24 juin, 2008

Que la fête commence: la philosophie à l'épreuve !

Dame Philosophie ne cesse d'être l'objet de violentes attaques: il y a d'abord Renaud Dogat, membre de l'Acireph, qui reproche à cette discipline sa notation arbitraire. Et puis Luc Ferry qui condamne ouvertement l'enseignement de la philosophie.

Deux réactions se font entendre cette semaine; celle de G. Pigeart de Gurbert et celle de J-P Jouary dans le journal Libération.

La question pour moi est de savoir:

- faut-il opposer "résistance philosophique" et "modernité", acquisition de compétences ?

- est-il légitime d'apprendre à faire une dissertation aujourd'hui ?

"La philo du bac, à l'épreuve de la philosophie
• par Guillaume Pigeard de Gurbert •
Panisse se présente chez César pour lui apprendre que son fils Marius s’est embarqué le matin même sur un bateau pour réaliser son rêve de toujours : voir le monde. Plutôt que de lui annoncer la chose tout de go, soucieux de ménager la peine et la surprise prévisibles de son ami, Panisse aborde le problème plus général de la déconvenue et interroge César à ce propos, qui affirme sans hésiter qu’il faut en toutes circonstances prendre les choses avec calme et recul, bref qu’il faut être «phisolophe» !
Rassuré, Panisse révèle alors sans ambages la vérité à César, ce qui provoque la douleur et bientôt la colère de celui-ci ! On peut décider d’utiliser le terme phisolophe, ce néologisme créé par Pagnol inspiré par une dyslexie toute méridionale, pour rappeler qu’il ne suffit pas de se dire philosophe pour l’être dans les faits. C’est une chose de parler de philosophie, c’en est une autre d’en faire.
C’est ce que vient d’illustrer à ses dépens Luc Ferry, ex-ministre mais toujours phisolophe. Dans une interview accordée au journal La Croix à l’occasion de l’épreuve de philosophie du baccalauréat, celui-ci assure que la notation relève de l’aléatoire et s’autorise pour cela, non pas d’une preuve ni même d’une étude mais d’un argument qui n’en est pas un puisqu’on n’a d’autre possibilité que d’y adhérer sur parole et non de le vérifier par soi-même comme le voudrait un argument digne de ce nom : «comme ministre on a accès à des enquêtes non publiées»… C’est la rumeur déguisée en argument d’autorité.
Tous les professeurs de philosophie savent bien qu’il existe des écarts de notation entre eux puisqu’ils se réunissent avant de corriger les copies de baccalauréat (c’est la réunion d’entente) et après les avoir corrigées (c’est la réunion d’harmonisation) précisément pour veiller à dépasser leurs éventuelles différences d’évaluation, pour s’entendre sur des critères communs et pour harmoniser leurs échelles de notation. Il n’est certes pas question de dire que l’harmonisation est donnée d’emblée comme par miracle mais de reconnaître qu’elle a à être construite et d’y travailler ensemble. Mais on ne peut pas non plus affirmer n’importe quoi et laisser dire que ce travail d’entente et d’harmonisation est nul et non avenu. Et pourquoi ce qui est vrai de la philosophie ne le serait-il pas de l’histoire, du français ou des mathématiques ? Qu’on nous l’explique au lieu de nous l’affirmer comme une évidence.

