29 avril, 2008

La philosophie de l'esprit (1)

Un des problèmes majeurs qui se pose dans les théories contemporaines de l'action et de l'esprit est de savoir quel statut on doit attribuer à la psychologie: est-elle une science de la nature ou de l'esprit ?


Nous tenterons dans les prochains billets de faire une présentation synthétique des différentes thèses en philosophie de l'esprit et de l'action.

28 avril, 2008

Aïkido: concert !


"Le maître de flûte disait: "il faut produire chaque note comme si, à elle seule, elle était tout le concert."

Le Sensei d'aïkido n'a rien à ajouter à cela."

Franck Noël

24 avril, 2008

Conférence Adam Smith

Communication de Michael Biziou,
Maître de Conférence en Philosophie à l'Université de Nice (Sophia- Antipolis), auteur de Adam Smith et l'origine du libéralisme (PUF, 2003)
le mercredi 21 mai 2008 à 14h , dans la salle des Actes du Lycée MASSENA de NICE

Sur le sujet suivant :

Le concept d'utilité chez Adam Smith

23 avril, 2008

Centre Bentham

Le Centre Bentham et le Bentham Project (University College London) ont le plaisir de vous inviter à une conférence du Professeur Philip Schofield (UCL):"Religion versus the Greatest Happiness in the Thought of Jeremy Bentham"Discutante: Ann Thomson (Paris 8).

La présentation sera suivie d'un débat.

Mercredi 30 avril 2008, 13h30-16hSalle B313Université Paris 8, rue de la Liberté, 93 000 Saint-Denis (métro: Saint-Denis Université, ligne 13)

21 avril, 2008

Publication centre Bentham

A lire, "La déontologie politique" d'Emmanuelle de Champs , à propos de Jeremy Bentham (Droz, Genève).

Inventeur du néologisme "déontologie", le philosophe anglais Jeremy Bentham (1748-1832) lui donnait pour but de fixer ce qui doit être sous l'égide du principe d'utilité, de concilier les intérêts privés et les intérêts publics.
Emmanuelle de Chanmps explore la branche politique de la déontologie benthamienne, l'art du législateur, celui du droit constitutionnel, et la dimension morale de l'utilitarisme, qu'elle juge centrale dans le système philosophique benthamien. Elle montre que la théorie du langage et de la connaissance (dite "théorie des fictions") est une véritable condition de possibilité de la réflexion politique : il s'agit de forger les outils nécessaires à l'élaboration d'une morale de l'action publique. Loin d'être le produit d'une conversion tardive à la démocratie, la réflexion constitutionnelle habite l'oeuvre de Bentham dès le début des années 1770. Au cours des années, elle se nourrit des Révolutions américaine et française, de la montée des revendications radicales en Grande-Bretagne, puis des révolutions libérales du sud de l'Europe et d'Amérique latine au début du XIXe siècle.
Etudiée dans son contexte, la déontologie politique benthamienne s'inscrit dans un dialogue avec Montesquieu et Blackstone, Burke et Paine, Mill et Macaulay. Elle apparaît alors comme une étape majeure dans l'histoire des idées politiques occidentales.
Ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay Saint-Cloud et agrégée d'anglais, Emmanuelle de Champs est maître de conférences à l'Université Paris VIII-Saint-Denis et membre du Centre Bentham (Paris)
.

20 avril, 2008

Appel à communication

Voici l'annonce d'un colloque prévu le 4 et 5 juin 2009 à Rennes:
Deux siècles d'utilitarisme


« Deux siècles d’utilitarisme »
Colloque international interdisciplinaire
Jeudi 4 - vendredi 5 juin 2009
Université de Rennes II

