
12 juillet, 2009
La question de l'éthique animale

11 juillet, 2009
Vacances et projets !
07 juillet, 2009
Disparition du philosophe David Pears

Article du journal Le Monde:
Venu à la philosophie apparemment par hasard, à la suite d'un accident et d'un séjour à l'hôpital qui lui avaient permis de lire le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), il était devenu l'un des meilleurs exégètes de ce philosophe, auquel il a consacré plusieurs ouvrages, notamment les deux volumes de La Fausse Prison. Etude sur le développement de la pensée de Wittgenstein (Oxford University Press) et, en 2006, Paradoxe et platitude dans la philosophie de Wittgenstein.
Ancien élève de Westminster School, David Pears a enseigné toute sa vie à Christ Church (Oxford), tout en étant professeur invité en Californie. Il a consacré de nombreuses publications à des problèmes logiques et scientifiques, à Hume, à Russell et à des questions de philosophie de l'esprit.
Connu pour son sens de la pédagogie et sa liberté de ton, il était également amateur d'art et photographe de papillons et passe pour avoir été un compagnon chaleureux pour ses collègues comme pour ses étudiants."
Roger-Pol Droit
30 juin, 2009
Entretien avec Joel Janiaud
L'héroïsme moral, comme la sainteté morale, me semble intéressant à plusieurs titres. D'abord, il correspond à des comportements humains souvent spectaculaires ou remarquables : par exemple, une personne sacrifie sa vie pour en sauver d'autres, peut-être inconnues d'elles. On est là en présence de faits saillants, d'actions qui ne font pas l'ordinaire de la vie morale, mais qui mettent en lumière des valeurs, des engagements qui ne sont pas étrangers à la vie ordinaire. Comme quoi le domaine de la morale n'est pas nécessairement une zone grise ou il n'y a rien à raconter ou observer d'intéressant ! Il y a dans les comportements d'héroïsme ou de sainteté quelque chose d'impressionnant, qui peut devenir provocant pour la pensée et pour l'action.
Mais une fois que l'on a dit cela, il faut aller au-delà de l'aspect fascinant ou spectaculaire de l'héroïsme moral. Parce que les actes en question possèdent une dimension sociale qui me semble intéressante : souvent l'héroïsme est montré en exemple, le héros est statufié comme peut l'être aussi le saint moral. Ici le regard philosophique me semble pertinent, pour ne pas en rester à une pure fascination, pour prendre de la distance par rapport à ces comportements et à la manière dont nous les qualifions. Cette distance peut aller jusqu'à la méfiance : le culte du héros est bien implanté dans de nombreuses cultures, mais il n'est pas sûr qu'il bénéficie toujours à la clairvoyance morale et à la réflexion éthique. Ranger certains comportements dans l'héroïsme moral, cela peut être une manière de les figer, de les mettre à distance, d'une manière un peu facile.
Cela nous conduit au terrain de la théorie éthique. Il y a dans notre vision de tels actes quelque chose de paradoxal, qui a retenu mon attention : comment pouvons-nous à la fois les considérer comme moralement louables et comme étant situés au-delà du devoir, c'est-à-dire, en langage technique, surérogatoires ? Il y a un phénomène troublant : beaucoup de personnes que l'on qualifie de moralement héroïques disent qu'elles « n'ont fait que leur devoir ». C'est par exemple le cas de Jeanne Brousse, citée dans le livre, qui a sauvé pendant la seconde guerre mondiale de nombreux juifs en leur donnant des faux papiers ou un logement, en courant par là même de grands risques. Si de telles actions relèvent du champ de la morale, et si elles témoignent de valeurs humaines importantes, pourquoi ne seraient-elles pas exigibles ? Peut-on limiter le champ du devoir moral ? Quand on va consulter les travaux des philosophes sur la question, on s'aperçoit qu'il n'y a pas d'unanimité : il s'agit d'un vrai débat, qui se poursuit actuellement, notamment dans la philosophie anglo-américaine. Il m'a semblé que ces débats autour de la surérogation ouvraient une fenêtre intéressante sur la philosophie morale en général. Il s'agit d'avoir une réflexion critique sur le statut du devoir, sur la place des normes en morale.
2 Le champ de la moralité vous semble-t-il complexe à définir ?
Ce dont je me suis occupé le plus directement en réfléchissant à la surérogation, c'est de la cartographie que l'on fait du champ de la morale. De quelles catégories avons-nous besoin ? Nous sommes habitués aux catégories de l'obligatoire ou de l'interdit, qui sont les plus normatives et les plus saillantes, mais il y a aussi, potentiellement, la catégorie des actes surérogatoires. Ces derniers posent la question d'une limite « supérieure » de l'obligation. C'est une zone un peu floue, peut-être, de la morale. Il y en a d'autres que j'évoque dans le livre, comme les actes « infravétatoires », qui ne sont pas recommandables mais en deçà de l'interdit. Dans les actes moralement permissibles, on trouve ainsi différentes possibilités. On peut aussi réfléchir aux actions moralement indifférentes, qui sortiraient du champ de la morale – parce que si on déplace les limites de l'obligation, si on dit que toute bonne action n'est pas obligatoire, cela peut avoir des conséquences non seulement sur l'idée de surérogation, mais également sur la zone des actions situées en deçà de l'obligatoire ou hors de la morale. Ainsi, le fait que je passe mes journées devant la télévision plutôt que de travailler à développer mes capacités ou à aider autrui est-il immoral ou indifférent à la morale ? Jusqu'où vont mes devoirs envers autrui ? Ai-je des devoirs envers moi-même ? Ce dernier type de question renvoie au débat sur l'étendue du champ moral, dont traite par exemple Ruwen Ogien dans ses travaux sur les éthiques maximales et minimales.
Ce qui me semble important, c'est que nous ayons une réflexion sur les notions morales que nous utilisons. Le but n'est pas de fabriquer une casuistique complexe ou de savoir combien exactement il y aurait de catégories différentes en éthique. J'ai plutôt tendance à repérer des paradoxes dans notre usage des notions de morale, paradoxes qui ne se résolvent pas aisément mais qui sont stimulants pour la réflexion. En tout cas il est bon de garder à l'esprit ces deux pistes de réflexion : la complexité du champ moral et la question des limites mêmes de la morale.
3 "L'acte surérogatoire semble forcer l'admiration, mais il comporte ses ambiguïtés et sa part d'ombre" (p. 15): Est-ce votre intuition de départ ?
