29 décembre, 2007

Le christ a-t-il plusieurs sexes ?


Question examinée hier soir sur France-Culture: le sexe du christ! Plutôt coquin Raphaël Enthoven: "ah, oui, cette question a intéressé Abélard" (avec tous les malheurs de ce logicien-théologien). P. E Dauzat a l'art de poser des évidences et de les soumettre à une enquête rigoureuse. En revanche, il n'est pas très drôle le Père jésuite...Sainte famille, Saint esprit, engendrement et sexualité!

28 décembre, 2007

L'éternel retour du christ !


Ce soir, à 19h30, les nouveaux chemins de la connaissance, il sera question de l'éternel retour du christ avec F.Lenoir,P.Valadier, P.E Dauzat.

24 décembre, 2007

Sainte Anne d'Evenos


Chaque année - c'est une sorte de rituel - nous nous rendons à Sainte Anne d'Evenos, petit village provençal, perché sur la colline.

Joyeux Noël

23 décembre, 2007

Le nain Wackenheim

L'affaire du "lancer de nain" en 1995 a retenu mon attention. En effet, deux camps philosophiques et juridiques s'opposaient: d'une part, ceux qui défendaient la liberté individuelle de monsieur Wackenheim et ceux qui, au nom de la dignité de personne humaine, contestaient toute forme d'exploitation. Fallait-il évoquer le respect de l'ordre public ou faire de la dignité un principe moral essentiel ?
Il était donc particulièrement intéressant de réfléchir à l'idée de liberté individuelle...en dépit des bobos parisiens!!

22 décembre, 2007

Freaks, la monstrueuse parade


Pour comprendre l'originalité du film Elephant man, n'oublions pas "Freaks" de Tod Browning:

"L'histoire se déroule dans les années trente, dans le Cirque Tetrallini, en tournée à travers l'Europe.

Hans, un lilliputien illusionniste, fiancé à Frieda, lilliputienne elle aussi, avec qui il partage la scène, tombe amoureux de la grande et belle Cléopâtre, la trapéziste. Au départ, celle-ci, amusée, se moque doucement de lui, acceptant ses avances et surtout ses cadeaux, sous l’œil jaloux et impuissant de Frieda. De son côté, Cléopâtre cultive en secret sa relation avec le beau et fort Hercule, le monsieur muscle du cirque. Ainsi lorsqu'ils apprennent que Hans a hérité d'une fortune, ce qui n'était qu'un jeu se transforme en plan machiavélique.

Ils organisent le mariage de celui-ci et de Cléopâtre. Mais lors du banquet de noces en compagnie de tous les "monstres" du cirque (que l'on a découvert durant le film), Cléopâtre dont la seule occupation était d'empoisonner Hans, se voit proposer d'entrer dans la "famille". Mais, enivrée par l'alcool, elle s'y oppose violemment, congédiant de même les invités et dévoilant ainsi son mépris pour ces "freaks" (mot anglais pour "monstres").

La terrible machination du vrai couple est découverte et la juste vengeance s'organise, car comme nous prévient le bonimenteur lors du prologue, « En offenser un, c'est les offenser tous ». La belle Cléopâtre se verra ainsi transformée à son tour en un de ces "monstres" qu'elle méprisait tant.


Freaks, malgré sa version montée escamotée par la censure, reste une preuve de l'existence de ces hommes et femmes ayant des difformités physiques que l'on présentait autrefois dans les cirques pour amuser et effrayer le public. De nos jours, dans notre civilisation, le nombre de ces individus a considérablement baissé. Il est donc très intéressant de comprendre qu'un film peut être, même s'il ne s'agit que d'une fiction, un témoin essentiel d'une époque, et même si le cinéma est encore jeune, cet art sera riche pour comprendre les mœurs et les habitudes d'une époque. Il est dommage de constater la perte d'une partie de cette œuvre pour la simple raison que son réalisateur ait été en avance sur son temps.

C'est une réflexion sur le rapport à autrui, sur la perception que l'on a de son prochain et de soi-même. Tod Browning avait lui-même des difficultés avec les rapports aux gens. Il a dit à propos de la période pendant laquelle sa femme l'avait quitté : « Je devais combattre avec ma disposition perverse, ma tendance à me mettre en colère, à ne jamais être d'accord. Je devais soumettre mon esprit hargneux, afin de devenir calme et coopératif. Mais j'y ai réussi. J'ai maîtrisé ma langue et ainsi j'ai réussi à contrôler mon caractère ».