Quittons le terrain des «enquêtes» secrètes pour retrouver celui des faits. En premier lieu, il y a ce fait que les professeurs de philosophie sont les seuls à effectuer la totalité de leur carrière à préparer et à corriger le baccalauréat. A la différence des professeurs des autres disciplines, les professeurs de philosophie n'enseignent qu'en terminale et comme ils sont pour cette raison même moins nombreux que les autres, ils ne passent pas une année sans corriger le baccalauréat.
Il faudrait à tout le moins que l'on nous explique ce paradoxe, qui a tout l'air d'une grosse bêtise, que les spécialistes du baccalauréat sont les plus incompétents pour le préparer et le corriger ! Sait-on par exemple que certains professeurs qui enseignent au collège depuis des années sont soudain appelés à la rescousse pour corriger l’épreuve de mathématiques ?
De surcroît, si la note en philosophie relevait de la loterie, pourquoi diable les professeurs s'évertueraient-ils tout au long de l'année à faire des cours, à corriger des devoirs, à expliquer les arguments, les concepts et les méthodes, alors qu'il suffit de croiser les doigts ou de brûler un cierge ? N’est-ce pas en outre faire injure aux professeurs que de laisser croire qu’ils ne se soucient aucunement de la réussite de leurs élèves à l’examen et qu’ils regardent chaque année sans sourciller leurs élèves qui avaient 14 dans l’année obtenir 7 au baccalauréat ou inversement. De qui se moque-t-on ?
Non content de dénigrer l’aptitude des professeurs de philosophie à corriger l’épreuve qu’ils passent l’année à préparer, Luc Ferry leur dénie le droit d’enseigner leur propre discipline ! Il n’a que mépris pour le cours de philosophie ou du moins pour l’image qu’il s’en fait. Dans sa lancée, il s’autorise de l’avis d’Aristote, Spinoza, Kant ou Nietzsche pour asséner que «si on leur avait dit que la philosophie consistait à analyser des notions en faisant semblant de s’étonner pour faire des dissertations, ils seraient tombés de leur chaise… » C’est alors la réplique de Louis Jouvet à un critique qui, au nom de Molière lui-même, lui reprochait la façon dont il avait monté L’école des femmes qui nous vient à la bouche : «Qu’est-ce que tu en sais, tu lui as téléphoné ?» Après le mystère de l’enquête ministérielle, la magie des oracles : on baigne bel et bien en pleine phisolophie ! Dire que Luc Ferry nous avait naguère assurés ne pas être «nietzschéen et il nous avait caché qu’il était en communication avec l’esprit de Nietzsche !
Pour Luc Ferry, «ce qui serait passionnant pour les élèves, ce n’est pas ce vague exercice "d’étonnement", de "réflexion" ou "d’esprit critique" qu’on leur demande d’avoir sur les notions au programme – l’espace, le temps, le beau, le vrai, la justice… – mais de découvrir les grandes visions du monde qui ont scandé l’histoire de la pensée». Il rêve sans doute d’une épreuve qui contrôlerait les connaissances et cesserait d’évaluer un effort de pensée.
Là encore, il trahit une solide ignorance non seulement du programme de philosophie au baccalauréat (dont ni la notion d’espace ni celle de beau ne font partie) mais de la réalité de l’enseignement philosophique au lycée qui ne séparent pas d’un côté la philosophie et de l’autre son histoire mais les abordent de concert. En effet dans l’enseignement de la philosophie au lycée, cette séparation tombe au profit du dialogue vivant du concept et du texte, l’exercice de la pensée et la lecture des grands textes formant un tout vivant.
Ce traitement conjoint d’un concept, d’un problème et d’un corpus qui constitue le fondement de l’enseignement secondaire n’est-il pas du reste celui de tout enseignement authentiquement philosophique ? N’en déplaise à Luc Ferry, il ne faut pas prendre la philosophie du secondaire pour une philosophie secondaire. S’il y a une chose que les professeurs de lycée savent, c’est que penser par soi-même ne veut pas dire penser tout seul.
Derrière l’attaque de l’épreuve de la philosophie au baccalauréat, c’est le cliché de l’époque actuelle qui s’exprime, alimenté par nos nouveaux phisolophes : on ne supporte plus que l’on se livre à des activités étrangères à la rentabilité. Il faut que le lycée distribue des savoirs utilisables et non pas qu’il égare la jeunesse sur des «chemins qui ne mènent nulle part».
A cet égard, Luc Ferry ne fait que resservir fidèlement la doctrine de Nicolas Sarkozy qui annonçait récemment dans sa Lettre aux éducateurs vouloir réconcilier l’école avec «le monde de l’entreprise» (p. 21) en l’adaptant «aux attentes de la société» (p. 24). Si désormais l’éducation est inféodée à un «objectif économique» (p. 30) et doit veiller à ce que «l’économie dispose d’une main-d’œuvre bien formée» (p. 30), on comprend que l’on cherche à remplacer le cours de philosophie par des fiches techniques et l’épreuve philosophique de philosophie au baccalauréat par un contrôle phisolophique de connaissance.
Ce qui demeure réjouissant malgré tout, c’est que ces attaques contre l’enseignement philosophique au lycée attestent que la philosophie représente encore un espace de résistance, sinon une menace du moins une entrave agaçante au fonctionnement normal de l’ordre politico-économique. C’est une raison suffisante pour œuvrer à en perpétuer la pratique modeste et quotidienne dans les classes.
Contrairement au cliché actuel qui veut que le phisolophe explique à l’homme ordinaire ce qu’il ne comprend pas et lui apporte ainsi les moyens d’une maîtrise ou d’une action, en vérité, le philosophe c’est celui qui commence par trouver incompréhensibles des choses que tout le monde croit comprendre et qui arrête du même coup le train ordinaire de la pensée comme de l’action. Vouloir faire l’économie du séjour dans ce qui laisse la pensée désemparée («étonnée»), c’est vouloir substituer à l’inquiétude philosophique une tranquillité technique.
Comme je n’ai pas l’heur, à la différence de Luc Ferry, d’être connecté directement sur l’esprit des philosophes disparus, je n’ai d’autre recours que de lire ce qu’ils nous ont dit dans leurs écrits, lesquels, eux, sont accessibles à tous. Aussi laisserai-je pour finir la parole à Sartre qui proposait déjà dans les années 1960 l’explication suivante de la détresse actuelle, que l’on peut lire aujourd’hui comme une mise en garde et un appel à la vigilance :
«Dans une civilisation technocratique, il n’y a plus de place pour la philosophie, à moins qu’elle ne se transforme elle-même en technique [...] Il y a d’ailleurs un signe très net de cette évolution : la philosophie tend à devenir l’apanage des universitaires. Certes, les philosophes, chez nous, ont toujours été des professeurs. Mais autrefois on s’efforçait d’amener les élèves à prendre conscience des problèmes, en leur laissant le soin de les résoudre eux-mêmes. Aujourd’hui, on les tranquillise. Le philosophe technicien sait, et dit ce qu’il sait.»
Guillaume Pigeard de Gurbert est professeur de philosophie au lycée, coordonnateur d’harmonisation pour la correction des séries littéraires."