Oui. L'acte surérogatoire est par définition investi d'une valeur positive : il s'agit d'un acte moralement louable, généralement porteur de valeurs altruistes et manifestant une capacité, chez la personne, de maîtriser ses peurs ou ses pulsions.
Mais derrière cette image un peu lisse se cachent en effet des zones d'ombre. Parler d'actes héroïques, au-delà du devoir, n'est-ce pas s'excuser à peu de frais de ses propres inactions ? Dans le livre, j'évoque le cas historique de Kurt Waldheim, ancien président autrichien, dont le passé dans l'armée allemande, pendant la guerre, avait fait l'objet de polémiques. Il s'excusait de ce passé en disant que certes, il n'avait pas du tout résisté, mais que ceux qui avaient résisté étaient des héros. Il ne s'agit pas de porter un jugement sur Waldheim, mais de se demander si ces notions de surérogation ou d'héroïsme moral ne sont pas parfois trop confortables, si elles ne peuvent pas servir d'alibi à la passivité.
Il y a d'autres zones d'ombre. Il y aurait notamment les connotations troubles du sacrifice. Les actes surérogatoires comportent souvent cette dimension du sacrifice de soi : renoncer à ses intérêts personnels, ou les mettre en danger de manière extrême. Or cette tendance au sacrifice de soi peut être manipulée de l'extérieur, à des fins politiques par exemple – on peut penser aux actes de terrorisme fanatique, qui sont considérés par certains, dans certains contextes politiques et culturels, comme des actes d'héroïsme ou de sainteté. L'exaltation du sacrifice est dangereuse. J'ai étudié cette zone trouble, sous un angle plus existentiel, dans un autre ouvrage intitulé Singularité et responsabilité.
4 "La fragilité du devoir moral": pourriez-vous préciser ?
Je défends l'idée qu'il existe par principe un au-delà du devoir, à condition que l'on évite d'en faire un alibi à l'inaction, entre autres. J'estime que la morale ou l'éthique ne peuvent se résumer à des discours normatifs, à un ensemble d'exigences ou de commandements. Il s'agit donc d'affirmer, au contraire d'une morale kantienne, que la notion de devoir n'est pas la seule clé de notre vie éthique.
En ce sens je remarque que l'idée de devoir moral est à la fois forte et fragile. Forte, parce qu'elle peut faire contrepoids à nos pulsions ou à notre passivité. Forte, aussi, comme l'affirme Kant, parce qu'elle comporte une dimension rationnelle qui échappe aux méandres de notre sensibilité. Mais elle a quand même une sorte de fragilité : elle est assez austère, et ne constitue souvent pas un mobile d'action très attrayant (Kant n'y verrait pas un problème, au contraire) ; notre culture contemporaine met en question l'image d'une morale traditionnelle, d'une morale qui se résumerait au devoir. On préfère l'idée d'une éthique des valeurs ou des vertus, d'une sagesse centrée sur la personne sensible et non sur des normes trop impersonnelles. C'est en ce sens que Gilles Lipovetsky, par exemple, a pu parler d'un « crépuscule du devoir ». Ce mouvement culturel me semble important, même s'il engendre aussi la réaction inverse – la nostalgie d'une morale du devoir.
En tout cas, même si le mot « devoir » est peu à la mode, l'idée d'exigence éthique ou morale reste d'actualité, par exemple lorsqu'on parle de moraliser la vie politique ou économique ou lorsqu'on parle de nos responsabilités à l'égard de l'environnement. C'est là d'ailleurs que l'on retrouve des aspects pratiques des questions de surérogation : face à l'ampleur des problèmes de la planète, ai-je une obligation sans limite de contribuer à leur résolution, jusqu'à renoncer à mon confort et même à mes intérêts personnels ? Jusqu'où vont mes devoirs de citoyen du monde, de consommateur ? Je me suis intéressé à ces questions dans le livre.
29 juin, 2009
Création de ma page personnelle
http://sites.google.com/site/pagepersonnellelharang/
25 juin, 2009
Inégalités et solidarité: entretien avec Louis Maurin
A lire un entretien sur les inégalités en France: Louis Maurin, journaliste à Alternatives économiques, propose une analyse du système français. Il est intéressant de comparer à cet égard la politique d'éducation menée par la Suède pour réduire les inégalités scolaires.
Voici un extrait publié dans le magazine Télérama:
"Quelles sont finalement les inégalités qui vous semblent les plus saillantes en France ?
Plus que les écarts de revenus, je suis inquiet de voir les univers culturels se séparer, et pas seulement géographiquement. Nous sommes confrontés à un conservatisme social, classique à droite, mais aussi présent dans des milieux de gauche, qui voit converger les intérêts des catégories économiquement et culturellement favorisées. Le consensus gauche-droite sur la baisse des impôts a longtemps existé, tout comme celui qui empêche de réformer l'école. Au fond, les inégalités scolaires reposent sur une légitimité bien plus forte que les inégalités liées à l'argent. Elles semblent consacrer « l'intelligence » ou le travail personnel, alors que c'est bien plus complexe. Et elles sont plus difficiles à combattre dans un pays obsédé par les notes et le diplôme. Du coup, la « bourgeoisie intellectuelle », assise sur son diplôme, est aujourd'hui moins gênée par la caissière qu'hier le capitaliste avec sa fortune par le prolétaire."
23 juin, 2009
Soutenance thèse et journée "New perspectives on doxastic voluntarism"
New Perspectives on Doxastic Voluntarism
Geneva, tue june 23rd, 2009.
Programme FNS connaissance, raison et normes
Workshop with Josep Corbi (Valencia), Richard Feldman (Rochester), Philipp Nickel (Eindhoven), Erik Olsson (Lund), Daniel Schulthess (Neuchâtel).
Download the poster.
Thesis Viva
Anne Meylan's thesis viva, A Metaethics of belief, will take place on mon jue 22th, 14h-18h, Uni Dufour U159. Nota bene: On June 22, 14h30- 18h , Anne Meylan (Unige, Episteme) will defend her thesis A metaethics of Belief ( jury : Prof. Pascal Engel ( UNIGE) , prof Daniel Schulthess (UNINE) , Prof Richard Feldman (Rochester), Prof Kevin Mulligan ( UNIGE) Prof Erik Olsson ( Lund), Duncan Pritchard (Edimburgh), Roger Pouivet (Nancy). All welcome. -->
Programme
The conference takes place at the Uni Mail building, room M2150.
10h Philipp Nickel (Eindhoven), Pyrrhonian Voluntarism
11h30 Josep Corbi (Valencia) First-Person Authority and Self-Knowledge as an Achievement
lunch
2h Daniel Schulthess (Neuchâtel), Propositional structure in Cartesian voluntarism
3h30 Richard Feldman (Rochester), Compatibilism and Doxastic Freedom
5h Erik Olsson (Lund), Rational Goal-setting in Inquiry.
19 juin, 2009
18 juin, 2009
Désir, justice, échange, impartialité, loi, science: les sujets philo 2009 !

