29 décembre, 2007

Le christ a-t-il plusieurs sexes ?


Question examinée hier soir sur France-Culture: le sexe du christ! Plutôt coquin Raphaël Enthoven: "ah, oui, cette question a intéressé Abélard" (avec tous les malheurs de ce logicien-théologien). P. E Dauzat a l'art de poser des évidences et de les soumettre à une enquête rigoureuse. En revanche, il n'est pas très drôle le Père jésuite...Sainte famille, Saint esprit, engendrement et sexualité!

28 décembre, 2007

L'éternel retour du christ !


Ce soir, à 19h30, les nouveaux chemins de la connaissance, il sera question de l'éternel retour du christ avec F.Lenoir,P.Valadier, P.E Dauzat.

24 décembre, 2007

Sainte Anne d'Evenos


Chaque année - c'est une sorte de rituel - nous nous rendons à Sainte Anne d'Evenos, petit village provençal, perché sur la colline.

Joyeux Noël

23 décembre, 2007

Le nain Wackenheim

L'affaire du "lancer de nain" en 1995 a retenu mon attention. En effet, deux camps philosophiques et juridiques s'opposaient: d'une part, ceux qui défendaient la liberté individuelle de monsieur Wackenheim et ceux qui, au nom de la dignité de personne humaine, contestaient toute forme d'exploitation. Fallait-il évoquer le respect de l'ordre public ou faire de la dignité un principe moral essentiel ?
Il était donc particulièrement intéressant de réfléchir à l'idée de liberté individuelle...en dépit des bobos parisiens!!

22 décembre, 2007

Freaks, la monstrueuse parade


Pour comprendre l'originalité du film Elephant man, n'oublions pas "Freaks" de Tod Browning:

"L'histoire se déroule dans les années trente, dans le Cirque Tetrallini, en tournée à travers l'Europe.

Hans, un lilliputien illusionniste, fiancé à Frieda, lilliputienne elle aussi, avec qui il partage la scène, tombe amoureux de la grande et belle Cléopâtre, la trapéziste. Au départ, celle-ci, amusée, se moque doucement de lui, acceptant ses avances et surtout ses cadeaux, sous l’œil jaloux et impuissant de Frieda. De son côté, Cléopâtre cultive en secret sa relation avec le beau et fort Hercule, le monsieur muscle du cirque. Ainsi lorsqu'ils apprennent que Hans a hérité d'une fortune, ce qui n'était qu'un jeu se transforme en plan machiavélique.

Ils organisent le mariage de celui-ci et de Cléopâtre. Mais lors du banquet de noces en compagnie de tous les "monstres" du cirque (que l'on a découvert durant le film), Cléopâtre dont la seule occupation était d'empoisonner Hans, se voit proposer d'entrer dans la "famille". Mais, enivrée par l'alcool, elle s'y oppose violemment, congédiant de même les invités et dévoilant ainsi son mépris pour ces "freaks" (mot anglais pour "monstres").

La terrible machination du vrai couple est découverte et la juste vengeance s'organise, car comme nous prévient le bonimenteur lors du prologue, « En offenser un, c'est les offenser tous ». La belle Cléopâtre se verra ainsi transformée à son tour en un de ces "monstres" qu'elle méprisait tant.


Freaks, malgré sa version montée escamotée par la censure, reste une preuve de l'existence de ces hommes et femmes ayant des difformités physiques que l'on présentait autrefois dans les cirques pour amuser et effrayer le public. De nos jours, dans notre civilisation, le nombre de ces individus a considérablement baissé. Il est donc très intéressant de comprendre qu'un film peut être, même s'il ne s'agit que d'une fiction, un témoin essentiel d'une époque, et même si le cinéma est encore jeune, cet art sera riche pour comprendre les mœurs et les habitudes d'une époque. Il est dommage de constater la perte d'une partie de cette œuvre pour la simple raison que son réalisateur ait été en avance sur son temps.

C'est une réflexion sur le rapport à autrui, sur la perception que l'on a de son prochain et de soi-même. Tod Browning avait lui-même des difficultés avec les rapports aux gens. Il a dit à propos de la période pendant laquelle sa femme l'avait quitté : « Je devais combattre avec ma disposition perverse, ma tendance à me mettre en colère, à ne jamais être d'accord. Je devais soumettre mon esprit hargneux, afin de devenir calme et coopératif. Mais j'y ai réussi. J'ai maîtrisé ma langue et ainsi j'ai réussi à contrôler mon caractère ».

C'est là qu'on note l'importance de ce qu'il appelle « le jeu des échelles ». Dans presque toutes les scènes du film, les comparaisons de tailles sont importantes. Cela explique certainement pourquoi les protagonistes sont des nains. Ils sont souvent en contrebas lors des plans moyens, souvent renforcés par des plongées contre-plongées. Hercule et Cléopâtre, qui représentent les gens qui se croient supérieurs, par un jugement basé uniquement par le physique. C'est pour ça qu'ils sont toujours en hauteur par rapport à Hans, pour imposer leur domination. Alors qu'au contraire les gens « compréhensifs », représentés par Vénus par exemple, sont toujours placés en sorte d'être sur un pied d'égalité. C'est là qu'on constate l'utilisation des escaliers des roulottes, pour permettre un certain équilibre. Une fois les personnages à la même hauteur, leurs vraies valeurs apparaissent, comme pour la scène finale où le puissant Hercule une fois à terre se retrouve mis en déroute par les nains. La morale est un peu simpliste, c'est combattre le feu par le feu, faire du mal à ceux qui ont fait du mal, mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit à la base d'un film d'horreur.

Implicitement c'est plus que ça. C'est la narration d'un groupe d'individus qui est développée : les personnes se ressemblant physiquement (ici les « anormaux »), se rejoignent et forment un ensemble cohérent ayant ses propres règles au sein du groupe et ayant le même genre de rapports avec les personnes extérieures. Mais il présente surtout une sorte de tentative d'ouvrir l'esprit des gens, de leur montrer que ces personnes considérées jusque là comme des monstres ou des créatures incomplètes, peuvent aussi éprouver les mêmes sentiments que n'importe qui voire les même que ceux du spectateur lambda. Ils peuvent tomber amoureux, rire, chanter, faire la fête, avoir une vie de famille et des amis, être autonomes ou vivre en groupe. Mais surtout, à travers ce film, Browning cherche à montrer que ces « monstres » peuvent se montrer plus « humains » que les autres puisqu'ils sont capables d'accueillir à bras ouverts des « gens normaux » dans leur groupe.

Ce film, dans la période des premiers films d'horreur était certes choquant, par ses images, et surtout par le fait qu'il exhibe réellement des personnes « mal-formées » travaillant réellement dans un cirque. Le coté effrayant de certains est en plus exacerbé par des costumes grotesques ou un comportement apparemment anti-social, comme ceux qui passent leur temps caché dans l'ombre sous les roulottes. Il y a une grande majorité de scène la nuit, avec un final fracassant, dans une forêt, en plein orage, avec le tonnerre, des éclairs etc. On note aussi l'importance de la musique qui crée l'ambiance. Il y a peu de musiques différentes. Pour faire simple, il y a une "ambiance cirque" ; en commençant par des musiques festives comme la flûte dans le parc ou lors du repas de noce, en passant par de la musique fantastique, angoissante, notamment vers la fin avec ce son d'harmonica macabre. Ces quelques sons créent de suite un contexte. Avec comble du fantastique cette transformation mystérieuse de Cléopâtre.

La punition de se voir transformer en ce qu'on déteste le plus. C'était une façon, incomprise à l'époque, d'amener les gens à réfléchir sur ce sujet. Le but étant d'avoir peur des conséquences de ses actions et de ses jugements et non pas de craindre des gens physiquement différents ; une mise en garde contre ceux qui s'aviseraient de vouloir dénigrer d'autres personnes sur des caractères purement physiques." Encyclopédie

21 décembre, 2007

Elephant man


J'aime beaucoup le film Elephant man de David Lynch: Treeves, jeune chirugien, découvre l'existence de John Merrick, un homme-éléphant, dans une attraction foraine. La question posée par mes élèves à la lecture de ce film est de savoir qui sont les monstres:monstres physiques doués d'une grande sensibilité et hommes à la monstruosité "morale" sans pitié ! De quoi encore poser la question de l'humain...

18 décembre, 2007

Melipar: un blog à visiter !

Melipar -branche de EXeco- est à visiter: des journées "philosophiques" vont être organisées en 2007-2008.

Execo

Quel peut-être l'usage de la philosophie ? Il s'agit de mettre l'accent sur l'aspect pratique de la philosophie. Très bonne initiative...


"On a souvent parlé de la philosophie comme d’une discipline essentiellement spéculative, opposée en cela au domaine des pratiques. Pourtant, on s’aperçoit que, dans de nombreux cas, il n’est pas possible d’extraire la philosophie de son rapport à la pratique. On peut penser par exemple à la métaphysique dont le développement s’est parfois avéré dépendre de l’état de la connaissance scientifique. De même, en éthique, le rapport à la pratique a une influence directe sur la méthodologie qui est mise en œuvre. A tel point que l’on a parfois été jusqu’à affirmer que la philosophie était elle-même une forme de pratique ou encore une activité, ce qui a permis de renouer avec une conception qui a pu être celle de l’Antiquité.

