22 avril, 2007

semaine de vacances




Une semaine de vacances en Auvergne, à l'air pur !

La nature est-elle une norme ?

Dans le Traité de la Nature humaine, Hume affirme que le terme "nature" est ambigu et équivoque.En effet, le mot "nature" peut s'opposer au "miracle", mais aussi à ce qui est "inhabituel" et enfin à ce qui est "artificiel".
Devons- nous faire de la nature une norme de comportement ?
Jeremy Bentham, avec beaucoup de subtilité, se demande si l'homosexualité est contre-nature et constitue alors soit un péché (pour la religion), soit un délit (pour le droit). Il est entendu, d'un point de vue politique, que la société doit promouvoir le bonheur du plus grand nombre. En conséquence, il serait contraire aux principes du philosophe utilitariste, de priver les hommes, d'une somme de satisfaction. Et ce d'autant plus - c'est le deuxième argument - que les homosexuels ne causent aucun préjudice à la société. Certes, on pourrait - et c'est le troisième argument - montrer que les femmes sont privées de partenaires potentiels. Mais en aucun cas, on ne peut affirmer, que la population manque de descendants à cause de cette "pratique". Force est de constater - affirme Bentham- que les romains et les grecs se sont livrésà ce type de rapports sans pour autant délaisser leurs épouses .
Enfin, si on prétend que l'homosexualité est contre-nature ou constitue une perversion de la nature, doit-on alors qualifier de "bonnes" conduites, les comportements naturels ? Evidemment non, car cela reviendrait à dire que le viol, les pulsions agressives sont acceptables parce qu'ils sont "naturels". Cet argument est sans appel et confirme bien le caractère équivoque du mot "nature" ainsi que le souligne Hume.
Il faut donc bien reconnaître que nous appelons parfois "naturel" ce qui suscite en nous de la sympathie et "anti-naturel" ce qui cause en nous un sentiment de dégoût.
Il reste à savoir si le seul critère de l'utilité est suffisant pour construire un ordre social et politique.
Jeremy Bentham, Défense de la liberté sexuelle, Mille et une nuits, 2004
Hume, Traité de la Nature humaine, Livre III, I, section 2, GF 1993

Aux arbres citoyens !



"Le ciment dans les plaines
Coule jusqu'aux montagnes
Poison dans les fontaines"...




Et si la politique était une question de couleur !

bleubblanc rouge


rose


orange


noir


rouge


etc...








21 avril, 2007

Rencontre avec Jacques Bouveresse à Paris


Rencontre avec Jacques Bouveresse, professeur au Collège de France, le 28 avril 2007 à 17h à la librairie du Merle Moqueur, auteur de Peut-on ne pas croire ?


Librairie le Merle Moqueur, 51 Rue de Bagnolet

75020 Paris

20 avril, 2007

L'île de Porquerolles

Fabuleux sentier biologique
Elle est aussi généreuse: elle offre ses plages d'or et d'argent à des visiteurs émerveillés

Voici la place du village de Porquerolles. C'est un peu le Mexique. Le soir, il y a beaucoup d'exubérance et de vie.










Elle est belle: nous nous connaissons depuis 20 ans. Nous nous voyons de temps en temps. Il suffit de prendre le bateau depuis la Tour Fondue (après Hyères).






Sur Thalassa, une émission lui a été consacrée, il y a un mois.
Sur le site de "l'île de Porquerolles", il y a d'autres photos !

18 avril, 2007

éloge de Sucre




C’est un personnage assez extraordinaire Sucre. Sucre croyait que j’étais P et moi je croyais qu’il était P. Mais en fait, nous sommes tous les deux imprégnés de P.


Il est souvent très drôle et plein d’esprit. Il se passionne pour ce qu’il fait et sa rigueur philosophique m’impressionne. Il exerce une activité professionnelle prenante dans la journée, et le soir il travaille et réfléchit. Nous apprécions les mêmes auteurs philosophiques. Il perçoit rapidement les difficultés et, comme un médecin , parvient à trouver des solutions .

Il ressemble à Victor Hugo ; il est assez paisible mais surtout attentif aux autres : rare qualité à mes yeux.


Mais il a un défaut : il ne cesse d’embêter le chat siamois GI qui a quand même 16 ans et se montre vif et agile !

Voilà, je vais voir Sucre et Sucrette à Paris fin avril ; c’est toujours très agréable.

17 avril, 2007

Beauté et insignifiance des Mathématiques







Il serait possible d’éprouver un plaisir esthétique à la vue d’un élégant raisonnement mathématique. Cette contemplation en outre ne serait pas étrangère – par l’effort de précision et de rigueur requis- à une certaine forme « d’intégrité intellectuelle. » Tel est le point de vue de Bertrand Russell (1872-1970) dans le livre Histoire de mes idées philosophiques.

Mais le mathématicien ou le philosophe peut-il refléter le monde avec exactitude ? La science peut-elle éliminer le seul point de vue de « l’ici et du maintenant » ? Les Mathématiques sont à la fois belles et insignifiantes pour Russell : elles nous entraînent plus loin que l’humain. Il suffit, pour s’en persuader, de mesurer le décalage entre la contemplation des vérités et le sort réservé aux soldats pendant la guerre : soldats sacrifiés à cause de la bêtise des généraux.

La vérité pourtant - et cette croyance persiste chez Russell-, repose sur la correspondance avec les faits. Et sans doute, devons-nous accepter la relativité de la connaissance sensible. C’est ainsi que certains axiomes de la logique (ou des mathématiques) ont une origine empirique puisqu’ils décrivent les propriétés d’un monde réel. Les objets font donc intervenir la notion de classes ou de propriétés.

