30 novembre, 2007

C'est comme ça !


Triste disparition du guitariste fred Chichin des Rita Mitsouko. Ce soir, à partir de 19h, un hommage est rendu à cet artiste talentueux sur RTL2.

26 novembre, 2007

Lettre à un jeune professeur de philosophie !

David Meulemans, sur son Blog -catdm, s'explique sur les raisons de sa démission de son poste de professeur de philosophie. Voici ma réponse:

"Je suis étonnée de votre réaction: vous démissionnez de l'éducation nationale parce que vous ne pouvez terminer votre thèse. Mais permettez-moi - sans que cela constitue un reproche - de constater votre situation de "privilégié": vous avez disposé d'un poste de moniteur à l'université d'Aix-en-Provence durant trois années consécutives; cela aurait pu vous permettre d'achever votre travail.
Pourquoi l'éducation nationale devrait-elle "aider" certains professeurs alors que d'autres vivent dans des conditions difficiles ?


Je pars de ma propre expérience (et celle de beaucoup d'amis): j'ai commencé un travail de recherche alors que j'étais enseignante. Je ne vois pas en quoi cela aurait pu m'empêcher de poursuivre avec passion un travail d'une telle ampleur (4 à 5 ans).Il est bon de pouvoir se consacrer aux autres (mes élèves) et de se "faire plaisir" (rédaction d'une thèse).

En quoi votre autonomie est-elle remise en cause ? Que voulez-vous expérimenter ?
Bien cordialement,


Laurence Harang



"Le mercredi 7 novembre 2007, j'ai démissionné de mon poste de professeur au Lycée F*** de C***. J'y enseignais la philosophie en terminale depuis les premiers jours de septembre. Pourquoi un jeune professeur peut-il se détourner d'un métier aussi désirable? Ce poste ne lui assure-t-il pas un revenu régulier en échange d'une activité intellectuelle excitante? Ce poste ne lui apporte-t-il pas reconnaissance et autonomie? Enfin, ce poste n'a-t-il pas été obtenu après une longue préparation? Pourquoi alors renoncer? Il m'est apparu que les raisons de ma décision pourraient instruire d'autres que moi – et pourraient être mon dernier enseignement.
On peut envisager trois grandes raisons pour démissionner si tôt de l'enseignement. Soit l'enseignant ne supporte pas le lieu où s'exerce son métier. Soit il découvre que l'enseignement de la discipline qu'il a aimé comme étudiant ne lui plaît pas comme matière à enseigner. Soit il fait la découverte des conditions concrètes d'exercice du métier – conditions qu'il rejette, quels que soient le lieu ou la discipline. Examinons si ces raisons bien connues ont joué sur ma décision personnelle.
Cette démission serait-elle l'effet d'un poste difficile? Le Lycée F*** est certes un lycée de la lointaine banlieue parisienne; que beaucoup pensent être un terreau de difficultés. Mais son isolement géographique en fait un havre endormi dans la douceur rurale. Y enseigner peut être un vrai plaisir. Les élèves sont travailleurs, plutôt bons, gentils et calmes. Les professeurs sont suffisamment aguerris pour faire face à tous les moments de la vie scolaire, et ils sont suffisamment jeunes pour conserver l'enthousiasme nécessaire pour proposer chaque année de nouveaux projets. En conséquence, j'étais content de ce premier poste.
Cette démission serait-elle alors l'effet de l'écart entre la philosophie qu'on apprend à l'université et la philosophie qu'on pratique au lycée? J'avais été averti de cet écart et j'ai préféré la philosophie de terminale à la philosophie universitaire. On n'y expose pas l'histoire de doctrines, mais on cherche à faire raisonner sur des problèmes. On a le privilège de partager un savoir dont l'utilité économique est nulle: cela permet d'amener le professeur comme l'élève à se libérer de l'immédiateté du monde, de sa fébrilité incessante et de ses contraintes aliénantes. On a le loisir de faire douter de l'évidence et d'éveiller l'esprit critique. C'est une fonction aimable.
Cette démission serait-elle donc l'effet de l'enseignement en général? N'aurais-je pas supporté le choc que ressentent les jeunes profs après quelques semaines, en se demandant s'ils vont faire cela toute leur vie, si cette routine, ce ressassement et cette répétition sont leur seul horizon? Pour ma part, j'ai trouvé dans cette routine un vrai soulagement, car j'étais las de la vanité de la vie étudiante. En outre, il me semblait que chaque jour était une nouvelle expérience, chaque cours un jeu partagé avec les élèves. Je menais avec intérêt mes élèves vers le baccalauréat. Je jouissais d'une autonomie complète au sein de mon cours. J'avais donc un métier qui me stimulait chaque jour, un métier avec un enjeu réel et une grande autonomie. Peu de gens sont si favorisés.
Si tout était si bien, le cadre, la matière, le métier, pourquoi démissionner alors? [...]"

