29 décembre, 2008

Les actes de surérogation

A consulter l'article très intéressant de Florian Cova - jeune normalien et doctorant - à propos des actes de surérogation, dans la revue Philosophoire, consacrée au devoir. La question est en effet de savoir si de tels actes sont pris en compte dans les théories traditionnelles du devoir. Il faut donc s'interroger sur le fondement de telles morales et notamment sur les intuitions morales qu'elles contiennent. A partir de là, l'auteur montre en quoi l'acte de surérogation est un acte moralement bon qui ne remplit aucun devoir.
Je compte dès le mois de janvier m'attaquer à ce type d'actions problématiques, celles qui se situent au-delà du devoir.

26 décembre, 2008

Qu'est-ce que la psychologie sociale ?

Cette discipline est au croisement de la sociologie, de la psychologie, de la philosophie expérimentale et tente de rationaliser, par des méthodes scientifiques, les conduites des acteurs sociaux; Il est donc essentiel d'analyser la manière dont les gens entrent en relation les uns avec les autres et se déterminent les uns par rapport aux autres. C'est pourquoi l'étude des normes sociales occupe une place importante dans la construction des concepts.
A partir de J. Elster, j'avais étudié le problème de la dissonance cognitive (Festinger) et des "préférences adaptatives".
Ma soeur prépare un diplôme de psychologie sociale à l'Université de Clermont-Ferrand (congé de formation); faut rentrer à la maison pour faire les devoirs !!
Psychologie sociale, Meyers, Lamarche; Chenelière/McGraw-Hill, 1992
Le laboureur et ses enfants, Les éditions de Minuit,J. Elster
Psychologie politique, Les éditions de Minuit, J. Elster

23 décembre, 2008

Simone Weil: l'engagement !


A lire et à relire Simone Weil ( 1909-1943), une philosophe authentique.



Simone Weil : itinéraire; une sélection proposée par Raphaël ROUILLE.


"Alors que 2009 s’apprête à célébrer les cent ans de la naissance de la philosophe, relire le fil de sa vie et la portée de ses textes permet d’appréhender sa personnalité aux nombreuses facettes.
Philosophe, historienne, mystique, ouvrière, militante syndicale, engagée dans la Résistance : au-delà des étiquettes, sa pensée féconde reste l’une des plus marquantes da la philosophie. Aux côtés d’Hannah Arendt ou Simonde de Beauvoir elle a donnée une place aux femmes dans le milieu très masculin de la philosophie avant de mourir, beaucoup trop jeune, à l’âge de 34 ans.

Oeuvres choisies Weil, Lussy, Florence de Editions Gallimard Quarto (1288 p.)
Philosophe, historienne et mystique, Simone Weil (1909-1943) a traversé les années noires du siècle. Les 53 textes, articles, correspondances et livres retenus dans ce volume se veulent un parcours significatif de l'itinéraire intellectuel et spirituel de l'écrivain.
La Pesanteur et la grâce , Editions Pocket Agora (209 p.)
Conçu comme une succession de réflexions sur des thèmes variés, mais dont la cohérence est frappante, ce livre constitue une initiation à l'oeuvre de S. Weil.
Oeuvres complètes,Volume 4-1, Ecrits de Marseille : 1940-1942 : philosophie, science, religion, questions politiques et sociales Weil, SimoneDevaux, AndréLussy, Florence deChenavier, Robert Editions Gallimard (608 p.- 8 pl.)
De 1940 à 1942, S. Weil quitte Paris pour Marseille dans l'espoir de pouvoir regagner Londres. Elle consacre son séjour à des activités de Résistance et à la rédaction d'essais et d'articles dans les domaines de la philosophie, des sciences, de la religion, du droit pénal et de la politique. Ce recueil les rassemble de manière chronologique.
L'Enracinement : prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain Weil, Simone Editions Gallimard Folio essais (382 p.)Paru le 01/01/19906.80 euros
"Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie."

L'insoumise Adler, Laure Editions Actes Sud (271 p.)
Biographie de Simone Weil, philosophe, ouvrière, militante et résistante. De la guerre d'Espagne à l'usine, de l'exil à l'engagement au service de la France libre, un itinéraire ardent et insoumis. L'auteure a choisi de raconter cette destinée à rebours en commençant par la mort de la philosophe en 1943 à Londres. Contient une vingtaine de photographies en partie inédites.
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en stock, envoi sous 48 heures

Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, Editions Gallimard Folio essais (150 p.)Paru le 03/02/19986.80 euros
Ce texte a toujours été considéré par Simone Weil comme son oeuvre principale. En 1940, au moment où elle comptait quitter la France, elle écrivit encore à un ami pour lui signaler qu'elle y attachait une valeur particulière."




22 décembre, 2008

précision: attaque

Je réponds à Mikolka (Nicolas Pain): ce n'est pas avec plaisir que j'attaque une écurie en philo politique à la Sorbonne. Simplement, quand on défend des idéaux socialistes et que l'on combat des inégalités sociales, il faut être à la hauteur de ses exigences, sinon on se trouve dans une attitude de mauvaise foi.
J'ai rencontré l'adversité, et j'ai réussi à la combattre ! Quelle femme cette Laurence !

L'hiver: le paradis blanc


L'hiver, c'est la saison de la méditation. Pour vos cartes de Noël, une toile de Pekka Halonen, peintre finlandais. J'avais contemplé ses toiles fin août à Helsinki .

www.ateneum.fi/default.asp?docId=15476

20 décembre, 2008

The phantom of the opera


Oublions donc les hypocrites de gauche et tentons de conserver notre ligne de conduite.


Les vacances de Noël ! Le 24, le réveillon se déroulera chez moi: 3 nièces, soeur, frère, parents... pour jouer aux enfants. Je compte leur lire cette histoire étrange:


"The long-ago mysteries of the great opera house in Paris have never been explained. Why did so many terrible tragedies happen there ? Why did everyone flee from it in fear ? Why was it left to rot, unused and empty for so many years ?

I, alone, know the answer."

Gaston Leroux, The phantom of the opera

19 décembre, 2008

merci et l'alibi du socialisme !

J'ai été très touchée de recevoir une réponse d'une revue canadienne et d'une revue pédagogique; je compte travailler à partir d'un livre sur les morales du devoir.
J'avoue avoir rencontré des gens malhonnêtes sur mon parcours. A-t-on le droit de défendre des idéaux socialistes et de continuer à mentir en philo politique à la Sorbonne ? Il est temps que la Sorbonne redevienne propre; il y a de jeunes talents en philosophie pourtant.
J'espère un jour réaliser un grand rêve: acheter un château et créer un centre culturel international !

15 décembre, 2008

Laissons du temps aux revues !

Je dois sans cesse me battre pour trouver des revues en accord avec mes articles proposés. J'ai accepté la proposition d'une revue qui ne pourra évaluer mon article qu'en 2009 pour une publication (peut-être) en 2010. Mais j'approuve la proposition car il s'agit du Canada et ce n'est pas si mal. D'ici là, je vais essayer d'écrire un article mais c'est dur avec les projets passionnants menés au lycée avec des collègues d'autres disciplines.
Je cherche toutefois des revues spécialisées en Ethique appliquée en France et ce n'est pas facile.

14 décembre, 2008

Le métier de traducteur

A l'époque de la revue Sens-Dessous, j'avais été reçue par Pierre-Emmanuel Dauzat à Paris pour un entretien. C'est vraiment un traducteur impressionnant et un grand travailleur. Dans l'article du journal Le Monde, P-E Dauzat explique en quoi consiste le travail de traduction; une immersion dans les mots.

"
Pierre-Emmanuel Dauzat
« Tout n'est pas avouable dans une vie de traducteur »