Cette interrogation sur le rapport entre philosophie et pratique est d’autant plus pertinente aujourd’hui que la connaissance ne se donne plus comme reposant sur un fondement a priori fourni par la philosophie. Si ce n’est pas de cette dernière que la connaissance tire son fondement, quel pourrait être alors le rôle de la philosophie sinon celui d’être une pratique ? C’est donc dans un rapport méthodologique plutôt que fondationnel à la connaissance que la philosophie peut trouver sa place, en tant que pratique en rapport avec d’autres pratiques.

Nous proposons trois journées d’études dont chacune examinera un des aspects de la relation entre philosophie et pratique. La première journée, intitulée « La science, un modèle pour la métaphysique ? », s’interroge sur l’étendue de l’impact que la pratique de la science peut avoir sur les constructions métaphysiques. La deuxième journée analyse l’interface entre la philosophie entendue comme pratique, la psychologie et les sciences de la nature, en engageant un dialogue entre Goethe, Lichtenberg et Wittgenstein. Enfin, la troisième journée se propose d’étudier la diversité des contextes du particularisme moral, en se demandant comment les pratiques peuvent donner un sens à l’éthique face à l’absence de principes moraux".

Organisation : Delphine Bellis, Etienne Brun-Rovet, Sabine Plaud, Anna Zielinska



Le programme des trois journées est détaillé ci-dessous :

Articles de cette rubrique
Ci-dessous plan de la rubrique
PREMIERE JOURNEE : La science, un modèle pour la métaphysique ?
DEUXIEME JOURNEE : Goethe-Lichtenberg-Wittgenstein : Philosophie, Psychologie, Sciences de la nature
TROISIEME JOURNEE : L’éthique sans principes : la diversité des contextes du particularisme moral

14 décembre, 2007

Les Dieux de l'olympe sont avec moi !


Incroyable: mon article écrit cet été dans le région de Tours vient d'être accepté ! La reconnaissance de la dignité: interrogation et paradoxe. Je suis vraiment très contente. Il faut vraiment parfois du courage car il a fallu s'opposer au conformisme ambiant; et c'est peu dire...

12 décembre, 2007

Publication: du corps à l'utilitarisme !


Notre article, Damien Brach et moi-même - L'utilitarisme: du corps à la politique - vient d'être publié aux Presses universitaires d'Aix-Marseille (118e numéro).
Voici un extrait:

" A notre sens,la réflexion sur les fondements du droit pénal de Beccaria a le mérite de poser la question de la légitimité du droit de punir. Ainsi le jeune juriste italien, dans le célèbre traité des Délits et des peines, s'indigne des châtiments infligés aux délinquants. S'agit-il d'une condamnation morale ou de simples considérations juridiques ? Cette perspective, précisément, invite à analyser conjointement les exigences morales avec les impératifs politiques.L'humanisation du droit semble compatible avec les impératifs moraux. Mais la difficulté est sans doute de distinguer un projet humain d'un projet politique..."

GENEPI: la prison en France

Ce lundi, Damien étudiant en sciences pénales ,criminologie et ancien élève, est venu présenter les activités du GENEPI auprès de nos élèves.
Je crois qu'il est nécessaire de faire prendre conscience aux gens des situations qu'ils ignorent. Ainsi 60% des prisonniers ont un niveau largement inférieur au bac; d'où la nécessité d'offrir une formation aux détenus. Notons également que 21% des personnes souffrent de troubles psychiatriques graves.

Je remercie Damien pour cet exposé brillant mais surtout humain. Ce garçon ne se contente pas d'être "major" dans de nombreuses disciplines mais travaille l'été dans les centres pénitentiers...


http://www.genepi.fr
http://www.justice.gouv.fr/chiffres/ap/chiffres.htm

09 décembre, 2007

Les bonnes moeurs !



Il est intéressant de s'interroger sur l'idée "d'immoralité" dans le domaine de l'art. Il semble que la censure en France, en Irlande a reproché à des auteurs comme Flaubert, Baudelaire, Wilde de manquer de moralité.
Au XXIe siècle, il est permis de se demander, si au nom de la liberté d'expression et pour reprendre l'expression de Ruwen Ogien, de "la liberté d'offenser", l'art n'a pas à être "réprimé" par des sanctions juridiques. N'est-il pas en effet hypocrite de condamner une oeuvre pour son absence de qualités artistiques alors qu'il s'agit en fait d'une critique de ses "bonnes moeurs" ?

J'exposerai plus tard mes arguments...


Réquisitoire en 1857 contre Flaubert (accusation de l'avocat général Pinard)
Et acquittement de l'écrivain.

" Attendu qu'il n'est pas permis, sous prétexte de peinture de caractère ou de couleur locale, de reproduire dans leurs écarts les faits, dits et gestes des personnages qu'un écrivain s'est donné mission de peindre ; qu'un pareil système, appliqué aux oeuvres de l'esprit aussi bien qu'aux productions des beaux-arts, conduirait à un réalisme qui serait la négation du beau et du bon et qui, enfantant des oeuvres également offensantes pour les regards et pour l'esprit, commettrait de continuels outrages à la morale publique et aux bonnes moeurs ;

" Attendu qu'il y a des limites que la littérature, même la plus légère, ne doit pas dépasser, et dont Gustave Flaubert et co-inculpés paraissent ne s'être pas suffisamment rendu conapte ;

" Mais attendu que l'ouvrage dont Flaubert est l'auteur est une oeuvre qui parait avoir été longuement et sérieusement travaillée, au point de vue littéraire et de l'étude des caractères que les passages relevés par l'ordonnance de renvoi, quelque répréhensibles qu'ils soient, sont peu nombreux si on les compare à l'étendue de l'ouvrage ; que ces passages, soit dans les idées qu'ils exposent, soit dans les situations qu'ils représentent, rentrent dans l'ensemble des caractères que l'auteur a voulu peindre, tout en les exagérant et en les imprégnant d'un réalisme vulgaire et souvent choquant ;

" Attendu que Gustave Flaubert proteste de son respect pour les bonnes moeurs et tout ce qui se rattache à la morale religieuse ; qu'il n'apparaît pas que son livre ait été, comme certaines oeuvres, écrit dans le but unique de donner une satisfaction aux passions sensuelles, à l`esprit de licence et de débauche, ou de ridiculiser des choses qui doivent être entourées du respect de tous ;

" Qu'il a eu le tort seulement de perdre parfois de vue les règles que tout écrivain qui se respecte ne doit jamais franchir, et d'oublier que la littérature, comme l'art, pour accomplir le bien qu'elle est appelée à produire, ne doit pas seulement être chaste et pure dans sa forme et dans son expression ;

" Dans ces circontances, attendu qu'il n'est pas suffisamment établi que Pichat, Gustave Flaubert et Pillet se soient rendus coupables des délits qui leur sont imputés ;

" Le tribunal les acquitte de la prévention portée contre eux et les renvoie sans dépens. "

***
L'ouvrage "Les Fleurs du mal" de Charles Baudelaire est condamné pour "outrage à la morale publique" en 1857.
Pour des informations supplémentaires, voir le site Baudelaire et le procès des Fleurs du mal:
" Les écrivains face à l’ordre moral du Second Empire
Sous le Second Empire, la justice engage régulièrement des poursuites contre les écrivains
qu’elle accuse de publier des oeuvres immorales. C’est ainsi qu’en 1853 les frères Goncourt
sont poursuivis pour un article qui leur vaut d’être blâmés. Au
début de l’année 1857, un procès est intenté à Gustave
Flaubert pour son roman Madame Bovary. Flaubert est acquitté
le 7 février. C’est dans ce contexte que paraissent Les Fleurs du
mal de Baudelaire au mois de juin 1857, suscitant le déchaînement
de la presse qui dénonce «de semblables monstruosités ».

Le scandale des Fleurs du mal
Les attaques des journalistes attirent l’attention de la justice
sur un certain nombre de poèmes, considérés « comme un défi
aux lois qui protègent la religion et la morale ». Aux arguments de
ceux qui incriminent quelques expressions ou passages jugés choquants,
Baudelaire oppose le sens général de son oeuvre : « Le livre
doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible
moralité. » C’est en vain qu’il fait intervenir ses amis, Théophile
Gautier ou Prosper Mérimée. Barbey d’Aurevilly écrit un article qui fait
l’éloge du livre, mais le journal refuse de le publier. La police saisit les
exemplaires des Fleurs du mal. Le procès est fixé au 20 août.