25 novembre, 2007

être l'auteur de son action ?


L'auteur d'une action est celui qui en porte la responsabilité: une action m'est imputée lorsque j'en suis l'auteur, lorsque je peux en répondre: "Nul n'est responsable pénalement que de son propre fait"; telle est la formule du principe de responsabilité en droit pénal.


Il existe donc une relation causale nécessaire entre mes motifs (causes) et mon action. Mais en tant que personne responsable, je fais usage de mon libre-arbitre. En effet, il existe bien une relation entre mon action et les conséquences qui en découlent. Mais suis-je cette même personne qui a décidé-décide en connaissance de cause au moment où elle passe à l'action ? Toutefois, serait-il possible de faire quelque chose sans en être l'auteur ? Il semble donc que l'idée d'une imputabilité repose sur l'idée de personne stable; mais cela présuppose de ce fait un lien de causalité entre l'action et ses conséquences .


Problème: Est-il possible de sortir de ce schéma de l'action ?

Qu'est-ce qui est du "propre fait" de l'homme ?

Affaire à suivre...

24 novembre, 2007

Martin Hirsch et le Grenelle de l'insertion !

Enfin, une heureuse initiative, défendue par Martin HIRSCH, haut-commissaire, Le Grenelle de l'insertion: il serait temps de songer aux personnes privées d'emploi et il serait temps de repenser le lien entre entreprises, insertion, travail ! En outre, la question de la réinsertion des détenus fera l'objet de forums.
Voici un article du journal Le Monde, le 23/11/07:
"Le haut commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch a lancé, vendredi 23 novembre à Grenoble, le Grenelle de l'insertion, qui se déroulera sur six mois. Ce premier rendez-vous, qui doit durer jusqu'à samedi, jette les bases de la discussion sur une refonte des politiques d'insertion.
Trois groupes de travail vont être mis en place. L'un se concentrera sur les objectifs et la gouvernance de l'insertion – afin "de définir quels sont les responsables, comment cela s'articule avec les autres politiques", précise M. Hirsch. Le deuxième s'intéressera aux trajectoires d'insertion (contrats aidés notamment), et un troisième au rôle des employeurs, que ce soit ceux du domaine de l'insertion par l'activité économique ou ceux des entreprises classiques, pour l'insertion des personnes éloignées de l'emploi.

PAS DE "PALABRES POUR DES PALABRES"

Par ailleurs, une dizaine de forums décentralisés se tiendront sur des problématiques précises, ou sur un "public" particulier. Par exemple, un forum se déroulera dans un établissement pénitentiaire sur les questions d'insertion dans les prisons, en lien avec le ministère de la justice, un autre avec Nicolas Hulot sur le lien entre le Grenelle de l'insertion et le Grenelle de l'environnement. Forums et groupes de travail rassembleront tous les acteurs liés aux questions d'insertion.
Toutes les idées sont les bienvenues, selon M. Hirsch, qui indique que l'appel à projets lancé par le Haut Commissariat pour d'éventuelles expérimentations sociales a abouti à ce jour à l'envoi de 850 propositions.
Le Grenelle de l'insertion, ce ne sera pas "des palabres pour des palabres", "il y a l'engagement du président de la République, du gouvernement, mais rien n'est ficelé, on s'organise pour que tous les acteurs soient représentés, à eux de dire ce qu'ils veulent négocier", a affirmé le haut commissaire."