"Des livres, rien que des livres. Alignés sur les étagères. Empilés au sol. Entassés sur le moindre coin de table. Toutes les pièces en regorgent. A peine la place de circuler. C'est ici, dans cet appartement bourgeois du 16e arrondissement de Paris, que Pierre-Emmanuel Dauzat a installé son bureau. Ici qu'il travaille face à son ordinateur, douze à quatorze heures par jour, à lire, traduire et préfacer les livres des autres et à écrire les siens. Le soir, il n'a qu'à traverser la rue pour rentrer chez lui. « Ma vie sociale est réduite au minimum », reconnaît-il.
A bientôt 50 ans, Pierre-Emmanuel Dauzat est l'un des traducteurs français les plus demandés. « Je vis dans ce luxe incroyable, pour un traducteur, de pouvoir refuser plus de propositions que je n'en accepte, avoue-t-il. Je m'arrange seulement pour avoir toujours une dizaine de livres en cours, ce qui m'assure en moyenne deux ans de travail devant moi . » Depuis trente ans, le rythme ne varie guère : entre vingt et quarante pages par jour, soit environ trois cents livres au total, dont près d'un tiers traduits sous pseudonymes (« Tout n'est pas avouable dans une vie de traducteur »), sans compter des milliers d'articles. Le tout dans une quinzaine de langues : l'anglais, l'allemand et l'italien (« les trois langues dont je vis »), mais aussi l'espagnol, le russe, le suédois, le serbo-croate, le latin et le grec (ancien et moderne). Sans oublier l'hébreu biblique, le yiddish, l'ourdou et l'indonésien...
Polyglotte ? Pierre-Emmanuel Dauzat balaie le qualificatif d'un revers de main. Il ne parle aucune des langues qu'il traduit. « Même en anglais, je suis incapable de dire deux mots, assure-t-il. A part le latin et le grec, je n'ai jamais appris aucune langue étrangère. La plupart de mes contrats, je les ai signés sans connaître le moins du monde la langue que j'allais traduire. Il suffit qu'un éditeur me convainque de l'intérêt d'un livre pour que j'accepte de relever le défi. Vous ne pouvez pas imaginer dans quel état de tension je suis quand je me mets à travailler sur un texte auquel je ne comprends rien... »
Sa méthode est toujours la même : allergique aux grammaires, il préfère s' « immerger » dans des dictionnaires et des livres en édition bilingue. Généralement, il ne lit pas à l'avance l'ouvrage qu'il doit traduire : « C'est indispensable pour garder une forme de spontanéité dans la traduction. » Seul principe, il commence par traduire la fin : « J'ai une telle angoisse de la mort que je préfère me débarrasser de la fin dès le début », explique-t-il.
Ce « besoin vital de [s'] exiler dans la langue des autres », il dit l'éprouver depuis toujours. A 8 ans, ce fils d'ancien militaire reconverti dans l'enseignement du français, petit-neveu du grand linguiste Albert Dauzat et descendant de Théophile Gautier, se met à recopier la grammaire hiéroglyphique de Champollion. « Cela m'a fait découvrir l'arabe, le grec et le démotique », se souvient-il, émerveillé. Il passera le reste de son enfance et de son adolescence à recopier des livres. « Le jour où je me suis mis à ajouter des notes de bas de page, c'est devenu une véritable passion. » Cette passion ne le quittera plus. A la veille de ses 16 ans, bac en poche, le jeune homme quitte Nîmes, s'installe à Paris et s'inscrit à Sciences Po où, pour tuer l'ennui, il passe son temps à recopier des manuels d'économie politique. Quatre ans plus tard, après un passage éclair au secrétariat général du gouvernement, sans argent, il devient objecteur de conscience et se persuade qu'il est « incapable de faire quoi que ce soit sinon de recopier des livres ». C'est alors qu'il fait deux rencontres décisives : Louis Evrard, chez Gallimard, qui lui propose de parachever la traduction des 3 000 pages de l' Histoire de l'analyse économique, de Schumpeter ; et Roland Jaccard, qui lui confie la traduction de L'Esprit viennois, de William M. Johnston, aux Presses universitaires de France. « Deux hommes d'une culture et d'une gentillesse exceptionnelles. Ils ont changé ma vie », dit-il.
Esprit encyclopédique et curieux de tout, Pierre-Emmanuel Dauzat a pour principe, chaque fois qu'il achète un livre, d'acheter également un volume d'un auteur qu'il ne connaît pas. Ce qui ne l'empêche pas de concéder quelques « obsessions » : Aron, Caillois, Cioran, ses « boussoles », Steiner, devenu un ami, la littérature féminine (« Je refuse parfois de traduire des hommes, mais jamais des femmes », avoue ce « passionné » d'Ingeborg Bachmann, Edna O'Brien et Sylvia Plath), l'histoire de l'art, l'Antiquité tardive, le suicide (« C'est souvent à cause d'un grand texte sur le suicide que je me suis plongé dans une nouvelle langue »), la psychanalyse (« La correspondance entre Freud et Jones est l'un de mes plus extraordinaires souvenirs de traducteur »), et enfin l'histoire du XXe siècle.
Dans ce domaine, qui l'occupe aujourd'hui de plus en plus, Dauzat a traduit quelques études fondamentales, comme la biographie d'Hitler par Ian Kershaw (Flammarion, 2 vol., 1999-2000), l'histoire du goulag, d'Anne Applebaum (rééd. « Folio », 2008), La Révolution russe, d'Orlando Figes (Denoël, 2007), ou encore Après-guerre, de Tony Judt (Armand Colin, 2007). Dernier grand chantier en date : le second volet de L'Allemagne nazie et les Juifs, de Saul Friedländer (Seuil, en librairie le 28 février). « Certainement l'un des livres qui m'a le plus bouleversé », dit-il en évoquant l'engagement qui fut longtemps le sien au sein de l'Association pour la mémoire des camps de Dora, Ellrich et Kommandos, où l'oncle de sa femme est mort en déportation.
Profondément « troublé » par la place grandissante accordée aujourd'hui à la parole des bourreaux, auteur d'un récent brûlot contre Les Bienveillantes, de Jonathan Littell (1), Pierre-Emmanuel Dauzat vit aujourd'hui dans l'obsession de redonner une voix à « ceux dont on a voulu nier la vie », comme Hans et Sophie Scholl, ces deux jeunes résistants allemands assassinés en 1943, dont il est en train de traduire les lettres et les carnets. Son grand projet ? Outre une histoire des contresens de traduction, dont il a déjà écrit plus de mille pages, il souhaiterait publier les « masses inimaginables » de témoignages yiddish encore inédits en français. « Traduire du yiddish est devenu mon plus grand bonheur, explique-t-il. C'est une langue qui réunit toutes les langues européennes à la fois, une langue à géométrie variable, qui change de shtetl en shtetl et n'est jamais là où on l'attend. » Il s'en étonne lui-même : « Depuis que j'ai découvert le yiddish, je n'éprouve presque plus le besoin de découvrir de nouvelles langues. »
Thomas Wieder
février 2008

13 décembre, 2008

Edward aux mains d'argent


Mes élèves viennent de me faire découvrir un film envoûtant: Edward aux mains d'argent (1991) .Johnny Depp est la création d'un savant; mais ce jeune homme timide et fragile ne possède pas de mains mais des lames ! Il sait réaliser de belles choses mais il peut blesser... Qui pourra comprendre cette étrange créature ? Un beau conte de Noël.



http://www.dailymotion.com/video/x28s50_extrait-edward-aux-mains-dargent_shortfilms

10 décembre, 2008

Philosophie des Mathématiques

Sur France-Culture, Science et conscience, le jeudi 11 décembre à 14H, l'émission portera sur la philosophie des mathématiques: quelle peut être l'utilité d'une philosophie des mathématiques ? Il me vient à l'esprit un article du jeune logicien, mathématicien, philosophe, économiste F. Ramsey (1903-1930):
"Tentons de décrire une théorie simplement comme un langage utilisé pour traiter des faits qui font l'objet d'explication théorique. Cela n'implique aucune prise de position de notre part sur la question philosophique de savoir si une théorie n'est qu'un langage."
Après l'explication mathématique, voici les dernière lignes du texte:
"Prenez par exemple la question: "y-a-t-il une planète qui a la taille et la forme d'une théière ?" Cette question a du sens tant que nous ne savons pas qu'aucune expérience ne pourrait en décider. Mais du moment que nous savons cela, la question perd son sens - à moins que l'ajout de nouveaux axiomes lui redonne sens, comme par exemple un axiome portant sur les orbites possibles des planètes."
Les théories (1929)
Magie de l'axiomatique ?!

"Jean-Michel Salanskis Philosophie des mathématiquesVrin - Novembre 2008
Pourquoi une philosophie des mathématiques ? Parce que la philosophie provient de la mathématique, et ne peut éviter de se retourner sur celle-ci pour penser leur limite commune (celle de la chose par rapport à l'objet).Quelle est la tâche de la philosophie des mathématiques ? Elle doit répondre aux cinq questions traditionnelles qui la structurent : celle de la démarcation entre philosophie et mathématiques, celle du statut de l'objet mathématique, celle du rapport entre mathématiques et logique, celle de l'historicité de la mathématique, celle enfin de la géographicité de la mathématique (de sa division en branches).Dans ce livre, on présente des réponses à ces questions. L'inspiration majeure est phénoménologique : on conjugue l'adoption d'un cadre husserlien avec des aperçus de provenance heideggerienne. De plus, l'ouvrage se conclut par une prise de position relativement à deux débats impossibles à minimiser : celui qui porte sur la contribution de la mathématique à la physique - d'une « efficacité déraisonnable » - et celui qui porte sur le trouble récemment jeté sur la chose mathématique et sa philosophie par les sciences cognitives."

07 décembre, 2008

Mensonge à soi-même, résistance, déni

Sartre ne reconnaît pas l'existence d'un psychisme inconscient car ce serait refuser de faire de la censure un acte conscient. Pourtant, un mensonge à soi-même conscient est en soi absurde. Reste donc l'hypothèse sartrienne d'une mauvaise foi. Mais l'homme serait-il condamné à jouer toute sa vie ? J'ai beaucoup travaillé sur la "self-deception" et la "duperie de soi" à partir de Davidson. Le problème pour moi est de savoir si la mauvaise foi est volontaire ou si les résistances du sujet justifient un acte de duperie.
En comprenant un comportement, nous l'interprétons et lui donnons un sens:
"Si nous l'expliquons l'irrationalité trop bien, nous en faisons une forme déguisée d'irrationalité; alors que si nous attribuons l'incohérence avec trop de désinvolture, nous ne faisons que compromettre notre capacité à diagnostiquer l'irrationalité en retirant l'arrière-plan de rationalité requis pour justifier un diagnostic quelconque."
Donald Davidson, Paradoxes de l'irrationalité

06 décembre, 2008

Tant qu'il y aura des hommes



Dans From here to eternity - Tant qu'il y aura des hommes - Montgomery Clift interprète le rôle d'un soldat qui refuse d'obéir à des ordres stupides. On a souvent dit de lui, que dans ce film Prewitt donne un peu d'humanité à l'armée des USA. Ce soldat rebelle n'hésitera pas à rejoindre ses camarades lors de l'attaque de Pearl Harbour en 1941, par patriotisme.
La séquence proposée est émouvante: Prewitt, premier clairon, rend hommage à son ami Maggio (F. Sinatra).

http://www.youtube.com/watch?v=9fxH-2LnRkc

05 décembre, 2008

Freud, passions secrètes !


