27 mars, 2009

Pour la mémoire de Jean Jaurès


Un ami Bruno Antonini, spécialiste de Jean Jaurès, vient de me communiquer cette information: le FN veut s'emparer de la figure de Jean Jaurès;une faute grave à dénoncer:


"Quand le FN assassine Jaurès une seconde fois…
Pour lancer sa campagne des élections européennes de juin prochain dans la région Sud-ouest, le Front national vient d’éditer un tract et une affiche (déjà apposée sur les murs de plusieurs villes) scandaleusement mensongers. Après avoir repris, hors contexte, une phrase de Jaurès (« A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien »), ces deux documents affirment en effet, en reproduisant un portrait connu du personnage, que le député socialiste du Tarn aurait voté Front national.
C’est particulièrement malhonnête et c’est bien mal connaître Jaurès que de le faire parler ainsi un siècle après sa mort… Et cela ne repose bien sûr sur aucun fondement historique.
Les nationalistes et la droite d’alors l’ont en effet sans cesse insulté, méprisé, menacé, agressé, et ce qu’il a fait et qu’il représente est encore aujourd’hui profondément honni de l’extrême droite et d’une bonne partie de la droite.
Nous assistons donc à une campagne d’opinion indécente qui a pour but de perturber les programmes en cours relatifs au 150e anniversaire de la naissance de Jean Jaurès. Et ce n’est pas un hasard si c’est dans la région toulousaine qu’a été conçu ce « coup médiatique », puisque c’est là que rayonne le plus la mémoire du leader socialiste et que les projets culturels les plus ambitieux ont été décidés.
Tout au long de sa vie politique, notamment lors de l’affaire Dreyfus et au moment du débat contre la loi de trois ans de service militaire, les nationalistes l’ont traité d’ennemi de la France, de sans-patrie, de lâche et de traître. A l’approche de la crise de l’été 1914, leur presse et une partie des titres conservateurs ainsi que les Maurras, les Daudet, les De Waleffe, les Franc-Nohain ont même armé, par leurs propos haineux et serviles, le bras de son assassin. Oui ! ce sont bien les allégations mensongères et les attaques directes de l’extrême droite et de la droite extrême d’alors qui ont tué Jaurès. Et ceux-là mêmes qui se situent aujourd’hui dans la lignée directe de ces mouvements d’idées et d’action et de ces pousse-au-crime, se réclameraient à présent de lui ? C’est un comble !…
Nous ne pouvons accepter qu’ils salissent ainsi la mémoire de Jaurès. Sans dénier à quiconque le droit de le citer, dans la mesure où les principes d’honnêteté intellectuelle et de probité de langage et de méthode sont observés, et sans nous ériger en gardiens d’une mémoire unique et d’un temple jaurésien intouchable qui n’existent pas, nous voulons seulement remettre l’histoire à sa place et rappeler quelques points fondamentaux de la vie du Grand homme qui savait, lui, respecter ses adversaires…
Jaurès était profondément attaché à son pays, à la nation française, tout en étant internationaliste. Il aimait la France, mais pas celle de la droite et de l’extrême droite monarchiste, cléricale et nationaliste. Nul besoin de jouer sur la complexité historique du mot Patrie pour affirmer cela. Il aimait en effet la France républicaine, celle des Lumières et de la révolution de 1789, celle des Quarante-huitards, de la Commune, de Hugo et de Zola ; celle qui lui paraissait de plus en plus en capacité, grâce à la progression du socialisme et du syndicalisme, d’imposer la République sociale qu’il appelait de ses v½ux. Il s’est maintes fois prononcé en faveur d’une « armée nouvelle », liée à la nation, défensive et débarrassée du code militaire barbare alors en vigueur.
Il s’est battu pour les droits de l’homme, mais de tous les hommes, pas seulement des Français. Il a par exemple défendu les militants syndicaux poursuivis et son plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort demeure un des moments forts de son engagement. Il s’est aussi prononcé à différentes reprises pour le droit de vote des femmes, mesure à laquelle s’opposaient avec acharnement tous les conservateurs (et en ce domaine, nous le savons, il y en avait aussi à gauche …) appuyés sur le Sénat.
Il a lutté, en outre, contre la politique coloniale de la France, pour l’accession des musulmans d’Algérie à la citoyenneté, contre l’antisémitisme et le racisme. Dans un de ses derniers articles (L’Humanité, 24 juin 1914), il demandait par exemple de « protéger les ouvriers étrangers contre l’arbitraire administratif et policier pour qu’ils puissent s’organiser avec leurs camarades de France et lutter solidairement avec eux sans crainte d’expulsion ».
Au sein de l’Internationale socialiste, dont il fut un des deux représentants français, il a oeuvré en faveur de l’entente entre les peuples et de la paix. Il voulait aussi que soient établies des règles de droit (tel l’arbitrage obligatoire) qui dépassent le cadre politique national. Contre la guerre de revanche, il s’est sans cesse opposé au nationalisme cocardier et à ceux qu’il nommait lui-même « les maquignons de la patrie », souhaitant l’apaisement au moment des crises diplomatiques et le rapprochement, en vue d’actions communes, des socialistes et des salariés français et allemands. Il alla même jusqu’à proposer la grève générale simultanée en cas de guerre.
Anticlérical mais non anti-religieux, il fut aussi un ardent militant de la laïcité, de l’éducation publique et laïque et un artisan de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Ce fut là encore un épisode qui attira contre lui les foudres les plus véhémentes des droites coalisées.
Enfin, son engagement de tous les jours consistait à améliorer les conditions de travail et à étendre les droits économiques et sociaux (au profit de tous les travailleurs, et pas seulement des travailleurs français) : assurances sociales contre la maladie, les accidents du travail, le chômage…, retraites ouvrières et paysannes, impôts progressifs sur les revenus et sur les successions, baisse du temps de travail… Plus généralement, mais en l’affirmant sans relâche, il voulait créer les conditions pour qu’advienne, en France comme ailleurs, une société nouvelle débarrassée de toute forme d’oppression et d’exploitation ; une société basée sur la propriété collective et l’intervention directe des travailleurs et de leurs syndicats dans l’économie, sous l’égide d’un Etat démocratisé de fond en comble : le socialisme.
Ces quelques exemples non exhaustifs l’indiquent clairement : sa conception de l’homme, des rapports sociaux et des relations internationales, de la vie même, n’avait rien de commun avec celle prônée aujourd’hui par le FN. Ni même sa conception du passé, du présent et de l’avenir.
L’opération qui consiste à « annexer Jaurès » n’est pas nouvelle. Mais elle témoigne autant de la grandeur du personnage lui-même que de la malhonnêteté intellectuelle et politique de celles et ceux qui s’y livrent, tout en sachant que rien ne les y autorise, souvent par calcul électoral et pour brouiller les repères politiques historiquement construits. Déjà l’entourage de Pétain s’était prêté à ce jeu sous Vichy et, depuis une trentaine d’années, les milieux les plus rétrogrades du patronat lui ont emboîté le pas, en faisant circuler un texte tronqué de Jaurès, sans jamais tenir compte des observations faites par les historiens de la Société d’Etudes Jaurésiennes. Et l’on sait que le Président de la République s’est lui aussi « recommandé » du dirigeant socialiste à plusieurs reprises, durant la campagne des élections présidentielles, en utilisant tous les ressorts des plans de communication « politiciens » … L’affiche et le tract édités aujourd’hui par le FN continuent de creuser ce sillon. Sans leur donner l’importance qu’ils n’auront pas, ces documents de propagande montrent à quoi en sont réduits à présent les responsables et candidats du FN pour tenter de gagner quelques voix…
Non, vraiment, tout le monde ne peut pas se réclamer de Jaurès !
Le 150e anniversaire de sa naissance, auquel nous sommes nombreux à travailler, notamment en Midi-Pyrénées, ne fera que rappeler une nouvelle fois cette évidence. "

