26 février, 2007

Les héritiers


Dans le journal l'Humanité du 13 février 2007, Jacques Bouveresse défend l'honneur de Pierre Bourdieu. En effet, le sociologue a été attaqué par JC Milner lors d'une émission sur France-Culture, Répliques ( A. Finkielkraut). Il s'agit encore d'une insanité : "les héritiers pour Bourdieu, c'est toujours les juifs".

Il semble que les deux intellectuels se moquent éperdument de la sociologie: ont-ils compris le sens de la critique sociale ? Lamentable.
Voir dans Observatoire des médias (Acrimed)



25 février, 2007

Les vacances enfin!

Entre le 8 janvier et le 15 février, j'ai corrigé 205 copies d'élèves ! Bravo Laurence.





Et maintenant en vacances...


Courir le long de la plage de l'Almanarre avec mon épagneul

Marcher à Paris



Et terminer à Langres pour voir Diderot
















24 février, 2007

Instructions aux Académiques


Dans Instructions aux académiques, Federico Tagliatesta, se livre à une satire de la vie universitaire française. Il est né à Ferrare en Italie en 1968. Après avoir fait des études à la prestigieuse Ecole normale supérieure de Pise, il a réalisé un mémoire sur Leopardi et le scepticisme à la Sorbonne. Il est mort en 2003 d’un accident de voiture.

Le livre est amer et témoigne d’un véritable désespoir et pessimisme. Sans grande illusion, l’auteur nous confie ses espoirs déchus. La critique est impitoyable et devrait, sans aucun doute, nous inviter à réfléchir au devenir de l’Université française.
Citons quelques passages :

« Si vous êtes candidat à un poste, l’essentiel est de bien vous y préparer. Il est des petits Bonapartes qui prennent aisément les Arcoles, mais il est rare en ces matières qu’une affaire se règle en une saison. » (P39)

« Si vous n’avez écrit qu’une thèse, fait seulement un livre ou quelques articles, cela montre que vous n’aviez pas besoin de plus pour prouver votre valeur. Face à quelqu’un qui écrit plus que vous, contentez-vous de dire suavement : « il écrit beaucoup. » (P51)

« Dans le passé, les grands intellectuels ont-ils été universitaires ? Sartre, Camus, Lacan l’étaient-ils ? Aron, quand il a eu le choix entre devenir professeur à Bordeaux et faire du journalisme, n’a-t-il pas préféré le journalisme ? Laissez donc aux enfants de la classe moyenne qui retardent d’une République l’illusion que l’Ecole est le haut lieu du savoir.. » (P108).

Il n’y a pas – précise Pascal Engel dans sa préface – de communauté universitaire en France. La Sorbonne ressemble à « une grande ruche anonyme » (P7).

Espérons que les abeilles ne piquent pas !!
Federico Tagliatesta, Instructions aux Académiques, Préface P. Engel, Christophe Chomant éditeur, 2005

23 février, 2007

L'acte de compréhension



Il n’existe aucun espoir d’individuer les contenus mentaux à la première personne d’après Wittgenstein. Par souci de commodité, nous supposons à l’origine de l’action une certaine activité de l’esprit. Or, l’esprit apparaît comme un «étrange milieu », ayant une consistance propre. Mais il n’existe pas d’événements mentaux, d’états mentaux au sens strict. Par exemple « attendre quelqu’un de 16h à 16h30 » ne présuppose pas un acte spécifique de l’esprit.
En conséquence, il n’existe pas de processus mental, de croyance, de désir, comme il existe des oranges et des bananes sur la table. Les processus mentaux sont intégrés dans nos formes d’expression, dans nos discours :

« C’est donc une source d’erreurs que de parler d’activité mentale à propos de la pensée. Nous dirons que la caractéristique essentielle de la pensée, c’est qu’elle est une activité qui utilise des signes. »

