31 janvier, 2007

Le capitalisme ?

Définition du capitalisme:

Ote-toi de là que je m'y mette

Manière de voir (janvier-février 2007)

28 janvier, 2007

Les amours tourmentées d'Héloïse et d'Abélard





Abélard ( 1079-1142), chevalier de la dialectique, subit de son temps, une odieuse sanction : ses amours avec la belle et intelligente Héloïse (1101-1164) furent punies et vengées .Il est châtré et condamné à l’impuissance psychique une grande partie de son existence.
Rappelons les grands moments de cette histoire tragique. La réputation de grand logicien d’Abélard lui permit de s’introduire dans la maison de Fulbert et de donner des cours de philosophie à la jeune Héloïse. Mais, comme Abélard le décrit dans ses lettres, la passion envahit les deux êtres :

« Bref, nous fûmes d’abord réunis par le même toit, puis par le cœur. Sous prétexte d’étudier, nous étions tout entiers à l’amour ; ces mystérieux entretiens, que l’amour appelait de ses vœux, les leçons nous en ménageaient l’occasion. Les livres étaient ouverts, mais il se mêlait, dans les leçons plus de paroles d’amour que de philosophie, plus de baisers que d’explications. »

De cette union naît un enfant. Contraint à la fuite, Abélard trouve refuge avec sa bien-aimée en Bretagne. Par souci d’honnêteté, Abélard supplie Fulbert d'accepter sa décision d’épouser Héloïse ( alors que cette dernière a toujours refusé). Il fallait que le mariage entre les deux époux demeure secret. Mais Abélard subit les affres de la trahison de Fulbert : ce dernier ordonna à deux soldats de procéder à la mutilation du philosophe.
Abélard a reçu une formation solide en théologie, notamment par l’enseignement de Roscelin de Compiègne et d' Anselme (et chassé de son école en 1113). La pensée de Roscelin est guidée par une intuition nominaliste (ce sera aussi l’intuition de Guillaume d’Ockham) : il n’existe que des individus, réalités indivisibles et indécomposables. Et si une chose ne peut être un prédicat (" res non praedicatur"), « l’universale » ne peut être une chose mais un mot. Il faut donc en tirer les conséquences :
il est faux de parler d’une réalité des Universaux. Un homme « singulier » est réel. Mais l’espèce « homme » n’a aucune réalité. Les substances universelles ne sont rien d’autre qu’un « souffle de voix » (« flatus vocis »).

Ce nominalisme sera l’objet d’attaque. En effet, pour les dialecticiens, les distinctions existent, non dans les choses, mais dans le langage. Ainsi, il est question de ces « âmes aveugles », « ces hérétiques de la dialectique ». La controverse trinitaire découle de ces thèses nominalistes.
Abélard défend une pensée originale : si on prend des individus particuliers, on constate qu’ils sont non-différents sur un point, c’est sur l’humanité (universel). Abélard se demande si cette non-différence permet de se rencontrer dans l’humanité; l’intuition nominaliste reste le sentiment de singularité d’une chose.
Dans le « le sic et non » (« le pour et le contre »), Abélard s’interroge en bon logicien et dialecticien sur l’emploi des significations. Le problème de la Trinité ne fait-il pas référence en un seul Dieu désigné par trois personnes ? Il faut donc résoudre les contradictions présentes dans les écrits des Pères de l’église. En fait, d’après Abélard, les mêmes mots ont été employés en des sens différents par des auteurs différents (« diversi, non adversi »). Ainsi, les propos de Roscelin sont réfutés. Il convient d’analyser le sens des mots « même », « différent » et « personne ». En quelque sorte, il faut s’efforcer de proposer un modèle non-contradictoire des énoncés du dogme de la trinité ; construire du « vraisemblable » sans s’éloigner de la raison humaine. Mais les propos d’Abélard ne seront pas compris. Il est condamné par le concile de Sens (1140). C’est encore en sémanticien et en logicien qu’Abélard dans le « Connais-toi toi-même » , évoque le péché. Il n’existe pas une essence du péché mais « plusieurs façons de le dire ». L’expression renvoie à un « ne pas le faire » .

Indépendance d’esprit, orgueilleux, esprit libre, Abélard selon les dires de Saint Bernard de Clairvaux, n’est « ni clerc, ni laïc, ni vraiment moine ». Héloïse bouleverse son destin de logicien. De son couvent d’Argenteuil, Héloïse entretient une correspondance avec son bien-aimé. Elle évoque son sacrifice et son dévouement pour Abélard :

« Vous savez, mon bien-aimé, et nul n’ignore tout ce que j’ai perdu en vous ; vous savez par quel déplorable coup l’indigne et publique trahison dont vous avez été victime m’a retranchée du monde en même temps que vous-même, et que ce qui cause incomparablement ma plus grande douleur, c’est davantage la manière dont je vous ai perdu que de vous avoir perdu… Vous êtes le seul pour qui ce soit un pressant devoir : car toutes vos volontés, je les ai aveuglement accomplies. Ne pouvant vous résister en rien, j’ai eu le courage, sur un mot, de me perdre moi-même…Bien que le nom d’épouse paraisse et plus sacré et plus fort, celui de votre maîtresse, ou même, laissez-moi le dire, celui de votre concubine et de votre fille de joie ; il me semblait que, plus je me ferais humble pour vous, plus je m’acquerrais de titres à votre amour, moins j’entraverais votre glorieuse destinée . »
Inouï.
Pierre le Vénérable fut le protecteur d’Abélard. Il use d’une stratégie auprès du Pape Innocent II, pour disculper Abélard de sa condamnation au concile de Sens. En effet, la condamnation « d’hérétique » oblige celui qui en est victime de garder le silence. Ainsi, la condamnation d’Abélard par le concile de Sens pouvait être interprétée comme une querelle de personnes. Mais « l’hérésie » commise par Abélard resta l’objet d’une condamnation alors que son pardon en tant que personne fut accordé.
C’est Héloïse qui pria Pierre le Vénérable de veiller à la « réhabilitation » d’Abélard.