Le 20 août 1857, Charles Baudelaire et son éditeur sont condamnés par la justice pour «outrage à la
morale publique et aux bonnes moeurs». Le procès des Fleurs du mal pose à nouveau, plus de cinquante
ans après l’abolition de la censure par la Révolution française, la question des rapports de l’écrivain avec
la liberté d’expression.
Chronologie du procès des Fleurs du mal
21 juin 1857 parution des Fleurs du mal, à Paris, éditées par Poulet-Malassis et
De Broise, à 1100 exemplaires
Juin-juillet 1857 une série d’articles de presse accusent Baudelaire d’immoralité
17 juillet 1857 le procureur général ordonne la saisie des exemplaires
20 août 1857 procès et condamnation des Fleurs du mal : l’auteur doit verser une
amende de 300 francs, six poèmes sont retirés du recueil
1861 deuxième édition des Fleurs du mal, amputée des six poèmes condamnés
mais augmentée de trente et un poèmes nouveaux
1866 publication à Bruxelles, par Poulet-Malassis, d’un recueil de poèmes de
Baudelaire, Les Épaves, contenant les poèmes interdits en France
6 mai 1866 condamnation des Épaves par le tribunal correctionnel de Lille
ÉVÉNEMENT LITTÉRAIRE
Charles Baudelaire photographié
vers 1855 par son ami Nadar.

Le procès et la condamnation
Le réquisitoire est prononcé par Ernest Pinard,
qui était aussi le procureur général dans le procès
intenté à Madame Bovary. Il accuse la poésie de
Baudelaire de manquer « au sens de la pudeur »,
de multiplier « les peintures lascives ». L’avocat du
poète plaide l’indépendance de l’artiste et la
beauté de l’oeuvre. Persuadé qu’il sera acquitté,
Baudelaire est abasourdi quand tombe la sentence.
En effet, le livre est condamné pour « délit
d’outrage à la morale publique et aux bonnes
moeurs», à cause de «passages ou expressions
obscènes et immorales ». Baudelaire et son éditeur
doivent payer une amende et retirer six poèmes
du livre.
Le poète maudit
Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une
brasserie parisienne en « toilette de guillotiné », portant une
chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond
sentiment d’injustice qui ne le quittera plus. La seconde édition
des Fleurs du mal lui permet d’ajouter de nouveaux
poèmes au recueil, mais Baudelaire se sent incompris par le
public et rejeté par la société. Il faut attendre la mort du poète,
en 1867, pour que le livre rencontre le succès et soit reconnu
comme un chef-d’oeuvre. En 1949, la cour de cassation
annule la condamnation des Fleurs du mal, considérant que
les poèmes « ne renferment
aucun terme obscène ou
même grossier »."


Ruwen Ogien, La liberté d'offenser; La Musardine, octobre 2007.

07 décembre, 2007

Le libéralisme est-il une sauvagerie ?


Qu'est-ce que le libéralisme ? Il semble qu'il existe une confusion en France entre le libéralisme économique et le libéralisme politique. Sans doute, faut-il en revenir à l'étude des penseurs libéraux, notamment John Stuart Mill et David Hume. Il se pose ensuite la question de la nature de la liberté: liberté des anciens ou liberté des modernes ? De là apparaît un principe politique essentiel, celui "de ne pas porter atteinte à autrui".
L'émission Les vendredis de la philosophie nous invite à réfléchir aujourd'hui à la possibilité de penser plusieurs types de libéralisme.




Pierre Zaoui
Le libéralisme est-il une sauvagerie ?
Bayard. Coll. Le temps d'une question - 18 octobre 2007


« Quand on ne sait plus s'opposer et se déchirer pensée contre pensée et non personne contre personne, s'ouvre au mieux le règne des dialogues de sourds, ou le règne des ni-ni, et au pis le règne des haines recuites et silencieuses où il n'y a plus de politique, seulement, à l'horizon, des guerres innommables. »



Le libéralisme est aujourd'hui au centre des débats moraux et politiques. Il y a ceux qui soutiennent qu'il s'agit d'un système, à accepter ou rejeter en bloc ; et ceux qui aimeraient distinguer entre un bon libéralisme politique et un mauvais libéralisme économique, ou un libéralisme sauvage et un libéralisme modéré, ou encore un libéralisme humaniste et un néo-libéralisme abominable. Certains voudraient ainsi la liberté d'entreprendre mais pas celle de vivre moralement comme on l'entend, et d'autres la liberté de penser, de créer, de se marier, mais pas celle d'exploiter son prochain. Comment sortir d'une telle confusion ?

04 décembre, 2007

Attention aux singes !


Aujourd'hui, dans le journal Le Monde, on apprend que les jeunes singes ont une mémoire très développée des chiffres. Dans ce même journal, on peut aussi lire, suite aux tests PISA, que les petits français ne sont pas excellents en mathématiques. En revanche, les petits finlandais sont très bons en sciences. Mais qui a effectué les tests ? !

"Une mémoire de chimpanzé... L'expression n'est pas consacrée mais elle pourrait le devenir. D'après les résultats d'une étude publiée mardi 4 décembre dans la revue Current Biology, les jeunes chimpanzés sont doués d'une mémoire photographique nettement supérieure à celle des êtres humains.

L'expérience, imaginée et conduite plusieurs années durant par des scientifiques de l'Institut de recherches sur les primates de l'université de Kyoto, a opposé un groupe de six chimpanzés (trois femelles et leurs petits) et douze étudiants. Elle consiste à montrer, pendant quelques dixièmes de seconde, une série de chiffres de un à neuf disposés aléatoirement sur un écran tactile. Les numéros sont ensuite remplacés par des carrés blancs. Reste aux candidats, chimpanzés et humains, la tâche de les restituer un à un dans l'ordre croissant. Un peu à la manière du jeu de société Memory.
A ce petit jeu, les singes, qui avaient tous préalablement appris à "compter", se sont montrés beaucoup plus habiles que leurs adversaires. Leurs performances, aussi bien en termes d'exactitude que de vitesse, ont largement dépassé celles des étudiants. Même lorsque l'expérience était interrompue par des bruits stridents. Lors des tests les plus difficiles, au cours desquels les chiffres n'apparaissaient que 0,21 seconde, un chimpanzé de 5 ans a répondu juste dans 80 % des cas. Soit deux fois plus souvent que les étudiants.


LES HUMAINS VICTIMES DE L'EVOLUTION
D'après le professeur Tetsuro Matsuzawa, même après un entraînement de six mois, les étudiants ne parviennent pas à supplanter les jeunes primates. "Beaucoup de gens croient naïvement que les humains sont les créatures les plus intelligentes sur cette planète, conclut le chercheur. Je pense que cette recherche montre très clairement qu'ils se trompent."
Selon lui, les résultats suggèrent que les êtres humains étaient probablement dotés à l'origine des mêmes capacités de mémorisation que les chimpanzés. Seulement, ils auraient perdu cette qualité au fil de l'évolution, renonçant "à leurs anciennes compétences pour en acquérir de nouvelles, comme le langage".Le phénomène est observable à une moindre échelle chez les chimpanzés : les chercheurs ont observé que leur mémoire s'altère avec l'âge. Les mères des jeunes singes ont beaucoup moins bien réussi que leurs petits."

Promenades musicales !





A écouter un fameux classique: le duo John Coltrane et Miles Davis (1955-1961). J'en profite pour raconter une anecdote rapportée par Franck Noël, professeur d'aïkido:




"Un soir, John, au moment de son chorus, se lance dans une improvisation aussi alambiquée qu'interminable, faisant hurler, chanter, gémir, grincer tant et plus son saxophone...sous le regard de plus en plus lourd de Miles, inquiet de se voir ravir la vedette mais aussi d'entendre la volubilité sans limite de son compère mettre à mal son goût pour l'ellipse et l'allusion. La prestation se termine néanmoins en sauvant les apparences:


Plus tard, John, s'adressant à Miles lui dit quelque chose comme: " tu sais, tout à l'heure je me suis embarqué dans un drôle de truc, je ne savais vraiment pas comment m'en sortir !".


Et Miles de lui répondre: "est-ce que tu as pensé à arrêter de souffler ?"

01 décembre, 2007

Revue des études Benthamiennes

Le numéro 3 de la revue des études benthamiennes vient de paraître avec une présentation de Malik Bozzo-Rey.

http://bentham.free.fr/

30 novembre, 2007

C'est comme ça !


Triste disparition du guitariste fred Chichin des Rita Mitsouko. Ce soir, à partir de 19h, un hommage est rendu à cet artiste talentueux sur RTL2.

26 novembre, 2007

Lettre à un jeune professeur de philosophie !

David Meulemans, sur son Blog -catdm, s'explique sur les raisons de sa démission de son poste de professeur de philosophie. Voici ma réponse:

"Je suis étonnée de votre réaction: vous démissionnez de l'éducation nationale parce que vous ne pouvez terminer votre thèse. Mais permettez-moi - sans que cela constitue un reproche - de constater votre situation de "privilégié": vous avez disposé d'un poste de moniteur à l'université d'Aix-en-Provence durant trois années consécutives; cela aurait pu vous permettre d'achever votre travail.
Pourquoi l'éducation nationale devrait-elle "aider" certains professeurs alors que d'autres vivent dans des conditions difficiles ?