Mais nos descriptions d’actions ne sont-elles alors que des attributions à la troisième personne ?
Dans une perspective cartésienne, la capacité de s’attribuer des états mentaux à la première personne repose sur la possibilité d’un mode privilégié à soi-même (sous la forme du « je pense », « je crois »). Au terme d’un effort considérable, la substance pensante se découvre comme une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine et qui sent. Par exemple, l’amour est un jugement à propos de ses propres perceptions. Dans Les passions de l’âme, Descartes affirme :

« Mais lorsqu’une chose nous est présentée comme bonne à notre égard, c’est-à-dire comme étant convenable, cela nous fait avoir pour elle de l’amour ; et lorsqu’elle nous est présentée comme mauvaise ou nuisible, cela nous excite à la haine. »

Nous attribuons une qualité à un objet à condition d’en avoir une représentation claire – comme étant convenable. Toutes nos attributions reposent sur la capacité d’un sujet à se représenter, à juger de …
Mais il convient de s’interroger sur la symétrie de deux actes. Il semble nécessaire de distinguer l’acte de percevoir et l’acte de juger :

a) je perçois, je ressens telle chose
b) je rapporte cette sensation, cette perception (attribution)

Mais il faut s’interroger sur le fondement de nos attributions à la première personne : qu’est-ce qui nous permet de dire « je suis dans tel état » ? Il suffit d’identifier la signification linguistique des énoncés utilisés, c’est-à-dire leur condition d’assertabilité. En conséquence, l’énoncé doit être « vrai » ou « faux ». Or, il n’existe aucun moyen de vérifier cette connexion entre le jugement et sur quoi il porte dans la perspective cartésienne. C’est pourquoi, le principe cartésien de l’autorité à la première personne implique l’idée d’un savoir infaillible de soi-même et l’idée d’une primauté du jugement sur la perception.
Le refus de l’autorité à la première personne découle de deux présupposés :

- nous ne savons pas toujours ce que nous faisons
- nos attributions sont des normes d’interprétation, des normes de la rationalité

Il est évident que la rationalité d’un comportement reste un effet de l’interprétation.
L’acte de compréhension comble les lacunes entre ce que nous identifions comme des intentions et comme des réalisations. Dans Les Investigations philosophiques (par 682) , Wittgenstein affirme :

« Tu as dit : « ça va cesser bientôt. » Pensais-tu au bruit ou à la douleur , « S’il répond : « je pensais à l’accord du piano »- observe- t-il que la connexion existait ou la crée-t-il au moyen de ces mots ? – Ne puis-je pas dire les deux ? Si ce qui a dit était vrai, la connexion n’existait-elle pas – et n’est-il pas pour autant en train d’en créer une qui n’existait pas. »

L’idée d’une connexion entre une attente et sa réalisation, par exemple, est un leurre car elle repose sur une conception magique de l’action selon laquelle la réalisation serait la conséquence logique d’une intention.

Cette position fait-elle de Wittgenstein un anti-réaliste ?


Descartes, Oeuvres et Lettres, 1953, La Pléiade

Wittgenstein, Le cahier bleu et le cahier brun, Gallimard 1965

22 février, 2007

les maladies de l'esprit


Un des mérites de l'entreprise de Wittgenstein est de chercher l'origine de nos erreurs, de nos maladies philosophiques. Ainsi, nous avons tendance à faire précéder une action d'un événement mental. Dans Le cahier bleu et le cahierBrun, Wittgenstein écrit:


"J'ai essayé par ce qui précède d'écarter la tentation de croire à la nécessité de ce qu'on appelle un processus mental de pensée, d'espoir, de désir, de croyance, etc, indépendant du processus d'expression."


Qu'est-ce que cela implique ?

21 février, 2007

Le holisme du mental


L'identité faible entre les événements mentaux et les événements physiques ne semble pas conduire à une réduction du mental sur le physique et donc briser l'autonomie du mental. Davidson l'affirme clairement dans l'esprit matériel (AE): nous pourrions identifier les réactions physiques d'un robot - les mouvements par exemple - aux réactions physiques d'un homme. Pourtant, nous ne pourrions être certains de l'identification des désirs, des croyances, des intentions. Une réaction physique appartient à l'ordre de la nature.