J-P Jouary

"Comme chaque année, l’épreuve de philosophie du baccalauréat occasionne à la fois un regain d’intérêt pour cette matière dans le grand public et quelques misérables manœuvres contre son enseignement. Il est vrai que la philosophie n’est pas une discipline tout à fait comme les autres puisque, si toutes les autres sollicitent et développent bien sûr la réflexion et l’esprit critique des élèves, la philosophie en fait son objet et l’étend à toutes les dimensions de la vie individuelle et collective. C’est en France que cette ambition est née, et qu’elle occupe une place si importante ; c’est donc en France qu’elle fait l’objet d’attaques permanentes.
Il y a quelques années encore, une grande offensive fut menée pour remettre en question l’esprit de l’enseignement philosophique comme apprentissage personnel à partir de notions, d’une réflexion critique nourrie par le patrimoine universel des auteurs. Les élèves n’en sont plus capables lançait-on, et les professeurs sont désespérés. Il faudrait donc passer à une part au moins d’«histoire des idées» et en finir avec la dissertation au profit d’exercices moins ambitieux mais plus faciles à préparer et à noter. Cette offensive trouva si peu de soutien chez les intéressés que, dans la consultation qui fut organisée, plus de 80 % des professeurs de philosophie repoussèrent cette remise en question qui enlevait son sens à leur métier.
Cette année, dans des circonstances estimées plus propices pour réussir aujourd’hui ce qui avait échoué hier, on voit réapparaître les mêmes acteurs de ces attaques, sous la houlette de l’ancien ministre qui les avait initiées. Dans le journal la Croix on en lit un qui lance une vengeresse attaque contre l’enseignement philosophique fort mal en point à ses yeux, contre les enseignants qui notent n’importe comment, et qui propose une fois de plus le passage à une histoire des idées. A la télévision, on entend proclamer qu’il faut modifier l’épreuve de philosophie.
Mais comment disqualifier un enseignement, et l’épreuve qui la prolonge, qui permettent d’atteindre leurs objectifs essentiels ? L’idéal serait bien sûr que le jour de l’examen une série de sujets provoque des effets qui suscitent un désarroi propre à faire croire que c’est l’épreuve elle-même qui pose problème. C’est très exactement ce que les élèves de terminale de la série littéraire viennent de subir : pour la première fois de mémoire d’enseignant, ils ont dû choisir entre deux sujets et un texte, certes chacun conforme aux programmes, mais dont la conjonction rend l’épreuve extrêmement difficile pour une majorité de candidats, à commencer par les plus fragiles (1). Difficile d’y trouver de quoi prolonger une année de remises en question personnelles et de plaisirs de la découverte, d’y voir une chance offerte aux élèves qui ont dû consacrer le plus d’efforts pour accéder aux exigences de cette discipline, d’y voir une invitation à finir cette année avec le sentiment que tant d’heures de réflexion sur son existence pourront être évaluées pour ce qu’elles ont permis de construire à l’intérieur de soi. Très bons sujets donc cette année dans toutes les sections du bac, sauf dans celle où la philosophie tient le plus de place et où elle est le plus directement menacée. Si on avait voulu instrumentaliser les sujets du baccalauréat pour remettre l’épreuve en question, on ne s’y serait pas pris autrement.
Il est à parier que ceux qui ont présidé à ce choix vont en prendre prétexte pour relancer leur vieux combat. Aux frais des élèves. Les professeurs de philosophie et tous ceux que la formation de l’esprit critique intéresse, devront ne pas se tromper d’adversaire.
(1) Premier sujet : «La perception peut-elle s’éduquer ?» Sujet technique sur une notion marginale, accessible aux seuls excellents élèves. Second sujet : «Une connaissance du vivant est-elle possible ?» Beau sujet d’épistémologie, aussi difficile que le précédent. Beaucoup d’élèves se reportent sur le texte de Sartre, mais lisent la première phrase : «Puisque la liberté exige que la réussite ne découle pas de la décision comme une conséquence, il faut que la réalisation puisse à chaque instant ne pas être, pour des raisons indépendantes du projet même et de sa précision…» Le président de cette commission des sujets n’a pu ignorer ce qu’il faisait."