Alain Boscus, Rémy Cazals, Jean Faury, Rémy Pech, Rolande Trempé, (Historiens), Bruno Antonini (Philosophe), Jacques Poumarède (Historien du Droit)

26 mars, 2009

L'expérience de la guerre d'Algérie

Lecteur, tu as de la chance: je te montre les photos des rues d'Alger dans les années 1955- 1962. J'ai parfois l'impression d'avoir fait l'expérience de la guerre d'Algérie ! Etrange. En fait mon père, très jeune, a été contraint de se rendre en Algérie pour cette "guerre sans nom". Là, il a rencontré ma mère, qui y vivait (historiquement, les français d'Alsace s'étaient installés dans ce pays depuis le XIXème siècle). Et là, la compréhension de la guerre devient un objet de controverse: pour ou contre la politique du Général de Gaulle ? Ce sont de vrais sujets de dispute.
Il serait absurde de prétendre qu'il existe en ce sens une vérité absolue. Elle doit s'alimenter d'une expérience et d'une réflexion. Chanson: l'aziza, je te veux si tu veux de moi..

25 mars, 2009

De quoi héritons-nous ?

Question posée par ma soeur l'autre jour au téléphone suite à un questionnaire en psychologie qu'elle vient d'élaborer avec des étudiantes.
-"Tu sais, il y a moins de différences entre un ouvrier italien et un ouvrier français que des personnes issues de classes sociales distinctes" me disait ma soeur.
-" Certes, le déterminisme joue son rôle au sein de son milieu professionnel, familial mais ensuite il faut établir des échelles de valeurs dans la manière de faire des choix. Je m'explique: regarde les valeurs qui sont fortes au sein de notre famille; mais après tu peux montrer comment nous avons intériorisé ces valeurs (ou le contraire) au fil de ses lectures, de ses expériences, de ses rencontres..." Ai-je répondu.
-" Quelles valeurs ?"
-" A mon avis, le sens du devoir et de la justice sont fortement ancrées en nous. Mais à la différence de Fifi (l'aîné), nous sommes moins attirées par l'ordre (modèle paternel) mais remettons en cause l'existence des lois. En ce sens, la liberté et l'indépendance sont choses salutaires pour nous. Mais tous les trois, nous croyons fortement aux vertus de l'action, aux forces de la volonté. En revanche, il y a une fragilité évidente dans la constitution de nos personnalités:nous donnons notre confiance (nos rapports se sont constitués ainsi sans interdictions) et nous ne comprenons pas toujours pourquoi les individus se montrent malhonnêtes. Toi, tu fais de "nécessité vertu", mais pas moi: je conteste et déteste l'hypocrisie et donc j'explose: démission d'un association philosophique de staliniens, remise en cause d'un maître de conf à la Sorbonne, contestation des milieux très libéraux philosophiques.... D'ailleurs, je m'étonne toujous du fait que les gens fassent des compromis et ne se remettent pas en cause.."
-" Oui, mais alors tu veux avoir raison.."
-" C'est parce que les femmes ont de fortes personnalités chez nous et donc je trouve forcément très machistes les milieux intellos. Je m'y ennuie parce que je trouve les discussions fades alors que nous avions l'habitude de nous disputer sur beaucoup de sujets à table. En cours, certains élèves me disent qu'ils n'ont pas la parole chez eux; alors j'essaie de leur apprendre à défendre avec passion des idées.."
- "Bon maintenant, faut faire la synthèse de notre questionnaire !"