Problèmes :



Peut-on concevoir des propositions élémentaires en logique ?
Faut-il opposer connaissance directe et connaissance par description ?
Les faits sont-ils non humains ?
Bertrand Russell, Histoire de mes idées philosophiques, Chapitre
La renonciation à Pythagore

15 avril, 2007

vérité, croyance et foi

"Il est permis de penser que celui qui refuse ouvertement la logique choisit dans les faits la guerre et s'efforce de l'imposer à autrui, au moment même où il essaie, la plupart du temps avec succès, de faire croire que c'est à lui qu'on la fait" écrit Jacques bouveresse dans son dernier livre - Peut-on ne pas croire ?
J. Bouveresse se livre à une critique lucide des avatars du post-modernisme: il est vrai que les défenseurs d'un relativisme généralisé condamnent tout travail honnête et sérieux de la raison. Et le prix à payer est coûteux. Notre époque - pour reprendre une analyse chère à Musil - se montre sceptique à l'égard du rationnel mais profondément crédule de ce qui dépasse la raison.
Il serait faux d'en conclure à "un retour du religieux" alors qu'il s'agit d'un "besoin de croyance" . Il est temps désormais d'identifier les nouvelles idoles.
Jacques Bouveresse, Peut-on ne pas croire ?, Agone, 2007

13 avril, 2007

la vérité : norme et idéal

Dans un petit livre fort instructif - La vérité -, Pascal Engel défend l'idée selon laquelle la vérité est une norme et un idéal.
Il est à mon sens très important de lutter aujourd'hui contre toutes les formes de relativisme ou au contraire de dogmatisme camouflé.
Je cite:
"Valoriser la vérité, ce n'est pas vouloir croire ce qu'il est utile ou intéressant de croire, c'est valoriser une norme qui est capable de transcender ces intérêts, et qu'ils présupposent." ( P78).

Pascal Engel, La vérité, Hatier 1998

12 avril, 2007

colloque perception de l'espace

Colloque à Liège en mai 2007: Perception de l'espace


UNIVERSITE DE LIEGE Département de philosophie
Unité de recherche "Phénoménologies"
PERCEPTION DE L'ESPACE QUESTIONS PSYCHOLOGIQUES ET ONTOLOGIQUES
15-16 mai 2007

De la théorie des signes locaux à la Gestalttheorie, en passant par le conflit entre empiristes et nativistes, par le monisme neutre, l'école de Graz, la phénoménologie et l'empirisme logique, la problématique de la spatialité a suscité de nombreuses controverses fondamentales chez les philosophes et psychologues du dix-neuvième et de la première moitié du vingtième siècle. Ces controverses, qui portent sur des questions comme la localisation dans l'espace, la structure méréologique de l'espace, l'intuitivité de l'espace euclidien ou l'origine des idéalisations géométriques, ont joué un rôle prépondérant dans le développement de la psychologie de la perception en direction d'un nouvel empirisme affranchi du dogme atomiste. Elles ont permis, en outre, l'élaboration de nouveaux schèmes de représentation du psychique, notamment en imposant de nouvelles lignes de partage entre le psychologique et le psychophysique, ou entre la psychologie descriptive et la psychologie expérimentale.Le but du colloque est de clarifier ces polémiques souvent peu étudiées, mais aussi de discerner, dans des conceptions historiquement et conceptuellement très diversifiées, des enjeux et des problèmes communs qui intéressent la philosophie d'aujourd'hui.
Lieu: Salle Lumière, Université de Liège, 7 Place du Vingt-Août, B-4000 Liège (Belgique), Bâtiment central (A1), 2e étage
Accès et plans

Mardi 15 mai 2007
9h15: Accueil des participants
Président: Bruno Leclercq
9h30: Thomas RAPAILLE (Université de Liège): Qu'est-ce qu'une frontière? Brentano et la méréotopologie
11h: Denis FISETTE (Université du Québec à Montréal): La théorie des touts et des parties chez Stumpf et le problème psychologique de l'origine de la perception de l'espace
12h30: Repas
Président: Arnaud Dewalque
14h: Denis SERON (Université de Liège): La réappropriation de la théorie lotzienne des signes locaux chez Wundt
15h30: Jean-Maurice MONNOYER (Université de Provence): Configuration de l'image sonore
17h: Fin de la première journée
Mercredi 16 mai 2007
9h15: Accueil des participants
Président: Daniel Giovannangeli
9h30: Dominique PRADELLE (Université de Paris-IV): Espaces perceptif, intersubjectif, mathématisé
11h: Robert BRISART (Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles, Université du Luxembourg): La constitution de l'espace chez Husserl et le jeune Carnap
12h30: Repas
Président: Denis Seron
14h: Bruno LECLERCQ et Stéphane GALETIC (Université de Liège): James et Husserl: Perception des formes et polarisation des flux de conscience
15h30: Elisabeth RIGAL (CNRS, Université de Provence): L'analyse wittgensteinienne de l'espace visuel et ses enjeux
17h: Clôture du colloque
La durée des interventions est de 60 minutes. Toutes les interventions seront suivies de 30 minutes de discussion.

11 avril, 2007

Où se loge l'esprit ?

Les institutions du sens (1996) ont pour enjeu de définir les conceptions intentionnalistes de l'esprit. Il faut donc s'interroger sur les attributions d'esprit. La question consiste à savoir si l'intentionnalité est une propriété caractéristique des états mentaux. Vincent Descombes nous propose un voyage au pays du mental.


Dans le livre La denrée mentale (1995), Vincent Descombes pose le problème de la localisation de l'esprit. D'après l'auteur, il faut distinguer deux traditions:

a) Descartes, Locke, Hume placent l'esprit "à l'intérieur". Au sein de cette même tradition, on distinguera les cartésiens qui définissent le statut des idées représentatives et ceux qui comme Hume s'attachent à la mécanique de l'esprit ("lois" du mental).

b) Wittgenstein, Peirce: l'esprit est perçu du dehors. Il est donc nécessaire de s'attacher à l'usage public des signes.

Il est donc intéressant de se demander comment nous passons d'une philosophie de la conscience (conception interne et directe de l'esprit) à une philosophie de l'intention (conception directe et externe de l'esprit) et à une théorie des causes mentales (conception indirecte et externe).