C'est là qu'on note l'importance de ce qu'il appelle « le jeu des échelles ». Dans presque toutes les scènes du film, les comparaisons de tailles sont importantes. Cela explique certainement pourquoi les protagonistes sont des nains. Ils sont souvent en contrebas lors des plans moyens, souvent renforcés par des plongées contre-plongées. Hercule et Cléopâtre, qui représentent les gens qui se croient supérieurs, par un jugement basé uniquement par le physique. C'est pour ça qu'ils sont toujours en hauteur par rapport à Hans, pour imposer leur domination. Alors qu'au contraire les gens « compréhensifs », représentés par Vénus par exemple, sont toujours placés en sorte d'être sur un pied d'égalité. C'est là qu'on constate l'utilisation des escaliers des roulottes, pour permettre un certain équilibre. Une fois les personnages à la même hauteur, leurs vraies valeurs apparaissent, comme pour la scène finale où le puissant Hercule une fois à terre se retrouve mis en déroute par les nains. La morale est un peu simpliste, c'est combattre le feu par le feu, faire du mal à ceux qui ont fait du mal, mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit à la base d'un film d'horreur.

Implicitement c'est plus que ça. C'est la narration d'un groupe d'individus qui est développée : les personnes se ressemblant physiquement (ici les « anormaux »), se rejoignent et forment un ensemble cohérent ayant ses propres règles au sein du groupe et ayant le même genre de rapports avec les personnes extérieures. Mais il présente surtout une sorte de tentative d'ouvrir l'esprit des gens, de leur montrer que ces personnes considérées jusque là comme des monstres ou des créatures incomplètes, peuvent aussi éprouver les mêmes sentiments que n'importe qui voire les même que ceux du spectateur lambda. Ils peuvent tomber amoureux, rire, chanter, faire la fête, avoir une vie de famille et des amis, être autonomes ou vivre en groupe. Mais surtout, à travers ce film, Browning cherche à montrer que ces « monstres » peuvent se montrer plus « humains » que les autres puisqu'ils sont capables d'accueillir à bras ouverts des « gens normaux » dans leur groupe.

Ce film, dans la période des premiers films d'horreur était certes choquant, par ses images, et surtout par le fait qu'il exhibe réellement des personnes « mal-formées » travaillant réellement dans un cirque. Le coté effrayant de certains est en plus exacerbé par des costumes grotesques ou un comportement apparemment anti-social, comme ceux qui passent leur temps caché dans l'ombre sous les roulottes. Il y a une grande majorité de scène la nuit, avec un final fracassant, dans une forêt, en plein orage, avec le tonnerre, des éclairs etc. On note aussi l'importance de la musique qui crée l'ambiance. Il y a peu de musiques différentes. Pour faire simple, il y a une "ambiance cirque" ; en commençant par des musiques festives comme la flûte dans le parc ou lors du repas de noce, en passant par de la musique fantastique, angoissante, notamment vers la fin avec ce son d'harmonica macabre. Ces quelques sons créent de suite un contexte. Avec comble du fantastique cette transformation mystérieuse de Cléopâtre.

La punition de se voir transformer en ce qu'on déteste le plus. C'était une façon, incomprise à l'époque, d'amener les gens à réfléchir sur ce sujet. Le but étant d'avoir peur des conséquences de ses actions et de ses jugements et non pas de craindre des gens physiquement différents ; une mise en garde contre ceux qui s'aviseraient de vouloir dénigrer d'autres personnes sur des caractères purement physiques." Encyclopédie

21 décembre, 2007

Elephant man


J'aime beaucoup le film Elephant man de David Lynch: Treeves, jeune chirugien, découvre l'existence de John Merrick, un homme-éléphant, dans une attraction foraine. La question posée par mes élèves à la lecture de ce film est de savoir qui sont les monstres:monstres physiques doués d'une grande sensibilité et hommes à la monstruosité "morale" sans pitié ! De quoi encore poser la question de l'humain...

18 décembre, 2007

Melipar: un blog à visiter !

Melipar -branche de EXeco- est à visiter: des journées "philosophiques" vont être organisées en 2007-2008.

Execo

Quel peut-être l'usage de la philosophie ? Il s'agit de mettre l'accent sur l'aspect pratique de la philosophie. Très bonne initiative...