Mais le monisme anomal est compatible avec le matérialisme "doux": une action est un événement physique mais cela n'implique pas pour autant une réduction. C'est pourquoi, il n'y apas de lois causales. Et de fait, il faut bien admettre une irréductibilité des concepts mentaux. Davidson avance deux arguments pour défendre cette thèse. En premier lieu, l'indétermination de la traduction - thèse selon laquelle "les contraintes empiriques pertinentes sur la traduction entre deux langages, ou entre deux locuteurs, ne déterminent pas un système unique". La traduction constitue une interprétation, certes objective, mais relative comme l'assignation de nombres en physique. En second lieu, les concepts psychologiques n'ont pas la même fonction que les concepts physiques:


"C'est à cet endroit que la différence irréductible entre les concepts psychologiques et les concepts physiques commence à émerger: les premiers, du moins dans la mesure où ils sont par nature intentionnels, requièrent que l'interprète considère comment il est possible de comprendre au mieux la créature à interpréter, c'est-à-dire comment la traiter comme une créature douée de raison... Quand nous essayons de comprendre le monde en tant que physiciens, nous employons nécessairment nos propres normes, mais nous n'avons pas pour but de découvrir notre propre rationalité dans les phénomènes."


Les concepts psychologiques introduisent un élément normatif dans les explications qu'ils constituent: ils sont mis en relation avec des "facteurs mentaux" comme les désirs et les croyances. L'action est intentionnelle "sous une description" si elle est causée par des facteurs mentaux tels que les désirs et les croyances. En revanche, les lois strictes auxquelles fait appel la science ne contiennent pas de concepts causaux: la solubilité est une loi physique visant à rendre compte d'un phénomène. Nous pourrions expliquer ce même phénomène avec d'autres concepts ce qui ne peut être le cas pour les actions humaines.

Le pouvoir d'explication des concepts physiques n'est donc pas le même que le pouvoir d'explication des concepts mentaux. Il n'existe donc pas de fait décisif ou de "fact of matter" en ce qui concerne la description d'une action et ce en vertu de l'indétermination de la traduction.

Dès lors, la spécificité de l'esprit conduit logiquement à l'idée du holisme du mental. Pour identifier et pour comprendre un comportement, il faut saisir ce qu'un locuteur "tient pour vrai" dans ses phrases ou identifier la raison appropriée d'un comportement. Le mental n'est donc pas un système clos (en ce sens, le holisme se distingue de l'atomisme):


"Les croyances et les désirs ne s'expriment dans le comportement que par l'intermédiaire de et modifiés par d'autres croyances et désirs, attitudes et circonstances concomitantes, et cela sans qu'il y ait de limites."


Il n'est donc pas possible d'isoler une croyance comme on isole un événement physique. En effet, les théories physiques constituent des systèmes clos dont "la description standardisée" convient pour tout événement physique.
La difficulté consiste à saisir les contenus de croyance. Où commence donc l'intelligibilité d'un comportement dans l'exploration des désirs et des croyances ? Existe-t-il un critère pertinent permettant de déterminer quels sont les états mentaux pertinents et accessibles à l'observateur ?

Nous tenterons de montrer, par la critique de Wittgenstein, pourquoi une position strictement individualiste n'est guère plausible.

19 février, 2007

Le monisme anomal

La Mesure du Mental, Traduction P. Engel, dans Lire Davidson, Edition l'éclat 1994