21 novembre, 2007

Le miroir et le labyrinthe !




Un article écrit en commun avec un camarade, Pascal Richard, vient d'être publié aux éditions Bruylant, lors d'un colloque à Toulon, Interpréter et Traduire.




Le propos de notre article consistait à partir de la thèse de l'indétermination de la traduction du philosophe Quine: la référence devenait dès lors problématique. Pascal, à partir de là, rendait compte de la complexité du droit comparé, par l'image du miroir et du labyrinthe:



" ...S'agissant du labyrinthe, cette figure me semble témoigner du travail du comparatiste comme du traducteur. En effet, la présence de cette pensée inhérente, découlant d'un paradigme perceptif, engendre des effets complexes."




Puis vient le piège du miroir:


" ...Il s'agit avec le droit comparé, de réhabiliter l'indéterminé selon une jolie formule du professeur Atias. De refuser de taire la différence dès lors qu'elle ne s'inscrit pas naturellement dans notre perception de la chose juridique. Il s'agit de ne pas taire l'indicible au regard de notre culture juridique."




Interpréter et traduire, actes du colloque international des 25 et 26 novembre 2005 à Toulon, BRUYLANT 2007.

20 novembre, 2007

GENEPI: une association à connaître !



Genepi est une association indépendante dont le but est de permettre la réinsertion des détenus en prison.
Actuellement, nous préparons avec un membre de cette association, une intervention pour nos élèves.



Puisque la prison reste une zone d’ombre
pour la société,
nous nous efforçons de la rendre visible.

"La Charte du GENEPI fixe les valeurs de l'association, que chaque génépiste s'engage à respecter.
La vocation du GENEPI est de participer au décloisonnement de la prison en établissant un lien entre les détenus et le monde extérieur.
Le GENEPI est sans affiliation politique ni religieuse. Il est indépendant de toute institution quant a sa réflexion et ses prises de position.
Le GENEPI, association citoyenne, attachée au respect des Droits de l'Homme, a le devoir de rendre compte de leurs violations éventuelles.
Le GENEPI est constitué d'étudiants y exerçant leur citoyenneté. La Justice étant rendue notamment en leur nom, le GENEPI se réserve le droit de faire part de ses réflexions auprès des citoyens et de leurs représentants.
Le GENEPI considère que toute peine doit nécessairement permettre le réinsertion dans la société.
Le GENEPI contribue a l'exercice du droit au savoir des détenus.
Dans toutes ses activités, le GENEPI est indifférent au passé pénal des détenus.
La qualité des interventions du GENEPI nécessite la plus grande concertation avec les différents partenaires concernés.
Dans le cadre de l'information et de la sensibilisation du public, le GENEPI rappelle que son devoir de témoignage s'accompagne du souci de la plus grande honnêteté.
La diversité de provenance des étudiants qui composent le GENEPI est un atout majeur de la qualité de son action.
L'action du GENEPI nécessite la formation des membres de l'association.
L'action au sein du GENEPI est indissociable d'une réflexion sur le système pénal et judiciaire.
La réflexion sur l'action et la politique du GENEPI doit être permanente et menée par ses membres. "

17 novembre, 2007

Un autre financement est possible !


On le sait: l'université française est pauvre. Les étudiants continuent la grève, mais est-elle utile à l'amélioration des conditions de travail, de la formation ? A mon sens, la question essentielle est celle du financement des universités françaises.