"On a souvent parlé de la philosophie comme d’une discipline essentiellement spéculative, opposée en cela au domaine des pratiques. Pourtant, on s’aperçoit que, dans de nombreux cas, il n’est pas possible d’extraire la philosophie de son rapport à la pratique. On peut penser par exemple à la métaphysique dont le développement s’est parfois avéré dépendre de l’état de la connaissance scientifique. De même, en éthique, le rapport à la pratique a une influence directe sur la méthodologie qui est mise en œuvre. A tel point que l’on a parfois été jusqu’à affirmer que la philosophie était elle-même une forme de pratique ou encore une activité, ce qui a permis de renouer avec une conception qui a pu être celle de l’Antiquité.

Cette interrogation sur le rapport entre philosophie et pratique est d’autant plus pertinente aujourd’hui que la connaissance ne se donne plus comme reposant sur un fondement a priori fourni par la philosophie. Si ce n’est pas de cette dernière que la connaissance tire son fondement, quel pourrait être alors le rôle de la philosophie sinon celui d’être une pratique ? C’est donc dans un rapport méthodologique plutôt que fondationnel à la connaissance que la philosophie peut trouver sa place, en tant que pratique en rapport avec d’autres pratiques.

Nous proposons trois journées d’études dont chacune examinera un des aspects de la relation entre philosophie et pratique. La première journée, intitulée « La science, un modèle pour la métaphysique ? », s’interroge sur l’étendue de l’impact que la pratique de la science peut avoir sur les constructions métaphysiques. La deuxième journée analyse l’interface entre la philosophie entendue comme pratique, la psychologie et les sciences de la nature, en engageant un dialogue entre Goethe, Lichtenberg et Wittgenstein. Enfin, la troisième journée se propose d’étudier la diversité des contextes du particularisme moral, en se demandant comment les pratiques peuvent donner un sens à l’éthique face à l’absence de principes moraux".

Organisation : Delphine Bellis, Etienne Brun-Rovet, Sabine Plaud, Anna Zielinska



Le programme des trois journées est détaillé ci-dessous :

Articles de cette rubrique
Ci-dessous plan de la rubrique
PREMIERE JOURNEE : La science, un modèle pour la métaphysique ?
DEUXIEME JOURNEE : Goethe-Lichtenberg-Wittgenstein : Philosophie, Psychologie, Sciences de la nature
TROISIEME JOURNEE : L’éthique sans principes : la diversité des contextes du particularisme moral

14 décembre, 2007

Les Dieux de l'olympe sont avec moi !


Incroyable: mon article écrit cet été dans le région de Tours vient d'être accepté ! La reconnaissance de la dignité: interrogation et paradoxe. Je suis vraiment très contente. Il faut vraiment parfois du courage car il a fallu s'opposer au conformisme ambiant; et c'est peu dire...

12 décembre, 2007

Publication: du corps à l'utilitarisme !


Notre article, Damien Brach et moi-même - L'utilitarisme: du corps à la politique - vient d'être publié aux Presses universitaires d'Aix-Marseille (118e numéro).
Voici un extrait:

" A notre sens,la réflexion sur les fondements du droit pénal de Beccaria a le mérite de poser la question de la légitimité du droit de punir. Ainsi le jeune juriste italien, dans le célèbre traité des Délits et des peines, s'indigne des châtiments infligés aux délinquants. S'agit-il d'une condamnation morale ou de simples considérations juridiques ? Cette perspective, précisément, invite à analyser conjointement les exigences morales avec les impératifs politiques.L'humanisation du droit semble compatible avec les impératifs moraux. Mais la difficulté est sans doute de distinguer un projet humain d'un projet politique..."

GENEPI: la prison en France

Ce lundi, Damien étudiant en sciences pénales ,criminologie et ancien élève, est venu présenter les activités du GENEPI auprès de nos élèves.
Je crois qu'il est nécessaire de faire prendre conscience aux gens des situations qu'ils ignorent. Ainsi 60% des prisonniers ont un niveau largement inférieur au bac; d'où la nécessité d'offrir une formation aux détenus. Notons également que 21% des personnes souffrent de troubles psychiatriques graves.

Je remercie Damien pour cet exposé brillant mais surtout humain. Ce garçon ne se contente pas d'être "major" dans de nombreuses disciplines mais travaille l'été dans les centres pénitentiers...


http://www.genepi.fr
http://www.justice.gouv.fr/chiffres/ap/chiffres.htm

09 décembre, 2007

Les bonnes moeurs !