16 juin, 2009
Question d'éthique
10 juin, 2009
Une exception dans un monde universitaire: Gérard Lebrun !

08 juin, 2009
Voir comme !

07 juin, 2009
Petites villes de Normandie !

02 juin, 2009
Des philosophes masculins et féminins !
philosophes féminins: Pascal, Hume, Nietzsche, Rousseau
Qu'est-ce que la virilité ?!

Détail de "Virilité. A quoi rêvent les hommes?" [larousse]
La virilité: un concept philosophique?
Mais qu'est-ce donc que la virilité? Les biscotaux de Schwarzenegger? La gouaille cynique de Bogart ou le charme buriné de Clint Eastwood?
La virilité, dans ses usages actuels, paraît moins être un concept philosophique qu'une notion commune, largement partagée. D'un côté, elle ne serait pas une idée, mais une idéologie, conservatrice et réactionnaire qui exige des hommes qu'ils soient tels ou tels. De l'autre, décider ou non de la virilité de tel ou tel, cela semble relever du domaine strict de l'opinion, des goûts et des couleurs individuels.
Mais à travers les représentations individuelles se donne à lire autre chose: des matrices sociales du désir et des valeurs, des structures mentales, des représentations collectives qui transforment les corps et informent nos conceptions du viril. Ce serait moins un objet philosophique qu'une composante de l'expérience commune que toutes les sciences humaines auraient en partage et qu'il faudrait se borner à enregistrer. Toutes ont des prétentions légitimes à dire quelque chose de la virilité. Mais la philosophie?
Thierry Hoquet dans La virilité. A quoi rêvent les hommes? Larousse, collection "philosopher".
Avec Thierry Hoquet.
Par Philippe Zibung
29 mai, 2009
C'est quand le bonheur ?