Je pars de ma propre expérience (et celle de beaucoup d'amis): j'ai commencé un travail de recherche alors que j'étais enseignante. Je ne vois pas en quoi cela aurait pu m'empêcher de poursuivre avec passion un travail d'une telle ampleur (4 à 5 ans).Il est bon de pouvoir se consacrer aux autres (mes élèves) et de se "faire plaisir" (rédaction d'une thèse).

En quoi votre autonomie est-elle remise en cause ? Que voulez-vous expérimenter ?
Bien cordialement,


Laurence Harang



"Le mercredi 7 novembre 2007, j'ai démissionné de mon poste de professeur au Lycée F*** de C***. J'y enseignais la philosophie en terminale depuis les premiers jours de septembre. Pourquoi un jeune professeur peut-il se détourner d'un métier aussi désirable? Ce poste ne lui assure-t-il pas un revenu régulier en échange d'une activité intellectuelle excitante? Ce poste ne lui apporte-t-il pas reconnaissance et autonomie? Enfin, ce poste n'a-t-il pas été obtenu après une longue préparation? Pourquoi alors renoncer? Il m'est apparu que les raisons de ma décision pourraient instruire d'autres que moi – et pourraient être mon dernier enseignement.
On peut envisager trois grandes raisons pour démissionner si tôt de l'enseignement. Soit l'enseignant ne supporte pas le lieu où s'exerce son métier. Soit il découvre que l'enseignement de la discipline qu'il a aimé comme étudiant ne lui plaît pas comme matière à enseigner. Soit il fait la découverte des conditions concrètes d'exercice du métier – conditions qu'il rejette, quels que soient le lieu ou la discipline. Examinons si ces raisons bien connues ont joué sur ma décision personnelle.
Cette démission serait-elle l'effet d'un poste difficile? Le Lycée F*** est certes un lycée de la lointaine banlieue parisienne; que beaucoup pensent être un terreau de difficultés. Mais son isolement géographique en fait un havre endormi dans la douceur rurale. Y enseigner peut être un vrai plaisir. Les élèves sont travailleurs, plutôt bons, gentils et calmes. Les professeurs sont suffisamment aguerris pour faire face à tous les moments de la vie scolaire, et ils sont suffisamment jeunes pour conserver l'enthousiasme nécessaire pour proposer chaque année de nouveaux projets. En conséquence, j'étais content de ce premier poste.
Cette démission serait-elle alors l'effet de l'écart entre la philosophie qu'on apprend à l'université et la philosophie qu'on pratique au lycée? J'avais été averti de cet écart et j'ai préféré la philosophie de terminale à la philosophie universitaire. On n'y expose pas l'histoire de doctrines, mais on cherche à faire raisonner sur des problèmes. On a le privilège de partager un savoir dont l'utilité économique est nulle: cela permet d'amener le professeur comme l'élève à se libérer de l'immédiateté du monde, de sa fébrilité incessante et de ses contraintes aliénantes. On a le loisir de faire douter de l'évidence et d'éveiller l'esprit critique. C'est une fonction aimable.
Cette démission serait-elle donc l'effet de l'enseignement en général? N'aurais-je pas supporté le choc que ressentent les jeunes profs après quelques semaines, en se demandant s'ils vont faire cela toute leur vie, si cette routine, ce ressassement et cette répétition sont leur seul horizon? Pour ma part, j'ai trouvé dans cette routine un vrai soulagement, car j'étais las de la vanité de la vie étudiante. En outre, il me semblait que chaque jour était une nouvelle expérience, chaque cours un jeu partagé avec les élèves. Je menais avec intérêt mes élèves vers le baccalauréat. Je jouissais d'une autonomie complète au sein de mon cours. J'avais donc un métier qui me stimulait chaque jour, un métier avec un enjeu réel et une grande autonomie. Peu de gens sont si favorisés.
Si tout était si bien, le cadre, la matière, le métier, pourquoi démissionner alors? [...]"

25 novembre, 2007

être l'auteur de son action ?


L'auteur d'une action est celui qui en porte la responsabilité: une action m'est imputée lorsque j'en suis l'auteur, lorsque je peux en répondre: "Nul n'est responsable pénalement que de son propre fait"; telle est la formule du principe de responsabilité en droit pénal.


Il existe donc une relation causale nécessaire entre mes motifs (causes) et mon action. Mais en tant que personne responsable, je fais usage de mon libre-arbitre. En effet, il existe bien une relation entre mon action et les conséquences qui en découlent. Mais suis-je cette même personne qui a décidé-décide en connaissance de cause au moment où elle passe à l'action ? Toutefois, serait-il possible de faire quelque chose sans en être l'auteur ? Il semble donc que l'idée d'une imputabilité repose sur l'idée de personne stable; mais cela présuppose de ce fait un lien de causalité entre l'action et ses conséquences .


Problème: Est-il possible de sortir de ce schéma de l'action ?

Qu'est-ce qui est du "propre fait" de l'homme ?

Affaire à suivre...

24 novembre, 2007

Martin Hirsch et le Grenelle de l'insertion !

Enfin, une heureuse initiative, défendue par Martin HIRSCH, haut-commissaire, Le Grenelle de l'insertion: il serait temps de songer aux personnes privées d'emploi et il serait temps de repenser le lien entre entreprises, insertion, travail ! En outre, la question de la réinsertion des détenus fera l'objet de forums.
Voici un article du journal Le Monde, le 23/11/07:
"Le haut commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch a lancé, vendredi 23 novembre à Grenoble, le Grenelle de l'insertion, qui se déroulera sur six mois. Ce premier rendez-vous, qui doit durer jusqu'à samedi, jette les bases de la discussion sur une refonte des politiques d'insertion.
Trois groupes de travail vont être mis en place. L'un se concentrera sur les objectifs et la gouvernance de l'insertion – afin "de définir quels sont les responsables, comment cela s'articule avec les autres politiques", précise M. Hirsch. Le deuxième s'intéressera aux trajectoires d'insertion (contrats aidés notamment), et un troisième au rôle des employeurs, que ce soit ceux du domaine de l'insertion par l'activité économique ou ceux des entreprises classiques, pour l'insertion des personnes éloignées de l'emploi.

PAS DE "PALABRES POUR DES PALABRES"

Par ailleurs, une dizaine de forums décentralisés se tiendront sur des problématiques précises, ou sur un "public" particulier. Par exemple, un forum se déroulera dans un établissement pénitentiaire sur les questions d'insertion dans les prisons, en lien avec le ministère de la justice, un autre avec Nicolas Hulot sur le lien entre le Grenelle de l'insertion et le Grenelle de l'environnement. Forums et groupes de travail rassembleront tous les acteurs liés aux questions d'insertion.
Toutes les idées sont les bienvenues, selon M. Hirsch, qui indique que l'appel à projets lancé par le Haut Commissariat pour d'éventuelles expérimentations sociales a abouti à ce jour à l'envoi de 850 propositions.
Le Grenelle de l'insertion, ce ne sera pas "des palabres pour des palabres", "il y a l'engagement du président de la République, du gouvernement, mais rien n'est ficelé, on s'organise pour que tous les acteurs soient représentés, à eux de dire ce qu'ils veulent négocier", a affirmé le haut commissaire."

21 novembre, 2007

Le miroir et le labyrinthe !




Un article écrit en commun avec un camarade, Pascal Richard, vient d'être publié aux éditions Bruylant, lors d'un colloque à Toulon, Interpréter et Traduire.




Le propos de notre article consistait à partir de la thèse de l'indétermination de la traduction du philosophe Quine: la référence devenait dès lors problématique. Pascal, à partir de là, rendait compte de la complexité du droit comparé, par l'image du miroir et du labyrinthe:



" ...S'agissant du labyrinthe, cette figure me semble témoigner du travail du comparatiste comme du traducteur. En effet, la présence de cette pensée inhérente, découlant d'un paradigme perceptif, engendre des effets complexes."




Puis vient le piège du miroir:


" ...Il s'agit avec le droit comparé, de réhabiliter l'indéterminé selon une jolie formule du professeur Atias. De refuser de taire la différence dès lors qu'elle ne s'inscrit pas naturellement dans notre perception de la chose juridique. Il s'agit de ne pas taire l'indicible au regard de notre culture juridique."




Interpréter et traduire, actes du colloque international des 25 et 26 novembre 2005 à Toulon, BRUYLANT 2007.

20 novembre, 2007

GENEPI: une association à connaître !



Genepi est une association indépendante dont le but est de permettre la réinsertion des détenus en prison.
Actuellement, nous préparons avec un membre de cette association, une intervention pour nos élèves.



Puisque la prison reste une zone d’ombre
pour la société,
nous nous efforçons de la rendre visible.