23 juin, 2008

La solidité de l'olivier et la beauté du laurier




L'olivier est un arbre méditérranéen: il résiste à la chaleur. Il prend le temps de grandir et ne meurt jamais. Il produit un autre lui-même.




Mon petit olivier (deux ans).

22 juin, 2008

C'est humain


Il n'est pas toujours évident d'être célèbre et criminel ! C'est le cas de Bertrand Cantat, chanteur de Noir Désir, et en liberté conditionnelle. Chacun de nous peut commettre des crimes sans pour autant être déterminé par des pulsions criminelles. Voilà ce qu'on lit dans les News:


"
Bertrand Cantat est parti en pèlerinage !
L'ex-chanteur du groupe de rock français Noir Désir, Bertrand Cantat, 44 ans, qui a été emprisonné entre 2003 et 2007 pour avoir frappé et provoqué la mort de sa compagne — l'actrice française Marie Trintignant —, survenue le 1er août 2007, a été vu le mois dernier par des pèlerins, aux alentours de Saint-Alban-sur-Limagole, en Margeride.Selon Le Point, l'artiste qui est en liberté conditionnelle depuis octobre 2007, est un adepte du yoga et pratique beaucoup la randonnée sur ces chemins de pèlerinage, une tradition familiale.Aura-t-il le courage physique et la volonté d'aller jusqu'à l'un des plus importants pèlerinages, Saint-Jacques-de-Compostelle ?Il a toujours déclaré être brisé à jamais par la mort de Marie Trintignant. Saint-Jacques-de-Compostelle, le chemin du pardon à lui-même ? "

21 juin, 2008

Fête de la musique: les cigales chantent !


Ce soir le chanteur RAPHAEL se produit à Vincennes !

Dans le Midi, les cigales fêtent l'été et n'arrêtent pas de chanter !

19 juin, 2008

Explaining behavior


Dans l'ouvrage Explaining behavior, Fred Dretske entend justifier la structure du comportement humain. Un constat s'impose: mes raisons, mes intentions, mes buts justifient ce que je fais. Mais est-ce une raison pour distinguer les causes internes du processus causal par lequel je fais quelque chose ? Je me contente de présenter les chapitres:

Chapt I: the structure of behavior

- nécessité de distinguer les "choses que nous faisons" et "les choses qui arrivent".
- distinguer les causes internes des causes externes
- faut-il séparer "action" et "comportement" ? " we can ask and we expect behavioral scientists to tell us, how and why animals, including humans, do these things" (P4).

Chapter II: behavior as process

- le comportement est identifié par les effets externes de causes internes (à expliquer): faire une distinction entre une cause interne et un processus causal (P33).

Chapter III: representational systems

- analyse fonctionnaliste des causes d'un comportement

Chapt IV: the explanatory role of belief

- les croyances sont des cartes au sens où elles nous guident dans l'explication d'un comportement; Ramsey, Armstrong: "a satisfactory model of belief should reveal the way in which what we believe helps to detrmine what we do " (P79).

Chapt V: motivation and desire

- à la suite de Davidson, il s'agit de rendre compte des raisons primaires, pro-attitudes: "the rat presses the bar not just because it can see that the light is on, but because it is hungry." ( P109).

Chapt VI: the interactive nature of reasons

- étude des éléments conatifs et cognitifs intervenant dans l'explication d'un comportement; notamment la prise en compte du risque chez les hommes et les animaux (P138-139).

Sur toutes ces questions, voir le blog de François Loth; Métaphysique, ontologie, esprit.

Fred Dretske, Explaining behavior, reasons in a world of causes; Mitt press, 1988

18 juin, 2008

Réflexion sur l'enseignement de la philosophie

R. Auda vient ,dans un commentaire précédent, de faire référence au rapport de mission de réflexion sur l'enseignement de la philosophie en novembre 1990.

A la lecture de ce rapport - sur le site de la société française de philosophie-, on se rend compte à quel point les divergences sont profondes entre les différents protagonistes. Je résume:

J. Derrida commence son discours par la nécessité de "partager un langage commun".

B. Bourgeois insiste sur " la liberté intellectuelle principielle du maître de philosophie", qui par la suite , sera à l'origine de débats houleux.

H. Péna-Ruiz s'interroge sur la signification de la démocratisation et refuse toute identification entre le "social, culturel et scolaire".

R. Brunet (Greph)avec raison (à mon sens), pose la question de la formation de la pensée de tous les élèves. Il s'oppose à une conception sacrée de la dissertation, notamment de sa valeur philosophique.

Bref, on constate une opposition radicale entre deux types de sensibilités ! C'est ainsi que la philosophie vit de ses propres malentendus.


A consulter sur le site la société française de philosophie, Rapport de mission sur l'enseignement de la philosophie en novembre 1990.

17 juin, 2008

Faut-il accabler la philosophie ?