Le groupe de recherche Axe Civilisation Britannique, composante de l’équipe d’accueil
Anglophonie : Communautés et Écritures (Université de Rennes II) et le Centre Bentham
(Université Paris Ouest – La Défense) organisent les jeudi 4 et vendredi 5 juin 2009 à
l’Université Rennes II un colloque intitulé « Deux siècles d’utilitarisme ».
L’utilitarisme reste globalement mal connu en France où il est réduit à quelques figures et
positions souvent caricaturales qui continuent de déprécier son image. Cette attitude tranche
avec un nombre important de théories, majoritairement anglo-saxonnes, qui lui reconnaissent
un statut privilégié de source d’inspiration ou de rival. Il constitue ainsi, du point de vue
théorique, une tradition et un tournant philosophique majeur. Du point de vue pratique, il
compte parmi les doctrines qui ont le plus d’effets juridiques et éthiques.
Si des penseurs développent des réflexions utilitaristes dès l’Antiquité dans le domaine de
l’éthique ou de l’ontologie, l’utilitarisme, au sens où nous l’entendons, se constitue avec Jeremy
Bentham. Il le formule dans l’expression du principe d’utilité visant la « maximisation du plus
grand bonheur du plus grand nombre ». Bentham en systématise l’application, étend ses
champs d’intervention et l’érige en principe premier de son système philosophique dans
l’Introduction aux principes de morale et de législation publiée pour la première fois en 1789.
Les penseurs utilitaristes entendent fonder l’éthique sur l’idée que la valeur morale d’une action
se détermine par sa contribution à augmenter ou à diminuer le bonheur général. En plus d’être
une théorie morale, l’utilitarisme étend son champ d’application à différentes sphères théoriques
et pratiques telles que la politique, le droit, la philosophie de l’action, l’économie ou la
sociologie.
Ce colloque a pour objet et pour ambition de s’interroger d’une part sur les racines de
l’utilitarisme et d’autre part sur son héritage, ses mutations et ses développements. Plus de deux
cents ans après l’Introduction aux principes de morale et de législation, qu’est devenu
l’utilitarisme ? Quelles transformations les figures emblématiques de l’utilitarisme benthamien :
le « felicific calculus », les concepts de bonheur, de plaisir, de bien-être, et le panoptique ontelles
subi ? Est-il vrai que, selon Tim Mulgan, « la question la plus importante qui divise les
utilitaristes est la définition du bonheur ou du "bien-être" ou de "l’utilité" ou de "ce qui fait que
la vie vaut la peine d’être vécue" » ? (Understanding Utilitarianism, Stocksfield : Acumen, 2007)
Dans la perspective de ces questionnements, nous encourageons la confrontation de points de
vue interdisciplinaires (études anglaises, philosophie, sociologie, droit, économie, histoire etc.)
sur les grandes questions politiques et sociales (justice, démocratie, droit international, droits,
économie politique, éthique etc.). Nous souhaitons par ailleurs que s’engage un rapprochement
entre les utilitaristes classiques (Bentham, Mill, Sidgwick) et les utilitaristes du XXe siècle (Hare,
Moore, Singer).
On pourra par ailleurs se pencher sur les thématiques suivantes (non exhaustives) :
- L’exigence, le paternalisme, le sacrifice : l’utilitarisme est-il une théorie morale extrême ?
- Utilitarisme et éthique appliquée : éthique animale, éthique de l'environnement, bio-éthique,
éthique médicale etc.
- Le conséquentialisme.
- L’intégration ou l’exclusion des calculs utilitariste et déontique ainsi que les considérations
téléologiques dans le raisonnement pratique.
- Utilitarisme et protection de l’individu.
- L’universalisme et le particularisme.
- Utilitarisme(s) de l’acte, de la règle, de la préférence.
- L’utilitarisme et le concept de mérite.
- L’influence politique de l’utilitarisme.
- Utilitarisme et intervention / non-intervention de l’état.
- Utilitarisme et droit international.
- Utilitarisme et justice distributive.
Les intervenants pourront s’exprimer en français ou en anglais.
Les propositions de communication d’environ 250 mots, accompagnées d’une notice personnelle
de quelques lignes (statut, lieu d’exercice et coordonnées) devront être envoyées avant le 29
septembre 2008 à Emilie Dardenne (emiliedardenne@yahoo.fr) en indiquant « Deux siècles
d’utilitarisme 2009, proposition de communication » en objet. Notification aux auteurs avant le 2
décembre 2008.
Les meilleures communications seront sélectionnées pour une publication ultérieure.
Conférenciers invités
Catherine Audard, London School of Economics
Tim Mulgan, Université de St Andrews (à confirmer)
Fred Rosen, University College London
Philip Schofield, University College London
Responsables scientifiques
Malik Bozzo-Rey, Université de Paris Ouest – La Défense
Emilie Dardenne, Université de Rennes II
Comité d’organisation
Malik Bozzo-Rey, Université de Paris Ouest – La Défense
Emilie Dardenne, Université de Rennes II
Emmanuelle de Champs, Université de Paris VIII - Saint Denis
Comité scientifique
Magali Bessone, Université de Rennes I
Malik Bozzo-Rey, Université de Paris Ouest – La Défense
Anne Brunon-Ernst, Université Panthéon - Assas
Jean-Pierre Cléro, Université de Rouen
Emilie Dardenne, Université de Rennes II
Emmanuelle de Champs, Université de Paris VIII - Saint Denis
Ann Thomson, Université de Paris VIII - Saint Denis