"La Charte du GENEPI fixe les valeurs de l'association, que chaque génépiste s'engage à respecter.
La vocation du GENEPI est de participer au décloisonnement de la prison en établissant un lien entre les détenus et le monde extérieur.
Le GENEPI est sans affiliation politique ni religieuse. Il est indépendant de toute institution quant a sa réflexion et ses prises de position.
Le GENEPI, association citoyenne, attachée au respect des Droits de l'Homme, a le devoir de rendre compte de leurs violations éventuelles.
Le GENEPI est constitué d'étudiants y exerçant leur citoyenneté. La Justice étant rendue notamment en leur nom, le GENEPI se réserve le droit de faire part de ses réflexions auprès des citoyens et de leurs représentants.
Le GENEPI considère que toute peine doit nécessairement permettre le réinsertion dans la société.
Le GENEPI contribue a l'exercice du droit au savoir des détenus.
Dans toutes ses activités, le GENEPI est indifférent au passé pénal des détenus.
La qualité des interventions du GENEPI nécessite la plus grande concertation avec les différents partenaires concernés.
Dans le cadre de l'information et de la sensibilisation du public, le GENEPI rappelle que son devoir de témoignage s'accompagne du souci de la plus grande honnêteté.
La diversité de provenance des étudiants qui composent le GENEPI est un atout majeur de la qualité de son action.
L'action du GENEPI nécessite la formation des membres de l'association.
L'action au sein du GENEPI est indissociable d'une réflexion sur le système pénal et judiciaire.
La réflexion sur l'action et la politique du GENEPI doit être permanente et menée par ses membres. "

17 novembre, 2007

Un autre financement est possible !


On le sait: l'université française est pauvre. Les étudiants continuent la grève, mais est-elle utile à l'amélioration des conditions de travail, de la formation ? A mon sens, la question essentielle est celle du financement des universités françaises.

Voici un propos de Eric Maurin, auteur de l'égalité des possibles, Le Ghetto français:


"Comment financer l’enseignement supérieur ? Les débats actuels sur la réforme de l’université soulignent la difficulté croissante de cette question. La formule du prêt à remboursement différé, expérimentée avec succès dans plusieurs pays (notamment l’Australie et la Nouvelle-Zélande), offre une piste intéressante et encore inexplorée en France.
Les débats sur la réforme de l’université buttent presque toujours, au final, sur la même difficulté : son financement [1]. Résumons la situation. Un certain consensus se dégage sur le fait qu’il convient d’augmenter le nombre de diplômés du supérieur pour prendre pied dans la nouvelle division internationale du travail, alimenter en cadres et ingénieurs l’économie de la connaissance, et favoriser l’innovation. Et, de fait, une forte demande de formation supérieure se manifeste dans la plupart des pays développés. Mais les fonds publics peinent de plus en plus à satisfaire une telle demande (la misère actuelle des universités françaises en témoigne, notamment dans les premiers cycles des filières les moins sélectives). Problème d’autant plus aigu que l’éducation reste considérée, à bon droit, comme un bien fondamental et qu’elle doit, pour cette raison, demeurer accessible à tous et, si possible, gratuite.Voilà en quelques mots la douloureuse équation qu’il s’agit de résoudre. Comment le faire sans renoncer ni à l’intérêt économique général (avoir plus de salariés plus qualifiés), ni à la justice sociale (l’enseignement supérieur doit demeurer accessible et, si possible, sans discrimination de fortune) ? L’idée qui consisterait à augmenter simplement les droits d’inscription et les frais de scolarité des étudiants (qui contribuent aujourd’hui pour environ 3% seulement au financement de l’enseignement supérieur) ne satisferait probablement pas la première exigence et blesserait assurément la seconde. L’idée qui consiste à encourager les établissements du supérieur à rechercher les fonds des entreprises et autres acteurs économiques privés n’est pas inintéressante, mais on peut craindre qu’elle demeure très insuffisante, l’intérêt de ces acteurs pouvant s’avérer très sélectif et leurs disponibilités financières pas nécessairement à la hauteur des besoins.Mais pourquoi innover, objecteront certains ? Ne suffirait-il pas de passer par la voie plus classique de l’impôt ? En réalité, cette stratégie se heurterait (et se heurte déjà, comme on le verra) à un critère de justice. Les personnes diplômées du supérieur ne représentent en effet aujourd’hui qu’une minorité (39%) de ceux dont les rémunérations sont au-dessus de la médiane des salaires. Si un diplôme du supérieur assure presque à coup sûr un salaire important, il demeure et demeurera toujours bien d’autres façons d’obtenir un niveau important de ressources et de contribuer à l’impôt. Dans ces conditions, financer une augmentation des moyens dévolus à l’université par l’impôt revient à faire payer, pour l’essentiel, des personnes qui n’ont pas voulu ou pas pu aller à l’université et obtenir un diplôme du supérieur.
Une autre manière de réfléchir pourrait être proposée, qui demeure encore inexplorée en France. Il s’agirait de faire contribuer, non pas les étudiants à l’orée de leur scolarité universitaire, mais les anciens étudiants, une fois qu’ils sont devenus diplômés du supérieur et qu’ils se trouvent dans une période de leur vie professionnelle où le remboursement progressif de leurs études ne leur pose plus de problèmes financiers. Dans la mesure où ils ont réussi leur intégration professionnelle grâce à leur diplôme, l’idée est qu’il est à la fois légitime et réaliste de leur demander une contribution pour assurer la pérennité des institutions qui les ont formés ainsi que le sort de ceux qui leur ont succédé.Cette idée n’est pas à proprement parler nouvelle [2]. Et elle n’est pas non plus d’inspiration conservatrice. Elle trouva notamment le soutien d’économistes keynésiens comme le père de la fameuse « Taxe Tobin », James Tobin, qui fut à l’origine d’une des toutes premières expériences, au début des années 1970, à Yale. L’anecdote veut d’ailleurs qu’un certain Bill Clinton ait été l’un des premiers bénéficiaires de ce programme expérimental…Pour préciser le mécanisme proposé ici, prenons un exemple. Imaginons un étudiant en biologie qui achève avec succès sa formation universitaire après plusieurs années d’études. Quelques mois après être sorti de l’université, il trouve un emploi à durée déterminée dans un laboratoire d’analyses médicales. Au terme de quelques mois encore, il signe avec son employeur un contrat de travail à durée indéterminée pour une rémunération mensuelle équivalent à deux fois le salaire minimum. Sa situation professionnelle est ainsi stabilisée. À partir de ce moment, un certain pourcentage de son salaire (qui peut être progressif en fonction de la rémunération) lui sera prélevé pendant quelques années pour contribuer au financement de l’université qui lui a permis de se former et de trouver un emploi. S’il perd son emploi, ce dispositif s’interrompt jusqu’à ce qu’il ait retrouvé une situation professionnelle stable."

16 novembre, 2007

Loi, fiction et logique


Une conférence de Malik Bozzo-Rey doit avoir lieu, dans le cadre des séminaires sur l'utilitarisme, le samedi 24 novembre (11h-12h30) à Paris.


14 novembre, 2007

Pour une sociologie de la philosophie


Dans son dernier livre -La vocation et le métier de philosophe -, Louis Pinto s'interroge sur la possibilité d'une sociologie de la connaissance de la philosophie. L'ouvrage entend précisément répondre à la question de savoir ce que signifie le fait d'être philosophe en France:




" Commençons par le début. Être philosophe en France, c'est participer d'une même culture au sein d'un horizon de valeurs éthiques et civiques, de classements intellectuels, de concepts, de mots, de labels théoriques, de problèmes à poser, d'auteurs majeurs (p 14)."




Il existe donc bien un académisme de la philosophie qui tient à la nature spécifique de son institution. Ce sont en effet les classes préparatoires de khâgne qui sont l'apanage des futurs érudits de la philosophie. De là, l'idée d'un maître à penser, l'illustration du prestige de la philosophie.




Il apparaît aussi une constante dans l'histoire de la philosophie: cette discipline permet à chacun de "penser par soi-même" et d'exercer ainsi sa liberté.Le modèle de la dissertation apparaît donc comme le critère de l'excellence.La dissertation permet-elle de mettre en pratique toutes les ressources d'une argumentation logique ? La question se pose en effet. Pour un professeur de philosophie, elle est le moment crucial de la libération:




"Une dissertation est donc moins une opération cognitive que le récit d'une libération spirituelle à l'égard des illusions premières (P 83)."




L'art de la dissertation consiste à éviter l'utilisation abusive des questions de cours. Et dès lors, il devient problématique de faire de la philosophie une discipline scolaire comme les autres. Il semblerait même d'après l'auteur que le philosophe cultive cette singularité. De là des comportements similaires sont observés: horreur de l'ordinaire, méfiance à l'égard des sources d'information, confiance en la raison , culte du beau discours, attitude non conformiste...




Bref, le professeur de philosophie de lycée ne ressemble en rien à un scientifique rigoureux et méthodique.




Il est intéressant de remarquer que le choix de ce métier pour un homme ou une femme ne participe pas des mêmes considérations. Ainsi 34,6% des hommes-philosophes sont issus des classes populaires pour 12,7% des femmes-philosophes (et plus de 43% des classes supérieures).L'auteur en conclut que le statut de philosophe est conçu pour les hommes comme un moyen de promotion. En revanche, pour les femmes, c'est un travail sur soi, notamment en raison de la frivolité qui est attachée à la gent féminine !