Voici un propos de Eric Maurin, auteur de l'égalité des possibles, Le Ghetto français:


"Comment financer l’enseignement supérieur ? Les débats actuels sur la réforme de l’université soulignent la difficulté croissante de cette question. La formule du prêt à remboursement différé, expérimentée avec succès dans plusieurs pays (notamment l’Australie et la Nouvelle-Zélande), offre une piste intéressante et encore inexplorée en France.
Les débats sur la réforme de l’université buttent presque toujours, au final, sur la même difficulté : son financement [1]. Résumons la situation. Un certain consensus se dégage sur le fait qu’il convient d’augmenter le nombre de diplômés du supérieur pour prendre pied dans la nouvelle division internationale du travail, alimenter en cadres et ingénieurs l’économie de la connaissance, et favoriser l’innovation. Et, de fait, une forte demande de formation supérieure se manifeste dans la plupart des pays développés. Mais les fonds publics peinent de plus en plus à satisfaire une telle demande (la misère actuelle des universités françaises en témoigne, notamment dans les premiers cycles des filières les moins sélectives). Problème d’autant plus aigu que l’éducation reste considérée, à bon droit, comme un bien fondamental et qu’elle doit, pour cette raison, demeurer accessible à tous et, si possible, gratuite.Voilà en quelques mots la douloureuse équation qu’il s’agit de résoudre. Comment le faire sans renoncer ni à l’intérêt économique général (avoir plus de salariés plus qualifiés), ni à la justice sociale (l’enseignement supérieur doit demeurer accessible et, si possible, sans discrimination de fortune) ? L’idée qui consisterait à augmenter simplement les droits d’inscription et les frais de scolarité des étudiants (qui contribuent aujourd’hui pour environ 3% seulement au financement de l’enseignement supérieur) ne satisferait probablement pas la première exigence et blesserait assurément la seconde. L’idée qui consiste à encourager les établissements du supérieur à rechercher les fonds des entreprises et autres acteurs économiques privés n’est pas inintéressante, mais on peut craindre qu’elle demeure très insuffisante, l’intérêt de ces acteurs pouvant s’avérer très sélectif et leurs disponibilités financières pas nécessairement à la hauteur des besoins.Mais pourquoi innover, objecteront certains ? Ne suffirait-il pas de passer par la voie plus classique de l’impôt ? En réalité, cette stratégie se heurterait (et se heurte déjà, comme on le verra) à un critère de justice. Les personnes diplômées du supérieur ne représentent en effet aujourd’hui qu’une minorité (39%) de ceux dont les rémunérations sont au-dessus de la médiane des salaires. Si un diplôme du supérieur assure presque à coup sûr un salaire important, il demeure et demeurera toujours bien d’autres façons d’obtenir un niveau important de ressources et de contribuer à l’impôt. Dans ces conditions, financer une augmentation des moyens dévolus à l’université par l’impôt revient à faire payer, pour l’essentiel, des personnes qui n’ont pas voulu ou pas pu aller à l’université et obtenir un diplôme du supérieur.
Une autre manière de réfléchir pourrait être proposée, qui demeure encore inexplorée en France. Il s’agirait de faire contribuer, non pas les étudiants à l’orée de leur scolarité universitaire, mais les anciens étudiants, une fois qu’ils sont devenus diplômés du supérieur et qu’ils se trouvent dans une période de leur vie professionnelle où le remboursement progressif de leurs études ne leur pose plus de problèmes financiers. Dans la mesure où ils ont réussi leur intégration professionnelle grâce à leur diplôme, l’idée est qu’il est à la fois légitime et réaliste de leur demander une contribution pour assurer la pérennité des institutions qui les ont formés ainsi que le sort de ceux qui leur ont succédé.Cette idée n’est pas à proprement parler nouvelle [2]. Et elle n’est pas non plus d’inspiration conservatrice. Elle trouva notamment le soutien d’économistes keynésiens comme le père de la fameuse « Taxe Tobin », James Tobin, qui fut à l’origine d’une des toutes premières expériences, au début des années 1970, à Yale. L’anecdote veut d’ailleurs qu’un certain Bill Clinton ait été l’un des premiers bénéficiaires de ce programme expérimental…Pour préciser le mécanisme proposé ici, prenons un exemple. Imaginons un étudiant en biologie qui achève avec succès sa formation universitaire après plusieurs années d’études. Quelques mois après être sorti de l’université, il trouve un emploi à durée déterminée dans un laboratoire d’analyses médicales. Au terme de quelques mois encore, il signe avec son employeur un contrat de travail à durée indéterminée pour une rémunération mensuelle équivalent à deux fois le salaire minimum. Sa situation professionnelle est ainsi stabilisée. À partir de ce moment, un certain pourcentage de son salaire (qui peut être progressif en fonction de la rémunération) lui sera prélevé pendant quelques années pour contribuer au financement de l’université qui lui a permis de se former et de trouver un emploi. S’il perd son emploi, ce dispositif s’interrompt jusqu’à ce qu’il ait retrouvé une situation professionnelle stable."