19 avril, 2008

Retour de vacances !


Qu'il est bon de respirer l'air du haut du Puy de dôme ! Quel froid ! La vue est toujours aussi splendide.
La forme est retrouvée.

13 avril, 2008

Vacances

Une petite semaine de vacances en Auvergne . Je pars avec deux chanteurs Stanislas , Raphaël et bill l'épagneul.
A bientôt.

12 avril, 2008

Je sais que la terre est plate !


Excellent album de RAPHAEL: à se procurer immédiatement



" et j'étais sur les routes par les nuits d'hiver"




"je me fous du vent qui vient qui va


je me fous de la vie qui finit ou pas"

"qu'as-tu fait de tes nuits


qu'as-tu fais de ton temps


et de toute cette jeunesse "


"j'aime bien les quartiers de lune et ta consolation"



11 avril, 2008

La souffrance animale

Prendre conscience de la souffrance des êtres vivants:
il me semble qu'il est logique de s'opposer à toute forme de souffrance animale lorsqu'on s'appuie sur le critère de la sensibilité ou des sensations éprouvées par le corps. En ce sens, ce n'est pas l'intelligence de l'animal qui est déterminante dans ce genre de conflits moraux.


Je m'appuie sur l'analyse de Vilmer à propos de la thèse de Singer:


"Singer est un utilitariste qui distribue la considération morale en fonction du critère de la souffrance: il suffit de souffrir pour être patient moral. De ce point de vue, il est également un welfariste." ( P 76).


De ce fait, il est nécessaire de distinguer ceux qui défendent "les droits des animaux" (T.Regan )et ceux qui défendent "l'intérêt" de l'animal à ne pas souffrir (P. Singer).


PS:
mon engagement végétarien (entre 17 et 19 ans) se fondait sur l'idée que l'homme n'est pas destiné à manger des animaux; en ce sens, je ne suis pas "une abolitionniste" mais je voudrais qu'on reconnaisse la souffrance animale afin d'éviter toute forme de cruauté humaine.


J.B.J.VILMER, Ethique animale, PUF, février 2008.

09 avril, 2008

Aïkido et autorité


Je trouve assez honnête la réflexion d'un jeune aïkidoka à propos de la nécessité de la critique et de la culture scientifique. Je cite le début de son discours sur le site "aïkido":


"En tant que scientifique, j’ai parfois affaire à des enseignants d’Aïkido qui considèrent la démarche épistémologique comme une aberration dans l’étude d’un art martial extrême- oriental, voire même comme une insulte à leur travail ou à leur personne. Je voudrais pourtant discuter aujourd’hui des bénéfices que nous avons en tant qu’Occidentaux à étudier un art martial traditionnel japonais en gardant en tête ce que nous ont apporté les Lumières.
Nous vivons à une époque où la pseudoscience et la superstition ont le vent en poupe, probablement à cause de l’affaiblissement de la religion. Le cerveau humain a cette tendance à chercher un sens à tous les phénomènes auxquels il se confronte. Selon Daniel C. Dennett célèbre professeur en sciences cognitives, le fait que la science ait l’honnêteté de reconnaître n’avoir qu’un savoir fragmenté est parfois si intolérable pour l’esprit que l’on tend alors à aller chercher ailleurs des vérités absolues, immuables et donc rassurantes : des dogmes. C’est dans ces vides laissés par la science dans les arts martiaux et ailleurs que l’on trouve les méthodes et les discours les plus détestables. .."