22 mars, 2009

Croyance vraie et croyance fausse

"Comment parvenons-nous à savoir, dans un cas donné, que notre croyance est vraie ? C'est là une des questions parmi les plus difficiles,à laquelle il est impossible de répondre de façon totalement satisfaisante."
Russell, "Le vrai et le faux", dans Problèmes de philosophie
Il faut donc distinguer deux types de jugement. En effet, "le jugement selon lequel Cassio aime Desdémone" se distingue du" jugement que Desdémone aime Cassio". Le problème dans les attitudes propositionnelles réside dans la nature de l'inférence psychologique:qu'est-ce qui m'est précisément accessible? Par exemple, si je "crois que" et si je fais part de ma croyance, j'attends dans la logique de la communication qu'une personne confirme ou réfute mon assertion. Mais l'évidence à laquelle nous parvenons est-elle suffisante pour garantir une connaissance vraie ?
B. Russell, Problèmes de philosophie,trad franç F. Rivenc, 1989 Payot

20 mars, 2009

La jalousie a-t-elle un objet ?


L'amour, dit Proust est "la torture que s'infligent deux êtres". Albertine est-elle une joueuse ou une "étoile filante" ? Serait-il possible de parler de "perversité" ou bien tout simplement d'un désir irrépressible de liberté ?


"Le problème d'Autrui à l'épreuve de la jalousie amoureuse

Conférence de Jean-Claude Dumoncel, Docteur en philosophie

Vendredi 20 mars 2009 à 18h15, Entrée libre

amphithéâtre de l'IUFM, 186 rue de la Délivrandre


D'Othello à Un amour de Swann (sans parler des prétendants autour de Pénélope) la littérature n'a cessé d'offrir à la philosophie la jalousie comme objet de perplexité.

La proposition « Othello croit que Desdémone aime Cassio » à été chez Bertrand Russell une épreuve d'analyse conceptuelle. Mais plus généralement, et littérature ou pas, il y a une Logique de la jalousie (chez Deleuze inspiré par Proust), une Ethique de la jalousie (où Spinoza légifère) et une Métaphysique de la jalousie (où Russell est relayé par Peirce). C'est donc la Philosophie entière qui est diffractée au prisme de la jalousie.

Mais une question y reste comme cachée. Si "toute conscience est conscience de quelque chose", quel est l'affect soupçonné par le jaloux dans la conscience de l'infidèle
? "

19 mars, 2009

Le slam: un moyen d'expression



Le slam c'est un moyen d'expression qui a un certain impact sur les émotions; une sorte "d'attentat verbal" pour reprendre les propos de Grand Corps Malade. C'est évident: il faut partager les émotions, les rendre vivantes. Et c'est ça qui m'intéresse dans la perspective de transmettre. Je cite:




"Le slam a giflé mon esprit puis libère les passions secouant mon envie créative restée en hibernation...La poésie dans les bars a rendez-vous avec la vie. Je l'ai vue et tu le vis, je l'avoue je l'ai suivie. Elle prend forme, elle grandit, elle rayonne et elle s'entend..."
J'écris à l'oral


D'où la fierté de Grand Corps Malade de voir ses textes étudiés au bac de français ! Imaginons les vers de Mallarmé en version slam. L'essentiel est de maîtriser une technique comme la chanson "Pères et mères" et ensuite de s'en libérer; alors surgit le sens. Il serait utile d'avoir accès aux grands textes classiques en changeant les codes, comme on peut travailler un texte de Molière avec des techniques modernes.


Un entretien avec Grand Corps Malade en 2008:

" Pouvez-vous expliquer l’expression "J’écris à l’oral", utilisée dans l’un de vos textes ?
Le slam oscille entre oralité et écriture. C’est un leurre de croire qu’il ne s’agit que d’improvisation, même si cela arrive dans un pour cent des cas. Le slam demeure très écrit, et jouit d’une préparation à la virgule près. Pourtant, j’"écris" pour "dire". Dès que je couche deux vers sur le papier, je les déclame à l’oral. Je veille scrupuleusement au rythme des mots et à leur sonorité.
Vos écrits sont étudiés au bac de Français. Cela vous touche-t-il ?

Je suis évidemment honoré que les profs considèrent mes textes comme des sujets d’étude. Bon, maintenant, à cause de moi, peut-être que certains élèves auront de mauvaises notes, alors je culpabilise. Plus sérieusement, j’aimerais lire les commentaires, assister aux interprétations, et voir tout ce qu’ils pourraient en tirer, que je n’aurais pas imaginé. "

17 mars, 2009

Hommage au style

Bien-sûr, ce fut un choc de voir une figure aussi étrange que celle de Bashung, disparaître. Ce chanteur a accompagné une partie de mon adolescence même si je ne suis jamais entrée dans son univers. Vendredi 13 mars, au concert de Grand Corps Malade, j'ai partagé un univers de mots et de sensations communes. C'est sans doute cela la communication artistique. Mais je n'oublie pas le regard de Bashung (au présent), c'était terrible le visage de la mort, et l'oeuvre qui aspire à l'éternité.

Alain Bashung : "Vertige De L'amour" en hommage
Alain Bashung
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Ecouter "Vertige De L'amour"
L'artiste de rock et comédien français Alain Bashung a été emporté par un cancer du poumon, il avait 61 ans. Le monde de la musique est effondré suite à la mort tragique du chanteur français de « Gaby Oh Gaby », qui s'en est allé le 14 mars 2009 dans l'après-midi, à l'hôpital « Saint-Joseph » de Paris. Bouleversés, le grand public, tous les artistes français, médias et politiques, dont le Président de la République Nicolas Sarkozy, rendent hommage au géant de la musique rock française Alain Bashung.Avant de mourir, l'artiste français Alain Bashung avait annoncé un nouvel album studio à sa maison de disques, a confié Pascal Nègre, Président de Universal Music France, rapporté par l'AFP. Mais, « Bleu Pétrole », édité en mars 2008 sur Barclay, restera le quatorzième et dernier album studio en date du chanteur de rock français Alain Bashung. Ainsi s'achève sa carrière pharaonique, rythmée par plus de quarante ans de consécrations, dont ses onze Victoires de la Musique, un record digne de son oeuvre musicale. Le 28 février dernier, au « Zénith » de Paris, l'immense artiste français était apparu affaibli par sa longue maladie, mais avait courageusement chanté ses « Résidents De La République », un des moments inoubliables.« Vous m'avez tellement donné d'amour » font partie des derniers mots touchants du chanteur français Alain Bashung adressés à son large public, dont il était si proche et qu'il affectionnait tant. Même s'il était atteint d'un cancer du poumon depuis l'automne 2007, c'est avec un courage inouï que l'immense artiste français souhaitait d'ailleurs lui offrir un nouvel album studio, mais malheureusement il n'en sera rien. Toutefois, Barclay pourrait finalement sortir prochainement les « Romans Photos » de Alain Bashung, tous ses plus grands succès réunis sur un ultime best of, parmi lesquels « Gaby Oh Gaby » et « Vertige De L'amour », tous deux disponibles en écoute gratuite sur Musique-radio.com, ainsi que « Osez Joséphine », « Madame Rêve », « Ma Petite Entreprise », « La Nuit Je Mens », « Résidents De La République » et bien d'autres.

