théoricien. Or en France, un penseur doit avoir une théorie. Il y a enfin un mépris littéraire. En France il y a un culte de la littérature pure, alors qu'Orwell disait qu'il voulait « faire de l'écriture politique un art ». C'est mal vu. Kundera l'accuse d'avoir trahi la littérature, d'avoir fait de la propagande avec 1984.


Si je m'en réfère à ma propre expérience, j'ai étudié La ferme des animaux et 1984 au lycée, ça m'avait paru intéressant mais j'en étais resté à la surface. Et j'ai découvert le reste de son œuvre cet été. A 18 ans, je n'avais pas la maturité suffisante pour comprendre ça.

Savez-vous comment j'ai découvert Orwell ? J'ai commencé à le lire à 35 ans. C'est un élève qui me l'a fait découvrir, en cours de philo. J'avais l'idée que c'était un truc dans le genre Le meilleur des mondes, ça ne m'intéressait pas. J'ai découvert que c'était un très grand roman politique et philosophique sur la vérité, le langage, la mémoire, le pouvoir. Très vite, j'ai fait lire 1984 à mes élèves, j'ai fait des cours en m'en servant.

En quoi les écrits d'Orwell sont si modernes ? Que nous disent-ils sur notre époque ?

La préoccupation d'Orwell, c'est l'homme ordinaire, vous et moi, tout un chacun. Pour juger, nous nous appuyons sur nos expériences, notre environnement quotidien. Orwell avait compris qu'il y a des forces dans le monde moderne qui détruisent l'homme ordinaire, qui le coupent de sa propre expérience et qui font en sorte qu'on ne juge plus à partir de ce qu'on voit et de ce qu'on entend, mais en étant pris par la déformation permanente de la langue. On en a des exemples tous les jours. C'est toujours notre problème d'aujourd'hui.

Ce qui intéresse Orwell, ce ne sont pas les camps de concentration, la torture, c'est la façon par laquelle on cherche à remodeler les esprits. Ça existe aussi dans des systèmes qui ne sont pas totalitaires. Regardez la manière dont Bush a voulu justifier la guerre contre l'Irak avec les armes de destruction massive qui n'existaient pas, c'est un procédé typiquement « orwellien ».

Récemment, il y a eu cette histoire avec Sarkozy qui racontait avoir été à Berlin le 9 novembre 1989 en dépit de toute vraisemblance...

Que des gens aient commencé à trafiquer leurs blogs ou leurs interviews pour coller avec la version du Président, c'est typiquement un procédé de falsification comme le décrit Orwell. C'est un signe du mépris absolu de la réalité et des faits. Je pense que sur le fond, c'est grave. Même s'agissant d'un « événement » aussi ridiculement mince. Le fait qu'on essaie de le faire, et que ça soit près de réussir, c'est très important.

Pourriez-vous définir la notion de common decency, si importante dans l'œuvre d'Orwell ?

La moins mauvaise traduction, c'est la décence commune. C'est le sentiment qu'il y a des choses qui se font et d'autres qui ne se font pas. C'est presque instinctif, spontané. On peut avoir cette réaction quelle que soit notre morale ou notre religion : c'est un sentiment d'injustice insupportable, ça ne devrait pas exister. Le meilleur exemple de décence commune, c'est ce qui se fait aujourd'hui avec les enfants de sans-papiers quand les flics viennent les chercher à la sortie de l'école. Des gens qui ne sont pas des militants, qui n'ont jamais milité, trouvent ça insupportable : ce n'est pas possible, on ne peut pas laisser faire ça. Et ils agissent, parfois au-delà des limites de la légalité.
Orwell a toujours défendu l'idée que sans le socle de la décence commune, il n'y a pas de société socialiste ou même tout simplement humaine possible. On a besoin d'un socle de valeurs de base sur lequel s'appuyer pour vivre ensemble. Cette idée a une force politique. Ceux qui allaient se faire tuer sur des barricades, ce n'était pas pour la collectivisation des moyens de production, mais pour une société plus décente et plus fraternelle. Si on oublie ce socle, les réformes les mieux pensées n'aboutiront à rien.

Parlez-nous de l'organisation des éditions Agone. Comment se répartissent les responsabilités? En quoi cette organisation est originale dans le milieu de l'édition ?

Agone est une association. On ne fait pas de profit, on ne reçoit pas de prêt bancaire. On est donc totalement indépendants. Le fonds appartient collectivement aux salariés, ainsi que les locaux. Dans le monde de l'édition, cette indépendance est très rare. Les décisions sont prises collectivement. Il y a des salariés et des collaborateurs extérieurs comme moi. Ainsi le directeur de la collection Mémoires sociales est par ailleurs postier.. Sur place, il y a un mode de fonctionnement communautaire qui gomme les hiérarchies. Ça ne veut pas dire que tout le monde fait tout, chacun a ses compétences. Chacun peut rester lui-même et il y a un grand respect des individus.

Avec Lyberagone, vous mettez en accès libre des textes et des livres sur Internet...

Notre but, ce n'est pas d'accumuler de l'argent ou de devenir un empire éditorial. Notre but est de faire connaître, de faire circuler, d'éditer des textes qui nous paraissent importants. On ne pourrait pas mettre toute notre production en ligne, bien sûr. Mais pour beaucoup d'ouvrages, il n'y a pas de concurrence entre l'édition papier et l'édition électronique. On ne lit pas de la même façon sur un écran et dans un livre : vous découvrez en ligne un extrait qui vous intéresse, est-ce que vous allez tout lire en ligne, ou essayer d'acheter le livre ? Avec les nouvelles technologies, il y a une part d'incertitude, on ne sait pas quels seront les usages dans dix ou vingt ans. Si on réfléchit bien à ce qu'on fait, il peut y avoir complémentarité entre les deux supports. Et comme on ne cherche pas à faire du profit, ça nous met à l'aise."

Verlad

05 décembre, 2009

DIEU en personne


J'ai découvert à partir de l'avis des documentalistes de mon lycée une BD remarquable: "Dieu en personne". C'est très original et assez subtil. A découvrir:


"Dans une file d’attente, un petit bonhomme attend patiemment son tour. Au moment de décliner son identité, il se présente sous le nom de "Dieu". Il n’a pas de domicile, pas de papiers, ni de numéro de sécurité sociale.
L’irruption de cette énigme métaphysique "en personne" déclenche un phénomène médiatique majeur car la confirmation de certains prodiges ne laisse plus de place au doute. Dieu s’est incarné parmi les hommes, mais le moment de stupeur passé, c’est un procès géant qui va bientôt s’organiser contre ce "Coupable Universel"."