Les deux époux, Héloïse et Abélard, reposent paisiblement en paix au cimetière du Père-Lachaise.

25 janvier, 2007

24 janvier, 2007

Normal Sup Ulm et le Souk de Marrakech


Je me livre à une expérience singulière: je visite l'école normale de la rue d'Ulm et le Souk de Marrakech en vacances. Mais je constate le même problème lorsqu'il s'agit de rentrer dans un lieu et d'en sortir sans se perdre ! Faut-il parler d'un labyrinthe ? En entrant dans cette prestigieuse école pour assister à une conférence, je parviens difficilement à trouver le lieu de la salle. Heureusement, une étudiante charitable me conduit à l'endroit demandé. Mais, j'ai beau me dire, pour sortir de cette salle, qu'il faut se repérer par rapport au jardin de l'école, je n'y arrive jamais. Les portes du savoir se referment sur moi.
Pour visiter le Souk de Marrakech, je ne prends aucune précaution: pas de plan de ville dans mon sac . La place Djemaa el-f'na est vivante le jour et flamboyante la nuit. Puis la mosquée Ben Youssef a de l'allure... Mais le plaisir de s'engouffrer dans le Souk de Marrakech est immense: les épices, les couleurs, le bruit. Et impossible de retrouver son chemin. Toutes les rues se ressemblent; je perds le Nord, le Sud. Miraculeusement, je me souviens de l'avenue Mohammed V, et d'une autre grande place. Un gamin me conduit à la place el Mourabitène. Ouf.

21 janvier, 2007

Le mythe de Judas



La fondation Martin Bodmer à Genève dispose d'un papyrus copte du IIIe et IV siècle. Ce manuscrit, paraît-il, remet en cause notre conception du christianisme naissant, et notamment du rôle de Judas.Nous ne cherchons pas le sensationnel en écrivant ce billet; mais tout simplement à interroger la persistance d'un mythe.Dans un livre publié en 2006 - Judas, de l'évangile à l'holocauste - Pierre-Emmanuel Dauzat, essayiste et traducteur, entend constituer un "programme de vérité", un "retour aux origines." La thèse essentielle de cet écrivain est l'idée selon laquelle il existait d'autres programmes de vérité que l'image de la trahison de Judas. D'autres traditions comme l'orthodoxie russe, le christianisme coréen ou japonais, voire la tradition yiddish ont compris Judas autrement, non sur le registre de la haine mais de la compassion, voire de la complicité entre Jésus et Judas. C'est pourquoi, Judas est une invention du christianisme, une invention chrétienne. Le mythe de Judas est l'archétype de la trahison. Pour Pierre-Emmanuel Dauzat, le traître qui s'est suicidé ou qui est mort continue de hanter nos consciences. On a honte de parler de Jésus, mais on continue de colporter le cliché d'un Juif qui aurait trahi un Jésus auquel on ne croit plus. Le paradoxe est que subsiste la trahison, quand la trahison n'a plus d'enjeu. D'où l'ambiguï- té de la soi-disant réhabilitation de Judas: est-ce l'innocent calomnié qu'on disculpe ou est-ce la trahison qu'on célèbre ? C'est pourquoi - poursuit Pierre-Emmanuel Dauzat - la vogue actuelle du même ordre que celle du Da Vinci Code, masque une fascination trouble pour les agents doubles et continue d'associer les Juifs à la trahison. La vraie bonne nouvelle serait qu'on oublie Judas et qu'on regarde notre haine en face. Quand on traîte quelqu'un de Judas, on se plie à toute une logique de la haine qui nous échappe et structure nos comportements, nous obligeant à penser l'amour comme indissociable de la trahison.Le suicide de Judas persiste pour faire oublier le suicide du Christ. Dans le livre Le suicide du Christ, l'idée d'une mort volontaire du "Fils de Dieu" est analysée dans ses contradictions. Le suicide du "Christ" était trop difficile à penser; c'est pourquoi, on a imaginé le suicide de Judas. Le suicide de Judas est l'image spéculaire du suicide du Christ.
Libellés : le mythe de Judas
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par laurence harang
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19 janvier, 2007

Anthropologie et universalisme

Philippe Descola est titulaire de la chaire d'anthropologie au Collège de France. Dans Par-delà nature et culture et Les Lances du crépuscules, il nous livre ses expériences de " terrain" à travers l'étude des Jivaros Achuar (Amazonie). L'auteur se demande si l'anthropologue est "le fossoyeur de l'universalisme", puisque l'étude des différentes sociétés pourrait conduire l'observateur, à un relativisme des valeurs. Maisil s'agit uniquement d'un "relativisme méthodologique" d'après Philippe Descola.L'anthropologue illustre son argument par l'exemple suivant: lors d'un séjour en Amazonie, il est témoin d'une scène violente: un homme venait de casser le bras de sa femme. Fallait-il alors défendre une forme de neutralité ou au contraire dénoncer cet acte au nom de la dignité humaine ? Certes, il n'appartient pas à l'observateur de donner "des leçons de morale" (propos de l'auteur); mais il est permis toutefois de réprouver une conduite. Et c'est ainsi que l'on peut mesurer la force de ses propres valeurs.Le relativisme moral est ainsi récusé.

17 janvier, 2007

image de voyage



Laurence Harang

Egypte avril 2005

citation Musil

Les philosophes sont des violents qui, faute d'une armée à leur disposition, se soumettent le monde en l'enfermant dans un système.
R. Musil