16 novembre, 2007

Loi, fiction et logique


Une conférence de Malik Bozzo-Rey doit avoir lieu, dans le cadre des séminaires sur l'utilitarisme, le samedi 24 novembre (11h-12h30) à Paris.


14 novembre, 2007

Pour une sociologie de la philosophie


Dans son dernier livre -La vocation et le métier de philosophe -, Louis Pinto s'interroge sur la possibilité d'une sociologie de la connaissance de la philosophie. L'ouvrage entend précisément répondre à la question de savoir ce que signifie le fait d'être philosophe en France:




" Commençons par le début. Être philosophe en France, c'est participer d'une même culture au sein d'un horizon de valeurs éthiques et civiques, de classements intellectuels, de concepts, de mots, de labels théoriques, de problèmes à poser, d'auteurs majeurs (p 14)."




Il existe donc bien un académisme de la philosophie qui tient à la nature spécifique de son institution. Ce sont en effet les classes préparatoires de khâgne qui sont l'apanage des futurs érudits de la philosophie. De là, l'idée d'un maître à penser, l'illustration du prestige de la philosophie.




Il apparaît aussi une constante dans l'histoire de la philosophie: cette discipline permet à chacun de "penser par soi-même" et d'exercer ainsi sa liberté.Le modèle de la dissertation apparaît donc comme le critère de l'excellence.La dissertation permet-elle de mettre en pratique toutes les ressources d'une argumentation logique ? La question se pose en effet. Pour un professeur de philosophie, elle est le moment crucial de la libération:




"Une dissertation est donc moins une opération cognitive que le récit d'une libération spirituelle à l'égard des illusions premières (P 83)."




L'art de la dissertation consiste à éviter l'utilisation abusive des questions de cours. Et dès lors, il devient problématique de faire de la philosophie une discipline scolaire comme les autres. Il semblerait même d'après l'auteur que le philosophe cultive cette singularité. De là des comportements similaires sont observés: horreur de l'ordinaire, méfiance à l'égard des sources d'information, confiance en la raison , culte du beau discours, attitude non conformiste...




Bref, le professeur de philosophie de lycée ne ressemble en rien à un scientifique rigoureux et méthodique.




Il est intéressant de remarquer que le choix de ce métier pour un homme ou une femme ne participe pas des mêmes considérations. Ainsi 34,6% des hommes-philosophes sont issus des classes populaires pour 12,7% des femmes-philosophes (et plus de 43% des classes supérieures).L'auteur en conclut que le statut de philosophe est conçu pour les hommes comme un moyen de promotion. En revanche, pour les femmes, c'est un travail sur soi, notamment en raison de la frivolité qui est attachée à la gent féminine !




La philosophie, pour ma part, reste le lieu du conflit et des incompréhensions mutuelles. Mais peut-elle vivre autrement, cette vieille dame ?