La philosophie, pour ma part, reste le lieu du conflit et des incompréhensions mutuelles. Mais peut-elle vivre autrement, cette vieille dame ?




Louis Pinto; La vocation et le métier de philosophe, Seuil octobre 2007

11 novembre, 2007

Témoignage et confiance


Dans un article de la revue Philosophie (2005), Gloria Origgi pose le problème de la constitution de notre connaissance par le témoignage. Je vais citer ses arguments principaux :

1- L'autorité d'autrui est une source de connaissance qui pose problème:
" On peut ajouter que le rôle de l'expertise scientifique dans les décisions publiques fait de la question de la légitimité de la confiance et de la déférence épistémique un problème central du fonctionnement des sociétés démocratiques."

2 - La confiance que nous conférons aux propos d'autrui résulte de l'évaluation de ses compétences. A mon sens, cela pose un problème. Comment peut-on reconnaître à autrui des compétences si on ne lui fait pas confiance ?

3 - L'évaluation de la fiabilité des autres résulte d'une pratique culturelle. Mais dans ce cas, la constitution de notre savoir par témoignage est toujours relative à un contexte.

4 -La déférence à autrui est une source première d'information. L'auteur cite Thomas Reid (je connais très mal): nous accordons aux autres "un principe de crédulité" qui fonde l'autorité du témoignage d'autrui (An inquiry into the human mind on the principles of common sense).

5 - Nous accordons la même confiance à autrui à proportion de nos capacités, de notre mémoire, de notre perception. Je trouve cela très intéressant. Si nous montrons que nos propres processus cogniifs ne sont pas fiables, alors nous nous montrerons sceptiques à l'égard d'autrui.

6- La psychologie du développement chez l'enfant montre que ce dernier donne sens aux comportements des adultes par une reconnaissance des intentions. Ainsi, l'enfant apprend à recevoir des informations.

Conclusion; La capacité à faire confiance à autrui repose-telle sur une pratique sociale ou s'enracine-t-elle très tôt dans notre désir de comprendre le monde ? Quelle est la valeur du principe de crédulité ?
- Sur les critères du témoignage; J. Locke, Essai philosophique concernant l'
entendement humain; Livre IV, Chap XX ( de l'erreur)
- Sur les mécanismes de la croyance et la faiblesse du témoignage; Hume, Traité de la Nature Humaine, Livre I


Voir liste Philodélibération

Les animaux et le sens moral !


Question du jour: les animaux ont-ils un sens moral ?

De là une nouvelle question: qu'est-ce qu'un comportement altruiste ?

09 novembre, 2007

Pitié et bienveillance


Il serait intéressant de montrer pourquoi la raison est incapable de motiver le sujet à agir moralement dans la perspective de Rousseau et de Hume.


Texte 1: Discours...Rousseau


" Il est donc certain que la pitié est un sentiment naturel, qui, modérant dans chaque individu l'activité de l'amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce. C'est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir: c'est elle qui, dans l'état de nature, tient lieu de lois, de moeurs, et de vertu, avec cet avantage que nul n'est tenté de désobéir à sa douce voix."


Texte 2: Enquête sur les principes de la morale; Appendice I, Hume


" L'approbation ou le blâme qui s'ensuit alors ne peut plus être l'oeuvre du jugement, mais celle du coeur; et ce n'est pas une proposition ou une affirmation théorique, mais une impression ou un sentiment agissants...La raison, qui est froide et indépendante ne constitue pas un motif pour l'action et dirige seulement l'impulsion reçue de l'appétit ou de l'inclination, en nous montrant les moyens d'atteindre le bonheur ou d'éviter le malheur."


Il est vrai que la pitié chez Rousseau ou le sentiment moral chez Hume ne résulte d'aucune réflexion. La raison, faculté logique, apparaît bien impuissante à déterminer le sujet à agir. On ne peut donc attendre d'elle une réaction morale.


La Pitié tempère l'amour de soi instinctivement sans qu'aucune comparaison ne puisse s'opérer. Je ressens de la pitié pour autrui parce que je ressens en moi "une répugnance innée à le voir souffrir". En quelque sorte, nous ressentons la souffrance d'autrui en lui en nous identifiant. Mais ce sentiment moral suffit-il à constituer une société d'hommes solidaires et justes ?


La bienveillance chez Hume est en effet à l'origine de notre sentiment de blâme ou d'approbation; en ce sens il est possible de concevoir une humanité unie. Mais ce sentiment moral, pour devenir une vertu politique, doit s'élargir; car une générosité limitée ( réservée à nos amis, à notre famille) ne peut suffire à expliquer pourquoi les hommes respectent leurs devoirs au-delà de leurs intérêts immédiats. Il faut qu'il existe une capacité à se détacher de soi-même, et à adopter par là même, un point de vue impartial sur les choses. Il n'y a donc pas une identification totale comme chez Rousseau, ni d'éthique de la compassion, simplement un sentiment d'humanité commun.

08 novembre, 2007

Questions de formes



Voici le beau programme de Citéphilo 2007:

QUESTIONS DE FORMES

http://www.citephilo.org/




"En choisissant de réfléchir sur le sort que notre présent réserve aux différentes formes (d’objets ou de relations) qu’il modifie ou qu’il produit, qu’il consacre ou qu’il critique, Citéphilo veut rompre avec l’idée que les formes et les questions qu’elles suscitent seraient accessoires, superficielles ou… formelles.
C’est qu’en effet, toute matière, toute vie organique, toute création advient et se déploie dans des formes.
Mais c’est aussi en elles et par elles que s’organise et se maîtrise toute vie sociale.
Ainsi, c’est dans et par les formes du droit, de l’éthique ou de la civilité qu’une société non seulement bride et régule sa violence mais aussi structure et ordonne sa reproduction et son développement.
Adaptables ou rigides, plastiques ou sclérosées, résistantes au désordre ou fragiles, les formes vivent.
C’est à parcourir certains de leurs lieux ainsi qu’à rendre compte de leur dynamique que Citéphilo vous convie."

07 novembre, 2007

l'homme est-il un animal linguistique ?


Elles sont impressionnantes les chauves-souris d'Azara: la nuit venue, ces dames partent à la recherche d'un animal afin de s'abreuver de leur sang, pour la survie de leurs congénères. En effet, une femelle rassasiée est en mesure de donner une partie du sang collecté pour permettre à l'heureuse bénéficiaire du don, de disposer de 18h de vie en cas de pénurie !


Je fais référence ici au dernier numéro de Sciences et Avenir.

Mais pour autant, faut-il parler de conduite strictement altruiste ou coopérative ? On pourrait bien évidemment insister sur l'avantage et le bénéfice que les conduites "altruistes" génèrent au cours de l'évolution. Mais cela pose un autre problème très complexe: le sens moral est-il un acquis de l'évolution biologique ? L'enjeu philosophique et moral est d'une grande importance: si notre incapacité à faire souffrir autrui relève d'une conduite avantageuse (au cours de l'évolution), alors la morale perd du même coup ses fondements métaphysiques.

Dès lors, le projet d'une naturalisation de la morale apparaît: c'est donc dans la nature que des comportements "pré-moraux" pourraient être analysés. Mais il est évident que notre compréhension du "bien" et du "mal" relève de notre capacité à maîtriser le langage. C'est en ce sens que l'homme est un animal linguistique.


Dans un prochain billet, nous montrerons comment les philosophes Hume et Rousseau, au XVIIIe siècle, abordent la question de l'altruisme et de l'égoïsme.
Science et Vie, juin 2007
Hors-série Sciences et Avenir, octobre-novembre 2007
Rousseau: Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes
Hume: Traité de la nature humaine, Livre III

05 novembre, 2007

L'homme est-il un animal social ?


Excellent hors-série de Sciences et Avenir de novembre 2007: l'incroyable socialité des animaux. La question est de savoir s'il est approprié de parler de "sociétés animales" ? Que vaut cette analogie ? Ne risque-t-on pas de perdre du même coup la spécificité de la "culture animale" ? L'éthologue Dominique Lestel propose précisément de définir le phénomène culturel comme "pluralité"; les animaux comme les hommes possèdent une culture spécifique. Dès lors, il convient de se demander si les animaux ont une histoire différente de celle qu'ils partagent avec les humains.

Mais sans doute, faut-il s'entendre sur les valeurs morales et sociales pour constituer une communauté humaine. Il existe donc plusieurs niveaux de compréhension de l'altruisme, du sacrifice, de la coopération.

Hors-série Sciences et Avenir, octobre/novembre 2007

Joëlle Proust, Les animaux pensent-ils, Bayard 2003 ( lecture très stimulante)

Donald Davidson, "Animaux rationnels" dans Paradoxes de l'irrationalité, Eclat 1991, Trad P.Engel (sur le concept de croyance)

Dominique Lestel, les origines animales de la culture, Flammarion 2003.