Cette semaine, mes élèves ont découvert Freud, passions secrètes de John Huston en 1961. Je trouve ce film particulièrement remarquable. Il faut dire: je suis une fan depuis toujours de Montgomery Clift, un homme d'une rare complexité, broyé par Hollywood. je suis très certaine qu'il y en nous une division de l'esprit: en cela , nos actes doivent être interprétés pour être intelligibles. Sans doute, le travail sur soi-même éviterait bien des confusions mentales. Et enfin, je suis persuadée que Sartre le moraliste n'a pas compris la théorie de Freud.

Pour la petite histoire:


"À Vienne, en 1885, les recherches de Freud sur l'inconscient ébranlent toute la médecine...John Huston réalise la première grande biographie du père de la psychanalyse, avec un Montgomery Clift magistral.
Vienne, 1885. Le docteur Freud, 29 ans, neurologue à l'hôpital général de Vienne, se permet de contredire le professeur Meynert. Leur désaccord au sujet de l'hystérie, dont Meynert prétend qu'elle n'existe pas, pousse Freud à suivre à Paris les cours du Dr Charcot. Ce dernier, en utilisant l'hypnose, prouve que les causes de l'hystérie sont à rechercher dans le psychisme. Rentré à Vienne, Freud retrouve son rival Meynert, qui le ridiculise. Mais l'éminent docteur Breuer l'encourage et l'invite à soigner une jeune névrosée...
Sartre, Huston et Freud"Depuis Let there be light en 1945 (documentaire sur les soldats choqués psychologiquement pendant la guerre), Huston rêvait de rendre un hommage à Freud en donnant au grand public l'occasion de saisir l'apport scientifique du père de la psychanalyse. Le cinéaste, qui voulait que son film 'respirât le soufre', fit appel à Jean-Paul Sartre, lequel lui présenta un script traitant largement des fausses pistes suivies par Freud jusqu'à ce qu'il découvre le complexe d'OEdipe. Huston apprécia ce côté du script, mais demanda une version plus courte à l'écrivain. Ce dernier s'exécuta et lui présenta un texte... encore plus long. Huston, ne parvenant pas à dialoguer avec Sartre, engagea alors le scénariste de Let there be light, Charles Kaufman, qui fit ce que Huston voulait éviter : un film dans la tradition biographique des productions Warner. Puis Huston et son producteur Wolfgang Reinhardt s'attelèrent eux-mêmes à la tâche. (...) La mise en scène de John Huston est pertinente et envoûtante de bout en bout. Cinéaste de l'action et grand meneur d'hommes, Huston s'adonne avec tout autant de talent à la réflexion et à l'exploration intellectuelle. Sa réalisation est en tout point centrée sur le concept de recherche d'une vérité scientifique et philosophique (...). Quant à l'interprétation de Montgomery Clift, elle est tout simplement magistrale, d'une sobriété à toute épreuve, entièrement et uniquement fondée sur son regard passionné, enthousiaste, effrayé, plein de doute, convaincu et se voulant convaincant, fort bien mis en relief par de légères contre-plongées et un judicieux et discret éclairage latéral. Quand on sait combien désaxé et malade l'acteur était à cette date, on en est d'autant plus admiratif."

02 décembre, 2008

Centre BENTHAM

Le Centre Bentham a le plaisir de vous inviter à ses Ateliers sur l'utilitarisme:Intervention de Claire Wrobel (Université de Paris Ouest Nanterre La Défense)« Gothique et panoptique ».

La présentation sera suivie d’une discussion.Samedi 13 décembre 2008, 11h-12h30.Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Bât. L salle 308, 200Avenue de la RépubliqueNanterreGare : Nanterre Université (RER A ou train à partir de Saint-Lazare).

Cela devrait être bien; c'est une chouette équipe. Trop de travail pour y assister !

01 décembre, 2008

L'ambiguïté du langage


A propos de l’ambiguïté, P. Mathias affirme:


« Quoi que je fasse, l’effectivité m’accapare, et là où je croyais pouvoir penser et réaliser des projets, là où je croyais exercer pleinement ma liberté, je me heurte à l’incontournable opacité des autres et du donné. »


Il me semble que l’ambiguïté repose sur l’équivocité du sens tant au plan linguistique qu’au plan existentiel. Je ne vais pas résoudre la question linguistique; il est évident pour moi que le travail des logiciens au XXe siècle consiste à éliminer toute forme d’équivocité des expressions.
Mettre fin à l’incohérence des actes exige un engagement de la part du sujet qui entend donner un sens à son existence. Refuser cette perspective, c’est rester dans la confusion, dans l’irrésolution.

28 novembre, 2008

Lévi-Strauss: bon anniversaire !



Le grand anthropologue Claude Lévi-strauss a cent ans aujourd'hui ! Je retiens de lui l'image d'un homme tolérant et intelligent.
Avec une section technologique, j'étudie la question de l'identité animiste avec son disciple, Philippe Descola, nos amis les Achuar.