Il est en effet complexe de ne pas conclure en l'existence d'une loi, lorsque nous constatons des régularités causales. Davidson tente précisément de défendre l'absence de lois causales strictes. Les raisons d'une action ne constituent pas des lois de l'action humaine sur lesquelles un théoricien pourrait faire des prédictions. L'action humaine n'est donc pas régie par des lois de couverture: les attitudes d'un certain type ou les désirs ne conduisent pas nécessairement à des comportements d'un certain type. Il faut tenir compte de toutes les considérations; ce qu'une loi empirique ne peut faire. Par exemple, le fait qu'une vitre se soit brisée à cause d'une pierre ne prouve nullement que cela se reproduira; il n'existe donc pas de loi convrant tous les cas de figure.
Mais comment est-il possible de maintenir la nécessité d'une explication causale sans la présence de lois ?
La loi dont il s'agit concerne l'événement singulier - le rapport existant entre la vitre et la pierre. En outre, si les lois caractérisent deux événements singuliers, elles ne reposent sûrement pas sur les concepts sur lesquels doivent reposer les rationalisations, puisque la raison d'une action - les croyances et les désirs - n'est pas susceptible d'une généralisation. Davidson accepte donc l'existence d'une relation causale singulière tout en refusant la présence de lois de couverture. Il faut en conséquence en revenir à la distinction entre le plan de la relation causale et le plan de l'explication causale. Dans l'ouvrage La mesure du mental, Le philosophe américain affirme:
" Il semblerait que l'efficacité d'un événement ne peut pas dépendre de la manière dont cet événement est décrit, tandis que le fait d'appeler un événement mental, ou une loi psycho-physique dépend entièrement de la manière dont les événements sont décrits."
L'action est un événement physique indépendant de sa description et la description d'une action est possible dans un langage mental, neurologique. Le philosophe américain entend défendre trois thèses:
- certains événements mentaux interagissent causalement avec des événements physiques
- le concept de causalité mentale ne présuppose en rien l'existence de lois strictes mais requiert l'existence d'une régularité causale
- il n'y a pas de lois déterministes strictes permettant de prédire et d'expliquer les événements mentaux.
Ainsi, les événements mentaux ont une pertinence quand ils sont reliés à des événements physiques: c'est en tant qu'événement physique que ma promenade est décrite - comme action de marcher - bien que d'autres descriptions mentales soient possibles. De ce fait, il est nécessaire de distinguer le plan extentionnel du plan intensionnel: la ralation causale entre les événements est extentionnelle puisqu'elle est indépendante des descriptions et donc indifférente à la distinction "événement physique /événement mental". En revanche, l'explication causale est intensionnelle, puisqu'elle redécrit l'action. C'est pourquoi: "si l'événement mental m cause l'événement physique p, m et p exemplifient, sous une certaine description, une loi stricte." Mais nous pouvons parler d'une anomie du mental puisque les événememnts mentaux sont mentaux en tant qu'ils sont décrits.
Toutefois, nous pouvons remarquer une tension dans la théorie de Davidson: d'une part, les lois sont d'ordre linguistique et sont sensibles à la dichotomie mental/physique. D'autre part, la thèse du monisme anomal ressemble au matérialisme par l'affirmation - "tous les événememnts sont physiques." Mais cela ne signifie pas que les événements mentaux se réduisent à des événememnts physiques: il n'y a pas de réduction des propriétés mentales aux propriétés physiques. Et Davidson peut se permettre cette "extravagance":
" Nous pouvons nous permettre cette extravagance spinoziste dans notre caractérisation du mental, puisque ce genre d'inclusions accidentelles ne peut que nous renforcer dans l'hypothèse que tous les événements mentaux sont identiques à des événememnts physiques."
Il faudra donc s'interroger sur la pertinence des"concepts psychologiques" . Dans quelle mesure faut-il distinguer les concepts "physiques" des concepts "psychologiques" ?

18 février, 2007

Le problème de la connexion logique



Il existe un risque de faire de la relation causale entre deux événements une relation analytique.Or, une explication causale requiert une indépendance logique entre l'effet et sa cause. D'après Melden, "une cause doit être logiquement distincte de son effet supposé". Pour répondre à cette objection, Davidson fait une différence entre la description d'une action et la relation causale entre deux événements:


"Puisqu'une raison rend une action intelligible en la redécrivant, on n'a pas affaire à deux événements, mais à un seul sous des descriptions différentes. Or les relations causales présupposent des événements distincts."