15 mars, 2009

Communion avec la Montagne Sainte- Victoire!


Il faut du coeur pour gravir la montée qui va de Vauvenargues au Prieuré; après la vue est splendide. Il n'existe pas de discussion rationnelle avec la Nature; elle ne cherche pas à avoir raison et respecte votre liberté ! Mais ce soir, Bill l'épagneul a mal à ses pattes.

14 mars, 2009

Journées scientifiques: la philosophie du soin

Quel type de rapport faut-il penser entre le soigné et le soignant ? Dans quelle mesure est-il possible de concevoir une philosophie du soin ? L'éthique du care (soin) peut-elle répondre à ce type d'interrogations ?
La philosophie du soin
Deux Journées scientifiques

En collaboration avec le CIEPFC - ENS Ulm, la Plateforme interdisciplinaire d’éthique - Université de Lausanne et le Centre François-Xavier Bagnoud
Organisation : Céline Lefève
Frédéric Worms, Lazare Benaroyo, Jean-Christophe Mino
Jeudi 11 juin et vendredi 12 juin 2009

Jeudi 11 juin : Université Paris 7 - Salle des Thèses 580 F (5e étage, partie F) - Halle aux Farines – Esplanade Pierre Vidal-Naquet – Paris 13e
Vendredi 12 juin : ENS - 45 rue d’Ulm - Paris 5e (la salle sera communiquée dès que possible)


La philosophie du soin que ces journées voudraient esquisser ne vise ni à dénoncer la technique médicale pour elle-même, ni à attendre qu’elle résolve par son évolution en les problèmes éthiques. Elle cherche à penser les manières dont les techniques peuvent, y compris dans leur matérialité, s’intégrer à la visée du soin. Elle ne vise pas à ajouter de l’extérieur une dimension soignante à la médecine technique existante, mais à penser le soin au cœur même de la technique et de la médecine.

Si la distinction entre l’objectivité des symptômes et des causes de la maladie, d’une part, et la subjectivité de l’expérience du malade, d’autre part, est indispensable, si les traitements et le soin lui-même requièrent l’objectivation scientifique, la médecine peut aussi masquer la visée du soin et l’accès aux normes de vie du malade. La spécialisation des disciplines, la fragmentation des suivis, l’organisation complexe et actuellement en pleine évolution du système de santé renforcent le risque de cette occultation de l’expérience subjective du malade.

Comment faire que le soignant articule la logique des savoirs et des savoir-faire impliqués dans le soin et la logique existentielle du malade ? Comment faire que la logique de connaissance et de maîtrise qui est à l’œuvre dans la médecine n’empêche pas la reconnaissance de la réalité même de l’épreuve de la maladie, du corps abîmé, de l’identité bouleversée, de la mort inéluctable et pourtant souvent déniée ? Comment éviter que la relation de soin ne soit confisquée par l’intervention soignante ? Ces questions sont essentielles tant l’absence de soin implique et révèle l’absence de relation humaine et sociale.

Le soin requiert une attention portée au non-sens et aux souffrances multiples que la maladie implique pour la personne qui en est affectée. Sa visée appelle une compréhension globale de la norme de vie perdue par la personne malade afin de l’aider à restaurer (ou à instaurer) une norme de vie qu’elle éprouve et juge par elle-même et pour elle-même comme sienne. Compréhension et respect de l’individualité, le soin n’en est pas moins institution d’une relation. Le soin répond notamment au besoin du malade de partager l’épreuve qu’il traverse. Il permet de briser la solitude face à la maladie et, par cette médiation, il peut aider la personne malade à donner à sa maladie et à sa vie un sens personnel qui guidera ensuite les choix thérapeutiques. Le soin apparaît dès lors comme la finalité et le sens même de la médecine.

Contribuer à une philosophie du soin demande de faire converger différentes approches : notamment, la philosophie et l’épistémologie de la clinique ; la philosophie, l’anthropologie et la sociologie de la technique ; l’anthropologie et la sociologie des pratiques dans les divers champs de la médecine qui mobilisent de manière intense la question du soin, comme la pédiatrie, la prise en charge des maladies chroniques ou les soins palliatifs. Ce projet rencontre aussi les problèmes soulevés par l’éthique du care.
Il s’agit aussi de s’interroger sur la manière dont les sciences humaines et sociales et la philosophie peuvent initier le soignant à se décentrer du point de vue de la technique médicale pour (re)connaître l’existence et la légitimité de celui du malade. Comment faire que la philosophie ne soit pas tant une initiation à l’éthique et à des principes fondamentaux extérieurs à la question du soin qu’une formation éthique visant la rénovation du soin par l’attention au malade ?
Ces journées viseront à établir des échanges et un réseau de recherches qui réuniraient praticiens et chercheurs en philosophie et en sciences humaines et sociales autour de la question du soin.