"Comment caractériser l'oeuvre de Lévi-Strauss?Cette oeuvre comporte deux aspects. Tout d'abord, il y a le structuralisme, qui propose une méthode nouvelle d'analyse, conçue pour interpréter les faits culturels. La méthode structurale est un outil extrêmement technique, réservé plutôt aux spécialistes. Cette méthode est extrêmement intéressante, mais ce n'est qu'une partie de l'immense édifice conceptuel échafaudé par Lévi-Strauss. Dans mon livre, j'ai fait le pari d'élucider les idées de Lévi-Strauss non seulement comme celles de l'inventeur d'une méthode anthropologique, mais surtout comme celles d'un penseur qui propose, en deçà d'un système théorique, une vision du monde. Réfractant la plupart des drames devenus tristement emblématiques du siècle passé, la pensée de Lévi-Strauss est irriguée par la réflexion sur le problème des imperfections du monde humain, telles que les tragédies du XXe siècle nous ont permis de les contempler. Lévi-Strauss cherche à établir un diagnostic de ces maux, afin de pouvoir proposer des remèdes nécessaires pour épargner à l'humanité les périls extrêmes qui continuent à nous menacer. Il parle des problèmes du présent et du futur proche: la croissance de la population, la globalisation, l'uniformisation culturelle, les ravages infligés à notre milieu naturel, la disparition des espèces vivantes, le racisme...Son oeuvre reste donc d'une grande actualité pour analyser le monde contemporain?L'une des vocations de l'anthropologie, telle que Lévi-Strauss la définit, est de comprendre pourquoi les cultures humaines sont différentes les unes des autres, et comment nous pouvons apprendre à vivre avec ces différences, en les acceptant. Les exemples contemporains ne manquent pas: les fondamentalismes, l'intolérance religieuse, les conflits politiques; l'ensemble se manifestant souvent au travers de menus faits de société, comme le problème du voile islamique en France. Notre société ne parvient pas à faire sereinement face à ce type de phénomènes. Elle éprouve toujours la difficulté à conceptualiser la différence culturelle, en y voyant de manière spontanée tantôt un scandale, tantôt un problème insurmontable qui ne peut conduire qu'à des conflits. Notre pensée a du mal à domestiquer les manifestations troublantes de l'altérité. A cet égard, le savoir anthropologique peut offrir quelques ressources à tout un chacun, et aux responsables politiques en particulier.Lévi-Strauss est donc aussi un penseur politique?Parfaitement. La question de l'existence des races humaines, indissociable du problème du racisme, est à la fois un problème éthique et politique. Les expériences douloureuses du XXe siècle, en particulier celle du nazisme, nous ont permis de mesurer l'importance insigne de ce problème et d'entrevoir les conséquences catastrophiques que peut produire une vision mal fondée de la diversité des êtres humains. Race et histoire, publié en 1952, répondait à une commande de l'Unesco. Dans la première décennie de l'après-guerre, l'Occident a été forcé de procéder à un examen de conscience. L'Unesco, considérant que les tragédies du nazisme et de la Shoah étaient rendues possibles par des représentations erronées de la diversité biologique et culturelle des humains, voulait faire le point sur les connaissances scientifiques se rapportant à cette question, afin de pouvoir organiser ensuite une campagne d'éducation à l'échelle planétaire. On a commencé par consulter des chercheurs, principalement des sociologues et des anthropologues, dont Claude Lévi-Strauss.Quel était alors le point de vue de Lévi-Strauss?L'Unesco a initialement essayé de délégitimer le racisme, dans sa version biologisante, en affirmant que les différences biologiques entre les humains sont minimes et, en tout cas, secondaires par rapport aux similitudes fondamentales qui rapprochent tous les hommes. Lévi-Strauss a objecté que cette affirmation ne règle pas le problème du racisme sous toutes ses formes. Eliminé sur le terrain biologique, le racisme peut renaître sur le terrain de la culture, où la conviction persiste que les cultures ne sont pas égales. Dans Race et histoire, Lévi-Strauss, a affirmé avec force l'égalité des cultures et s'est employé à démontrer que ce qui fait la richesse des cultures, ce qui leur permet de progresser, c'est avant tout la collaboration qu'elles sont capables d'établir entre elles.
Pour Wiktor Stoczkowski, Lévi-Strauss a contribué à jeter les bases institutionnelles de l'anthropologie française'. Cette approche de l'altérité a pu susciter des commentaires et analyses parfois surprenantes. Sa défense de la diversité culturelle a même pu être interprétée comme réactionnaire...Après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte qui favorisait le désir de dépasser les divisions et différences entre les peuples -réputées porteuses de conflits- l'idée est devenue répandue selon laquelle la principale condition de la paix était d'établir un système d'échange et de coopération internationale qui produirait, à terme, une sorte de culture mondiale: on parlait déjà à l'époque de mondialisation. Cette culture uniformisée était censée être une panacée capable de résoudre tous les problèmes de l'humanité. Lévi-Strauss est alors l'un des premiers à dire: "Attention, ne détruisons pas la diversité des cultures, elle fait la richesse de l'expérience humaine. Il faut que les cultures, tout en collaborant, veillent à préserver leurs particularités, car celles-ci constituent notre patrimoine inaliénable". Cette mise en garde avait été subtilement suggérée dans Race et histoire, en 1952; elle a été rendue brutalement explicite en 1971, dans Race et culture.Ce message, considéré avec le recul comme visionnaire, n'a-t-il pas souffert à l'époque d'une grande incompréhension?Le malentendu a été total. Au début des années 1970, l'idéologie du progrès linéaire dominait encore: les sociétés changent, la mondialisation permet le progrès et, grâce à ce progrès, nous nous acheminons tous vers un état d'abondance, de bien-être et de paix. Lévi-Strauss montre alors le revers de la médaille. Ces idées provoquent une réaction encore plus violente au début des années 1980, lorsque Race et culture, après avoir fait scandale à l'Unesco en 1971, est rééditée en 1983, dans Le regard éloigné. C'est le moment où les Français découvrent l'extrême-droite: le Front national, la "Nouvelle droite" et ses cénacles intellectuels qui proposent une doctrine justifiant le rejet de l'Autre non plus par des arguments biologiques, mais à partir de l'idée selon laquelle la présence des étrangers dans l'Hexagone serait une menace, pour autant qu'elle expose la culture française au risque d'un métissage identifié à un appauvrissement. Si la culture des Dogons ou des Jivaros mérite d'être préservée de l'abâtardissement, pourquoi ne pas accorder la même protection à la culture des Français? L'Autre n'est plus nécessairement inférieur, sa culture mérite probablement qu'on la respecte, mais l'Autre ferait mieux de la cultiver chez lui, car sa présence chez nous compromet l'intégrité et la survie de deux cultures: et la sienne et la nôtre. Il n'a donc jamais été proche de la droite extrême, du Club de l'Horloge en particulier, comme certains ont pu le dire?Lévi-Strauss n'a jamais adhéré à la doctrine de l'extrême-droite; bien au contraire, il l'a toujours jugée aberrante et nuisible. Toutefois, il soulignait en même temps les conséquences néfastes de la doctrine opposée, qui prônait le métissage culturel à tout va. Pour lui, c'étaient deux aberrations qui se valaient. A ma connaissance, il n'a jamais été proche du Club de l'Horloge. En 1971, invité par l'Unesco à inaugurer l'Année internationale de lutte contre le racisme, Lévi-Strauss a fait scandale en insistant sur la nécessité de ne pas se dissoudre la diversité culturelle dans un dialogue excessif, dans un métissage omniprésent, couramment préconisé à l'époque. Aujourd'hui, la même Organisation invite les gouvernements nationaux à protéger le patrimoine culturel des minorités et des indigènes, à sauvegarder les savoirs traditionnels, à préserver la diversité des cultures. Plusieurs conventions allant dans ce sens ont été adoptées par l'Unesco dans la première décennie du XXIe siècle. A cet égard, l'opinion publique et les organisations internationales ont fini par rejoindre Lévi-Strauss, avec une trentaine d'années de retard.Etait-il un visionnaire ou un simple précurseur?Est-on visionnaire parce qu'on a défendu précocement une idée qui est devenue ensuite une idée reçue? Il serait cavalier de réduire la pensée de Lévi-Strauss à quelques thèses qui nous plaisent aujourd'hui et qui seront peut-être oubliées demain. Sa pensée est plus complexe et plus intéressante que ces quelques idées dont il était indéniablement l'un des précurseurs. Sa pensée est plus profonde et recèle d'autres ressources qui restent toujours à découvrir ou à redécouvrir. "Lévi-Strauss a institutionnalisé l'anthropologie"Peut-on parler d'école structuraliste?D'un côté, il y a eu une mode du structuralisme, passagère, superficielle et mondaine, qui a perduré tout au long des années 1960-1970. De l'autre côté, il y a eu une école structuraliste en anthropologie. Lévi-Strauss a contribué à jeter les bases institutionnelles de l'anthropologie française. Il a suscité beaucoup de vocations et a formé un grand nombre d'anthropologues, à la fois français et étrangers. Conçu dans le domaine de l'anthropologie, le structuralisme a fini par exercer une influence très au-delà du champ de recherche qui l'a vu naître, en sociologie, en histoire, en archéologie, dans les études littéraires, en sémiotique, en musicologie, et j'en passe. Il a influencé ou inspiré un certain nombre d'artistes: poètes, romanciers, compositeurs, peintres.Quel est l'héritage de Lévi-Strauss?Lévi-Strauss a posé un certain nombre de questions, dont la plupart restent toujours d'actualité: nous continuons à essayer d'y apporter des réponses, tout en affinant ou nuançant ces questions. Ses disciples, même s'ils ne revendiquent pas toujours l'étiquette de structuralisme, se situent dans le sillage tracé par Lévi-Strauss. Mais ils ne se contentent pas de suivre à la lettre la méthode du maître: ils la transforment, l'enrichissent, la mettent à l'épreuve sur des terrains nouveaux. Après une période de domination du structuralisme, dans les années 1960-1970, l'anthropologie s'est diversifiée. Aujourd'hui, les écoles sont multiples, tout autant que les terrains. Certains travaillent toujours sur les cultures dites traditionnelles, d'autres s'intéressent à la haute Culture occidentale, par exemple les sciences, la médecine, les techniques, l'économie. A l'époque de Lévi-Strauss, les anthropologues s'intéressaient plutôt à l'altérité, à tout ce qui était profondément différent de la haute culture occidentale ou à ce qui, à l'intérieur de notre culture, leur paraissait archaïque. Après avoir été une science des cultures en voie de disparition, l'anthropologie est en train de devenir aujourd'hui une science des cultures en voie d'apparition."


*Wiktor Stoczkowski est chercheur au laboratoire d'Anthropologie sociale (EHESS/CNRS), au Collège de France.W. Stoczkowski, "L'antiracisme doit-il rompre avec la science?", Recherche, n° 401, 2006Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss, de Wiktor Stoczkowski, est publié aux éditions Hermann.Les oeuvres choisies de Claude Lévi-Strauss sont disponibles aux Editions Gallimard dans la collection de la Pléiade.

27 novembre, 2008

Mystère du bien

" Le bien est mystérieux à cause de la fragilité humaine, à cause de l'immensité de la distance qui est en jeu. Si les anges existaient, peut-être seraient-ils capables de définir le prédicat "bien", mais cette définition nous serait incompréhensible".
La souveraineté du bien, Iris Murdoch
Murdoch montre avec beaucoup de talent qu'il existe en chaque être humain des obstacles au bien agir. Faut-il imputer la faute à la division du moi ? Il semblerait qu'il existe des moitiés de moi incompatibles les unes avec les autres. Le moi peut se faire des illusions sur lui-même aveuglé par son égoïsme.
Joseph ne voit-il pas la lumière de Marie ?

26 novembre, 2008

Réussite de la journée Bentham

Ce fut une très belle journée pour les élèves. Malik Bozzo- Rey avait préparé son texte à propos de l'utilitarisme de Jeremy Bentham. Les échanges furent fructueux; enfin des philosophes qui ne parlent pas pour ne rien dire !
Mais Malik, c'est un peu Barak Obama; il est toujours avec son I-phone: répond à un correspondant allemand, prépare sa conférence à Londres, reçoit un coup de téléphone de sa femme, me parle d'un colloque avec JP Cléro (très sympa, spécialiste de Hume, des fictions), déguste un gâteau au chocolat et rentre sur son scooter à 50 km de Paris à 23H !
Très grande journée pour les élèves.

23 novembre, 2008

Le rêve d'un drôle d'homme

Dans Le journal d'un écrivain, le rêve d'un homme ridicule,Dostoïevsky évoque la révélation d'un individu qui prêt au suicide, renonce à cela, parce qu'une petite fille le sauve de son indifférence.Il semble qu'il prenne conscience d'un monde merveilleux, soustrait à la souffrance; un monde en quelque sorte qui transcenderait sa conscience malade. J'ai essayé par des moyens détournés de comprendre Moore; je finirai bien par cerner ses intuitions !