Il est intéressant de s'interroger sur l'idée "d'immoralité" dans le domaine de l'art. Il semble que la censure en France, en Irlande a reproché à des auteurs comme Flaubert, Baudelaire, Wilde de manquer de moralité.
Au XXIe siècle, il est permis de se demander, si au nom de la liberté d'expression et pour reprendre l'expression de Ruwen Ogien, de "la liberté d'offenser", l'art n'a pas à être "réprimé" par des sanctions juridiques. N'est-il pas en effet hypocrite de condamner une oeuvre pour son absence de qualités artistiques alors qu'il s'agit en fait d'une critique de ses "bonnes moeurs" ?

J'exposerai plus tard mes arguments...


Réquisitoire en 1857 contre Flaubert (accusation de l'avocat général Pinard)
Et acquittement de l'écrivain.

" Attendu qu'il n'est pas permis, sous prétexte de peinture de caractère ou de couleur locale, de reproduire dans leurs écarts les faits, dits et gestes des personnages qu'un écrivain s'est donné mission de peindre ; qu'un pareil système, appliqué aux oeuvres de l'esprit aussi bien qu'aux productions des beaux-arts, conduirait à un réalisme qui serait la négation du beau et du bon et qui, enfantant des oeuvres également offensantes pour les regards et pour l'esprit, commettrait de continuels outrages à la morale publique et aux bonnes moeurs ;

" Attendu qu'il y a des limites que la littérature, même la plus légère, ne doit pas dépasser, et dont Gustave Flaubert et co-inculpés paraissent ne s'être pas suffisamment rendu conapte ;

" Mais attendu que l'ouvrage dont Flaubert est l'auteur est une oeuvre qui parait avoir été longuement et sérieusement travaillée, au point de vue littéraire et de l'étude des caractères que les passages relevés par l'ordonnance de renvoi, quelque répréhensibles qu'ils soient, sont peu nombreux si on les compare à l'étendue de l'ouvrage ; que ces passages, soit dans les idées qu'ils exposent, soit dans les situations qu'ils représentent, rentrent dans l'ensemble des caractères que l'auteur a voulu peindre, tout en les exagérant et en les imprégnant d'un réalisme vulgaire et souvent choquant ;

" Attendu que Gustave Flaubert proteste de son respect pour les bonnes moeurs et tout ce qui se rattache à la morale religieuse ; qu'il n'apparaît pas que son livre ait été, comme certaines oeuvres, écrit dans le but unique de donner une satisfaction aux passions sensuelles, à l`esprit de licence et de débauche, ou de ridiculiser des choses qui doivent être entourées du respect de tous ;

" Qu'il a eu le tort seulement de perdre parfois de vue les règles que tout écrivain qui se respecte ne doit jamais franchir, et d'oublier que la littérature, comme l'art, pour accomplir le bien qu'elle est appelée à produire, ne doit pas seulement être chaste et pure dans sa forme et dans son expression ;

" Dans ces circontances, attendu qu'il n'est pas suffisamment établi que Pichat, Gustave Flaubert et Pillet se soient rendus coupables des délits qui leur sont imputés ;

" Le tribunal les acquitte de la prévention portée contre eux et les renvoie sans dépens. "

***
L'ouvrage "Les Fleurs du mal" de Charles Baudelaire est condamné pour "outrage à la morale publique" en 1857.
Pour des informations supplémentaires, voir le site Baudelaire et le procès des Fleurs du mal:
" Les écrivains face à l’ordre moral du Second Empire
Sous le Second Empire, la justice engage régulièrement des poursuites contre les écrivains
qu’elle accuse de publier des oeuvres immorales. C’est ainsi qu’en 1853 les frères Goncourt
sont poursuivis pour un article qui leur vaut d’être blâmés. Au
début de l’année 1857, un procès est intenté à Gustave
Flaubert pour son roman Madame Bovary. Flaubert est acquitté
le 7 février. C’est dans ce contexte que paraissent Les Fleurs du
mal de Baudelaire au mois de juin 1857, suscitant le déchaînement
de la presse qui dénonce «de semblables monstruosités ».