Guillaume Erard

08 avril, 2008

Les peuples démocratiques !



Je ne sais si les peuples démocratiques ont une passion pour l'égalité; une chose est sûre, ils ont une aversion pour l'injustice; de Londres à Paris puis San-Francisco.

05 avril, 2008

Sauvons l'université !

Pendant que les enseignants du Secondaire déplorent les mauvaises conditions de travail (les heures sup imposées au détriment de la création de postes ) se poursuit la longue agonie de l'Education Nationale.
Je joins le communiqué de "sauvons l'université", SLU:
"
Les concours d’enseignement : un instrument au service de la formation de tous les élèves et de tous les étudiants
Depuis quelques semaines, sont dévoilées peu à peu les grandes lignes d’un projet de suppression du CAPES : le concours national destiné à recruter les futurs enseignants du secondaire céderait ainsi la place à des Masters de formation à l’enseignement dans les universités. Il est vrai qu’une réflexion permanente s’impose sur la place que doit avoir la pédagogie dans la formation des futurs enseignants, mais il est absurde de faire de celle-ci l’enjeu d’une rivalité entre la maîtrise des connaissances disciplinaires et le renforcement des capacités des étudiants à affronter une situation d’enseignement… et il est tout aussi absurde de considérer que rien n’a été fait en ce sens, notamment dans les IUFM qui sont à l’interface de la formation disciplinaire dispensée principalement dans les universités et de la mise en œuvre de leurs connaissances dans des classes et des situations d’enseignement spécifiques.
Il faut donc affirmer que le développement des capacités pédagogiques des futurs enseignants ne passe pas par la suppression du principal concours d’enseignement.
En revanche, défendre et promouvoir (par un nombre de postes conséquent mis au concours) les concours d’enseignement, qui ne doivent en aucun cas déboucher sur une simple certification, c’est rappeler que leurs principales spécificités constituent le socle d’un type de formation et de recrutement issu d’une conception républicaine de la diffusion du savoir et de la formation des enseignants. Il n’est en effet pas exagéré de dire que les concours s’inscrivent dans une logique d’espace, de temporalité et d’organisation sociale républicaine.
Ces concours sont en effet et doivent demeurer
a) nationaux b) anonymes c) uniques et annuels d) associés à un programme disciplinaire et à une préparation assez longue (une année universitaire au moins) et spécifique e) liés à des postes de fonctionnaires sous statut, en nombre équivalent au nombre de places ouvertes aux concours
En cas de suppression du principal concours national de recrutement des enseignants, ces principes s’effaceraient, non sans effets immédiats sur la nature de la formation des lauréats. La fin du concours unique annuel favoriserait une différenciation des formes et des contenus des recrutements, contribuant à saper la logique d’un « service public de l’éducation nationale » au service des citoyens. Quant à la possible absence de référence disciplinaire elle aurait probablement de rapides effets délétères sur les choix privilégiés au sein des formations ainsi que sur la maîtrise de connaissances indispensables à de futurs enseignants. Sans parler du fait que, dans toutes les universités, les classes de préparation aux concours constituent souvent un espace de formation privilégié sur le plan des contenus et de la méthode, y compris pour les étudiant(e)s qui ne réussiront pas le concours.
Il est inacceptable que l’on passe subrepticement, par le biais d’un nouveau type de formation, d’une logique de recrutement de fonctionnaires à une logique d’attribution d’une certification, dont l’effet serait la constitution de listes de candidats potentiels à des postes d’enseignement précarisés, relevant souvent de recrutement locaux. La logique et les effets de l’extension indéfinie de la contractualisation trouveraient là un champ d’application rêvé. Or, cette extension du champ de la contractualisation est, on le sait, au cœur à la fois de la réforme des universités - connue sous le nom de loi LRU - et des projets d’attribution de nouvelles prérogatives aux chefs d’établissement de l’enseignement secondaire. Avec à la clé un objectif commun et inavouable : la diminution du nombre de fonctionnaires et la précarisation généralisée des métiers de l’enseignement. Une fois de plus il est ainsi notable que les projets de réforme actuellement mis en œuvre concernent en même temps et au nom de logiques et d’objectifs similaires, qu’ils soient explicites ou non, les universités et l’enseignement secondaire : c’est donc tous ensemble que nous nous devons de réagir.
Pour toutes ces raisons, les associations et organisations signataires appellent à un retrait de tout projet de suppression du CAPES et s’élèvent contre toute atteinte aux principes énoncés ci-dessus."
Site:
www.sauvonsluniversite.fr