Présentons le débat: la philosophie, telle qu'elle est enseignée aujourd'hui, ne correspondrait ni aux attentes des élèves, ni aux attentes de la société. R.Dogat, membre de l'acireph (j'ai démissionné de cette association à cause de son caractère sectaire en 2003) tente de rendre compte de sa colère de professeur de philosophie. Il y aurait donc deux tendances en philosophie:
a) ceux qui défendent la pensée authentique
b) ceux qui argumentent
Certes, il s'agit de vues simplistes. A mon sens, le débat entre profs de lycée, d'universitaires a échoué, faute d'une écoute respectueuse.
Il est évident, pour moi, que le privilège accordé à la série scientifique (depuis les années 70) est responsable, en grande partie, de la déroute des séries littéraires !
Première à ouvrir le bal, l'épreuve de philosophie du baccalauréat (qui célèbre ses 200 ans cette année) garde une image forte mais surannée. La "philo" a mal franchi le cap de la massification sociale des études secondaires et celui du XXIe siècle. Ce qui n'empêche pas que 493 398 candidats bacheliers (baccalauréats généraux et technologiques) doivent encore passer par cette "épreuve reine", soit 80 % de la totalité des 615 625 lycéens inscrits au bac 2008.
Le scénario demeure identique au fil des décennies : chaque année, les sujets de philo ouvrent les bulletins radio et les journaux télévisés du jour. Les autres disciplines ne bénéficient pas de ce traitement médiatique ; elles n'intéressent guère le public. Sans doute parce que la philosophie donne le coup d'envoi de la semaine d'épreuves du bac. Ou parce que la mémoire collective y savoure les restes de ce qui fut, depuis deux siècles, l'épreuve reine – propre à la France sous sa forme actuelle – qui couronne les études secondaires. Mais qui est aussi devenue la bête noire des lycéens, car la plus sévèrement notée.
Deux épreuves coexistent en une : celle des candidats et celle des correcteurs. "Chaque année, à la lecture des copies, je suis furieux de devoir évaluer un exercice – dissertation ou commentaire de texte – que les élèves sont incapables de réussir mais qu'on exige toujours d'eux !", regrette Renaud Dogat, professeur de philo dans un lycée de l'Essonne et membre de l'Acireph (Association pour la création d'instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie), qui milite pour qu'on modernise les programmes et les épreuves du bac.
"En théorie, une bonne copie devrait être organisée, allier une pensée personnelle et originale nourrie de concepts philosophique, résume Renaud Dogat. C'est rarement le cas chez les candidats au bac général, encore moins chez ceux des filières technologiques. Notre corporation, garante de la pensée authentique, a freiné toute évolution des programmes et des épreuves. Face aux copies, on mesure le fossé entre attentes et réalité."

AJUSTEMENT
Au final, les copies de M. Dogat dépassent rarement le 9 de moyenne… Celles de ses collègues aussi. Les notes confidentielles des inspecteurs généraux ou régionaux demandent pourtant qu'on "réserve les notes faibles ou très faibles" aux copies "informes, absurdes, provocatrices ou ostensiblement bâclées" et non à celles "mauvaises ou ratées" qui "témoignent néanmoins d'un certain effort de compréhension et de composition". Ce souci d'ajustement entre idéal et réalité n'est pas nouveau.
A la création du bac sous le règne de Napoléon, en 1808, la discipline vivote. "La morale, la logique, la métaphysique, la théodicée [théorie de Leibniz, consistant à justifier rationnellement la bonté de Dieu] et l'histoire de la philosophie étaient au programme, commente l'historien de l'éducation Bruno Poucet, auteur d'Enseigner la philosophie, histoire d'une discipline scolaire (1860-1990), éd. du CNRS. L'étendue des sujets et l'absence de manuel se soldent par 60 % d'échecs à l'épreuve – orale et en latin."
En 1823, le programme se recentre sur 50 questions ; le candidat tire un numéro et récite son cours. A la question 1, il doit exposer "les objets de la philosophie, utilité et importance de la philosophie. Ses rapports avec les autres sciences". A la 31, il doit expliquer en quoi "la destinée de l'homme est preuve de l'immortalité"… En 1863, le ministre de l'instruction publique, Victor Duruy, fait passer la philo de l'oral à l'écrit. Elle prend la forme d'une composition française. "Ce n'est pas encore une dissertation : on en attend une conformité à l'histoire de la philosophie et à l'exposé de la doctrine", rappelle Bruno Poucet.
Dès cette session, l'esprit des sujets se modifie, et les candidats doivent répondre à des questions comme "Preuves de l'immortalité de l'âme – distinguer l'argument métaphysique et l'argument moral" ou "Qu'appelle-t-on sciences exactes ? En quoi consiste leur méthode et à quoi doit-on attribuer l'exactitude qui les caractérise ?"
La dissertation philosophique se codifie peu à peu, grâce à une nouvelle génération d'enseignants. Le plan en quatre parties s'impose (préambule, corps, récapitulation et conclusion) : "Il ne s'agit plus de synthétiser le cours, mais de démêler le vrai du faux, de faire usage de sa faculté de juger et de défendre une thèse", expliquent les textes. Quelques sujets de la fin du XIXe siècle ont assez bien vieilli pour ne pas dérouter les candidats 2008 ("Est-il vrai que l'homme ne pense jamais sans images ?", par exemple). L'épreuve moderne est en train de naître. Elle est déjà dépassée.
Alors que se rode cet exercice – hérité de l'agrégation et de l'Ecole normale supérieure –, les élèves dont on dit poliment qu'ils sont "issus de la massification" arrivent dans le secondaire et peinent à le dominer.
Dès les années 1940, on réfléchit à diversifier l'examen et, à partir de 1966, le candidat peut passer outre la dissertation et dégager l'intérêt philosophique d'un texte. Une évolution plus qu'une révolution.
Maryline Baumard
Journal le Monde 16/06/08