04 novembre, 2007

Barcelone, suite

Bien-sûr, il y a le grand marché de Boquera: les gambas côtoient les morues; les fruits et légumes s'offrent à l'oeil du touriste; le vin blanc est bu rapidement...



Bien-sûr, il y a la Plaça Reial qui me fait penser à la Place des Vosges à Paris (!) avec ses arcades. C'est un havre de paix et près de la fontaine, beaucoup de gens contemplent les trois grâces.



Bien-sûr, la cathédrale Sainte Eulalie est imposante et le cloître à l'intérieur est majestueux ! Sainte Eulalie repose désormais dans cette église.

Bien-sûr, la cité médiévale obéit à un ordre géométrique et chaque Carrer décrit une histoire.

Et puis, le soir, les Bodegas (bars à vins) permettent les longues discussions...Du vin - Torrès, Rioja et d'autres. Et enfin les restos gorgés de monde et des guitaristes qui jouent de la musique; manière bien agréable de terminer la nuit -Besame Mucho.

02 novembre, 2007

Hommage à la Catalogne: Barcelone !










La grande avenue de Las Ramblas est caractérisée par ses platanes et ses personnages immobiles. A la fin de cette longue avenue, il y a la Plaça Portal de la Pau, où la statue de Christophe Colomb montre encore du doigt l'Amérique. Le grand navigateur fut au service de l'Espagne.




La facade maritime a connu d'importantes transformations et l'on peut admirer les grandes plages de San Sebastia et de Barceloneta.



Sur la colline de Montjuïc, la fondation Joan Miro et ses éternels oiseaux ! Le peintre est "le rossignol de la peinture moderne" ! Catalan ou espagnol ?

http://www.bcn.fjmiro.cat/

La colline offre un superbe point de vue sur la ville de Barcelone.



Mais Barcelone, C'est l'oeuvre de Gaudi, la fierté de la Catalogne ! Il est né près de Barcelone en 1852 et mort en 1926. La Sagrada Familia est vraiment impressionnante et il faudrait parler de l'originalité de l'élaboration des divers personnages.


Les travaux de restauration continuent...Avec raison, on parle du rêve de Gaudi: immense ! Mais cela ne s'arrête pas là: Le Parc GüELL est splendide par ses couleurs, ses mosaïques et ses colonnes. Des styles différents sont en parfaite harmonie. A-t-on raison de faire de Gaudi un précurseur du Pop Art ? Peu importe, c'est l'audace de cet artiste qui me fascine: hommage à la Catalogne !




Retournons au Centre ville et admirons le Palau de la musica Catalana: les mosaïques constituent la façade du palais de la musique. A l'intérieur, le buste de Beethoven, des colonnes, la chevauchée des Walkyries et des jeunes filles. Un seul petit problème: la visite se fait en langue Catalane ce 1er novembre (plus de place en espagnol, français, anglais)...Dur, dur !
A la Ciutadella,apparaît un arc de triomphe (à partir de l'exposition universelle de 1888) et le grand parc de Barcelone. Mais attention, la dame de pluie, encore en restauration, est au-dessus d'une fontaine ! Pas mal. Elle a été réalisée par Joan Roig I Solé, un sculpteur mort en 1918 (j'ai fait cette découverte).

Mais il faudra évoquer dans un autre billet, les fameuses rues, les grandes places, les bars à vin...
































28 octobre, 2007

Vacances à Barcelone !


Demain, départ pour Barcelone: le port, les musées, la foule, tout cela séduit l'imagination !

Retour Vendredi.

27 octobre, 2007

Le mont Faron à Toulon !

Ce n'est pas courant, je fais de la publicité pour un site - http://www.media7.ingemedia.net/ , réalisé par mon neveu (21 ans), détenteur d'une licence TAIS (Techniques et activités de l'image et du son).

25 octobre, 2007

Apprentissage par la bande-dessinée


Dans l'académie d'Amiens, une expérience à partir de la bande-dessinée, devient le support d'une réflexion philosophique: comment est-il possible d'amener les élèves à réfléchir à l'expérience et à la raison ? Hergé a la réponse...



2. Théorie et expérience.

Pour inviter les élèves à distinguer l’expérience sensible de l’expérience épistémique, je me sers parfois des cases suivantes tirées de l’étoile mystérieuse d’Hergé. Le but est de faire comprendre aux élèves que l’expérience « passive » et pré-critique ne nous apprend rien. On peut se servir, pour approfondir l’idée, des textes suivants :- Kant, La Critique de la Raison Pure :
« Il faut donc que la raison se présente à la nature tenant, d’une main, ses principes qui seuls peuvent donner aux phénomènes concordant entre eux l’autorité de lois, et de l’autre, l’expérimentation qu’elle a imaginé d’après ces principes, pour être instruite par elle il est vrai, mais non pas comme un écolier qui se laisse dire tout ce qu’il plaît au maître , mais, au contraire, comme un juge en fonctions qui force les témoins à répondre aux questions qu’il leur pose. »-Thom, la Philosophie des sciences aujourd’hui « La méthode expérimentale: un mythe des épistémologues (et des savants ?) » :
« L’expérimentation à elle seule est incapable de découvrir la (ou les) causes d’un phénomène. Dans tous les cas, il faut prolonger le réel par l’imaginaire, et éprouver ensuite ce halo d’imaginaire qui complète le réel. Ce saut dans l’imaginaire est fondamentalement une opération« mentale », […] et aucun appareil ne peut y suppléer. Claude Bernard, fort lucidement, avait bien vu cet aspect, et dans son schéma: Observation-Idée-Expérimentation, le processus psychologique créant l’idée est laissé dans une totale obscurité, mais il insiste sur sa nécessité (contre Bacon qui prétendait que l’expérience répétée pouvait fournir — par induction — l’idée de la loi). Autrement dit, l’expérimentation, pour être scientifiquement significative, ne dispense pas de penser. [...]Il est sans doute exact que certains des plus brillants résultats expérimentaux de notre siècle ont été l’effet d’erreurs, d’actes manqués, voire de simples hasards, comme la contamination accidentelle de colonies bactériennes par le Penidilium notatum. Mais on serait bien en peine de justifier socialement le maintien du formidable appareil expérimental qui caractérise notre époque par le bricolage ou l’erreur féconde, et en tout cas ces arguments seraient difficilement compatibles avec l’expression « méthode expérimentale ». […] Concluons: l’expérience est guidée soit par un besoin technologique immédiat (par exemple: tester les propriétés de tel ou tel matériau sous telle ou telle condition) ou par une hypothèse, fruit d’une expérience mentale […] qui la précède et dont on veut éprouver l’adéquation au réel. C’est dire que toute expérience est réponse à une question, et si la question est stupide, il y a peu de chances que la réponse le soit moins. »

23 octobre, 2007

Why be moral ?


Le sceptique semble mettre en danger nos justifications morales. En effet, le sceptique est celui qui remet en cause la valeur de nos évaluations morales. Il ne s'agit donc pas pas de conclure à l'impossibilité d'une morale, mais plutôt de la capacité à fonder rationnellement nos préférences morales.

J'ai remarqué, dit un certain Hume, que les philosophes ont tendance à passer de l'ordre de "l'être" à l'ordre du "devoir". Il n'est donc pas possible de distinguer une simple préférence d'une justification. Non, pas exactement. Le sceptique nous demande de définir ce qu'est une preuve. Il n'est donc pas étonnant que le scepticisme méthodologique de Hume prenne l'apparence d'une enquête (inquiry).


Mais que demande au juste le sceptique ? La question des preuves est-elle une question intelligible ?


A voir...


Vincent Descombes, Le raisonnement de l'ours, "philosopher en matière pratique"
Hume, Enquête sur l'entendement humain
Enquête sur les principes de la morale

20 octobre, 2007

Présentation Blog d'un historien


Je tiens à présenter un blog d'un historien, celui d'Hugo Billard: les questions relatives à l'histoire sont abordées avec beaucoup d'intelligence et de pédagogie:
SITE WEB: le jardin des retours (http://www.lewebpedagogique.com/histoire/)

Voici son dernier article à propos de Lucien Febvre:

"Le très utile Comité de Vigilance face aux Usages de l’Histoire (CVUH) dont j’ai pu citer, ici ou là, quelques membres, reprend, dans une tribune refusée par Libération, une citation de l’historien Lucien Febvre.
En 1919 Febvre a été nommé, avec Marc Bloch, à la très récemment française université de Strasbourg.
Contre ceux qui croyaient que ces nouveaux professeurs allaient jouer un rôle dans le refrancisation de l’Alsace-Moselle il répondit ceci:
« Une histoire qui sert est une histoire serve. Professeur de l’université française de Strasbourg, nous ne sommes point des missionnaires débottés d’un Evangile national officiel, si beau, si grand, si bien intentionné qu’il puisse paraître. La vérité nous ne l’amenons pas dans nos bagages. Nous la cherchons, nous la chercherons jusqu’à notre dernier jour. Nous dresserons à la recherche après nous, avec la même inquiétude sacrée, ceux qui viendront se mettre à notre école »
Toute actualité de cette citation n’est pas du tout fortuite mais complètement volontaire.
Comme le publient par ailleurs les auteurs, “L’abus de décontextualisations risque bien de se transformer aujourd’hui en une politique et un mode de gouvernement.” Faire lire Guy Môquet sans le contexte un jour fixe est, je le maintiens, une absurdité.
Pour moi, la vérité historique est exigeante, sa recherche une permanence, son instrumentalisation une faute."