Colloque: le principe de précaution

Quelle est la portée du principe de précaution et quelles en sont les limites ?
le colloque à Paris le 19 mai entend répondre à ces interrogations.

Principe de précaution
Journée scientifique proposée par Denis Grison
(Ingénieur et docteur en philosophie, Archives Poincaré, Université de Nancy)
et Bernard Reber (Chargé de recherche au CNRS, Centre de Recherche, Sens, Ethique et Société (CERSES), CNRS-Université Paris Descartes.)

Mardi 19 mai de 9h à 18h – Salle du Campanile
8e étage des Grands Moulins
10, esplanade Pierre Vidal-Naquet – Paris 13e

Si l’attrait et les vertus du principe de précaution ne sont plus à remettre en cause, il est l’objet, plus que d’autres principes, de querelles interprétatives. S’il est facile d’écarter certaines attaques (il suffit pour cela de se rapporter aux principaux textes qui le définissent en droit français ou européen), il est plus difficile de le comprendre dans son entièreté. C’est que lui-même recouvre des domaines multiples, qui sont rarement associés : domaines techno-scientifique, juridique, économique, éthique. Chacun des domaines précités est régi en partie par des normes. Le principe de précaution vient bousculer celles-ci. S’agit-il d’une nouvelle manière d’appliquer les normes, ou alors de les produire, voire, comme certains semblent le redouter, de les supprimer, nous plaçant dans un régime d’arbitraire ?

L’enjeu de cette journée scientifique réside dans le fait de savoir s’il ne s’agit pas, plutôt que d’un principe, d’un méta-principe, dont la bonne application exigerait de tendre vers un équilibre de toutes ses dimensions. Les ressources de la philosophie morale, politique et des sciences, ainsi que celles du droit et de l’économie, seront plus particulièrement sollicitées, pour répondre à ce souci en conjuguant souci de cohérence théorique et justifications, à l’occasion de son application dans des cas français et étrangers.

Intervenants pressentis :
- Karine Foucher : docteur en droit public, maître de conférences à l’université de Nantes
- Arnaud Gossement : avocat spécialisé en droit de l’environnement
- Catherine Thibierge : professeure de droit civil à la faculté de droit d’Orléans
- Sylvie Faucheux : professeure en sciences économiques, « C3ED », Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement, présidente de l’université de Versailles - St Quentin-en-Yvelines
- Isabelle Nicolaï : maître de conférences en sciences économiques « C3ED », Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement
- Bernard Walliser : professeur d’économie, « CERAS » (Centre d’étude de Recherche en analyse socio-économique de l’Ecole nationale des ponts et chaussées)
- Andrew Stirling : directeur au service « science » du « Science and Technology Policy Research » (SPRU <
http://www.sussex.ac.uk/spru/> ) de l’université de Sussex
- Françoise Rossi : médecin, Etablissement français du sang
- Bernard Reber : Chargé de recherche au CNRS, Centre de Recherche, sens, éthique et société (CERSES), CNRS-université Paris Descartes
- Denis Grison : Ingénieur et docteur en philosophie, Archives Poincaré, université de Nancy

13 mars, 2009

Entretien au-delà du devoir

J'espère pouvoir faire éditer dans une revue l'entretien réalisé avec Joël Janiaud, "Au-delà du devoir". Je pense qu'il est intéressant d'analyser les actions héroïques sans tomber dans le "culte du héros." Voci un extrait de cet entretien:

"L'héroïsme moral, comme la sainteté morale, me semble intéressant à plusieurs titres. D'abord, il correspond à des comportements humains souvent spectaculaires ou remarquables : par exemple, une personne sacrifie sa vie pour en sauver d'autres, peut-être inconnues d'elles. On est là en présence de faits saillants, d'actions qui ne font pas l'ordinaire de la vie morale, mais qui mettent en lumière des valeurs, des engagements qui ne sont pas étrangers à la vie ordinaire. Comme quoi le domaine de la morale n'est pas nécessairement une zone grise ou il n'y a rien à raconter ou observer d'intéressant ! Il y a dans les comportements d'héroïsme ou de sainteté quelque chose d'impressionnant, qui peut devenir provocant pour la pensée et pour l'action.
Mais une fois que l'on a dit cela, il faut aller au-delà de l'aspect fascinant ou spectaculaire de l'héroïsme moral. Parce que les actes en question possèdent une dimension sociale qui me semble intéressante : souvent l'héroïsme est montré en exemple, le héros est statufié comme peut l'être aussi le saint moral. Ici le regard philosophique me semble pertinent, pour ne pas en rester à une pure fascination, pour prendre de la distance par rapport à ces comportements et à la manière dont nous les qualifions. Cette distance peut aller jusqu'à la méfiance : le culte du héros est bien implanté dans de nombreuses cultures, mais il n'est pas sûr qu'il bénéficie toujours à la clairvoyance morale et à la réflexion éthique. Ranger certains comportements dans l'héroïsme moral, cela peut être une manière de les figer, de les mettre à distance, d'une manière un peu facile.
Cela nous conduit au terrain de la théorie éthique. Il y a dans notre vision de tels actes quelque chose de paradoxal, qui a retenu mon attention : comment pouvons-nous à la fois les considérer comme moralement louables et comme étant situés au-delà du devoir, c'est-à-dire, en langage technique, surérogatoires ? Il y a un phénomène troublant : beaucoup de personnes que l'on qualifie de moralement héroïques disent qu'elles « n'ont fait que leur devoir ». C'est par exemple le cas de Jeanne Brousse, citée dans le livre, qui a sauvé pendant la seconde guerre mondiale de nombreux juifs en leur donnant des faux papiers ou un logement, en courant par là même de grands risques. Si de telles actions relèvent du champ de la morale, et si elles témoignent de valeurs humaines importantes, pourquoi ne seraient-elles pas exigibles ? Peut-on limiter le champ du devoir moral ? Quand on va consulter les travaux des philosophes sur la question, on s'aperçoit qu'il n'y a pas d'unanimité : il s'agit d'un vrai débat, qui se poursuit actuellement, notamment dans la philosophie anglo-américaine. Il m'a semblé que ces débats autour de la surérogation ouvraient une fenêtre intéressante sur la philosophie morale en général. Il s'agit d'avoir une réflexion critique sur le statut du devoir, sur la place des normes en morale."