Des descriptions d'action sont envisageables même si celle-ci est unique. A ce titre, il est possible de distinguer le résultat de l'action - allumer la lumière-, de sa conséquence non prévue - alerter un rôdeur. Il n'existe donc pas de relation logique et nécessaire sur le plan de l'explication causale entre une raison et une action alors qu'il existe bien une raison de faire quelque chose. Et la difficulté de l'interprète consiste à saisir les raisons appropriées à l'action. Donc, il est vrai de concevoir une relation logique et nécessaire entre l'action et sa description lorsque celle-ci est appropriée:


"On peut soutenir qu'une raison ne rationalise une action que quand les descriptions sont fixées de manière appropriée, et les descriptions appropriées ne sont pas logiquement indépendantes."


Quand les descriptions sont appropriées, la raison est liée conceptuellemnt à l'action. En revanche, l'explication causale repose sur l'indépendance logique entre l'antécédent et le conséquent.

Toutefois, les disciples de Wittgenstein opposent l'explication par les causes à l'explication par les raisons, parce que la dernière possède une spécificité propre: elle met fin à la chaîne infinie des causes (toute cause suppose un antécédent et ainsi à l'infini). La raison fournit une justification ultime à l'action et n'a pas recours à l'induction. Enfin, la raison est liée conceptuellement à l'action alors que l'explication causale relie l'antécédent au conséquent.

Il semble évident, que pour bon nombre de philosophes, depuis la célèbre critique de Hume, que la relation de causalité met en rapport un antécédent et un conséquent: il n'existe pas une relation nécessaire entre une cause et une conséquence.

Nous pensons que Davidson accepte une partie de la thèse de Hume - l'absence de lois causales strictes - mais rejette sa théorie de l'induction. En effet, nous connaissons le monde, d'près Hume, par notre expérience, et notre savoir est "causal", puisque nous ne cessons de faire des inférences. Or, Davidson reconnaît un autre type de connaissance, la connaissance immédiate ou intuitive:


"La connaissance qu'on a de ses propres raisons d'agir n'est donc pas en générale inductive, puisque pour qu'il y ait induction, il faut qu'il y ait des données empiriques. Cela montre-t-il que cette connaissance n'est pas causale ? Je ne vois pas en quoi cela pourrait le montrer."


Mais quelle est alors la spécificité des causes ? Comment Davidson peut-il défendre une théorie causale sans l'existence de lois causales ?


***

Actions and Events; D. Davidson; Oxforf University Presse, 1980

Actions et Evénements; Traduction P. Engel, PUF, 1993

17 février, 2007

Actions, Raisons et Causes




Dans ce billet, nous nous interrogerons sur la définition d’une action : en quoi une action se distingue d’un événement ? Comment les états mentaux causent les actions ?

D’après le philosophe américain Donald Davidson, l’hypothèse de rationalité est nécessaire à la compréhension des actions humaines ; les causes des comportements sont alors les raisons de ces comportements. Mais comment distinguer une raison d’une justification a posteriori ? Il faut en effet identifier l’intention d’une action ou sa vérité. La vérité d’une action fixe le sens d’une action et donc garantit sa compréhension. Dans ce billet et dans les deux suivants, nous nous demanderons comment il est possible d’identifier l’action par les raisons et les causes « sous une description. »

L’action humaine est produite par des causes dont la finalité est la transformation du monde : j’accomplis tel mouvement, telle action parce que je désire le faire. L’intention avec laquelle j’effectue quelque chose semble être la caractéristique de l’agir humain. Mais comment est-il possible de décrire une action ? Par exemple, je saisis un stylo dans le but d’écrire ; le mouvement de mon bras a une cause et a pour conséquence le fait d’écrire. Il s’agit donc d’un événement – un mouvement s’est produit – et d’une action en tant qu’elle est produite par une cause et est justifiée par sa fin. Il existe bien une analogie entre ce type d’événement et un événement naturel en tant qu’une modification s’est produite.
Mais l’action humaine n’est pas seulement un événement qui vient d’avoir lieu ; c’est aussi ce qu’un agent a voulu faire. Pour Davidson, l’action est par nature causale, et est rendue intelligible par des raisons. L’action est donc à la fois une rationalisation et une explication causale :