Deux grands livres .

Vincent Descombes à Marseille

Vincent Descombes, sera à Marseille le jeudi 3 mai 2007 à 18h45, à l'hôtel du département, dans le cadre des conférences sur l'identité.

Combien chacun de nous a-t-il d'identités ? A ne pas manquer; j'y serai !



"Philosophe, Vincent Descombes est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et membre du Centre de recherches politiques Raymond Aron.
Dans son travail, il interroge le rôle de la philosophie aujourd’hui et la réalité des rapports entre individus et société. Embrassant les questions de la philosophie de l’esprit et de l’action comme celles de la philosophie sociale et pratique, ses réflexions invitent à repenser la liberté et l’autonomie, en morale comme en politique. Vincent Descombes soutient la thèse selon laquelle identifier les pensées d’un individu comme évaluer une idée collective nécessite de les considérer dans les conditions réelles de leur application.

Le complément de sujet. Enquête sur le fait d’agir de soi-même, Gallimard, 2004 L’inconscient malgré lui, Gallimard, 2004 (1977) Pourquoi ne sommes-nous pas nietzchéens ? (avec Alain Boyer et André Comte-Sponville), LGF, 2002 Les institutions du sens, Minuit, 1996 La denrée mentale, Minuit, 1995 Philosophie par gros temps, Minuit, 1989 Proust. Philosophie du roman, Minuit, 1987 Le même et l’autre. Quarante-cinq ans de philosophie française (1933-1978), Minuit, 1986 (1979) Grammaire d’objets en tous genres, Minuit, 1983"

09 avril, 2007

Risque et certitude pratique


" Le réchauffement du système climatique est sans équivoque" ; tel est le triste constat du Hors-Série de Sciences et Avenir d'avril. La question est évidemment de savoir comment nous parvenons à des certitudes ou à des probabilités.

J'avais écrit un article -Au nom du principe de précaution - publié aux presses universitaires d'Aix-en-Provence, en janvier 2006: je défendais la nécessité d'une norme de prudence quant aux dommages irréversibles que subit notre environnement. Et c'est pourquoi, il me semblait important de prendre en considération les probabilités non négligeables.

Dans l'éditorial de la revue Sciences et Avenir, il est admis que nous sommes limités à nos seules certitudes pratiques. Mais le GIEC (Groupe d'expert intergouvernemental sur l'évolution du climat) constitue toutefois notre seul instrument de mesure. Il reste à savoir si cela sera suffisant pour encourager les politiques de précaution.

***



La compréhension des risques

Par définition, un risque avéré est un risque dont on connaît la gravité. En conséquence, il relève d’une certitude « scientifique ». Mais ce savoir découle alors de la seule compétence des experts et des décideurs. Or le savoir scientifique reste un savoir provisoire, puisque les connaissances scientifiques ne cessent d’évoluer ce qui laisse supposer une conception dynamique de l’information. Paradoxalement, le principe de précaution est « une grande machine à produire du savoir, du savoir sur ce qu’on sait comme du savoir sur ce qu’on ne sait pas.[1][10] »


Keynes et Knight[2][11] instaurent une différence entre le risque et l’incertain. L’idée de risque détermine une incertitude probabilisable en termes de fréquence alors que l’incertitude ne définit pas des probabilités objectives. De là, il semble nécessaire de distinguer la démarche de prévention de la démarche de précaution. Les « catastrophes » attendues ou redoutées sont le résultat d’un usage raisonné des probabilités. En revanche, les risques « potentiels » ne sont pas l’objet d’une évaluation scientifique en termes de fortes probabilités :


« La distinction entre risque potentiel et risque avéré fonde la distinction parallèle entre précaution et prévention. La précaution est relative à des risques potentiels et la prévention à des risques avérés. On pense souvent que les risques potentiels sont peu probables et on les assimile inconsciemment à des risques avérés dont la probabilité est d’autant plus faible qu’ils sont bien maîtrisés. Ceci est doublement inexact. D’abord les probabilités ne sont pas de même nature. En outre, et surtout, les risques potentiels en dépit de leur caractère hypothétique, peuvent avoir une probabilité de réalisation élevée.[3][12] »


Le principe de précaution peut apparaître ambigu dans sa formulation. En effet, il est fondé sur l’absence de certitude en matière de savoir. Il est vrai de constater que le rapport causal ne semble pas évident à déceler alors que le caractère nocif d’un phénomène ne fait pas de doute. En revanche, la prévention résulte de la perception de dangers que l’on peut relier à des causes. De fait, elle s’accompagne de mesures qui ont pour effet de réduire voire d’annuler un risque ou un dommage certain. Ainsi, pour diminuer le risque élevé de pollution par les hydrocarbures lors de températures élevées, il est recommandé de se conformer à une certaine vitesse. La prévention reste proche de l’idée de prévoyance : je me prémunis d’un risque lorsque j’en évalue les dangers. Cette démarche est similaire, en un certain sens, de la démarche de précaution puisqu’elle est orientée vers une décision future. Mais elle s’en distingue par la manière d’appréhender les faits. En effet, il est possible de déterminer un risque en termes de fréquences, si on en établit la probabilité d’occurrence.


La pertinence du principe de précaution réside sans doute dans la manière d’interroger l’ignorance de notre savoir . Mais ce questionnement critique a quelque chose de paradoxal : on juge de la gravité d’un phénomène en l’absence de connaissances (de lien de cause à effet). Par exemple, on peut s’autoriser à prendre certaines mesures en matière de santé publique si on ne connaît pas les effets désastreux des antennes-relais de téléphonie portable.