Le scandale des Fleurs du mal
Les attaques des journalistes attirent l’attention de la justice
sur un certain nombre de poèmes, considérés « comme un défi
aux lois qui protègent la religion et la morale ». Aux arguments de
ceux qui incriminent quelques expressions ou passages jugés choquants,
Baudelaire oppose le sens général de son oeuvre : « Le livre
doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible
moralité. » C’est en vain qu’il fait intervenir ses amis, Théophile
Gautier ou Prosper Mérimée. Barbey d’Aurevilly écrit un article qui fait
l’éloge du livre, mais le journal refuse de le publier. La police saisit les
exemplaires des Fleurs du mal. Le procès est fixé au 20 août.

Le 20 août 1857, Charles Baudelaire et son éditeur sont condamnés par la justice pour «outrage à la
morale publique et aux bonnes moeurs». Le procès des Fleurs du mal pose à nouveau, plus de cinquante
ans après l’abolition de la censure par la Révolution française, la question des rapports de l’écrivain avec
la liberté d’expression.
Chronologie du procès des Fleurs du mal
21 juin 1857 parution des Fleurs du mal, à Paris, éditées par Poulet-Malassis et
De Broise, à 1100 exemplaires
Juin-juillet 1857 une série d’articles de presse accusent Baudelaire d’immoralité
17 juillet 1857 le procureur général ordonne la saisie des exemplaires
20 août 1857 procès et condamnation des Fleurs du mal : l’auteur doit verser une
amende de 300 francs, six poèmes sont retirés du recueil
1861 deuxième édition des Fleurs du mal, amputée des six poèmes condamnés
mais augmentée de trente et un poèmes nouveaux
1866 publication à Bruxelles, par Poulet-Malassis, d’un recueil de poèmes de
Baudelaire, Les Épaves, contenant les poèmes interdits en France
6 mai 1866 condamnation des Épaves par le tribunal correctionnel de Lille
ÉVÉNEMENT LITTÉRAIRE
Charles Baudelaire photographié
vers 1855 par son ami Nadar.

Le procès et la condamnation
Le réquisitoire est prononcé par Ernest Pinard,
qui était aussi le procureur général dans le procès
intenté à Madame Bovary. Il accuse la poésie de
Baudelaire de manquer « au sens de la pudeur »,
de multiplier « les peintures lascives ». L’avocat du
poète plaide l’indépendance de l’artiste et la
beauté de l’oeuvre. Persuadé qu’il sera acquitté,
Baudelaire est abasourdi quand tombe la sentence.
En effet, le livre est condamné pour « délit
d’outrage à la morale publique et aux bonnes
moeurs», à cause de «passages ou expressions
obscènes et immorales ». Baudelaire et son éditeur
doivent payer une amende et retirer six poèmes
du livre.
Le poète maudit
Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une
brasserie parisienne en « toilette de guillotiné », portant une
chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond
sentiment d’injustice qui ne le quittera plus. La seconde édition
des Fleurs du mal lui permet d’ajouter de nouveaux
poèmes au recueil, mais Baudelaire se sent incompris par le
public et rejeté par la société. Il faut attendre la mort du poète,
en 1867, pour que le livre rencontre le succès et soit reconnu
comme un chef-d’oeuvre. En 1949, la cour de cassation
annule la condamnation des Fleurs du mal, considérant que
les poèmes « ne renferment
aucun terme obscène ou
même grossier »."


Ruwen Ogien, La liberté d'offenser; La Musardine, octobre 2007.

07 décembre, 2007

Le libéralisme est-il une sauvagerie ?


Qu'est-ce que le libéralisme ? Il semble qu'il existe une confusion en France entre le libéralisme économique et le libéralisme politique. Sans doute, faut-il en revenir à l'étude des penseurs libéraux, notamment John Stuart Mill et David Hume. Il se pose ensuite la question de la nature de la liberté: liberté des anciens ou liberté des modernes ? De là apparaît un principe politique essentiel, celui "de ne pas porter atteinte à autrui".
L'émission Les vendredis de la philosophie nous invite à réfléchir aujourd'hui à la possibilité de penser plusieurs types de libéralisme.




Pierre Zaoui
Le libéralisme est-il une sauvagerie ?
Bayard. Coll. Le temps d'une question - 18 octobre 2007


« Quand on ne sait plus s'opposer et se déchirer pensée contre pensée et non personne contre personne, s'ouvre au mieux le règne des dialogues de sourds, ou le règne des ni-ni, et au pis le règne des haines recuites et silencieuses où il n'y a plus de politique, seulement, à l'horizon, des guerres innommables. »



Le libéralisme est aujourd'hui au centre des débats moraux et politiques. Il y a ceux qui soutiennent qu'il s'agit d'un système, à accepter ou rejeter en bloc ; et ceux qui aimeraient distinguer entre un bon libéralisme politique et un mauvais libéralisme économique, ou un libéralisme sauvage et un libéralisme modéré, ou encore un libéralisme humaniste et un néo-libéralisme abominable. Certains voudraient ainsi la liberté d'entreprendre mais pas celle de vivre moralement comme on l'entend, et d'autres la liberté de penser, de créer, de se marier, mais pas celle d'exploiter son prochain. Comment sortir d'une telle confusion ?