10 mars, 2009

colloque: l'individu libéral est-il transparent ?

Un colloque qui a lieu à rennes le 30-31 mars: "L'individu libéral est-il transparent ?"

Source d'information: Nouvelles Philosophiques (Didier Moulinier)

En outre, Malik Bozzo-Rey assure des cours à Paris I sur l'utilitarisme de Bentham et la traduction d'un de ses papers ! Quelle chance, parisiens !


L'individu libéral est-il transparent? Concepts et pratiques
Colloque à l'Université de Rennes 1 (UFR de philosophie et IEP de Rennes) les 30 et 31 mars.LUNDI 30 MARS (BATIMENT 32B, UFR DE PHILOSOPHIE, CAMPUS DE BEAULIEU)Accueil

09h45MATIN : FONDEMENTS PHILOSOPHIQUES DE LA TRANSPARENCE DANS LE LIBERALISME

10H-12H3010h F. Calori : Transparence et publicité chez Kant.Abstract : Kant fut l’un des premiers penseurs à faire de l’exigence de publicité une pièce essentielle de sa philosophie politique et de sa philosophie du droit. On sait aussi quelle importance tient, dans sa réflexion morale, la condamnation radicale du mensonge et l’exigence de sincérité. Mais tout aussi célèbre est l’insistance qu’il marque à retirer au sujet toute possibilité de transparence de soi à soi, notamment dès qu’il s’agit de son intention morale fondamentale. Il s’agira d’interroger à nouveau ces trois dimensions cruciales de sa philosophie pratique, et surtout de penser leur articulation, afin de déployer, dans toute son extension et sa complexité, la thématique de la “transparence” dans l’oeuvre kantienne.

10h45 M. Bozzo-Rey : Panoptique, publicité et transparence chez Jeremy Bentham : l'émergence d'une nouvelle norme ?Contrairement à la lecture foucaldienne, le panoptique benthamien n'est pas simplement un principe architectural à l'œuvre dans les prisons. Il convient en effet d'identifier au moins trois autres panoptiques qui ont fait l'objet d'analyses conséquentes sous la plume de Bentham : le panoptique des pauvres, le panoptique chrestomatique et le panoptique constitutionnel. Nous nous attacherons ici à ce dernier en montrant tout d'abord qu'il ne se limite pas à un principe d’agencement des bâtiments et des personnes : il s'agit bel et bien d'une architecture théorique qui soutient le droit constitutionnel élaboré par Bentham. Ensuite, il nous faudra nous interroger sur l'exigence pratique qui prend corps dans la loi de publicité telle que Bentham la définit dans Political Tactics. Celle-ci, au-delà de la définition stricte et précise des procédures parlementaires redéfinit les relations à l'oeuvre dans la sphère publique. La relation dynamique entre gouvernants et gouvernés qui traverse l'oeuvre benthamienne semble devoir alors se soumettre à l'exigence de la transparence. C'est donc cette dernière que nous interrogerons en dernier lieu afin d'envisager les conséquences de sa constitution comme norme qui pourraient n'être rien de moins que l'émergence d'un sujet politique et juridique.

Pause

11h45 M. Bessone : L’exigence de transparence pour les partenaires contractants, de Rousseau à Rawls

Le libéralisme contractualiste repose sur une ambiguïté constitutive : les partenaires contractants, en tant que volontés libres et rationnelles, sont mobilisés lors du contrat comme personnes transparentes, cadres vides porteurs de droits et accessibles tous de manière égale, en toute impartialité, à la même argumentation rationnelle. Les circonstances objectives du contrat ont pour visée d’assurer cette transparence comme similitude requise des membres d’une société juste. Mais d’un autre côté, ces caractéristiques du « citoyen » ou du « partenaire » n’existent que par une modification fondamentale des individus naturels qui a pour objet de les rendre opaques à eux-mêmes dans leurs particularités. Comment une transparence intersubjective peut-elle résulter d’une opacité réflexive ? C’est à dénouer ce paradoxe que cette intervention sera consacrée.

12h30 Déjeuner

APRES-MIDI : DES INSTITUTIONS TRANSPARENTES

14H30-17H0014h30 T. Berns : Genèse de l'idéal de transparence à partir de la préhistoire de la statistique.A partir du discours politique ayant permis le développement des premiers projets de recensement (XVI-XVIIes siècles), et en me concentrant en particulier sur les enjeux moraux et théologiques de ceux-ci, je tenterai de cerner quelques dispositifs permettant de "gouverner sans gouverner", en amont de la tradition libérale.

15h15 C. Nadeau : Transparence et justice transitionnelle : La transparence comme condition de la démocratisationLes périodes transitionnelles qui suivent les conflits armés posent d’importants problèmes d’articulation entre les besoins de justice, de pacification et de démocratisation. C’est sur ce dernier point seulement que nous nous attarderons dans le cadre de cette communication. Il s’agira de voir d’une part, quels sont les objectifs de la transparence dans un contexte transitionnel où les institutions ne sont pas encore stabilisées, d’autre part, quels sont les écueils possibles à la transparence et la manière dont nous pouvons répondre à ces problèmes.Pause

16h15 M. Foessel : Un désir de transparence ?