Louis Pinto; La vocation et le métier de philosophe, Seuil octobre 2007

11 novembre, 2007

Témoignage et confiance


Dans un article de la revue Philosophie (2005), Gloria Origgi pose le problème de la constitution de notre connaissance par le témoignage. Je vais citer ses arguments principaux :

1- L'autorité d'autrui est une source de connaissance qui pose problème:
" On peut ajouter que le rôle de l'expertise scientifique dans les décisions publiques fait de la question de la légitimité de la confiance et de la déférence épistémique un problème central du fonctionnement des sociétés démocratiques."

2 - La confiance que nous conférons aux propos d'autrui résulte de l'évaluation de ses compétences. A mon sens, cela pose un problème. Comment peut-on reconnaître à autrui des compétences si on ne lui fait pas confiance ?

3 - L'évaluation de la fiabilité des autres résulte d'une pratique culturelle. Mais dans ce cas, la constitution de notre savoir par témoignage est toujours relative à un contexte.

4 -La déférence à autrui est une source première d'information. L'auteur cite Thomas Reid (je connais très mal): nous accordons aux autres "un principe de crédulité" qui fonde l'autorité du témoignage d'autrui (An inquiry into the human mind on the principles of common sense).

5 - Nous accordons la même confiance à autrui à proportion de nos capacités, de notre mémoire, de notre perception. Je trouve cela très intéressant. Si nous montrons que nos propres processus cogniifs ne sont pas fiables, alors nous nous montrerons sceptiques à l'égard d'autrui.

6- La psychologie du développement chez l'enfant montre que ce dernier donne sens aux comportements des adultes par une reconnaissance des intentions. Ainsi, l'enfant apprend à recevoir des informations.

Conclusion; La capacité à faire confiance à autrui repose-telle sur une pratique sociale ou s'enracine-t-elle très tôt dans notre désir de comprendre le monde ? Quelle est la valeur du principe de crédulité ?
- Sur les critères du témoignage; J. Locke, Essai philosophique concernant l'
entendement humain; Livre IV, Chap XX ( de l'erreur)
- Sur les mécanismes de la croyance et la faiblesse du témoignage; Hume, Traité de la Nature Humaine, Livre I


Voir liste Philodélibération

Les animaux et le sens moral !


Question du jour: les animaux ont-ils un sens moral ?

De là une nouvelle question: qu'est-ce qu'un comportement altruiste ?

09 novembre, 2007

Pitié et bienveillance


Il serait intéressant de montrer pourquoi la raison est incapable de motiver le sujet à agir moralement dans la perspective de Rousseau et de Hume.


Texte 1: Discours...Rousseau


" Il est donc certain que la pitié est un sentiment naturel, qui, modérant dans chaque individu l'activité de l'amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce. C'est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir: c'est elle qui, dans l'état de nature, tient lieu de lois, de moeurs, et de vertu, avec cet avantage que nul n'est tenté de désobéir à sa douce voix."


Texte 2: Enquête sur les principes de la morale; Appendice I, Hume


" L'approbation ou le blâme qui s'ensuit alors ne peut plus être l'oeuvre du jugement, mais celle du coeur; et ce n'est pas une proposition ou une affirmation théorique, mais une impression ou un sentiment agissants...La raison, qui est froide et indépendante ne constitue pas un motif pour l'action et dirige seulement l'impulsion reçue de l'appétit ou de l'inclination, en nous montrant les moyens d'atteindre le bonheur ou d'éviter le malheur."


Il est vrai que la pitié chez Rousseau ou le sentiment moral chez Hume ne résulte d'aucune réflexion. La raison, faculté logique, apparaît bien impuissante à déterminer le sujet à agir. On ne peut donc attendre d'elle une réaction morale.


La Pitié tempère l'amour de soi instinctivement sans qu'aucune comparaison ne puisse s'opérer. Je ressens de la pitié pour autrui parce que je ressens en moi "une répugnance innée à le voir souffrir". En quelque sorte, nous ressentons la souffrance d'autrui en lui en nous identifiant. Mais ce sentiment moral suffit-il à constituer une société d'hommes solidaires et justes ?