15 juin, 2008

24 heures de la vie d'un lycéen !


Que fait-on la veille d'une épreuve de baccalauréat ?


Pas d'inquiétude: l'essentiel est de participer !

11 juin, 2008

Hume: le philosophe qui donne un sens à la vie !

Hume est un compagnon de route que je fréquente depuis la Terminale. Autant le dire, mon prof de philo - fort sympathique par ailleurs - avait une préférence pour Platon et le rationalisme moral, et nous présentait les empiristes comme des penseurs inachevés. Alors j'ai lu Hume en cachette ! Ce qui d'emblée étonne chez ce philosophe, c'est une disposition à se débarrasser des faux-problèmes sans mettre en avant la divine raison ou je ne sais quoi. Et puis, ce philosophe écossais interroge cette prétention humaine à tout démontrer dans un langage obtus. Mais quelle est alors l'utilité de la philosophie? Ni pure spéculation, ni simple conversation...entre les deux.
Voici le témoignage d'un professeur de philosophie à propos de Hume:
"Les philosophes, ils sont dans leur monde." Voilà la parole qui, lors de ma première année d'enseignement, m'a poussé à me tourner vers Hume. Mes élèves voyaient en effet souvent la philosophie comme un monde à part, coupé de la "vie réelle". Il me fallait retrouver le lien perdu entre mes cours et leur expérience de la vie. Il fallait que je montre que les philosophes parlent bien du monde - de notre monde commun.
Mais dès le début de l'année, j'avais moi-même renforcé le préjugé que je devais combattre. J'avais présenté la philosophie comme une démarche indispensable de critique de l'opinion, c'est-à-dire de toutes les idées et valeurs que nous adoptons de façon irréfléchie. Critique qui était le seul moyen de l'autonomie du jugement, qui fait de nous des hommes libres et accomplis. J'étais alors déjà, aux yeux de mes élèves, dans mon monde de philosophe. Car chacun sait qu'on peut être libre, et pleinement humain, sans être philosophe - comme me le disait une des mes élèves : mes parents ne savent pas lire, ce ne sont pas des philosophes, et ce sont des gens bien.
Mes élèves eux-mêmes m'ont alors indiqué une piste. Quand ils m'ont de nouveau questionné sur le sens de ma discipline, j'ai constaté qu'ils s'interrogeaient moins sur la philosophie que sur les philosophes. Quels hommes étaient-ils ? Des solitaires ? De purs esprits ? Des fous ? Ce qui m'a frappé alors, c'est qu'ils m'invitaient à une sorte de démarche empirique.
Je me suis alors souvenu d'un texte de Hume sur la philosophie. En bon empiriste, il ne cherchait pas à la définir, mais évoquait la place qu'elle occupait dans sa vie, parmi d'autres activités tout aussi valables et importantes. Car on n'y consacre, de fait, pas tout son temps. On est aussi, voire d'abord, attiré par les plaisirs de la chair ou de la sociabilité. Et on n'est pas toujours d'humeur à philosopher. On trouve parfois les raisonnements trop austères, "froids" et "forcés". Et si on recommence à réfléchir, ce n'est pas poussé par la "force de la raison", mais à cause du retour d'une "humeur sérieuse". C'est parce qu'on éprouve de nouveau le désir de résoudre les questions qui nous préoccupent : quels sont les principes du bien et du mal ? Quelle est l'origine de mon existence, et sa destination ? Le philosophe est alors d'abord un être qui désire, qui agit, qui vit. Un homme comme les autres, mais qui parmi ses désirs compte le désir de penser. Il n'est pas différent des autres hommes : c'est simplement un homme qui fait de la philosophie.
En réhumanisant le philosophe, en montrant qu'il ne fait pas partie d'un monde à part, Hume réinsère la philosophie dans le monde, au lieu de la rendre d'emblée inaccessible. La philosophie redevient l'affaire des hommes, des hommes vivants et désirants. Dès lors nos élèves peuvent se sentir autorisés à tenter l'aventure : si les philosophes parlent de la réalité, la voie est ouverte à une pensée partagée. "

Sylvain Hartemann est professeur au lycée Béhal de Lens (Pas-de-Calais).
Article paru dans l'édition du 06.06.08.