18 octobre, 2007

Kurt Gödel


A signaler, une émission sur le grand logicien Kurt Gödel, en Postcast, le 11 octobre 2007, sur France -Culture.

Qu'est-ce que le calcul ? Existe-t-il une réalité des objets supra-sensibles mathématiques ? Connaissance de la réalité mathématique ? Faut-il rajouter des axiomes ?!


Pierre Cassou-Nogues Les démons de Kurt Gödel, logique et folieSeuil - 2007
"Kurt Gödel (1906-1978) fut sans doute l'un des plus grands logiciens de l'histoire. Son théorème d'incomplétude, publié en 1931, est peut-être la proposition mathématique la plus significative du XXe siècle. Il a bouleversé les fondements des mathématiques et fait l'objet de commentaires philosophiques sans fin comme d'exploitations abusives sans nombre. Gödel ne publiera que peu pendant la cinquantaine d'années qui suivront. Mais il laissera des milliers de pages de notes philosophiques inédites.On connaissait déjà les excentricités de la vie de Gödel, qui, craignant d'être empoisonné, mourra quasiment d'inanition. Ses notes, décryptées et étudiées ici pour la première fois en français, révèlent une pensée encore plus surprenante. Elles montrent que Gödel croyait aux anges comme au diable - parmi bien d'autres étrangetés. Il tente au cours des années de constituer ces idées bizarres en système logiquement cohérent, dont l'analyse éclaire d'un jour nouveau ses découvertes mathématiques. Cette apparente «folie» d'un esprit génial pose de redoutables questions sur la nature même de la pensée logique. L'auteur de cet essai les aborde sans hésiter à y impliquer sa propre subjectivité, sous forme de courtes fictions fantasmées. Un livre aussi inquiétant que stimulant."

16 octobre, 2007

Une bonne délibération ?


Depuis Aristote, l'homme délibère lorsque l'issue est indéterminée; autrement dit sur le possible. Il semble donc justifié d'ajuster les moyens à la fin. Mais le problème, pour l'homme raisonnable, est de ne pas choisir n'importe quel type de vie. Il est en effet parfaitement cohérent de trouver quelque chose de "désirable" sans pour autant passer à l'acte. Si le théorique était à l'image du pratique, il n'y aurait plus de problème à comprendre les mécanismes du raisonnement pratique.


Ainsi, il peut être "bon" de faire quelque chose sans que cela soit "rationnel" de le faire. Certes, mais cela ne nous avance pas beaucoup.

Nous en revenons à la question initiale: qu'est-ce que faire un choix ? Nos désirs sont-ils indépendants de nos croyances ?

14 octobre, 2007

L'aube le soir ou la nuit


" Il n'y a pas de lieux dans la tragédie. Et il n'y a pas d'heures non plus. C'est l'aube, le soir ou la nuit."

De quoi s'agit-il ? Le temps est fait pour être surmonté; actif, l'homme fuit l'ennui. Agité, il recherche la sérénité mais en vain: le sentiment de vide le guette. Est-il heureux, l'homme volontaire et rusé? Mais peut-on imaginer Ulysse heureux ? Voici une phrase de Borges:


"On dit qu'Ulysse, assouvi de prodiges,

Pleura d'amour en voyant son Ithaque

Verte et modeste; et l'art est cette Ithaque

De verte éternité, non de prodiges."


Le pouvoir ne serait-il réservé qu'à des enfants ?


A consulter, le dernier livre de Yasmina Reza.

12 octobre, 2007

La lettre de Guy Môquet



Pierre Schill, professeur d’histoire-géographie à Montpellier, Membre du comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), dans le journal Libération du 11 septembre 2007, s'oppose à l'idée de lire la dernière lettre de Guy Môquet car elle n'évoque selon lui "ni l'engagement du résistant ni le contexte historique".


La polémique a-t-elle une raison d'être ?

Par son caractère personnel, cette lettre peut-elle servir d'exemple à de jeunes lycéens ?

N'est-ce pas occulter l'engagement de Guy Môquet ?

N'est-il pas possible d'évoquer le courage et le dévouement d'un jeune homme, sans tomber dans la polémique "amour de la Patrie" et "engagement politique" ?

A vous de voir...

"Le 18 mars 2007 au Zénith de Paris, le candidat Sarkozy déclarait : « Je veux dire que cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue à tous les lycéens de France, non comme la lettre d’un jeune communiste, mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et à la liberté l’offrande de sa vie, comme celle d’un fils qui regarde en face sa propre mort.» Xavier Darcos vient d’annoncer que la lettre sera lue le 22 octobre dans tous les lycées de France.
La lecture se fera au matin du 22 octobre, au moment où le Président commémorera lui-même la mort de Guy Môquet : la lecture pourra se faire en classe ou en groupe, sans qu’aucune indication de durée ne soit apportée. Elle pourra être faite par un ancien résistant, mais aussi par «toute personnalité dont l’engagement, le rayonnement ou la notoriété pourraient sensibiliser les élèves». Au pire, la lecture sera réalisée par un enseignant qui aura cours par hasard à ce moment-là. Et un haut cadre du ministère de l’Education nationale de penser que «cette lecture ne devait pas être réservée aux professeurs d’histoire-géographie», une manière d’avouer que ce n’est pas l’analyse critique et la mise en perspective qui importent ici, mais plutôt le pathos et une forme de «communion» avec le Président.
Les images seront belles au journal de 20 heures : les larmes du Président, puis celles que ne manqueront pas de filmer les caméras sur les visages des lycéens partout en France. Il s’agira grâce à cette «lettre poignante» de mettre en scène une mort édifiante pour notre jeunesse, de parler «sacrifice», «offrande», «amour», mais non de revenir sur les raisons de cette mort en disant que Guy Môquet et ses vingt-six camarades ont d’abord été désignés aux Allemands comme «communistes». Un «gros mot» que la circulaire ministérielle évite soigneusement : reprenant la présentation de la lettre proposée dans l’ouvrage de Guy Krivopissko (la Vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944), elle «l’allège» de presque toutes les indications signalant l’engagement politique du jeune Guy, de son père et des autres otages de Châteaubriant.
Le message présidentiel est clair : «J’accorde à l’amour de la patrie plus de valeur qu’au patriotisme de parti.» Les lycéens ne sauront donc pas que cette formule n’a guère de sens, car, si le patriotisme fournit un cadre moral de référence, il ne signifie pas une ligne de conduite unique : les collaborateurs ou les pétainistes l’étaient aussi par «amour de la patrie». Et ce qui explique le «patriotisme» de Guy Môquet, c’est bien son parcours antérieur à la défaite, et donc son engagement communiste, qui conduit à son «entrée en résistance».
Si Nicolas Sarkozy semble voir une incompatibilité de nature entre amour de la patrie et engagement politique, Marc Bloch, dans l’Etrange Défaite, témoignait : «Je n’ai jamais cru qu’aimer sa patrie empêchât d’aimer ses enfants ; je n’aperçois point davantage que l’internationalisme de l’esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie […].. C’est un pauvre cœur que celui auquel on interdit de renfermer plus d’une tendresse.»
Le patriotisme fut en effet le creuset où tous les engagements ont pu se fondre, des personnalités très dissemblables se rejoindre et ainsi l’unité de la Résistance s’affirmer, sans que pour cela il fut nécessaire de nier une autre « tendresse », chrétienne… ou communiste .Une négation du choix politique du jeune Guy qui apparaît jusque dans l’intitulé de la cérémonie gouvernementale, «commémoration du souvenir de Guy Môquet et de ses vingt-six compagnons fusillés», alors que le condamné écrivait dans son dernier billet à Odette Leclan : «Je vais mourir avec mes vingt-six camarades.» Pourquoi remplacer le «camarade» des communistes par le «compagnon» des gaullistes ?
La lecture de ces lettres à caractère privé n’est légitime que si l’on ne passe pas sous silence le sens de la vie et de la mort : « Pour les résistants, la mort, mêlée à l’espérance, est une attente qui […] renvoie en permanence à la conscience de leur choix.» (Pierre Laborie, notice «Mort», page 957, dans le Dictionnaire historique de la Résistance.)
Refuser de lire Guy Môquet dans le cadre imposé par les contingences politiques du Président et continuer d’analyser des lettres de résistants dans le cadre du programme d’histoire ou du concours national de la Résistance et de la déportation, c’est suivre Condorcet : «Je préfère leur histoire plutôt que leur éloge ; car on ne doit aux morts que ce qui est utile aux vivants : la vérité et la justice.»
C’est bien ce que nous devons à Guy Môquet, à la Résistance et à nos élèves. "