Publié le vendredi 4 avril 2008

02 avril, 2008

Qui peut croire Alain Renaut ?

Dans un article du journal Le Monde, Alain Renaut considère que l'Université défend une position malsaine. A mon sens, les exigences de la raison ont bon dos. Je vous laisse juger...

"Les actuelles élections des présidents d'université selon le dispositif organisé par la loi de juillet 2007 sont l'occasion d'une politisation malsaine. La non-réélection de Jean-Robert Pitte à la présidence de Paris-Sorbonne (Le Monde daté 16-17 mars) en fournit un exemple édifiant. Présentant sa démarche comme un assaut contre les options "libérales" du sortant, le vainqueur de cette élection a en réalité combattu directement, au nom de son propre engagement "à gauche", des positions renvoyées "à droite", n'hésitant pas à stigmatiser là une politique "sarkozyste". Parce que seule la victoire est jolie, on oubliera vite de telles outrances. Elles témoignent pourtant d'un singulier mépris à l'égard de l'université.

La véritable absurdité commence quand, à un moment décisif pour le devenir de l'université en France, une coalition des conservatismes construit sa majorité sur le choix obscurantiste de rejeter dans un seul des deux camps politiques la volonté d'ouvrir certains dossiers dont personne ne devrait plus pouvoir récuser l'urgence.
Le dossier de l'insertion professionnelle des étudiants, par exemple, est-il "de droite" ? Parce qu'il correspond à une mission attribuée aux universités par la loi de juillet 2007, a-t-il vraiment quelque chose à voir avec la volonté de brader les pures exigences du savoir pour faire valoir les attentes des entreprises ? Outre qu'il est insultant d'attribuer une telle volonté à des universitaires dont les ouvrages témoignent de leur rapport à la production du savoir, comment ne pas voir qu'une université ouverte, dont le principe restera celui de la non-sélection à l'entrée, doit être un extraordinaire lieu de mobilité sociale ? Et comment ne pas comprendre que cette mobilité suppose qu'on se soucie, pour échapper à la seule logique de la reproduction sociale, du devenir professionnel des étudiants ?
Peut-il en être autrement quand, notamment dans les humanités, la réussite, pour la majorité d'entre eux, ne saurait plus consister à embrasser les carrières de l'enseignement accessibles par les portes de plus en plus étroites des concours de recrutement ? Lorsque, responsable d'un master de philosophie et de sociologie qui compte plus de 500 étudiants, je constate qu'un seul d'entre eux a été reçu à l'agrégation en 2007, et lorsque je me soucie de cerner ce que l'on pourrait, non pas retrancher à leur formation savante, mais y ajouter, pour que leurs compétences soient plus lisibles par les recruteurs publics ou privés, est-il honnête et lucide de me dire que ma démarche participe du projet de transformer mon université en "école professionnelle" ?
Cette démarche est-elle "de droite" parce qu'elle entend intégrer la considération des exigences économiques, nécessairement diaboliques, dans le monde académique, ou est-elle "de gauche" parce qu'elle réfléchit aux conditions qui permettraient de remettre en marche un vieil ascenseur social rouillé ? Il serait raisonnable d'admettre, enfin, que la question de l'insertion des étudiants n'est ni de droite ni de gauche, mais qu'elle est lancinante dans une institution dont la logique ne saurait plus, lorsqu'il s'y trouve un pourcentage aussi élevé d'une tranche d'âge, être celle d'un club de savants s'autoproclamant les défenseurs de la "grande" tradition académique.