« Une raison rationalise une action seulement si elle conduit à voir quelque chose que l’agent a vu, ou cru voir, dans son action – quelque trait, conséquence, ou aspect de l’action que l’agent recherchait, désirait, appréciait, tenait à cœur, croyait de son devoir, jugeait utile, obligatoire ou agréable. »

La rationalisation d’une action est, pour le philosophe américain, une explication causale ou une redescription par les raisons. En effet, l’action est produite par des causes – les croyances et les désirs. Mais elle se caractérise par son aspect intentionnel, puisque les croyances et les désirs constituent les raisons de l’action. Il n’y a donc pas lieu d’opposer l’explication causale à l’explication par les raisons.
Soit l’exemple suivant : j’actionne l’interrupteur, j’allume la lumière, j’illumine la pièce de la maison et j’avertis de ce fait un rôdeur alerté par la présence de la lumière. Cette action produit une modification de l’état du monde par la passage de l’obscurité à la lumière. Elle répond à une finalité – celle d’éclairer un lieu sans que les conséquences soient désirées. Cette action est donc unique mais sa description est responsable de sa décomposition en plusieurs séquences. C’est sous une description que l’action est intentionnelle – l’action d’éclairer la pièce d’une maison. Elle en constitue sa justification. Et ce sont les raisons qui expliquent l’action.
Problème : quel type de relation existe-t-il entre la raison et l’action ?
***
Essays on actions and Events; Oxford University Press, 1980
Actions et événements ; Traduction P. Engel, PUF 1993

14 février, 2007

Chansons d'amour


Voici les plus belles chansons d'amour !!!
"Laissez-le- moi encore un peu mon amoureux" Edith Piaf
"Je suis pendu à vos lèvres espérant le oui qui
sauverait ma vie" Cali
" mon coeur lui s'emballe il vole haut
peut-être un peu trop haut pour moi" Kaolin
" un seul regard d'elle et me voilà dans la douleur" Faudel
" et puis tu es venu avec une valise et une chanson
tu m'as tourné la tête" Jim Morrison "vivre sans toi c'est possible bien sûr mais c'est difficile
c'est comme à travers les barreaux" Michel Jonasz

"même s'il me faut lâcher ta main sans pouvoir te dire à demain

rien ne défera jamais nos liens" Françoise Hardy

11 février, 2007

Un si fragile vernis d'humanité

Dans un livre admirable - un si fragile vernis d'humanité - Michel Terestchenko s'interroge sur l'origine du mal. Loin de conclure à la suprématie du mal sur le bien, l'auteur remarque une "présence à soi" exceptionnelle chez ceux qui sont capables d'éprouver de la compassion pour autrui et d'agir en conséquence.

Dès lors, il semble nécessaire de s’interroger sur le bien-fondé des thèses défendant l’égoïsme psychologique à l’origine de nos actions de la Rochefoucauld en passant par Pascal, Hobbes et le courant utilitariste. Pourquoi, en effet, faudrait-il nier la présence du geste altruiste, même si la propension au mal n’est pas à rejeter ? L’altruisme est précisément un acte qui témoigne de la présence à soi, de la fidélité à soi.. Autrement dit, l’altruiste ne redoute pas de venir en aide à autrui ; il ne recherche pas la reconnaissance comme simple moyen d’exister. Mais n’allons pas nous imaginer que l’altruiste se sacrifie pour autrui ; comme si la seule alternative morale consistait à opposer égoïsme et sacrifice de soi. Il s’agit bien plutôt d’un « équilibre intérieur » ou d’une attitude autonome capable de résister aux sollicitations intéressées. Car le témoin passif est responsable du mal qu’il veut fuir. Ainsi, en est-il de ces soldats nazis qui ont agi par conformisme et lâcheté. En revanche, l’individu altruiste agit par « sentiment d’une obligation impérieuse » et trouve dans son engagement « une véritable joie ».