04 décembre, 2007

Attention aux singes !


Aujourd'hui, dans le journal Le Monde, on apprend que les jeunes singes ont une mémoire très développée des chiffres. Dans ce même journal, on peut aussi lire, suite aux tests PISA, que les petits français ne sont pas excellents en mathématiques. En revanche, les petits finlandais sont très bons en sciences. Mais qui a effectué les tests ? !

"Une mémoire de chimpanzé... L'expression n'est pas consacrée mais elle pourrait le devenir. D'après les résultats d'une étude publiée mardi 4 décembre dans la revue Current Biology, les jeunes chimpanzés sont doués d'une mémoire photographique nettement supérieure à celle des êtres humains.

L'expérience, imaginée et conduite plusieurs années durant par des scientifiques de l'Institut de recherches sur les primates de l'université de Kyoto, a opposé un groupe de six chimpanzés (trois femelles et leurs petits) et douze étudiants. Elle consiste à montrer, pendant quelques dixièmes de seconde, une série de chiffres de un à neuf disposés aléatoirement sur un écran tactile. Les numéros sont ensuite remplacés par des carrés blancs. Reste aux candidats, chimpanzés et humains, la tâche de les restituer un à un dans l'ordre croissant. Un peu à la manière du jeu de société Memory.
A ce petit jeu, les singes, qui avaient tous préalablement appris à "compter", se sont montrés beaucoup plus habiles que leurs adversaires. Leurs performances, aussi bien en termes d'exactitude que de vitesse, ont largement dépassé celles des étudiants. Même lorsque l'expérience était interrompue par des bruits stridents. Lors des tests les plus difficiles, au cours desquels les chiffres n'apparaissaient que 0,21 seconde, un chimpanzé de 5 ans a répondu juste dans 80 % des cas. Soit deux fois plus souvent que les étudiants.


LES HUMAINS VICTIMES DE L'EVOLUTION
D'après le professeur Tetsuro Matsuzawa, même après un entraînement de six mois, les étudiants ne parviennent pas à supplanter les jeunes primates. "Beaucoup de gens croient naïvement que les humains sont les créatures les plus intelligentes sur cette planète, conclut le chercheur. Je pense que cette recherche montre très clairement qu'ils se trompent."
Selon lui, les résultats suggèrent que les êtres humains étaient probablement dotés à l'origine des mêmes capacités de mémorisation que les chimpanzés. Seulement, ils auraient perdu cette qualité au fil de l'évolution, renonçant "à leurs anciennes compétences pour en acquérir de nouvelles, comme le langage".Le phénomène est observable à une moindre échelle chez les chimpanzés : les chercheurs ont observé que leur mémoire s'altère avec l'âge. Les mères des jeunes singes ont beaucoup moins bien réussi que leurs petits."

Promenades musicales !





A écouter un fameux classique: le duo John Coltrane et Miles Davis (1955-1961). J'en profite pour raconter une anecdote rapportée par Franck Noël, professeur d'aïkido:




"Un soir, John, au moment de son chorus, se lance dans une improvisation aussi alambiquée qu'interminable, faisant hurler, chanter, gémir, grincer tant et plus son saxophone...sous le regard de plus en plus lourd de Miles, inquiet de se voir ravir la vedette mais aussi d'entendre la volubilité sans limite de son compère mettre à mal son goût pour l'ellipse et l'allusion. La prestation se termine néanmoins en sauvant les apparences:


Plus tard, John, s'adressant à Miles lui dit quelque chose comme: " tu sais, tout à l'heure je me suis embarqué dans un drôle de truc, je ne savais vraiment pas comment m'en sortir !".


Et Miles de lui répondre: "est-ce que tu as pensé à arrêter de souffler ?"

01 décembre, 2007

Revue des études Benthamiennes

Le numéro 3 de la revue des études benthamiennes vient de paraître avec une présentation de Malik Bozzo-Rey.

http://bentham.free.fr/