Autre exemple de dossier brûlant : l'échec dans les premiers cycles et la réflexion qu'il appelle sur la spécialisation prématurée induite par le cloisonnement des disciplines. Nos conservateurs de tout poil dénoncent ce dossier comme relevant d'une option "libérale", qu'ils croient pouvoir renvoyer à droite. Dans une université de 25 000 étudiants, où 73 % des inscrits échouent à la fin de la première année, où les examens de fin de premier semestre viennent de conduire à échouer, dans une discipline de la maison, plus de 80 % des présents aux épreuves, est-il de droite ou de gauche de prendre au sérieux ce constat, de s'en alarmer même et de chercher des remèdes ?
Est-il de gauche ou de droite de se demander si, dans une situation aussi absurde, il ne convient pas de restructurer l'organisation des premiers cycles en combinant à une spécialisation disciplinaire moins étroite les apports d'enseignements de culture générale ou de maîtrise de la langue, voire d'autres disciplines complémentaires, rendant moins délicate une réorientation en cas d'échec ?
Les "républicains" nous diront qu'il s'agit bien là, à nouveau, d'une option "libérale" puisqu'elle est présente dans le plan conçu par le ministère de l'enseignement supérieur en vue d'améliorer la réussite en licence. Continueront-ils pour autant de défendre, avec l'appui d'ailleurs des syndicats d'étudiants supposés les plus "à gauche", la spécialisation disciplinaire dans les "filières traditionnelles" comme la condition sine qua non d'un enseignement académique digne de ce nom ? Je ne peux bien sûr pas le croire, tant ce choix aveuglé exprimerait une pure indifférence au devenir des étudiants. Mais, dans ce cas, pourquoi avoir à ce point menti et ne pas avoir envisagé un instant de travailler ensemble sur un dossier qui requiert toutes les bonnes volontés ?
Dernière illustration de cette situation ubuesque : les campagnes présidentielles menées aujourd'hui dans les universités se caractérisent par une hypocrisie extravagante concernant un dossier tabou, celui des rénovations que devra connaître la fonction publique d'Etat. A l'exemple de ce qui s'est passé ces dernières années en Autriche ou en Espagne, tout le monde sait que l'université française devra affronter la question de savoir si la logique des corps de la fonction publique étatisée reste la plus appropriée à des établissements où la compétence et le mérite doivent jouer un rôle primordial dans le recrutement et l'évaluation de tous les personnels.
D'autres pays l'ont fait, non pas en privatisant les emplois de la fonction publique, mais en désétatisant la gestion de ces emplois, en y introduisant plus de souplesse et de vérité par une politique de contrats ou de conventions. La France ne veut-elle pas même envisager de le faire à son tour, avec des modalités et des garanties qu'il faudrait élaborer ensemble ? Là encore, cette question est-elle de droite ? Accepter de la poser et d'y travailler ne peut-il mobiliser aussi une gauche qui serait à même d'y voir, non pas seulement une garantie d'efficacité (ce qui n'est déjà pas rien), mais aussi une exigence dictée par le souci de l'équité à l'égard des personnels ? Etre de gauche aujourd'hui, est-ce refuser d'apercevoir que l'application mécanique de la grille indiciaire de la fonction publique, combinée à la logique des "corps", ne permet pas d'intégrer, dans la politique indemnitaire, la considération des mérites, des talents, de la réussite ?
Je souhaite bien du courage à ceux qui croient qu'ils pourront gérer nos universités en stigmatisant ces dossiers par un étiquetage "politicien". La politique universitaire mérite mieux que le jeu des appartenances et des combinaisons entre des acteurs dont les affiliations l'emportent sur les exigences de la simple raison."
Alain Renaut est professeur à l'université Paris-Sorbonne et directeur de l'Observatoire européen des politiques universitaires. "
Article paru dans l'édition du 01.04.08.