08 juin, 2008

Affreux, sales et méchants



Ettore Scola se livre à une critique féroce de la société de son temps à la fin des années 70 dans le film Affreux, sales et méchants: c'est l'histoire d'une famille, vivant dans un bidonville; Nino Manfredi est admirable en père avare.


Je me souviens d'une scène pathétique (j'ai vu ce film dans les années 80): un camion rempli de biens de consommation se rend dans ce bidonville et semble narguer cette population qui manque de tout !

L'incompris: Luigi Comencini



Le film l'incompris de Luigi Comencini est pour moi un film rare: il raconte l'histoire d'un enfant qui souffre de l'absence de sa mère sans le manifester. Plus tard, Comencini réalisera le film Un enfant de Calabre, Mimi qui court très vite: rêve d'un gosse pauvre à la recherche d'une victoire.

Disparition de Dino Risi !


Dino Risi, le grand cinéaste italien, vient de nous quitter. Nous nous souvenons du fanfaron et parfum de femme.

J'aime le cinéma italien des année 50/70: mélange de comédie, tragédie et de sensibilité exquise !

05 juin, 2008

Hume, l'esprit libre


Voici un entretien de P.Raynaud - Journal Le Monde - à propos de Hume, mon philosophe préféré: c'est un esprit libre, ironique, passionné et parfois désespéré.



Quelle est la place de Hume et de sa pensée dans votre propre itinéraire philosophique ?



Lorsque j'étais étudiant, Hume n'occupait pas une place centrale dans la philosophie française, qui privilégiait plutôt, d'un côté, la tradition rationaliste (de Platon à Kant ou à Hegel) et, de l'autre, les différentes figures de la "fin de philosophie" ou de la "déconstruction de la métaphysique". Hume apparaissait donc, le plus souvent, comme le plus éminent représentant d'une tradition elle-même mineure (l'"empirisme"), et comme un penseur plus subtil que profond, dont le plus grand mérite était sans doute d'avoir aidé Kant à sortir de son "sommeil dogmatique" grâce à sa critique de la causalité.
Les choses ont un peu changé depuis, parce que la France a d'excellents historiens et commentateurs de Hume, mais il reste vrai que ce penseur n'occupe pas une place centrale chez nous. Ce qui m'a conduit à m'intéresser à lui, c'est précisément le fait que j'y trouvais des choses qui me paraissaient faire défaut, la plupart du temps, à la philosophie française. J'ai commencé à (re)travailler son oeuvre au début des années 1980. Celles-ci furent marquées, d'un côté, par les débuts de la diffusion des grands textes issus du positivisme et/ou de l'empirisme logique (Carnap, Wittgenstein et le premier Russel, même si celui-ci n'était pas en toute rigueur "empiriste") et, d'un autre côté, par la renaissance du criticisme néo ou postkantien, elle-même liée au développement d'une philosophie politique libérée de l'héritage marxiste.
Sur cette base de départ somme toute assez classique, j'ai été conduit à voir en Hume un penseur beaucoup plus original et, si l'on peut dire, plus ample, qui occupe une position tout à fait singulière, à la fois interne et critique, au sein de la philosophie des Lumières. Hume est un critique du rationalisme moral ("la raison est et ne peut qu'être l'esclave des passions"), mais il refuse tout autant la démarche "généalogique" qui réduit la sympathie et la générosité à l'amour-propre et à l'égoïsme ; il est radicalement incroyant, et sans doute plus athée que déiste, mais sa philosophie de la religion reconnaît une certaine force aux sentiments et même aux arguments "théistes" ; sa philosophie politique, enfin, est fondamentalement moderne, mais elle est tout aussi éloignée de l'orthodoxie libérale anglaise (whig) que de l'esprit "constructiviste" des Lumières françaises.

Quel est le texte de Hume qui vous a le plus marqué, nourri, et pourquoi ?