C’est alors la nature de l’incertitude qu’il convient de définir. Nous pouvons admettre en premier lieu la possibilité d’une éventualité qu’un événement puisse survenir ou non même si la probabilité reste faible. En second lieu, nous pouvons envisager les conséquences possibles d’une décision : si les antennes-relais de téléphonie portable s’avéraient dangereuses pour la santé, alors on pourrait supposer les conséquences suivantes ; trouble de l’audition, cancer…Le jugement sur lequel porte la décision comprend déjà les conséquences envisagées, sous la forme d’une logique conditionnelle.


Ainsi, le principe de précaution tire sa force de l’incertitude de la gravité des phénomènes à considérer. C’est pourquoi, il relève de l’attitude de prudence, de la méthode critique : il s’agit moins de s’assurer de connaissances certaines que de contester un ensemble d’évidences. Le principe de précaution peut être entendu comme un principe normatif dont la finalité est de permettre au décideur de réviser ses données initiales.


D’après J.-P Dupuy[4][13], l’idée de « potentiel » est mal choisie puisque le risque potentiel correspond à un événement dangereux « qui peut ou non se produire mais à l’occurrence duquel il n’est pas possible d’affecter une probabilité ». A notre sens, la question est de savoir si le fait de ne pas pouvoir attribuer une probabilité à un événement lui retire toute son effectivité. Autrement dit, il n’est pas certain que l’évaluation scientifique (en termes de probabilités objectives) se réduit à l’évaluation rationnelle laquelle ne fait pas un usage des probabilités objectives. Sans doute, convient-il de s’entendre sur le terme « caractère hypothétique ». Par cette expression, on entend contester une lecture transparente, évidente du réel. C’est en ce sens que le principe de précaution peut être caractérisé comme une sorte de jugement réfléchissant : le décideur ou le juge, comme nous le montrerons ultérieurement, cerne les manifestations de l’incertitude. Par exemple il est nécessaire de mesurer les risques réels de toute innovation technologique en matière de santé. Ainsi, le principe de précaution, par son caractère hypothétique est normatif et constitue le champ de la légalité. Mais il est vrai que l’évaluation des risques dans un contexte d’incertitude apparaît délicate dans la mesure où elle se situe entre « le trop peu » (absence de certitude) et entre le « trop » (connaissance absolue[5][14]). À titre d’illustration, nous pourrions nous interroger sur le risque pour la santé que comportent les antennes-relais de téléphonie portable : le décideur pourrait manquer d’information quant à l’innocuité d’un tel développement au moment présent. Mais à long terme ou sur une échelle plus grande, la probabilité négligeable, c’est-à-dire un événement dont la probabilité est faible mais dont la réalisation n’est pas impossible, pourrait devenir une probabilité non négligeable. En d’autres termes, la compréhension de la nature de la probabilité apparaît essentielle pour appréhender l’usage que nous pouvons faire du principe de précaution. Il semble que la considération strictement scientifique du principe (affectée d’une forte probabilité ou d’une quasi- certitude) ne justifie en rien de sa pertinence. Bien au contraire, l’usage du principe de précaution semble résider dans sa valeur pratique ou morale. Le terme « absence de certitude scientifique » confirme bien l’idée d’une connaissance encore incertaine mais cependant à prendre en considération. Certes, cet examen critique du savoir scientifique est paradoxal puisqu’il anticipe sur un développement futur sans vraiment disposer de certitudes scientifiques. Précisément, le principe de précaution semble rendre complexe des situations qui échappent à la seule compréhension scientifique.


A titre d’illustration, réfléchissons au problème du réchauffement climatique. Les changements climatiques bouleversent les équilibres écologiques. Mais la science ne peut déterminer avec précision les différents « événements possibles » ; c’est en ce sens qu’elle véhicule de l’incertitude. Il est donc inévitable de formuler des hypothèses conditionnelles. Toute la difficulté est de ne pas sombrer dans une attitude « catastrophiste » ou au contraire « optimiste ». Le principe de précaution, dans son usage pratique, tente de construire une sagesse pratique, au sens où Aristote fait de la délibération un instrument de réflexion et de prudence. Cependant, l’évaluation rationnelle du risque ne saurait faire oublier la question politique- l’idée de risque acceptable- et la question morale - le choix des valeurs.


Certes, la question des valeurs et la question des choix futurs pour l’humanité se posent avec acuité[6][15]. Mais l’idée de « risque acceptable » est sujette à caution puisqu’elle repose sur un coût économique approuvé. À quels efforts précisément, une « civilisation du risque » est-elle en mesure de consentir pour préserver une vie sur terre ? À quelles conditions un « développement durable » peut-il être un « développement équitable » ? Il est vrai que l’absence de connaissance scientifique à un moment donné est largement responsable des erreurs ou des ignorances fatales dans des domaines qui touchent à la santé comme – pour ne citer que cela – le cancer provoqué par l’amiante. Toute politique de précaution ne peut, néanmoins, faire abstraction d’une dimension économique- l’idée d’un coût acceptable – et l‘anticipation de dommages irréversibles. En l’absence d’une politique claire de l’idée de « risque considéré comme acceptable », il appartient au juge de « légiférer » en la matière.. Si le principe de précaution comporte une valeur légale du fait de sa reconnaissance en droit communautaire, quel peut-être sa valeur pratique ?


Le modèle classique de la prévoyance ne peut être adopté car il repose sur l’idée d’une prévention des risques dans un univers où règne le déterminisme, la régularité (au sens d’une structure temporelle fixée). En revanche, la prise en considération du caractère dynamique de l’usage pratique du principe de précaution aurait pour conséquence une « résolution temporelle de l’incertitude ». C’est en ce sens, comme cela a été démontré, que le principe de précaution est anticipatif, et qu’il est du devoir du décideur de lier le passé à l’avenir. Une approche statistique du risque se révèlerait féconde par sa nature essentiellement dynamique et « prospective ». Toute la difficulté réside dans le choix d’une stratégie prudente[7][16]. Une approche statistique du principe de précaution ne devrait pas essentiellement se référer au principe du pollueur-payeur, puisque la « logique indemnitaire », dans le cadre d’une responsabilité civile, ne suffit pas à épuiser le contenu du principe de précaution. Il importe, dans une démarche anticipative et prospective d’adopter une démarche prudente c’est-à-dire une démarche informée et fondée sur des choix réversibles. Ainsi, l’usage du principe de précaution repose sur deux démarches complémentaires : d’une part, une attitude d’anticipation et d’autre part une attitude de révision des choix initiaux à la lumière des connaissances scientifiques (processus dynamique).