La bienveillance chez Hume est en effet à l'origine de notre sentiment de blâme ou d'approbation; en ce sens il est possible de concevoir une humanité unie. Mais ce sentiment moral, pour devenir une vertu politique, doit s'élargir; car une générosité limitée ( réservée à nos amis, à notre famille) ne peut suffire à expliquer pourquoi les hommes respectent leurs devoirs au-delà de leurs intérêts immédiats. Il faut qu'il existe une capacité à se détacher de soi-même, et à adopter par là même, un point de vue impartial sur les choses. Il n'y a donc pas une identification totale comme chez Rousseau, ni d'éthique de la compassion, simplement un sentiment d'humanité commun.

08 novembre, 2007

Questions de formes



Voici le beau programme de Citéphilo 2007:

QUESTIONS DE FORMES

http://www.citephilo.org/




"En choisissant de réfléchir sur le sort que notre présent réserve aux différentes formes (d’objets ou de relations) qu’il modifie ou qu’il produit, qu’il consacre ou qu’il critique, Citéphilo veut rompre avec l’idée que les formes et les questions qu’elles suscitent seraient accessoires, superficielles ou… formelles.
C’est qu’en effet, toute matière, toute vie organique, toute création advient et se déploie dans des formes.
Mais c’est aussi en elles et par elles que s’organise et se maîtrise toute vie sociale.
Ainsi, c’est dans et par les formes du droit, de l’éthique ou de la civilité qu’une société non seulement bride et régule sa violence mais aussi structure et ordonne sa reproduction et son développement.
Adaptables ou rigides, plastiques ou sclérosées, résistantes au désordre ou fragiles, les formes vivent.
C’est à parcourir certains de leurs lieux ainsi qu’à rendre compte de leur dynamique que Citéphilo vous convie."

07 novembre, 2007

l'homme est-il un animal linguistique ?


Elles sont impressionnantes les chauves-souris d'Azara: la nuit venue, ces dames partent à la recherche d'un animal afin de s'abreuver de leur sang, pour la survie de leurs congénères. En effet, une femelle rassasiée est en mesure de donner une partie du sang collecté pour permettre à l'heureuse bénéficiaire du don, de disposer de 18h de vie en cas de pénurie !


Je fais référence ici au dernier numéro de Sciences et Avenir.

Mais pour autant, faut-il parler de conduite strictement altruiste ou coopérative ? On pourrait bien évidemment insister sur l'avantage et le bénéfice que les conduites "altruistes" génèrent au cours de l'évolution. Mais cela pose un autre problème très complexe: le sens moral est-il un acquis de l'évolution biologique ? L'enjeu philosophique et moral est d'une grande importance: si notre incapacité à faire souffrir autrui relève d'une conduite avantageuse (au cours de l'évolution), alors la morale perd du même coup ses fondements métaphysiques.

Dès lors, le projet d'une naturalisation de la morale apparaît: c'est donc dans la nature que des comportements "pré-moraux" pourraient être analysés. Mais il est évident que notre compréhension du "bien" et du "mal" relève de notre capacité à maîtriser le langage. C'est en ce sens que l'homme est un animal linguistique.


Dans un prochain billet, nous montrerons comment les philosophes Hume et Rousseau, au XVIIIe siècle, abordent la question de l'altruisme et de l'égoïsme.
Science et Vie, juin 2007
Hors-série Sciences et Avenir, octobre-novembre 2007
Rousseau: Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes
Hume: Traité de la nature humaine, Livre III

05 novembre, 2007

L'homme est-il un animal social ?


Excellent hors-série de Sciences et Avenir de novembre 2007: l'incroyable socialité des animaux. La question est de savoir s'il est approprié de parler de "sociétés animales" ? Que vaut cette analogie ? Ne risque-t-on pas de perdre du même coup la spécificité de la "culture animale" ? L'éthologue Dominique Lestel propose précisément de définir le phénomène culturel comme "pluralité"; les animaux comme les hommes possèdent une culture spécifique. Dès lors, il convient de se demander si les animaux ont une histoire différente de celle qu'ils partagent avec les humains.