Michel Terestchenko illustre son propos par le cas du Commandant du camp de Treblinka : cet homme se montre lâche tout au long de son existence, pris au piège d’un système nazi, et incapable de lui imposer la moindre résistance. Il est aussi nécessaire de se défaire de l’idée selon laquelle les individus monstrueux accomplissent des actes monstrueux. Car force est de reconnaître le caractère somme toute ordinaire de ce Commandant. C’est pourquoi, Stangl se défend en évoquant « l’innocence de sa conscience ». Et pourtant, lors d’un dernier interrogatoire dans sa cellule, cet homme, dans un accès de lucidité morale, reconnaîtra « la réalité objective des faits qu’il a commis. »

Il faut donc refuser l’opposition stérile entre égoïsme et altruisme ou entre amour-propre et sacrifice quant à l’analyse du mal, mais accepter ou non cette présence à soi.

09 février, 2007

Inégalité: la lecture

L'inégalité à la lecture constitue un fléau pour nos sociétés. En effet, elle prive les individus d'un véritable apport tant pour la poursuite de leurs études que pour la formation de leur jugement. Il est essentiel de rendre les ouvrages scientifiques, philosophiques plus accessibles au grand nombre. Une société qui ne fait pas ce pari risque encore d'accroître les inégalités.
http://inegalites.fr/
Observatoire des inégalités

L’inégal accès à la lecture
le 29 janvier 2006
Les trois quarts des ouvriers lisent moins de quatre livres par an contre 27 % des cadres.

Un tiers de la population de plus de 15 ans ne lit aucun livre. 55 % en lit 4 par an au maximum. Les livres les plus lus sont des livres pratiques : guide de cuisine, de bricolage ou de voyages.
Les écarts entre catégories sociales sont conséquents : 59 % des agriculteurs et 47 % des ouvriers ne lisent pas de livres. Les trois quarts des ouvriers lisent moins de quatre livres par an contre 27 % des cadres. Parmi les ouvriers, seuls 7 % ont lu un livre politique, religieux, économique ou de sciences humaines.
15,7 % des cadres sont abonnés à une bibliothèque ou une médiathèque, contre 8,5 % des employés et 6,1 % des ouvriers. Pas moins de 51,9 % des cadres sont abonnés à une publication, contre moitié moins pour les ouvriers.
L’exemple de l’écrit montre une nouvelle fois que les inégalités d’accès à la culture entre catégories sociales résident autant dans des éléments matériels (niveau de vie, proximité*, etc.) que symboliques tels le diplôme, la maîtrise de la langue et de l’écrit ou le milieu familial. L’importance prise par l’image masque le fait que nos sociétés accordent une place considérable au texte. La richesse du vocabulaire, la maîtrise de la lecture et de l’écriture sont de puissants éléments de distinction sociale, à l’école comme dans le monde du travail. Les inégalités se forment dès la petite enfance : plus on a de livres à la maison, plus on a de chance d’en lire... Et finalement d’en avoir à la maison à l’âge adulte. La boucle étant ainsi bouclée.
* Excepté pour les personnes vivant en milieu rural.

Dictionnaire Pierre Bourdieu

Site FABULA


Les Éditions Sils MariaCollection ABéCédaire n°2 :Abécédaire de Pierre BourdieuSous la direction de Jean-Philippe Cazier
Parution le 12 février 2007