01 avril, 2008

La reconnaissance de la dignité !



Mon article -la reconnaissance de la dignité: paradoxe et interrogation - doit paraître en avril-juin. Je tiens à dire que des libertariens ont censuré mon message sur une liste à propos de l'idée de "crime sans victime". Pas de chance, j'ai confiance en moi, et je regrette que les défenseurs de causes nobles et égalitaristes ne donnent pas l'exemple...

Voici l'introduction:

"Il est sans doute surprenant de fonder l'idée de dignité de la personne humaine aujourd'hui puisque la reconnaissance du sujet est apparue dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Mais il semble que les enjeux philosophiques et moraux aient connu une mutation: il convient de s'interroger précisément sur la liberté de faire des choix dignes.
Dans cet article, nous aimerions revenir, 12 ans après sur la décision du Conseil d'Etat en 1995 à propos du lancer de nain, et en mesurer les enjeux. Rappelons brièvement les faits.
Le 27 octobre 1995, le Conseil d’Etat annule respectivement les décisions du Tribunal Administratif de Versailles et d’Aix-en-Provence à propos du “lancer de nain”.
Monsieur Wackenheim, nain de condition, accepte pour gagner sa vie, de se faire lancer par des spectateurs dans une boîte de nuit. Mais le maire de la commune, par un arrêté, décide d’interdire cette activité.
Au nom du principe de dignité, le responsable de la commune estime qu’il y a manifestement atteinte de l’intégrité de la personne morale et physique du nain. Toutefois, Monsieur Wackenheim et la société Fun-Production font un recours auprès du tribunal administratif de Versailles. Et là, le juge en question estime qu’il n’y a pas atteinte à la dignité “en l’absence de circonstances locales particulières.”Ainsi, nous pouvons lire le décret du Conseil d’Etat le 27 octobre 1995:


“Considérant qu’il appartient à l’autorité investie du pouvoir de police municipale de prendre toute mesure pour prévenir une atteinte à l’ordre public; que le respect de la dignité de la personne humaine est une des composantes de l’ordre public; que l’autorité investie du pouvoir de police municipale peut, même en l’absence de circonstances locales particulières, interdire une attraction qui porte atteinte au respect de la dignité de la personne humaine.”


Mais, rebondissement ultime, le maire fait appel de cette décision du tribunal administratif. Le Conseil d’Etat, en dernière instance, rejette les arguments du tribunal administratif et considère qu’il a bel et bien atteinte à la dignité sans faire valoir la nécessité de “circonstances locales particulières”.
Il convient de s’interroger sur les fondements philosophiques de la dignité afin de déterminer le caractère légitime de son usage juridique. En effet, le “flou” du concept de dignité pourrait autoriser une “instrumentalisation” à des fins “démagogiques”: ainsi, “le respect de la personne humaine” devient l’une des composantes de “l’ordre public”. Doit-on exiger des individus qu'ils "respectent leur propre dignité" ? N'est-ce pas confondre "ordre moral" et "ordre public" ?
La question est de savoir, s’il est justifié de faire un usage juridique d’un concept philosophique et moral. Il est en effet évident que nous avons affaire à un “concept mou” qui peut donner lieu à de multiples interprétations divergentes. Notre travail consiste précisément à nous interroger sur la possibilité d’une moralisation de la vie privée. Il semble que la reconnaissance de la dignité dépasse la cadre strict du droit de l’individu. En conséquence, il est intéressant de se demander en quoi l’intérêt général de l’humanité rencontre les droits de l’individu sans s’y réduire. Pour autant, nous ne pensons pas que la reconnaissance de l’humanité en chaque homme conduit à une moralisation de la vie privée.
Notre propos consistera à examiner les enjeux des différentes jurisprudences afin de préciser la portée des enjeux juridiques et moraux dans l’affaire du “lancer de nain”.