MARDI 31 MARS (IEP RENNES)MATIN : NORMES DE TRANSPARENCES INDIVIDUELLES 09H30-12H0009h30 C. Le Bart : la transparence à soi-même dans les sociétés contemporainesLes sociétés contemporaines ne cessent de formuler auprès des individus des injonctions à la recherche de soi, à la quête de l'authenticité, à la réflexivité identitaire. Longtemps élitiste, l'injonction "connais-toi toi même" tend à devenir une norme. Le néocapitalisme en a fait un marché (par exemple les livres dits de "développement personnel"), les médias encouragent les projections identitaires, la vie sociale en général tourne autour du droit donné (ou du devoir imposé ?) à chacun d'être lui-même, de se chercher au fil d'expériences identitaires multiples. On formulera ici l'idée que la transparence à soi-même (le fait de savoir qui on est /vraiment/) constitue un mythe propre à notre époque. Nous tenterons d'illustrer ce mythe, d'en cerner toutes les facettes, et d'en mesurer les effets sociaux.10h15 J.-F. Kerléo : L’individu libéral, un alibi de la transparence juridiqueLa notion de transparence est présentée comme une garantie pour l’individu-citoyen, un rempart contre les coups portés à la démocratie. Elle permet un élargissement des règles de publicité et d’accès au droit. Elle a également contribué à un changement de vocabulaire significatif : les termes d’usager du service public et d’administré ont laissé la place à celui de citoyen.Mais, en réalité, l’individu ne constitue qu’un alibi pour la notion. Le lien entre l‘individu et la transparence n’est qu’une création artificielle dont l’objectif est d’auréoler la transparence de connotations positives. Ces dernières masquent alors toute l’ambiguïté de la transparence. Tout d’abord, la transparence n’incarne pas de nouveaux droits pour les citoyens mais bien plutôt de nouvelles obligations qui pèsent sur les institutions. En ce sens, elle est auto-référentielle. Ensuite, la transparence porte sur le langage du droit (intelligibilité et clarté de la loi). Elle est un moyen efficace de colporter des valeurs qui constituent l’identité des individus, leur assimilation étant la condition pour devenir un citoyen. Lorsque le droit garantit l’accès aux documents administratifs, c’est une manière pour le droit de renvoyer aux citoyens l’image qu’il se fait d’eux, de leur transmettre ce qu’ils sont : le citoyen est alors l’objet, la créature du droit.En définitive, les connotations positives de la transparence permettent aux gouvernants d’agir dans n’importe quel sens sous couvert de démocratie et de protection de l’individu. Or, la notion de transparence modifie quelque peu la vision libérale du droit dans la mesure où elle permet de plus en plus une immixtion de la sphère publique dans le domaine privé des individus et accorde aux acteurs juridiques des pouvoirs plus importants.

Pause

11h15 A. Quin : Transparence, liberté et responsabilité dans les relations d’affaires,Analyse des obligations juridiques des dirigeants d’entreprise et des banquiersIl s’agit de rechercher comment le concept de transparence, à travers les obligations qu’il implique (obligations d’information, de mise en garde) est de nature à :- transformer l’exercice de la fonction de chef d’entreprise ou de banquier en réduisant sa sphère de liberté individuelle, constitutive d’un pouvoir, au profit de sa soumission à un ensemble de normes de comportement ;- constituer une clé de répartition des risques et des responsabilités entre les acteurs économiques (entreprise/investisseur, banque/emprunteur…). Favorisant la liberté de choisir, les obligations juridiques résultant du concept de transparence permettraient en effet de limiter la responsabilité des entrepreneurs et de responsabiliser leur cocontractants (investisseurs, emprunteurs…), et ainsi de concilier la liberté d’entreprise et la loyauté des échanges.

Déjeuner

APRES-MIDI : DE LA TRANSPARENCE SUPPOSEE DE QUELQUES ACTEURS CLEFS

14H-16H00 R. Crespin : De la surveillance au soupçon : les registres de la transparence dans l'usage des techniques. Le cas du dépistage des drogues des salariés américains.A partir d’une analyse des conditions de diffusion et de régulation des instruments de dépistage des drogues aux Etats-Unis, cette contribution s’intéresse aux différentes modalités de déploiement de l’exigence de transparence dans les relations de travail. Utilisé à des fins d’authentification et de sélection, le dépistage vise à rendre les salariés transparents à leurs employeurs selon une finalité essentiellement utilitariste. Toutefois, l’analyse des types de savoirs mobilisés pour justifier le recours à ces instruments ouvre une question plus large sur les différentes rationalités qui sous-tendent le dépistage. Face à la diversité des programmes adoptés, les salariés et les syndicats ont contesté les politiques de dépistage au nom du respect des libertés individuelles (protection de la vie privée). Portées par une exigence de transparence des finalités et des procédures techniques mise en oeuvres, ces contestations ont paradoxalement conduit à généraliser le dépistage dans les entreprises américaines et à en consacrer une approche individualisante fondée sur le soupçon.

14h45 M. Brandewinder : Les consultants médias ou comment situer la transparence de l’individu qui libéralise.Cette communication se propose d’étudier l’individu libéral en consultant médias. Les consultants dont il sera question sont ceux dont l’activité consiste à opérer, moyennant finances, un transfert de compétence au profit des entreprises de médias dans le but d’améliorer les performances de celles-ci : consultants en stratégie éditoriale ou financière, en organisation, études, designers…Le discours de la transparence de l’intervention de conseil conçue comme une maïeutique est associé chez ces praticiens à celui de la normalisation des entreprises de médias via ce qui peut au moins en partie s’interpréter comme leur libéralisation. Il ne s’agit pas ici d’opposer le discours de la transparence et du libéralisme à l’opacité de la « réalité », mais de montrer que libéralisme et transparence prennent un sens variable pour les différents types d’agents impliqués dans le processus de conseil. L’approche par une sociologie empirique, qui cherche des racines aux discours et aux actions dans les positions sociales, permet alors de critiquer ces notions en les situant donc en les relativisant.

Conclusion générale du colloque



08 mars, 2009

La femme est-elle l'avenir de l'homme ?


Non pas toujours; et pourtant:


"De quelles étoiles sommes-nous tombés pour nous rencontrer ?"