Ce numéro de la collection Abécédaire poursuit deux buts : offrir à l'étudiant comme à tout intéressé une première connaissance de la pensée de Pierre Bourdieu, et aussi permettre aux chercheurs la continuation de leurs travaux sur ou à partir de cette oeuvre.
Les notions :
Agent – Algérie – Anthropologie – Art – Bachelard (Pierre Bourdieu et Gaston Bachelard) – Biens – Canguilhem (Pierre Bourdieu et Georges Canguilhem) – Capital – Champ – Chômeurs – Classes sociales – Corps – Critique – Culture – Destin – Détermination – Distinction – Domination – Doxa – Droit – Durkheim (Pierre Bourdieu et Emile Durkheim) – École – Économie – Espace social – État – Ethnologie – Ethos – Foucault (Pierre Bourdieu et Michel Foucault) – Goût – Habitus – Heidegger (Pierre Bourdieu et Martin Heidegger) – Héritier – Histoire – Homologie – Hysteresis – Idéologie – Illusio et libido – Inconscient – Individu – Institutions – Intellectuel – Journalisme – Langage – Lévis-Strauss (Pierre Bourdieu et Claude Lévi-Strauss) – Liberté – Littérature – Marx (Pierre Bourdieu et Karl Marx) – Masculin/féminin – Mauss (Pierre Bourdieu et Marcel Mauss) – Merleau-Ponty (Pierre Bourdieu et Maurice Merleau-Ponty) – Misère – Néolibéralisme – Objectivation participante – Parler – Phénoménologie – Philosophie – Photographie – Politique – Pouvoir – Pratique – Praxeologie – Raison – Rapport de force – Réflexivité – Relations – Reproduction sociale – Résistance – Sartre (Pierre Bourdieu et Jean-Paul Sartre) – Science – Sciences sociales – Sexualité – Société – Sociologie – Stratégie – Structuralisme – Style de vie – Sujet – Symbolique – Télévision – Théorie – Travail – Vérité – Violence – Weber (Pierre Bourdieu et Max Weber) – Wittgenstein (Pierre Bourdieu et Ludwig Wittgenstein).Les auteurs :Marlène Benquet – Louis Carré – Hervé Couchot – Michel Daccache – Lydie Daguerre – Christine Détrez – Vincent Dubois – Fabienne Federini – Fabrice Fernandez – Viviana Fridman – Mathieu Hilgers – François Lecointe – Samuel Lézé – Gérard Mauger – Fanny Mazzone – Yves Patte – José Luis Moreno Pestaña – Louis Pinto – Sébastien Roux – Arnaud Saint-Martin – Lionel Thelen.







Harang.laurence@wanadoo.fr

07 février, 2007

LA MAMMA MORTA


La cour de Cassation italienne a récemment décidé que le fait d'obliger une femme à s'agenouiller pour laver le sol pouvait être considéré comme un délit. Une décision qui symbolise une volonté déjà ancienne de défendre les droits des femmes.


Un constat s'impose: à Rome, les femmes ne sont pas impliquées dans la vie locale. Sur les 17 membres du gouvernement municipal, 5 sont des femmes. Les partis comme "Alliance nationale" (Allianza nazionale) ou "Forza Italia" ne comptent aucune femme parmi leurs représentants.
Problème: qui fait la Pizza pendant que les hommes regardent le Foot ?

06 février, 2007

ATEMI



Refuser le réalisme et admettre la vérité du mode allusif, de la représentation. Dans ce billet, nous allons illustrer ce propos par une réflexion de Franck Noël, 8ème dan d'aïkido, extrait de son livre Fragments de dialogue à deux inconnues:




"Quand le poing du boxeur s'écrase sur le visage de l'autre, ou plutôt que le visage de l'autre s'écrase sous le poing du boxeur, tout est dit, tout est mis à plat. Il n'y a aucun sous-entendu, aucun mystère.


Nous sommes dans un domaine où la réalité n'est porteuse de rien d'autre que d'elle-même. Aucune ambiguïté possible, aucun risque de non-compréhension...


L'atemi en Aïkido est tout autre.


En premier lieu parce qu'il n'est pas donné au partenaire: il lui est signalé comme virtualité, comme potentialité, et est donc censé induire un comportement, une prise de conscience, une attitude, un geste chez l'autre.


Il est, en quelque sorte, "signifié" à l'autre qu'il pourrait prendre un coup faute d'une adéquation à la situation, faute d'une réaction qui s'impose.


L'atemi d'aïkido procède donc de l'allusif, c'est-à-dire d'un mode de communication plus poétique qu'administratif.


Il ne se veut pas coercitif, mais persuasif, incitatif, éducatif, en exposant à l'autre une réalité sans la lui asséner et donc, paradoxalement, en s'interdisant sa finalité apparente, l'impact.


L'autre ne recevra pas l'atemi...


L'art de l'aïkidoka sera de délivrer des atemis à ce point convaincants qu'il en sera inutile de les porter."