Par exemple, l’existence de plantes génétiquement modifiées ne devrait pas constituer une solution irréversible, si l’observation empirique, tend à prouver un danger pour la santé humaine. En ce sens, la connaissance a posteriori fournit les éléments d’une révision ou d’une réorientation d’une décision jugée irrévocable. La question du changement climatique est aussi un risque dont on ne saurait négliger le coût. Le principe de précaution, en tant que principe anticipatif, dessine l’orientation d’une politique prudente ; les connaissances a posteriori renforcent en quelque sorte la politique de révision[8][17]. Toute la question est de savoir comment une conception dynamique du temps renforce cette exigence.


***
[1][10] F. Ewald, C. Gollier, N. Sadeleer, Le principe de précaution PUF,2001.
[2][11] A treatise on probability, 1921.
[3][12] P. Kourilsky et G. Viney, Le principe de précaution, rapport au Premier ministre, Paris, Odile Jacob, 2000.
[4][13] Vers un catastrophisme éclairé, Seuil 2002.
[5][14] « La démarche de précaution s’infinitise d’elle-même ; elle est circulaire ; production et réduction des risques à la fois. Par principe, on ne prend jamais assez de précautions. Et pourtant, trop de précaution nuit. Comment tracer la limite entre le trop et le trop peu ? C’est le défi de l’attitude de précaution. » F. Ewald, Le principe de précaution, Que sais-je ?, 2001.
[6][15] H. Jonas ; op cit.
[7][16] « La difficulté n’est pas tant de trouver la meilleure stratégie de lutte contre l’effet de serre pour les cent prochaines années, mais plutôt de sélectionner une stratégie prudente qui sera ajustée ultérieurement au gré des nouvelles informations. » C. Gollier dans Le principe de précaution, PUF, 2001.
[8][17] « La prise de conscience du risque de changement climatique provient plus de l’information de l’augmentation de la fréquence d’anomalies climatiques que par une meilleure connaissance des mécanismes physico-chimiques affectant ce climat. » C. Gollier, Le principe de précaution, PUF, 2001.


Sciences et Avenir, Hors-série, Le réchauffement climatique (mars-avril 2007)


Revue de la Recherche Juridique, Au nom du principe de précaution (P2111- P2123); Laurence Harang


Le principe de précaution, Litec, 2002


Traité des nouveaux risques, Olivier Godard, Folio actuel, 2002


L'état providence, François Ewald, Grasset, 1986


Droit de l'environnement, PUF, 2002


La société du risque, Cahier laser no 7, 2003


Les voies du droit, "Du droit de détruire", PUF, 1989

06 avril, 2007

Une explication scientifique réductrice

Ce lundi, je reprenais un cours consacré à l'évolution . Un élève de Terminale scientifique réagit à mon propos et me dit que l'évolution humaine avait été possible - notamment la complexité du système nerveux - "parce que" l'homme avait mangé de la viande rouge, source de protéine. La discussion fut ensuite très intéressante.

Il me semble qu'il faut faire une différence entre un "fait" et la généralisation à propos de ce fait. Il faudrait sans doute se demander si l'intelligence humaine n'est pas déjà une disposition. Il ne suffit donc pas de manger de la viande rouge pour être intelligent ! Il s'agit d'après moi d'une explication réductrice.

04 avril, 2007

Entretien Union syndicale des Magistrats administratifs

Cet entretien a été réalisé en novembre 2005 à Paris, lorsque j'étais membre de la revue Sens-Dessous. J'ai quitté cette revue "à cause" de mes options en philosophie analytique.
Mais la rencontre avec Sabine Saint- Germain, Présidente alors de l'Union syndicale des magistrats administratifs, fut très instructive.

***

Entretien Sabine Saint Germain, présidente de l’Union Syndicale des Magistrats Administratifs (USMA).


Sens Dessous : Pourriez-vous nous parler en premier lieu de la spécificité de la magistrature administrative ?

Sabine Saint-Germain : Les magistrats administratifs ne jugent que des actes de l’administration où accomplis en son nom, ou des agissements de l’administration. A cela s’ajoute une spécificité du statut : les magistrats judiciaires dépendent de la cour de cassation alors que les magistrats administratifs dépendent du conseil d’Etat. Cette différence a son origine dans la période révolutionnaire : Il s’agissait de rompre avec l’absolutisme d’Ancien Régime qui avait peu à peu interdit aux magistrats et aux Parlements de s’immiscer dans les actes et les décisions du gouvernement, si bien qu’à la fin du XVIIIème siècle les magistrats ne s’occupaient pas du tout des décisions de l’administration. Petit à petit, au fil d’un long processus historique, s’est imposé le besoin d’un contrôle de l’administration ; d’abord au sein même de cette dernière, puis de la part de personnes de plus en plus indépendantes. Il y a donc eu d’abord un auto contrôle puis progressivement le contrôle a été confié à des magistrats. Ce processus se termine à peine aujourd’hui puisque les grandes décisions du conseil constitutionnel nous concernant datent des années 80. Lorsque le syndicat que je représente a été créé en 1986, le simple fait d’introduire le terme de magistrats administratifs dans son intitulé était assez révolutionnaire. Il n’était pas évident aux yeux de tous que nous étions des magistrats. Notre revendication est toujours d’avoir un statut législatif de magistrats administratifs qui reconnaisse notre spécificité. Nous voulons être de « vrais » magistrats, indépendants et inamovibles avec une forte assise législative ; et ce n’est pas encore tout à fait le cas aujourd’hui.

