10 octobre, 2008

Disparition d'une jeune philosophe

Marie-Claude Lorne, jeune philosophe, s'est donnée la mort en septembre 2008. Elle n'avait pas quarante ans. Son corps a été retrouvé sous la passerelle du pont Simone de Beauvoir à Paris.

Je cite les propos de Gloria Origgi:

"Marie-Claude s’est jetée du pont Simone de Beauvoir seule, désespérée après la nouvelle que la titularisation à son poste de maître de conférences lui avait été déniée. Elle était déprimée, bien sûr, comme souvent le sont les gens qui font ce type de métier, car peut être c’est une vocation des esprits souffrants, ou parce qu’on devient facilement déprimés lorsqu’on est intelligents et méprisés. Et Marie-Claude était une femme intelligente et passionnée par les idées."

Je cite les propos de Benjamin Sylvand:

"La philosophie Française a perdu l’une des siennes qui parce qu’elle faisait son travail d’intellectuel déplaisait à certains universitaires qui ne l’ont pas titularisé sur la base de raisons injustifiables. Que ce soit la la cause ou l’une des causes de cette tragique histoire importe peu, le fait être que la pensée Française est en deuil à la fois d’une philosophe de premier plan mais aussi d’une universitaire intègre et si cette sombre histoire n’arrive pas jusqu’aux oreilles du public c’est qu’elle embrasse fortement le système qui y voit une marque de sa propre faiblesse: tout comme il ne doit pas y avoir de suicide dans l’armée, il ne doit y en avoir dans l’université. Or la réalité est toute autre, et c’est ce silence assourdissant qui est insupportable."

Je cite les propos de Pascal Ludwig:

"J'ai rencontré Marie-Claude en 1989, et depuis cette date nous étions amis. Elle avait une véritable passion pour la philosophie, qui s'est je crois déclarée très tôt. Elle me racontait qu'à 17 ans, dans son lycée d'Aulnay-sous-bois, elle lisait Fichte et Hegel, ce qui devait la faire passer pour une sorte d'extra-terrestre. La recherche de la vérité, c'était bien plus qu'une profession ou qu'une carrière pour elle, c'était un idéal auquel elle adhérait de tout son être, parfois avec intransigeance, toujours avec un grand enthousiasme. Rien ne permettait de penser qu'elle trouverait une place dans l'institution : femme dans un monde d'hommes, elle était tout le contraire d'une héritière. Elle avait peu de goût pour les usages du monde académique, et elle se moquait des convenances comme des modes philosophiques. Pourtant elle avait décroché un poste de maître de conférences, à force d'énergie, de travail et surtout de talent. Sa disparition, dans des circonstances terriblement injustes, m'a rempli d'une profonde tristesse. C'est aussi une catastrophe pour l'université et pour la philosophie des sciences. Je n'oublierai jamais sa gentillesse, sa passion contagieuse pour les idées, son intégrité intellectuelle."

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