"Depuis longtemps j'avais cessé de voir les constellations
auxquelles mes yeux étaient habitués. Je savais qu'il y
avait des étoiles dont la lumière mettait des siècles à
atteindre la terre. Peut-être traversions-nous les espaces
où se meuvent ces astres inconnus. J'étais dans l'angoisse
d'une attente indéterminée. – Subitement un sentiment
familier et combien agréable entra en moi ;c'était la
joie de revoir notre soleil. Pourtant je compris vite que
ce soleil ne pouvait être notre soleil, celui qui a donné naissance
à notre Terre. Nous étions à des distances incommensurables
de notre système planétaire, mais je fus
heureux de voir à quel point notre soleil ressemblait à
notre soleil. La lumière vitale, celle qui m'avait donné
l'existence, me ressuscita. Je sentis en moi une vie aussi forte que
celle qui m'avait animé avant la tombe . Mais
c'est un soleil pareil au nôtre: il doit y avoir une terre:
Où est-elle?
Mon compagnon me désigna une petite étoile qui brillait
au loin d'une lueur d'émeraude. Nous volions droit
vers elle."
P. Evdokimov, Dostoïevsky et le problème du mal; Desclée de Brouwer, 1978

Moore: l'énigme !


Halais a sans doute raison: il y a une énigme dans la compréhension des Principia Ethica de Moore: il faut faire l'hypothèse que le monde magnifique est meilleur que le monde horrible et ce en dehors de tout contexte. Mais l'admiration et le dégoût sont pourtant des réactions morales.

Je me suis souvenue de la réflexion très pertinente de la philosophe irlandaise Iris Murdoch - The sovereignty of good. Je cite:


"Moore croyait que le bien était une réalité suprasensible, qu'il était une qualité mystérieuse, non représentable et indéfinissable, qu'il était objet de connaissance et que (implicitement) être capable de le voir était, en un certain sens, le posséder. Moore pensait le bien par analogie avec la beauté; et il était malgré lui "naturaliste" dans la mesure où il le tenait pour un constituant réel du monde. On sait sur quels points, et avec quelle sévérité, il fut rectifié par ses successeurs.."


Le "malgré lui" est essentiel. Cela devrait me permettre de spécifier le type de "réalisme moral" défendu par Moore.


I. Murdoch, La souveraineté du bien, trad 1994, éditions de l'éclat.

21 novembre, 2008

L'effet papillon !


A conseiller, le dernier album de BENABAR, Infréquentable, sans doute ce que l'on fait de mieux dans la variété française pour moi:
http://www.youtube.com/watch?v=bAs8gN0j2Z8

19 novembre, 2008

Gagnants, perdants


"Tous ces beaux jeux inventés pour passer devant les premiers/Pour que chacun soit écrasé s'il refuse encore de plier/Les dégâts, les excès, ils vont vous les faire payer"... Ainsi commence, chanté d'une voix intense et éraflée, le premier couplet de Gagnants/Perdants, premier titre enregistré par le groupe Noir Désir depuis la libération en octobre 2007 de son chanteur..." Journal Le monde du 13/11/2008.


Le groupe Noir Désir vient de rendre public sur son site deux nouveaux morceaux - Gagnants, perdants, et Le temps des cerises.D'une voix cassée, on entend Bertrand Cantat:


" Nous, on veut pas être des gagnants


mais on n'acceptera pas d'être des perdants".

18 novembre, 2008

Journée Bentham


Malik Bozzo-Rey, spécialiste et traducteur de Bentham, présentera au lycée Bonaparte à Toulon, les fondements de la philosophie utilitariste de ce philosophe et juriste anglais le 25 novembre 2008. Il y sera question notamment de la critique des droits de l'homme.
Bentham Jeremy: Introduction aux principes de morale et de législation, Vrin (à paraître).

17 novembre, 2008

annonce conférence

Julien Dutant (Université de Genève) intervient le mardi 18 novembre à Vouillé pour la fête de la science: les sciences nous apportent-elles des connaissances ?

http://journeesphilovouille.over-blog.com/article-24211474.html

16 novembre, 2008

De quelle identité s'agit-il?


Pourquoi le "bien" ne pourrait être défini comme la couleur "jaune" par exemple ? Car la question est de savoir comment le bien peut être caractérisé. Je cite MOORE:


" If j am asked what is good ? my answer is that good is good, and that is the end of the matter."

si en effet, il existe une identité conceptuelle entre le bien et ses caractéristiques, alors on a affaire à une pure tautologie.


"... To readers who are familiar with philosophic terminology, j can express their importance by saying that they amount to this: that propositions about the good are all of them synthetic and never analytic; and that is plainly no trivial matter." (P58, The subject-matter of ethics).


En revanche, l'idée de bien pourrait recevoir un contenu empirique, comme "la satisfaction du plus grand nombre" ou "le plaisir" selon une acceptation utilitariste. Mais il n'est pas possible d'après MOORE de conclure à une identité entre le "bien" et le "plaisir". On ne peut parvenir à trouver une équivalence de sens entre le bien et ses propriétés. Donc toutes les tentatives des théories utilitaristes, évolutionnistes sont vouées à l'échec.


Il existe donc bien des vérités objectives en morale mais on ne peut dériver les jugements des faits naturels. Toutefois, ne faut-il pas faire une différence entre deux types de questionnement: a) "ce qu'est le bien" et b)"ce que signifie le bien" ? Il est possible de s'accorder sur la signification d'un terme sans pour autant en définir l'essence; il ne s'agit pas d'une réduction .

12 novembre, 2008

G.E moore: le caractère objectif d'une valeur




Pour Moore, la valeur "good" est indéfinissable et ne peut se réduire à des propriétés naturelles. C'est en ce sens que l'on peut qualifier Moore de "réaliste" en morale. Mais il semble nécessaire d'éviter deux écueils pour la compréhension des phénomènes moraux:


- a) la valeur est dépendante de nos états de conscience


- b) la valeur est indifférente à tout jugement


Pour sortir de cette impasse, E. Halais dans son article sur MOORE, analyse l'expérience proposée par le philosophe anglais. Imaginons que nous vivions dans un monde d'une rare beauté ou au contraire d'une grande laideur:

"Let us imagine one world exceedingly beautiful; Imagine it as beautiful as you can; put into it whatever on this earth you most admire - moutains, rivers, the sea; trees, and sunsets, stars and moons. And then imagine the ugliest world you can possibly conceive. Imagine it simply one heap of filth, containing everything that it most disgusting to us, for whatever reason, and he whole, as far as may be, without one redeeming feature".

Principia Ethica, P 135
Même en l'absence d'une contemplation, le "monde magnifique" peut être considéré comme bon en soi. Est-ce une position cohérente ?




11 novembre, 2008

Lévi-strauss: qu'est-ce qu'une société humaine ?

Une très intéressante vidéo de Claude Lévi-Strauss, le maître de l'anthropologie structurale. J'avoue être admirative de son parcours de chercheur. Des études de philosophie sans doute abandonnées à cause d'un sentiment de facilité. La vraie vie commence avec l'expérience !

10 novembre, 2008

Les problèmes d'éthique médicale

Dans le cadre de l'ECJS, mes élèves ont commencé à explorer certains problèmes d'éthique médicale:
innovations biotechnologiques et progrès:
- en quel sens peut-on parler d'un pari sur la vie ?
- en quel sens peut-on parler d'une solidarité humaine, d'une fraternité humaine par l'expression "don d'organes" ?
-" comment concilier le respect du mort et de son entourage familial et la possibilité de sauver une vie par le biais de la transplantation ?"
le fantasme des greffes
- devenir un Frankenstein par la greffe des organes ou des tissus
- devenir un sous-homme doté d'un gène de singe ou un surhomme doté d'un super-gène
le statut du corps humain
En principe, le corps doit être traité comme une personne; il est "corps-sujet". Il faut penser l'homme comme un "être de chair et de sang". La loi Caillavet garantit le respect du corps humain dans son intégrité, son inviolabilité, son indisponibilité. La loi Huriet reforce la législation de 1976, notamment à propos des personnes se prêtant à l'expérimentation biomédicale:
Article 16-1 " Le corps humain est inviolable. Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial."
Article 16-3 " Il ne peut être porté atteinte à l'intégrité du corps humain qu'en cas de nécessité thérapeutique pour la personne".
La question est de savoir si le droit civil fait du corps un sujet ou un objet.

07 novembre, 2008

Halte au massacre du Calderon !

Il faut réagir à ce massacre perpétré contre le CALDERON, dauphin intelligent, sur les îles de Feroe. Le Danemark ne se montre pas digne du tout !

http://www.ardenneweb.eu/reportages/2008/massacre_de_calderon_un_dauphin_des_iles_de_feroe_au_danemark

Ecrire à:

Ambassade du Danemark,

77 Avenue Marceau

75 116 PARIS

05 novembre, 2008

B. OBAMA: un nouvel espoir !


Pour célébrer l'événement un extrait d'une chanson du boss:

Everybody's got a hungry heart

Bruce Springsteen

04 novembre, 2008

Tribune consacrée à Marie-Claude Lorne

Une Tribune a été consacrée à Marie-claude Lorne, jeune philosophe, spécialiste de philosophie de la biologie, qui s'est donnée la mort le 22 septembre 2008, suite à une décision injuste de l'Université de Bretagne.