SD :Beaucoup de pays, anglo- saxons entre autres, n’ont pas de magistrature administrative ; pensez vous que cela change quelque chose en ce qui concerne les libertés publiques ou que les deux systèmes garantissent aussi bien ces dernières ?

SSG :Aucun des deux systèmes n’est pire ou meilleur que l’autre ; chacun s’explique par son histoire ; nous avons été structurés comme cela ; maintenant il faut voir dans des situations particulières si les anglais ou les français sont mieux protégés dans leurs libertés, mais je ne pense pas que ce soit le cas.

SD : Quel est le paysage syndical dans la magistrature administrative ?

SSG : Il y a deux syndicats ; le plus ancien est le Syndicat de la Juridiction Administrative (SJA), puis le notre, plus récent. Le paysage est différent de celui des magistrats judiciaires puisque notre clivage n’est pas marqué par des motifs politiques (même si cela a pu être très présents pendant une certaine période). Notre syndicat vient d’une scission au sein du SJA, liée à la question de l’égalité dans le corps : Nous sommes recrutés par différentes voies, et le SJA à l’époque avait pour projet de permettre une carrière accélérée pour les magistrats qui étaient issus de l’ENA. Même des magistrats issus de l’ENA ont trouvé cela scandaleux et ont participé à ce moment là à la création de notre syndicat. Il ne s’agissait donc pas du tout de raisons de politique générale ou d’orientations politiques, mais de raisons liées à notre profession.

SD : En tant que présidente de ce syndicat, pensez vous que votre rôle consiste exclusivement dans l’action pour l’amélioration de votre statut, ou qu’il est aussi parfois nécessaire d’investir le champ politique ?

SSG : C’est une question délicate. D’une manière générale, en tant que magistrats, nous sommes chargés d’appliquer la loi, quelle qu’elle soit, sauf si nous constatons qu’elle entre en contradiction avec des principes généraux qui renvoient aux droits fondamentaux. Dans ce cas on ne l’appliquera pas. Globalement la conception du syndicat est celle d’une défense de notre profession, c'est-à-dire aussi de notre manière de la voir et de considérer comment on va nous demander de juger ; ce dernier point dépasse l’aspect purement catégoriel de notre rémunération ou notre carrière. Nous avons aussi à nous prononcer sur des réformes de procédure, et nous tenons à faire connaître notre position : nous refusons par exemple une procédure qui mettrait complètement à mal la collégialité. Nous sommes également intervenus en soutien aux collègues judiciaires qui avaient été mis en cause par le ministre de l’intérieur dans la manière dont ils appliquaient la loi ; nous avons considéré (peut-être est-ce du corporatisme élargi ?) qu’il fallait absolument que la Justice comme institution soit respectée : cela fait partie du principe de séparation des pouvoirs, et il y a des voies de droit pour critiquer la justice ; qu’un homme politique marche dessus, cela nous a paru choquant. Autre manière de prendre en compte ce que ce passe dans la société : nous avions à un moment envisagé une grève nationale et la date de cette grève a été fixée un jour qui tombait entre le premier et le second tour des dernières élections présidentielles. Nous avons estimé que dans le contexte du moment il était inopportun de voir des magistrats administratifs court-circuiter ce qui se passe dans la société. Enfin nous sommes amenés à être consultés sur différentes questions, par exemple sur le droit des étrangers. Le Ministre de l’Intérieur nous à consultés sur des projets, et pour donner notre avis sur le fonctionnement de telle ou telle disposition. Mais c’est vrai qu’il est difficile de statuer sur l’opportunité politique d’une mesure. On plutôt là en tant que techniciens.

SD : Vous parlez de réformes de procédures ; qu’est-ce qui est en jeu en ce moment ?

SSG : Pour cadrer le contexte de ces projets de réforme, il faut savoir que nous sommes face à une augmentation très forte du contentieux depuis plusieurs années : elle était jusqu’à il y a trois ans d’environ 5% de requêtes supplémentaires par an ; et puis c’est passé en 2003 à 17%, en 2004 à 16%, cette année ça a l’air de se ralentir un peu mais on ne peut pas encore le confirmer complètement. On a d’un coté cette augmentation du contentieux, et de l’autre des moyens qui ne suivent pas cette augmentation ; nous dans une course pour être à la hauteur la demande sociale qui nous est faite. Nous sommes par exemple dans l’impossibilité de respecter les délais dits raisonnables prescrits par la Cour Européenne des Droits de l’Homme notamment. On est dans un phénomène de ciseau avec des gouvernements successifs qui ne nous donnent pas les moyens de juger dans des délais raisonnables ; il y a une nouvelle programmation qui a été votée en 2002 et qui depuis deux ans n’est pas respectée ; il n’y a pas assez de magistrats pour nous permettre d’atteindre cet objectif de réduction des délais de jugement. Ca c’est le cadrage général. Du coup n’ayant pas ces moyens, on essaye par d’autres voies d’améliorer la « productivité » (c’est maintenant dans ces termes là que les choses se présentent). Donc on va nous proposer des procédures qui permettent de juger plus vite. Un décret sorti cet été nous permet de prendre de manière plus large des ordonnances c'est-à-dire des jugements pris par un magistrat seul, sans audience publique, sans collégialité et sans forcément de contradictoire sur ce qu’on appelle des séries. Toute la question est de savoir ce que peut être une « série » d’affaires.

SD : Il y a des critères ?

SSG : Oui mais justement les critères ont été assouplis ; les deux syndicats ont œuvré à cela de manière commune. On a un peu réduit le champ, l’ouverture qui était faite.
Il y a un autre projet qui est en cours et qui concerne le juge unique ; c’est un juge qui statue seul mais avec une audience publique, et un commissaire du gouvernement. Donc on déroge à la règle selon laquelle on juge toujours en collégialité, c'est-à-dire avec un président et deux assesseurs. Dans ce cas de figure le juge rendrait son jugement avec l’avis exprimé publiquement du commissaire du gouvernement.