Lorsque je cherche à reconstruire l'unité et la cohérence de la pensée de Hume, je suis toujours conduit à revenir au Traité de la nature humaine, oeuvre de jeunesse géniale où on trouve déjà sous une forme quasi systématique presque toutes les grandes thèses développées dans les oeuvres ultérieures. Il reste cependant que c'est aux Essais moraux, politiques et littéraires que je me réfère le plus volontiers, car c'est dans ces textes aussi denses que plaisants que l'on saisit le mieux le style de pensée de Hume. Le peu de succès public du Traité l'a conduit à privilégier la forme de l'essai, qui était pour lui la mieux adaptée aux besoins de son temps, car elle permettait de réunir, à leur mutuel avantage, les deux mondes de la philosophie et de la "conversation". Le monde de la conversation ou de la bonne société doit éviter de sombrer dans la futilité ou dans l'ennui, mais la philosophie a elle aussi tout à perdre à rester séparée du monde de la conversation et elle doit prendre le risque de se confronter au sens commun éclairé, à la diversité des opinions.
Les Essais abordent toutes les grandes questions de la philosophie du XVIIIe siècle (de la religion à la politique) et même de la philosophia perennis et ils peuvent être lus comme les oeuvres des grands moralistes classiques. Pour ce qui me concerne, j'accorderai une importance toute particulière à l'essai sur "La naissance et le progrès des arts et des sciences", qui est pour moi une des expressions les plus profondes des problèmes que pose le projet même des Lumières. Hume part du constat que, si la liberté politique est favorable à la naissance des arts et des sciences, comme le montre l'exemple de l'Angleterre, les beaux-arts ont connu un développement plus brillant dans une "monarchie civilisée" comme la France. A partir de là, il donne une très brillante analyse des relations qu'entretiennent en Europe les régimes politiques, les arts, les moeurs, les formes de civilité ou de politesse et les relations entre les sexes, qui débouche sur des enjeux considérables et qui fonde une critique de la civilisation moderne symétrique de celle de Rousseau. Il écarte l'idée d'une corruption générale des moeurs dans la modernité, mais il montre également la précarité du progrès - et l'absence de lien nécessaire entre ses différents aspects. C'est le début d'une grande controverse, qui va se poursuivre chez Rousseau et Kant et dont on peut suivre la trace tout au long du XIXe siècle.


Selon vous, où cet auteur trouve-t-il aujourd'hui son actualité la plus intense ?

A travers la forme de l'essai, Hume a défini et surtout incarné un idéal qui ne vaut pas seulement pour le monde des salons, mais pour toute société ouverte, dans laquelle la philosophie n'est pas une activité séparée, où elle intervient au contraire dans une culture vivante. Mais la substance de son oeuvre est encore plus riche d'enseignements, parce que, sans être nullement rétrograde, elle est suffisamment éloignée des préjugés modernes pour donner à penser dans une période aussi incertaine de ses principes que la nôtre.
Hume échappe complètement à la vision "atomistique" de la société qui sous-tend la plupart des doctrines du XVIIIe siècle, sous la double figure du "contrat social" et du marché ; l'homme est pour lui un animal naturellement producteur d'artifices et c'est pour cela qu'il n'est ni un sujet porteur de droits ni un Homo economicus fondamentalement stratège ou acteur rationnel.
Le monde de Hume est donc un monde d'invention permanente, qui permet certes de protéger les droits par l'établissement de communautés politiques limitées, mais qui est surtout voué à élargir la sympathie et à étendre la coopération, en inventant sans cesse de nouveaux mobiles qui dépassent l'intérêt (l'honneur, la coutume, l'hérédité etc.) et de nouvelles passions qui vont bien au-delà des besoins naturels ; il n'y a cependant pour lui ni Providence ni "dessein de la nature" pour garantir que ce devenir va réaliser les fins de la Raison. Cette philosophie fondamentalement joyeuse ou du moins gaie, qui n'exclut pas la possibilité de la tragédie, me semble pour ma part parfaitement "actuelle" - sans que cela exclue qu'elle puisse être vraie.
Propos recueillis par Jean Birnbaum


Edition du 5/6/08

04 juin, 2008

Le survivant: la violence à comprendre !

Comment peut-on rendre compte de la violence sans sombrer dans le psychologisme ou le sociologisme ? Parler des "raisons de la violence", c'est évidemment explorer les motifs complexes de nos actes.
Vitaliano Caccia, lors d'une épreuve d'orale du baccalauréat, près de Milan, s'approche de ses professeurs et les tue en laissant un seul survivant Andréa Marescalchi, enseignant de philosophie. C'est donc à lui qu'il appartient de comprendre...
A lire, Antonio Scurati, Le survivant (Flammarion); assez déroutant.

03 juin, 2008

Sur le problème fondamental des mathématiques

Jacques Herbrand, mort tragiquement à l'âge de 23 ans, définit le problème fondamental des mathématiques de la manière suivante:
"Quelle est la condition nécessaire et suffisante pour qu'un théorème soit vrai dans une théorie déterminée n'ayant qu'un nombre fini d'hypothèses ? Si ce théorème est vrai, quelle est sa démonstration ?"
Ecrits logiques (1968, PUF)
Et cet ultime hommage de Claude Chevalley:
"
Cette pratique toujours poursuivie de la pensée rigoureuse allait ainsi, de l'avis de tous, donner au monde savant un de ses grands esprits, mais il semblait à Herbrand, certains jours, qu'elle entraînait sa conscience dans un monde aussi stérile que le vide qu'il trouvait parfois au plus profond du dépouillement de lui-même."