02 novembre, 2008

Vacances à Clermont-Ferrand


Je suis en vacances à Clermont-Ferrand chez ma soeur, son mari, les enfants. Une petite minette Tess a été adoptée.

30 octobre, 2008

Responsabilité et culpabilité

Ce dimanche 2 novembre sur Arte, R. Enthoven abordera la question de la responsabilité et de la culpabilité. Les philosophes H. Arendt, M. Weber, Kant sont convoqués. La question des fins de la politique est l'objet d'une discussion. Faut-il opposer l'éthique de la conviction et l'éthique de la responsabilité ? Faut-il voir dans la politique un compromis ? La "banalité du mal" telle qu'elle est analysée par H.Arendt implique -t-elle une fuite des responsabilités ? Je ne suis pas d'accord sur la manière de présenter la morale de Kant. Il est vrai que les rapports entre l'éthique et la politique sont complexes à analyser.
Pour finir, je cite M. Weber:
"Il est parfaitement exact de dire, et toute l'expérience historique le confirme, que l'on n'aurait jamais pu atteindre le possible si dans le monde on ne s'était pas toujours attaqué à l'impossible. Mais l'homme qui est capable de faire un pareil effort doit être un chef, et pas seulement un chef, mais encore un héros, dans le sens sens le plus simple du mot. Et même ceux qui ne sont ni l'un ni l'autre sont obligés de s'armer de la force d'âme qui leur permettra de surmonter le naufrage de tous leurs espoirs."
Le métier et la vocation d'homme politique ( 1929), P 185, Ed Plon

27 octobre, 2008

propagande et domestication des masses

Il est vrai que le souci de George Orwell est de critiquer toute mentalité totalitaire.En cela, il dénonce les errances de la propagande soviétique:
"Je dirai que la propagande communiste et procommuniste a eu pour effet d'être un frein à la cause du socialisme,même si, pour un temps, elle a servi la politique étrangère des russes."
Mais rendons justice à Orwell en disant qu'il a aussi bien dénoncé les impérialismes que le totalitarisme. Simplement, en temps de guerre, il doit faire un choix entre le mondre mal (l'impérialisme britannique) et le pire (le nazisme).Avec raison, John Newsinger montre que la patriotisme chez Orwell n'est pas un conservatisme. Je cite:
" Dans " de droite ou de gauche, c'est mon pays", il explique que la patriotisme n'est pas nécessairement lié au conservatisme, et qu'il est parfaitement compatible avec un choix politique révolutionnaire."
Tentons de donner un sens précis à l'idée de propagande. Noam Chomsky, dans "Propagande et contrôle de l'esprit public" s'attache au sens originel de cette notion:
"Congrégation romaine fondée pour la propagation de la foi chrétienne en 1622. Avec l'avènement de la communication de masse, le terme a désigné toute campagne de communication privée ou publique. Le terme est utilisé en France pour désigner le matériel électoral (tracts,affiches, professions de foi)."
Dès lors, les puissances financières sont d'après le linguiste américain en mesure de dominer le gouvernement. On peut alors rapprocher ce mot - lorsqu'il il s'agit de contrôler les "masses" - de celui d'endoctrinement. Et Chomsky ajoute:
"Une démocratie est en danger lorsque ses réseaux médiatiques se retrouvent aux mains des tyrannies privées."
N. Chomsky, "Propagande et contrôle de l'esprit public" dans Domestiquer les masses,revue Agone, 2005
J.Newsinger, La politique selon Orwell, Agone, "Banc D'essais", 2006

25 octobre, 2008

G.Orwell: chroniques 1943-1947

Entre 1943-47 - alors que des bombes s'abattent sur Londres, que la guerre froide s'instaure - Orwell publie ses chroniques dans le journal Tribune, aile gauche du parti travailliste. Ce qu'il y a de remarquable dans les chroniques d'Orwell, c'est la volonté de combattre l'ignorance et d'inviter le lecteur ordinaire à s'impliquer dans les événements qui traversent son quotidien.
Car le but de la chronique ne consiste pas à se livrer à un travail esthétique ; il s'agit plutôt de proposer des axes de réflexion. Et Orwell répond à ses lecteurs avec intelligence, fougue ,honnêteté. Je cite des extraits:
"La réponse - il faudrait la clamer plus haut et plus fort qu'on ne le fait ordinairement - est que le socialisme n'est pas un perfectionnisme, ni même sans doute un hédonisme. Les socialistes ne se prétendent pas capables de rendre le monde parfait; ils s'affirment capables de le rendre meilleur. Et tout socialiste qui réfléchit tant soit peu concèdera au catholique qu'une fois l'injustice économique corrigée le problème fondamental de la place de l'homme dans l'univers continuera de se poser."
Les intellectuels néo-pessimistes, 24 décembre 1943
" En dernière analyse, notre unique titre à la victoire est que, si nous gagnons la guerre, nous proférons moins de mensonges que nos adversaires; Ce qu'il y a de véritablement effrayant dans le totalitarisme, ce n'est pas qu'il commette des atrocités mais qu'il s'attaque au concept de vérité objective: il prétend contrôler le passé aussi bien que l'avenir." L'histoire peut-elle être vraie ? 4 février 1944
" La faiblesse de la gauche, c'est qu'elle traite l'antisémitisme d'un point de vue rationaliste. A l'évidence, les accusations portées contre les juifs ne sont pas vraies. Et elles ne peuvent pas l'être parce qu'elles s'annulent mutuellement et parce qu'aucun peuple ne pourrait détenir un tel monopole du vice."
Sur l'antisémitisme, 11 février 1944
" Une lectrice me reproche de vouloir que le rationnement vestimentaire se poursuive jusqu'à ce que nous portions tous les mêmes vêtements miteux...Je répondrai, pour commencer, que, même si le rationnement vestimentaire touche à l'évidence plus durement ceux qui ne possèdent pas déjà une importante garde-robe, il a tout de même eu un effet égalisateur puisque que des gens se sont mis à craindre de paraître trop élégants."
Sur la politique de reconstruction, 18 février 1944
" Savoir si nous fusillerons ou non les fascistes et les collabos qui tomberont entre nos mains n'est peut-être pas en soi le plus important. Ce qui compte, c'est que la vengeance et le "châtiment" n'aient aucune part dans notre politique, ni même dans nos fantasmes."
Comment traiter les criminels de guerre? 31 mars 1944
" Il y a une expression qui est fort en vague dans les milieux politiques de ce pays: "faire le jeu de ". C'est une sorte de formule magique ou d'incantation, destinée à cacher les vérités dérangeantes."
Le racket éditorial, 9 juin 1944
" Je constate que les grilles font progressivement leur réapparition autour des squares londoniens. Elles sont en bois, certes, mais n'en sont pas moins des grilles. Les usagers légitimes de squares vont donc pouvoir faire usage à nouveau de leurs clés chéries et interdire aux enfants pauvres d'y pénétrer."
La haine de l'ennemi est pire que la guerre, 4 août 1944
" Tout d'abord un message à l'ensemble des journalistes et des intellectuels de gauche: "rappelez-vous qu'on finit toujours par payer sa malhonnêteté et sa couardise; Ne vous imaginez pas que, pendant des années, vous pouvez être les lèche-bottes propagandistes du régime soviétique ou de tout autre régime, et retourner un beau jour à une décence mentale."
Les intellectuels de gauche et l'insurrection de Varsovie, 1 septembre 1944
G. Orwell, A ma guise, Chroniques 1943-1947, Agone "Banc d'esais", septembre 2008

22 octobre, 2008

confiance ou méfiance ?

Je lisais: " Quelle solitude nous isole plus que la méfiance ?" (G. Eliot)
La méfiance est-elle une attitude nécessaire à l'esprit critique ou bien apparaît-elle destructrice ? Il faut donc s'interroger sur la force de la confiance dans les relations humaines. Pourrait-on imaginer Joseph douter de la foi de Marie ? L'affirmation d'un principe de crédulité est alors à rapprocher de la valeur de vérité d'un témoignage. A méditer.

Etat agentique et état autonome


M. Terestentchenko rend compte dans son livre Un si fragile vernis d'humanité du dilemme de l'obéissance: conflit entre l'obéissance à soi et l'obéissance aux autres. De ce fait sont expliqués les actes de soumission à l'autorité. Il est navrant de constater à partir du test de Milgram, à quel point les individus, lorsque leur responsabilité n'est plus en jeu, acceptent de se soumettre à l'autorité même quand elle est abusive, inacceptable. Pour illustrer mon cours sur l'autonomie, j'ai passé à mes élèves 15 mn du film I comme Icare. L'essentiel pour moi est d'insister sur l'idée d'autonomie afin de la distinguer de toute forme d'obéissance passive:


"L'état agentique, explique Milgram, "désigne la condition de l'individu qui se considère comme l'agent exécutif d'une volonté étrangère, par opposition à l'état autonome dans lequel il estime être l'auteur de ses actes." "


Gardons-nous de toute manipulation, de toute vaine concurrence ! L'autorité illégitime cherche des sujets passifs pour conforter sa position !!