SD : Il y a du contradictoire quand même.

SSG : Il y a certes un contradicteur. Il est vrai par ailleurs que les magistrats judiciaires connaissent plus cette dérogation que nous. Mais nous restons quand même très attachés à la collégialité. Nous ne sommes pas par principe contre cette formation de jugement ; nous disons qu’elle doit se limiter aux affaires les plus simples, qui ne posent pas de questions juridiques difficiles, dont les enjeux ne sont pas trop importants. Donc on n’est pas tout à fait d’accord avec ce qui nous est proposé. Il y notamment la question du contentieux des étrangers ; dans l’augmentation du contentieux aujourd’hui, une grande part revient aux étrangers, du fait de la politique « rigoureuse » du gouvernement en la matière. On a donc beaucoup de contentieux des étrangers et pour faire passer tout ce flot d’affaires plus rapidement (pour le contentieux des titres de séjours en particulier), on veut les faire passer dans cette formation plus légère, pour accélérer la procédure. Pour notre part nous estimons que précisément dans ce contentieux là il y a des enjeux très importants, des enjeux humains ; les questions ne sont certes pas toujours très difficiles mais elles le sont parfois. En tout cas l’enjeu est très lourd pour les intéressés ; et puis c’est un contentieux où la subjectivité des uns et des autres est très forte.
Nous sommes des magistrats qui travaillons beaucoup sur dossiers ; on n’est pas en relation directement avec les problèmes .de société, avec les problèmes individuels des gens comme un juge aux affaires familiales, un juge des enfants par exemple. mais le contentieux dans lequel on est le plus proche des individus, c’est celui là ; il y a là une « matière humaine » très dense si je puis dire. Et puis il y a toujours dans ces affaires des a priori d’ordre politique, des orientations politiques, qui font qu’on considère que ces affaires méritent une attention humaine toute particulière, où alors au contraire qu’il faut resituer les choses, que la France ne peut accueillir tout le monde etc… On a des approches individuelles qui sont différentes sur ces sujets ; et sur chacun de ces dossiers, comme on le voit lorsque ces affaires passent en collégial, on débat beaucoup. Et si on débat beaucoup, c’est alors une bonne chose que la décision soit prise en collégialité ou à la majorité au besoin car il y a vraiment de grosses divergences ; c’est une des raisons pour lesquelles nous estimons que ce contentieux doit rester de formation collégiale.

SD : Donc les trois formations de jugement possibles seraient en collégialité, par ordonnance en procédure accélérée ?

SSG : Il y a aussi une autre procédure allégée qui est la reconduite à la frontière ; là encore une procédure très particulière concernant le droit des étrangers puisqu’on est dans une procédure d’urgence : l’étranger a 48 heures pour faire son recours, et nous nous avons aujourd’hui normalement 72 heures pour statuer ; donc on a décidé de confier ce contentieux à un magistrat qui statue complètement seul ; en audience mais sans commissaire du gouvernement ; pour une partie des affaires on statue sur le siège. Et pour d’autres, cela est récent, il peut donner son jugement dans les 20 jours.

SD : L’étranger qui est en centre de rétention vient à l’audience ?

SSG : Oui ; il est accompagné par un policier, et ici à Paris, par exemple, on a 4 audiences par jour de reconduite à la frontière. Concernant la liberté et la détention, la loi prévoit maintenant que les magistrats judiciaires puissent se rendre dans les zones d’attente des aéroports ou en centre de rétention, mais les collègues judiciaires sont très réticents. La justice n’est pas un acte anodin ; elle doit se rendre dans des lieux un peu particuliers.

SD : Y a-t-il une tendance à aller vers le juge unique ? Une volonté gouvernementale ?
SSG : Oui il y a une volonté ; ceci dit 50% des affaires sont déjà jugées par un magistrat seul. Il s’agit soit de reconduites à la frontière, soit d’ordonnances, surtout des ordonnances d’ailleurs. Traditionnellement il s’agissait des affaires manifestement irrecevables, des affaires d’incompétence, des désistements, des non lieu. Les affaires de fond y échappaient; mais désormais elles pourront en relever par le biais des « séries » dont je parlais tout à l’heure.

SD : C’est un débat intéressant car certains magistrats soutiennent que la conscience du juge unique est plus protectrice pour la personne, que la collégialité où chacun peut se retrancher derrière le coté collectif de la décision.

SSG : Mais justement ça repose beaucoup sur la conscience de chacun ; c’est ça la difficulté. il est vrai que lorsqu’on est en situation d’être juge unique on se sent investi d’une responsabilité plus lourde, puisqu’on signe tout seul le jugement ; donc on fait un peu attention. Mais je ne sais pas si on peut bâtir un système qui repose sur la conscience individuelle de chacun. Cela suppose que chacun soit parfaitement lucide… Bien sûr, il faut le supposer, mais la collégialité, si elle dilue un peu les responsabilités offre quand même des garanties. Quand on est juge unique on doit s’imaginer son contradicteur ; quand on a un commissaire on a d’autres sons de cloche si je puis dire ; dans la collégialité les autres avis s’expriment naturellement ; on peut peut-être aller plus au fond des contradictions elles mêmes. C’est intéressant parfois d’exposer le raisonnement qui fait qu’on est dans une position différente des autres. Quand on explique complètement pourquoi on est contre telle ou telle manière de voir, on peut mieux s’entendre après, et mieux voir les points de convergence. Tandis que quand on est tout seul, c’est difficile d’avoir cet approfondissement.
Je ne veux bien sur pas dire que les magistrats qui jugent aujourd’hui seuls font n’importe quoi.
Sur la question des étrangers, le débat juridique est souvent moins technique ; mais il est aussi parfois très compliqué parce qu’il faut appliquer du droit européen, du droit international, avec qui plus est une législation qui n’arrête pas de changer en France. Donc c’est parfois compliqué juridiquement. Mais dans la majorité des cas les questions de droit qui sont posées dans ces dossiers sont assez simples ; et en fait on a à apprécier les situations humaines qui sont derrière ces dossiers ; en référence l’article 8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, on doit apprécier la situation familiale des intéressés, savoir s’ils ont le droit à mener une vie familiale en France, quelle est la durée de leur séjour, s’ils ont des liens solides en France. S’ils ne sont pas mariés mais ont une relation en France par exemple, peuvent-ils rester en France.