Nietzsche à Lou Andréas Salomé


On dit parfois de Lou qu'elle est une femme libre; mais elle a fait terriblement de mal à Paul Rée, Rainer Maria Rilke et Nietzsche; quelle peste !

05 mars, 2009

The metaphysics of consciousness

Attention, sur les terres de David Hume, le mauvais garçon de la philosophie, une conférence se prépare !

Que peut la conscience dans un monde physique ? La tradition n'est pas oubliée !

"Royal Institute of Philosophy Conference 2009
The Metaphysics of Consciousness
An International conference in honour of Timothy L. S. Sprigge (1932-2007)
University of Edinburgh, 7-9 July 2009

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Sprigge’s Links

What is consciousness? What is its place in the physical universe? How did it arise in the course of cosmic evolution? Can there be a genuine scientific understanding of consciousness? And is there such a thing as consciousness in the first place? These and other questions that immediately arise as soon as one begins to investigate the nature of consciousness and how it fits within a scientific view of reality will be addressed by this major international conference. They occupy a prominent place in contemporary studies in metaphysics and philosophy of mind worldwide, often involving complex interdisciplinary connections between philosophy, psychology, artificial intelligence (informatics), biology, and cognitive neuroscience. At the same time, these questions play a fundamental role in the philosophies of great thinkers of the past such as, among others, Descartes, Leibniz, William James, Brentano, Edmund Husserl, and Merleau-Ponty. This conference will bring together systematically oriented historians of philosophy and contemporary philosophers of mind to re-examine inherited views and spark fruitful lines of future inquiry. The conference is held in honour of the late Timothy L.S. Sprigge—one of Edinburgh’s most distinguished metaphysicians and author of insightful writings on the nature of consciousness."

04 mars, 2009

Les notions de soi et de morale


J'ai repris la lecture du livre de Carol Gilligan - Une voix différente -, notamment le chapitre 3 , "les notions de soi et de morale".
On demande aux sujets de répondre aux questions suivantes:


- Quelle définition donnez-vous de la morale ?

- Qu'est-ce que cela signifie de dire que quelque chose est moralement bien ou mal ?

- Pourquoi être moral ?

L'auteur entend définir une morale du "care" qui distingue les femmes des hommes dans leurs jugements moraux:

"Les femmes perçoivent le dilemme moral comme un problème de responsabilités et de préoccupations du bien-être (care) de l'autre, et non comme une questions de droits et de règles" (P 121).
Ainsi, lorsque des jeunes femmes sont interrogées sur leur volonté d'avorter ou non, elles se trouvent confrontées à des dilemmes moraux: elles n'agissent pas selon des principes absolus du bien ou du mal, mais selon "des moindres maux".D'après l'auteur, on peut résumer l'évolution de leur jugement moral en trois étapes:

a) prise en compte de la survie

b) bonté

c) compréhension de la sollicitude (care)


Il semblerait donc qu'une morale universelle ne puisse rendre compte du contexte et du cas particulier. Mais on pourrait à partir des différentes situations aboutir à une sorte de taxinomie des cas particuliers; à méditer.

03 mars, 2009

Elle est née: MAYA

Maya, fille de Florian Cova , notre jeune normalien en psychologie expérimentale, est née le 1mars 2009. Emma , sa grande soeur semble ravie. Bonheur à tous !

02 mars, 2009

Les chemins de la connaissance: Simone Weil

A écouter cette semaine, sur France-Culture, Les chemins de la connaissance, une émission consacrée à Simone Weil, histoire de comprendre son parcours:

01 mars, 2009

Grand Corps Malade en concert !


Je vais voir Grand Corps Malade en concert avec Gigi et peut-être d'autres le 13 mars: amour des mots et générosité. Des extraits:


A chacun son territoire, à chacun sa France

S'il y a bien une idée qui rassemble, une pensée qu'est pas toute neuve, c'est que quel soit ton parcours, tu rencontres de belles épreuves


A la recherche d'instants simples, à la recherche du présent

Pourquoi tant d'injustices, de souffrances et de malheurs

je suis un enfant de la ville donc un fruit de mon époque


"De sa première tournée des théâ tres et des festivals, Grand Corps Malade rapporte un bouquet de souvenirs et de nouvelles envies d’écrire. Que d’émotions pour le slameur porté par des marées hu maines, attentives, silencieuses, amoureuses. 600 000 exemplaires de son premier album, Midi 20, se sont écoulés et l’artiste a reçu deux Victoires de la Musique en 2007. Il a fait découvrir le slam en France, cet art démocratique qui consiste à déclamer des vers a capella. Il était jusque-là le domaine réservé d’un cercle d’initiés. Fabien Marsaud, le poète du bitume, le Villon du 9-3, n’en attendait pas tant. Il ne boude pas son plaisir de voir sa poésie urbaine retourner d’où elle vient : de la rue. Justement. Son deuxième album s’intitule « Enfant de la Ville » et il contient seize nouveaux titres réalisés par Feed Back (Patrick Ferbac). Il pourrait se résumer par ce slam, J’écris à l’oral, accompagné par une formation réduite à un piano et un accordéon. Grand Corps Malade revient sur sa découverte du slam un soir d’octobre 2003, au Theranga, un bar africain situé près de la place de Clichy. Le slam n’a pas changé sa vie, mais l’a considérablement embellie. En guise de préambule et à grand renfort de cordes - avec l’immense Gérard Daguerre aux arrangements et à la direction d’orchestre, Grand Corps Malade slame Mental. Le texte rappelle ça peut chémar, où l’auteur livre l’une de ses philosophies de vie, de celles qui font le sel de sa jeune existence : l’idée que tout est possible à condition d’être doté d’"un mental de résistant". "Enfant de la ville" est un disque à la fois personnel et concerné, un réjouissant mélange d’histoires vécues et de réflexions sur le monde."