20 octobre, 2008

Jacques Testart

Demain à l'université de Droit à Toulon, Jacques Testart fera une conférence sur le rapport entre les technosciences et la démocratie. Puis mercredi, c'est au lycée Bonaparte qu'il se rendra; l'initiative vient de mes collègues de philo et de biologie. D'autres conférences suivront.
"Jacques Testart, biologiste, agronome et philosophe, évoquera les relations entre la démocratie et les technosciences, demain, lors d'une conférence ouverte au public.
Il suffit de parcourir son site internet pour comprendre que Jacques Testart n'est pas seulement un grand homme de sciences, agronome et biologiste, mais aussi un écrivain, un professeur, un philosophe. La preuve en deux temps et plusieurs mouvements : à la fac de droit, demain soir, à l'invitation du Collège méditerranéen des libertés, et le lendemain matin au lycée Bonaparte...

« Quand la science se fait technoscience, elle devient un moyen d'action, plus que de connaissance, puisque des choix, extérieurs au laboratoire ont conduit à privilégier certaines voies », explique Marie-Paul Daru qui a proposé à Jacques Testart d'évoquer les relations entre la technoscience et la démocratie.
Le père du « bébé éprouvette »
Biologiste, directeur à l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), Jacques Testart a été un des pionniers en matière de procréation artificielle chez l'animal et chez l'homme. Il est d'usage de le considérer comme le père du « bébé-éprouvette ». Citoyen vigilant, préoccupé par les dérives auxquelles pourraient conduire les « technosciences », il s'affirme le défenseur têtu d'une « science contenue dans les limites de la dignité humaine ». Son dernier ouvrage concernait les OGM.
Il aura rendez-vous avec les élèves de Pascale Pous, prof de philo, en binôme avec Claude Gervaz, professeur de biologie, après-demain. François, William et Jonathan, élèves de 1ère S, vont jouer les modérateurs. Après Jacquard, Cyrulnik, Axel Khan, c'est donc un scientifique de renom qui répondra à des questions d'élèves du lycée dans le cadre des TPE (Travaux personnalisés encadrés). Un souci d'ouverture et d'échanges à mettre à l'actif du CML et de Bonaparte."
Savoir +
Demain à 18 h dans l'amphi 500-1 de la fac de droit, conférence-débat avec Jacques Testart. Entrée libre.

19 octobre, 2008

Philosophie sur Arte: Raphaël Enthoven


Après les Chemins de la connaissance sur France-Culture, Raphaël Enthoven consacre une émission à la philosophie le dimanche sur Arte à 13H. Je proposerais bien un sujet d'entretien à ce beau ténébreux khâgneux: comme cela , nous pourrions en discuter en se promenant entre mes deux plages préférées, La Bergerie et la Capte, près de Hyères !


17 octobre, 2008

Eloge de Jack London !




Dans l'ouvrage qui vient de paraître en septembre 2008, A ma guise, George Orwell se livre à un éloge de Jack London. J'ai consacré trois billets à Jack London en février 2008. J'aime particulièrement chez cet écrivain le souci des autres - les pauvres -, le réalisme cru, et la vivacité de son imagination, surtout dans la rédaction de ses nouvelles. Je cite Orwell:



"On connaît surtout Jack London pour Le Talon de fer et, dans des cercles totalement différents, pour des livres comme Croc-Blanc et l'Appel de la forêt, dans lesquels il exploite un sentimentalisme typiquement anglo-saxon envers les animaux. Mais il y aussi Le Peuple d'en bas, son livre sur les taudis londoniens, La Route, qui offre un magnifique tableau des vagabonds américains, et Le Vagabond des étoiles, qui vaut essentiellemnt pour ses scènes de prison. Enfin, et surtout, il y a ses nouvelles. Dans une certaine veine de son oeuvre - c'est-à-dire essentiellement lorsqu'il décrit la vie dans les villes américaines -, il est l'un des meilleurs nouvellistes que le monde anglophone ait jamais produits."

George Orwell, A ma guise, Chroniques 1943-1947, Trad franç F. Cotton et B. Hoepffner, Agone" Banc d'essais", septembre 2008.

15 octobre, 2008

Thalassa et Foudre




J'ai regardé une très bonne émission vendredi 10 octobre sur Thalassa. On peut s'informer de l'activité de la Marine Nationale et y découvrir le navire le Foudre. L'année dernière, j'ai visité le Sirocco avec une classe. L'hôpital militaire est très imposant. Mon neveu est depuis quelques mois officier-reporter dans la Marine (22-23 ans) et doit bientôt partir au Tchad. Après un bac Art Plastique, il a suivi une formation au centre visuel de la Cadase, puis Ingemedia à Toulon. Son cursus s'est achevé à Brest et à Paris. Une grand admiration pour le philosophe Leibniz !



Extrait de l'émission Thalassa:



"A travers le portrait d’un des marins du bateau La Foudre nous découvrirons la splendide rade de Toulon et sa base navale, véritable ville dans la ville, qui donne à cette cité un tempérament singulier. Premier port militaire de Méditerranée, l’arsenal s’étend sur 268 ha et emploie près de 12 000 personnes. A bord de La Foudre, la vie s’organise, les caractères humains se dévoilent et les marins disent leur affection pour cette ville d’adoption, celle des séparations et des retrouvailles incessantes, celle de leur ancrage à terre".

11 octobre, 2008

Jacques Brel aux Marquises !

Jacques Brel avait le goût de l'absolu: il faisait par exemple du vélo jusqu'à tomber d'épuisement. Mes deux chansons préférées - voir un ami pleurer et la quête.


Bien sûr il y a les guerres d'Irlande Et les peuplades sans musique Bien sûr tout ce manque de tendres Il n'y a plus d'Amérique Bien sûr l'argent n'a pas d'odeur Mais pas d'odeur me monte au nez Bien sûr on marche sur les fleurs Mais voir un ami pleurer!


Rêver un impossible rêve

Porter le chagrin des départs

Brûler d'une possible fièvre

Partir où personne ne part...

Telle est ma quête

Suivre l'étoile

10 octobre, 2008

Disparition d'une jeune philosophe

Marie-Claude Lorne, jeune philosophe, s'est donnée la mort en septembre 2008. Elle n'avait pas quarante ans. Son corps a été retrouvé sous la passerelle du pont Simone de Beauvoir à Paris.

Je cite les propos de Gloria Origgi:

"Marie-Claude s’est jetée du pont Simone de Beauvoir seule, désespérée après la nouvelle que la titularisation à son poste de maître de conférences lui avait été déniée. Elle était déprimée, bien sûr, comme souvent le sont les gens qui font ce type de métier, car peut être c’est une vocation des esprits souffrants, ou parce qu’on devient facilement déprimés lorsqu’on est intelligents et méprisés. Et Marie-Claude était une femme intelligente et passionnée par les idées."

Je cite les propos de Benjamin Sylvand:

"La philosophie Française a perdu l’une des siennes qui parce qu’elle faisait son travail d’intellectuel déplaisait à certains universitaires qui ne l’ont pas titularisé sur la base de raisons injustifiables. Que ce soit la la cause ou l’une des causes de cette tragique histoire importe peu, le fait être que la pensée Française est en deuil à la fois d’une philosophe de premier plan mais aussi d’une universitaire intègre et si cette sombre histoire n’arrive pas jusqu’aux oreilles du public c’est qu’elle embrasse fortement le système qui y voit une marque de sa propre faiblesse: tout comme il ne doit pas y avoir de suicide dans l’armée, il ne doit y en avoir dans l’université. Or la réalité est toute autre, et c’est ce silence assourdissant qui est insupportable."

Je cite les propos de Pascal Ludwig:

"J'ai rencontré Marie-Claude en 1989, et depuis cette date nous étions amis. Elle avait une véritable passion pour la philosophie, qui s'est je crois déclarée très tôt. Elle me racontait qu'à 17 ans, dans son lycée d'Aulnay-sous-bois, elle lisait Fichte et Hegel, ce qui devait la faire passer pour une sorte d'extra-terrestre. La recherche de la vérité, c'était bien plus qu'une profession ou qu'une carrière pour elle, c'était un idéal auquel elle adhérait de tout son être, parfois avec intransigeance, toujours avec un grand enthousiasme. Rien ne permettait de penser qu'elle trouverait une place dans l'institution : femme dans un monde d'hommes, elle était tout le contraire d'une héritière. Elle avait peu de goût pour les usages du monde académique, et elle se moquait des convenances comme des modes philosophiques. Pourtant elle avait décroché un poste de maître de conférences, à force d'énergie, de travail et surtout de talent. Sa disparition, dans des circonstances terriblement injustes, m'a rempli d'une profonde tristesse. C'est aussi une catastrophe pour l'université et pour la philosophie des sciences. Je n'oublierai jamais sa gentillesse, sa passion contagieuse pour les idées, son intégrité intellectuelle."

08 octobre, 2008

Protection ou liberté de l'individu ?