SD : Mais le fait que les préfectures fassent du chiffre vous donne sans doute à traiter des cas plus douteux ? cela vous conduit-il à casser plus de décisions ?

SSG : Eh bien j’ai été assez surprise. Je pensais effectivement que compte tenu de l’augmentation des affaires qui venaient chez nous notamment par le biais des reconduites à la frontière, on aurait une augmentation du taux d’annulations ; mais j’ai observé que selon les chiffres par rapport à la proportion des dernières années, ça n’a pas augmenté. Le taux d’annulations tourne autour de 18%. Ceci dit avec cet impératif de « rendement » il est arrivé qu’une préfecture fasse reconduire à la frontière une personne française ; les erreurs matérielles sont fréquentes. On se trompe sur l’identité de quelqu’un parce qu’on n’a pas pris le temps de vérifier, et autres erreurs grossières de ce type.

SD : En tout cas on a la forte impression que lorsqu’il y a une volonté politique d’augmenter le nombre de reconduites à la frontière, rien juridiquement ne s’y oppose ; comme si les étrangers expulsables constituaient une sorte de réserve modulable à volonté.

SSG : En réalité il y a eu des procédures qui ont été prises systématiquement. Ainsi, à partir du moment où on a refusé un titre à un étranger, on a un arrêté de reconduite à la frontière. Mais maintenant je crois qu’on a donné des instructions aux préfectures pour que lorsqu’on dit à un étranger qu’on lui refuse un titre de séjour pour telle ou telle raison, et qu’il a un mois pour quitter le territoire, au bout de deux mois on lui envoie un arrêté de reconduite à la frontière ; jusqu’à il y a peu c’était loin d’être automatique. Et puis il y a aussi des actions de police plus systématiques qui font qu’on contrôle et arrête davantage les gens dans la rue. En fait une bonne partie des arrêtés de reconduite à la frontière ne sont pas exécutés. Donc tout ce travail que fait la police, que font les services des préfectures, est somme toute assez vain. mais ce sont des choses que nous avons mis longtemps à dire car on ne voulait pas donner l’impression de vouloir que tous les étrangers soient mis dehors. Ni l’inverse d’ailleurs. Si on a un dispositif il faut qu’il fonctionne . Ici il y a quatre audiences, c'est-à-dire 50 affaires tous les jours concernant les étrangers, alors on se dit qu’on est dans un système d’affichage ; on veut du chiffre, et on ne fait que du chiffre ; et pendant ce temps on met les gens dans une insécurité qui n’est peut être même pas fondée juridiquement et il ne se passe rien. Sans même remettre en cause la politique du gouvernement on peut en tout cas constater qu’elle ne fonctionne pas.















Trop de jumeaux anglais


La haute autorité britannique souhaite limiter le nombre des naissances multiples résultant de fécondations in vitro (FIV).

En effet, 25% des naissances issues de FIV sont des naissances multiples et 40 % des bébés conçus par FIV sont des jumeaux.

Ma solution: donner un des deux jumeaux à ceux qui ne peuvent avoir d' enfants !


www.genethique.org

02 avril, 2007

les bonobos et les féministes


Dans un entretien de Philosophie Magazine du mois d'avril 2007, le journaliste Olivier Postel-Vinay défend l'opinion selon laquelle l'ordre patriarcal serait codé par les gènes. Autant dire que les féministes n'ont plus qu'à accepter cette donnée scientifique.
Mais on peut se poser la question de la rigueur du raisonnememnt de O Postel-Vinay. Son premier argument consiste à dire que les anthropologues défendent l'idée d'une domination masculine dans toutes les sociétés humaines. En conséquence, s'opposer à cet ordre naturel serait, en quelque sorte, se fourvoyer. Mais - ajoute Postel-Vinay - ce fait serait inscrit dans les gènes ! Ainsi, la nécessité de faire des fils oblige les femelles à se soumettre à l'ordre des mâles.
Pour le journaliste, il s'agit d'une hypothèse scientifique: le codage génétique aurait une incidence " sur les rapports de domination". Pour étayer son hypothèse (!), Postel- Vinel prend appui sur la société des singes, nos amis les bonobos. Il en déduit qu'il n'y a ni ordre patriarcal, ni ordre matriarcal dans les pratiques de ces singes. Mais alors, pourquoi l'auteur tente-t-il une comparaison avec la société des humains ?
Le propos du journaliste nous semble hautement discutable et, somme toute, assez malhonnête. En effet, aucune hypothèse scientifique valide la thèse de l'universalité de la domination masculine. Le propre du travail des anthropologues consiste à montrer justement comment les règles de comportement sont diverses et variées d'une société à l'autre. D'autre part, l'exemple des bonobos ne vient en rien confirmer l'hypothèse initiale (!), à savoir le fait de la domination masculine.
Enfin, il est très simpliste d'isoler les déterminations génétiques de l'environnement; les scientifiques se montrent souvent très prudents quant à la formulation de telles théories. Il faudrait être en mesure de fonder un ordre moral sur un ordre naturel sans tomber dans les simplifications extrêmes.
Bref, le combat contre les féministes suédoises se construit sur des arguments fallacieux. L'ignorance des facteurs biologiques et culturels conduit l'auteur à défendre une idéologie "sexiste".
Le mâle bonobo a -t-il peur de la femelle bonobo ?