Mais sans doute, faut-il s'entendre sur les valeurs morales et sociales pour constituer une communauté humaine. Il existe donc plusieurs niveaux de compréhension de l'altruisme, du sacrifice, de la coopération.

Hors-série Sciences et Avenir, octobre/novembre 2007

Joëlle Proust, Les animaux pensent-ils, Bayard 2003 ( lecture très stimulante)

Donald Davidson, "Animaux rationnels" dans Paradoxes de l'irrationalité, Eclat 1991, Trad P.Engel (sur le concept de croyance)

Dominique Lestel, les origines animales de la culture, Flammarion 2003.

04 novembre, 2007

Barcelone, suite

Bien-sûr, il y a le grand marché de Boquera: les gambas côtoient les morues; les fruits et légumes s'offrent à l'oeil du touriste; le vin blanc est bu rapidement...



Bien-sûr, il y a la Plaça Reial qui me fait penser à la Place des Vosges à Paris (!) avec ses arcades. C'est un havre de paix et près de la fontaine, beaucoup de gens contemplent les trois grâces.



Bien-sûr, la cathédrale Sainte Eulalie est imposante et le cloître à l'intérieur est majestueux ! Sainte Eulalie repose désormais dans cette église.

Bien-sûr, la cité médiévale obéit à un ordre géométrique et chaque Carrer décrit une histoire.

Et puis, le soir, les Bodegas (bars à vins) permettent les longues discussions...Du vin - Torrès, Rioja et d'autres. Et enfin les restos gorgés de monde et des guitaristes qui jouent de la musique; manière bien agréable de terminer la nuit -Besame Mucho.

02 novembre, 2007

Hommage à la Catalogne: Barcelone !










La grande avenue de Las Ramblas est caractérisée par ses platanes et ses personnages immobiles. A la fin de cette longue avenue, il y a la Plaça Portal de la Pau, où la statue de Christophe Colomb montre encore du doigt l'Amérique. Le grand navigateur fut au service de l'Espagne.




La facade maritime a connu d'importantes transformations et l'on peut admirer les grandes plages de San Sebastia et de Barceloneta.



Sur la colline de Montjuïc, la fondation Joan Miro et ses éternels oiseaux ! Le peintre est "le rossignol de la peinture moderne" ! Catalan ou espagnol ?

http://www.bcn.fjmiro.cat/

La colline offre un superbe point de vue sur la ville de Barcelone.



Mais Barcelone, C'est l'oeuvre de Gaudi, la fierté de la Catalogne ! Il est né près de Barcelone en 1852 et mort en 1926. La Sagrada Familia est vraiment impressionnante et il faudrait parler de l'originalité de l'élaboration des divers personnages.


Les travaux de restauration continuent...Avec raison, on parle du rêve de Gaudi: immense ! Mais cela ne s'arrête pas là: Le Parc GüELL est splendide par ses couleurs, ses mosaïques et ses colonnes. Des styles différents sont en parfaite harmonie. A-t-on raison de faire de Gaudi un précurseur du Pop Art ? Peu importe, c'est l'audace de cet artiste qui me fascine: hommage à la Catalogne !




Retournons au Centre ville et admirons le Palau de la musica Catalana: les mosaïques constituent la façade du palais de la musique. A l'intérieur, le buste de Beethoven, des colonnes, la chevauchée des Walkyries et des jeunes filles. Un seul petit problème: la visite se fait en langue Catalane ce 1er novembre (plus de place en espagnol, français, anglais)...Dur, dur !
A la Ciutadella,apparaît un arc de triomphe (à partir de l'exposition universelle de 1888) et le grand parc de Barcelone. Mais attention, la dame de pluie, encore en restauration, est au-dessus d'une fontaine ! Pas mal. Elle a été réalisée par Joan Roig I Solé, un sculpteur mort en 1918 (j'ai fait cette découverte).

Mais il faudra évoquer dans un autre billet, les fameuses rues, les grandes places, les bars à vin...