Pour résoudre la question du "paternalisme" de l'Etat, il me semble nécessaire d'introduire une distinction entre "la moralité publique" et "la valeur morale" d'une conduite. Il faut repenser les thèses du philosophe Ruwen Ogien (notamment, La Panique morale, 2004).
Voici la dernière partie de mon article:
"Il est vrai que la conception universelle des droits de l’homme semble indifférente à tout intérêt particulier. La reconnaissance de la dignité a, depuis 1994, une valeur constitutionnelle. Il s’agit donc de préserver la dignité des individus afin qu’elle ne soit pas bafouée. Mais nous avons insisté sur la diversité des arguments et des possibles divergences.Rappelons brièvement les enjeux:
a) la protection de l’humanité de l’individu s’accompagne d’une reconnaissance de la dignité inhérente à l’ensemble des individus.
b) au nom de la liberté de l’individu, le moralisme et le paternalisme sont à rejeter.
Ainsi, deux conceptions du droit sont antagonistes: d’une part, la valeur morale de la dignité devient une norme juridique; d’autre part, la liberté de l’individu représente une valeur fondamentale; toute entrave à la vie privée constitue donc un manquement à notre pouvoir de décision. Mais c’est donc l’autonomie de l’individu qui est l’objet d’une discussion: suffit-il d’être l’auteur de son action pour être pleinement responsable ? Si tel n’est pas le cas, peut-on exiger de l’individu une attitude conforme à “la morale publique”? Dans le cas du “lancer de nain”, ne peut-on pas dire que la morale s’est immiscée dans le droit en reconnaissant la dignité comme une “des composantes de l’ordre public “?
Il est donc essentiel de se poser la question de la nature du préjudice. En vertu de l’article du code pénal 121, “ est l’auteur de l’infraction la personne qui commet les faits incriminés; qui tente de commettre un crime ou, dans les cas prévus par la loi, un délit.” Il faut donc pour être responsable d’un délit, être l’auteur d’une action et agir intentionnellement (ou avoir l’intention d’agir). Nous voyons donc apparaître les concepts “d’intention” et de “volonté”. Le nain Wackenheim, en ce sens, n’a pas commis de délit ou d’infraction excepté à l’égard de lui-même ou d’entités abstraites comme le respect de la dignité. Toutefois, le recours au principe de non-nuisance interdit précisément de conclure à l’idée d’une faute morale. En effet, l’activité de la “victime” ne porte pas préjudice à d’autres personnes.Or curieusement, le commissaire du gouvernement estime qu’il y a bien un dommage réel, non seulement pour la personne concernée mais aussi pour les personnes souffrant d’un handicap physique comme cela a été démontré. Mais on pourrait être tenté de dire que l’idée de “crime sans victime” renvoie à l’idée de “crime imaginaire” ainsi que le soutient Ruwen Ogien . En effet, il existe un risque de “démesure pénale” à cause de l’extension illimitée du concept de préjudice. Il devient évident que l’action du nain pourrait offenser d’autres personnes atteintes de ce même handicap. Cependant, ces dommages sont les résultats indirects de l’action du “lancer de nain”, non ce qui est voulu intentionellement.
Il existe donc bien une différence conceptuelle entre le fait de “causer un dommage à autrui” et le fait de lui “nuire intentionnellement”. Dans le premier cas, il peut s’agir d’une “causalité déviante”: je pars à la chasse, et le coup destiné à tuer un sanglier heurte accidentellement un autre chasseur. Je suis l’auteur de mon action sans être pour autant responsable du crime, s’il n’a pas été commis intentionnellement. En revanche, si je décide d’empoisonner une personne pour hériter de sa fortune, je suis bien responsable de mon action.
Il serait donc dangereux sur un plan juridique de “criminaliser” des actes qui ne portent pas atteinte à autrui, car ce serait remettre en cause les libertés fondamentales de l’individu. Peut-on aller à l’encontre de la volonté de l’individu dans une société démocratique ?
Examinons les arguments de Wackenheim afin de nuancer l’analyse.
Au nom du droit à exercer une activité professionnelle, l’individu peut exiger un respect de sa vie privée. C’est en ce sens que Wackenheim fait un recours en vertu de l’article 5 et de l’article 8 de la Convention des Droits de l’homme pour défendre ses droits - droit à la liberté d’exercer un métier et droit au respect de la vie privée. En effet, le nain estime qu’il est victime, non de pratiquer une activité dégradante, mais d’être privé de son emploi. En outre, Wackenheim évoque l’argument de la discrimination car l’interdiction du “lancer” résulte précisément de son handicap physique. Est-ce à dire que les différentes jurisprudences sont en conflit ? Tentons, avant de nous attaquer à la pertinence des arguments de Wackenheim, de déterminer avec précision les enjeux d’une liberté privée.

Il est vrai, comme cela a été signalé dans cet exposé, qu’il y a une incompatibilité apparente entre l’universalité de la protection de la dignité et la reconnaissance d’un droit particulier. En effet, les droits de l’individu, dans cette perspective, sont l’expression d’une égale dignité de tous les citoyens. Toutefois, il semble absurde de revendiquer l’égalité de tous les citoyens quand certains sont contraints de pratiquer des activités jugées “dégradantes” pour survivre. Le droit à la dignité est alors une gageure. Tentons toutefois une comparaison: il est parfois “vital” que certains enfants se prostituent pour permettre à leur famille de subsister économiquement. Mais la liberté d’exercer n’importe quel emploi remet totalement en cause le droit à la protection des enfants. On serait tenté de dire que l’universalité des droits - droit à la protection - ignore totalement les particularismes. Et c’est à notre sens, la seule garantie de lutter contre toutes les formes d’esclavage et d’oppression existant dans le monde. On pourrait à l’infini multiplier les exemples: la prostitution est après tout une activité qui consiste à “vendre” son corps pour une rémunération. De ce fait, la condamnation du “racolage” semble être l’expression d’un jugement moral de dégoût. Mais l’interdiction de telles activités évite l’exploitation des jeunes mineures privées de papier, ou sanctionne la violence des proxénètes. D’après Ruwen Ogien, il s’agit simplement de céder à la “panique morale.” Le philosophe estime, en vertu du principe de neutralité, qu’une éthique minimaliste consisterait à rester indifférent à une conception du bien sexuel. Ainsi, aucune norme prescriptive ne pourrait nous dire quel est l’idéal d’une vie bonne.

Mais il semble nécessaire, à notre avis, de distinguer une critique d’un ordre moral d’une critique d’un idéal de “vie bonne”. Il est vrai que l’expression des “bonnes moeurs” est en soi assez caricatural et somme toute assez hypocrite; point n’est besoin d’insister. Cependant, l’idéal de vie bonne peut être compatible avec des valeurs morales universelles à condition de ne pas sombrer dans le perfectionnisme. En effet, le tort de Ruwen Ogien est d’assimiler “moralité publique” et “valeur morale”. Or, il est possible de revendiquer la dignité pour tous sans tomber dans le perfectionnisme moral. En ce sens, la reconnaissance de la dignité ne tombe pas dans le strict moralisme ou les “bonnes moeurs”. Pour défendre ce point de vue, il faut, sans trop nous attarder toutefois, montrer qu’une conduite d’humanité repose sur la possibilité de respecter en l’individu ce qui fait de lui un être libre et digne. Et le fait de nier cette part d’humanité a pour conséquence de transformer l’individu en un être servile. Sans doute, faut-il convenir que nous ne disposons pas de notre propre vie.Il semble bien que le prix à payer pour la protection de notre propre personne consiste à ne pas faire n’importe quoi de notre propre bien. Ainsi, il serait discutable d’un point de vue juridique et moral de laisser libre-cours à la commercialisation des organes alors que cela peut être à l’origine d’une exploitation. Certes, il apparaît une restriction de liberté privée mais elle est garante des droits de l’individu. C’est pourquoi, nous pensons qu’il est nécessaire de faire une distinction entre le respect des droits de l’individu et l’attitude strictement paternaliste qui consisterait à promouvoir un certain type de vie.

Toutefois, il convient, dans la décision du Conseil d’Etat, de mettre en avant les valeurs morales à l’origine du jugement. En effet, l’idée de faire de la dignité une des “composantes de l’ordre public” pourrait donner à penser que l’on se laisse aller à la morale des “bonnes moeurs “ en soi discutable. Notons qu’il convient de faire une différence d’appréciation entre le juge Frydman et le Conseil d’Etat avant de revenir sur la réponse aux arguments de Wackenheim. Le juge du tribunal administratif considère que la dignité relève de la moralité publique; l’ordre public est invoqué sans ambiguïté. En revanche, le Conseil d’Etat interprète de manière sensiblement différente le cas du “lancer de nain:”seule compte la dignité de la personne humaine, en “l’absence de circonstances locales particulières.”

Les arguments de Wackenheim ne sont pas recevables pour le Conseil d’Etat parce que l’activité du “lancer de nain” ne rentre pas dans la légitimité du travail; en ce sens, la liberté privée ne peut être prise en compte. En outre, l’argument de discrimination à l’égard des personnes souffrant d’un handicap physique manque de cohérence:il s’agit bien au contraire, compte tenu de la différence entre personne de “petite taille” et de taille “normale” de protéger les premières de tout abus; pour les individus “normaux”, le jugement aurait été distinct puisque ces derniers ne sont pas exposés aux mêmes risques. Le pacte international des droits civils et politiques adopté en décembre 1966 constitue une garantie contre tout forme de discrimination. Il en est de même du Traité d’Amsterdam de l’Union Européenne.

Il est vrai que la reconnaissance de la dignité s’accompagne de “l’égale considération d’autrui.” Il est donc nécessaire, dans cette mesure, de “ne pas faire à autrui ce que nous n’aimerions pas qu’il nous fasse.” De ce fait, l’idée de profiter de l’incapacité physique d’un être nous semble hautement condamnable. Ainsi, la réprobation morale n’est pas nécessairement équivalente à la morale des “bonnes moeurs”, mais témoigne de l’unité du genre humain: retrouver en chacun de nous “un sentiment d‘humanité.”